{"id":130213,"date":"2026-06-14T20:11:25","date_gmt":"2026-06-14T20:11:25","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/130213\/"},"modified":"2026-06-14T20:11:25","modified_gmt":"2026-06-14T20:11:25","slug":"accords-de-libre-echange-le-maroc-dans-le-grand-jeu-du-commerce-mondial","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/130213\/","title":{"rendered":"Accords de libre-\u00e9change : le Maroc dans le grand jeu du commerce mondial"},"content":{"rendered":"<p>Finances News Hebdo : Le Maroc b\u00e9n\u00e9ficie de nombreux accords de libre\u00e9change. Quel r\u00f4le ces accords ont-ils jou\u00e9 dans la dynamique du commerce ext\u00e9rieur marocain ? Ontils am\u00e9lior\u00e9 le niveau des exportations ? <\/p>\n<p>Khalid Doumou : Le Royaume du Maroc, me semble-t-il, n&rsquo;a pas r\u00e9ellement b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de l\u2019immense vague d\u2019Accords de libre-\u00e9change (ALE) sign\u00e9s depuis le courant des ann\u00e9es 1990 (une cinquantaine d\u2019accords). D\u2019ailleurs, la tendance mondiale actuelle est plus \u00e0 la recherche de synergies productives multilat\u00e9rales, dans le cadre d\u2019\u00e9conomies d\u00e9sormais semi-lib\u00e9rales en qu\u00eate d\u2019une plus grande souverainet\u00e9 industrielle et technologique, que dans la construction d\u2019instances supranationales devant r\u00e9gir les \u00e9changes commerciaux mondiaux, comme c\u2019\u00e9tait le cas de l\u2019Organisation mondiale du commerce (OMC) dans un pass\u00e9 pas si lointain. L\u2019\u00e9poque actuelle est plus celle de la construction de partenariats strat\u00e9giques lors de d\u00e9placements officiels de chefs d\u2019\u00c9tat, accompagn\u00e9s de d\u00e9cideurs politiques et \u00e9conomiques devant poser les jalons de partenariat public-priv\u00e9\u00a0devant b\u00e9n\u00e9ficier aux deux pays, dans un ensemble de domaines o\u00f9 ces deux pays peuvent mutuellement b\u00e9n\u00e9ficier de l\u2019apport du partenaire \u00e9tranger. <\/p>\n<p>Ce genre d\u2019accords se mat\u00e9rialise d\u2019ailleurs tr\u00e8s bien dans la D\u00e9claration relative au \u00abPartenariat d&rsquo;exception renforc\u00e9\u00bb entre le Royaume du Maroc et la R\u00e9publique fran\u00e7aise, qui est un parfait exemple illustrant cette nouvelle tendance de renouveau d\u2019un multilat\u00e9ralisme pragmatique (22 accords strat\u00e9giques sectoriels sign\u00e9s par les deux pays). A une p\u00e9riode charni\u00e8re de reconstruction d\u2019une \u00e9conomie mondiale surendett\u00e9e et en mal de croissance, notre mod\u00e8le de d\u00e9veloppement \u00e9conomico-politique est d\u2019ailleurs tr\u00e8s bien pens\u00e9. Il encourage \u00e0 la fois les IDE, les partenariats strat\u00e9giques entre entreprises leaders sur leur march\u00e9, et le red\u00e9ploiement d\u2019un savoir-faire bancaire et industriel vers des partenariats sud-sud pour lesquels notre Souverain Mohammed VI Finances News Hebdo : Le Maroc b\u00e9n\u00e9ficie de nombreux accords de libre\u00e9change. Quel r\u00f4le ces accords ont-ils jou\u00e9 dans la dynamique du commerce ext\u00e9rieur marocain ? Ontils am\u00e9lior\u00e9 le niveau des\u00a0a \u00e9norm\u00e9ment \u0153uvr\u00e9 depuis le d\u00e9but de son r\u00e8gne en 1999, et jusqu\u2019au jour d\u2019aujourd\u2019hui. La dynamique de notre commerce ext\u00e9rieur repose sur une devise stable, une main-d\u2019\u0153uvre bon march\u00e9 par rapport \u00e0 nos voisins europ\u00e9ens, et une gouvernance financi\u00e8re, administrative et technique ayant fait ses preuves \u00e0 l\u2019\u00e9chelle du continent africain depuis maintenant au moins trois d\u00e9cennies. Sans oublier la stabilit\u00e9 politique dont jouit le Royaume, lequel atout n\u2019est pas des moindres lorsque l\u2019on sait ce qui se passe dans de nombreuses r\u00e9gions du monde actuellement. Et puis, il ne vous a s\u00fbrement pas \u00e9chapp\u00e9 r\u00e9cemment que l\u2019Indice d\u2019industrialisation en Afrique en 2025 a couronn\u00e9 les efforts du Maroc en mati\u00e8re industrielle, en le pla\u00e7ant devant l\u2019Afrique du sud \u00e0 la premi\u00e8re place. Ce qui est une premi\u00e8re historique dans ce classement qui r\u00e9v\u00e8le une tendance de fond de ce que le Maroc a pu accomplir depuis plus de vingt ans\u00a0en termes de saut technologique.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>F. N. H. : Dans un contexte international marqu\u00e9 par la recomposition des routes commerciales, pensez-vous que le Maroc devrait revoir \u00e0 son tour sa strat\u00e9gie d&rsquo;ouverture commerciale ? <\/p>\n<p>Kh. D. : Il est \u00e9vident aujourd\u2019hui que la bonne gouvernance \u00e9tatique marocaine n\u2019est plus une gageure, mais une r\u00e9alit\u00e9 palpable et perceptible sur le terrain. Avec un taux de croissance de 4,9% en 2025, pr\u00e9vue \u00e0 5% en 2026, le Maroc est en train de se poser en partenaire \u00e9conomique de plus en plus fiable pour les Etats-Unis et la zone EMEA (Europe, Middle-East and Africa). De nombreuses entreprises manufacturi\u00e8res mondiales et de plus en plus de nos pays amis et fr\u00e8res africains misent sur le Maroc comme le point d\u2019ancrage et d\u2019appui de leur souverainet\u00e9 \u00e9conomique et financi\u00e8re. Et ceci est d\u00fb en grande partie au changement de statut r\u00e9gional dont est en train de b\u00e9n\u00e9ficier le Maroc gr\u00e2ce \u00e0 la politique \u00e9clair\u00e9e du Roi Mohammed VI. En termes d\u2019accords de partenariats industriels r\u00e9ussis, et de politique de grands travaux d\u2019infrastructures engageant un ensemble de pays africains fr\u00e8res, le nouveau positionnement du Maroc sur la sc\u00e8ne internationale est on ne peut plus flatteur. Et avec la Coupe du monde 2030 en ligne de mire, notre pays ne devrait pas trop souffrir de la recomposition suppos\u00e9e des routes commerciales actuelles. Bien au contraire, le Maroc est en train de r\u00e9aliser un effort colossal en mati\u00e8re d\u2019\u00e9largissement de ses capacit\u00e9s de transport et logistique a\u00e9rienne, a\u00e9roportuaire, routi\u00e8re et portuaire. L\u2019\u00e9norme r\u00e9ussite commerciale du port de Tanger Med et l\u2019essor de la LGV (Ligne \u00e0 grande vitesse) devant tr\u00e8s bient\u00f4t relier Tanger \u00e0 Marrakech, ont t\u00f4t fait de convaincre les derniers sceptiques de l\u2019importance de la cr\u00e9ation de nouvelles escales portuaires strat\u00e9giques en M\u00e9diterran\u00e9e (Complexe industriel de Nador West Med) et sur l\u2019Atlantique sud marocain (Port de Dakhla).<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>F. N. H. : Comment le tissu productif, et notamment la TPE, peut faire face \u00e0 cette concurrence suppl\u00e9mentaire ? <\/p>\n<p>Kh. D. : La PME marocaine est \u00e0 93% familiale et repr\u00e9sente toujours 98% du tissu \u00e9conomique marocain. Le d\u00e9fi actuel du Maroc est de r\u00e9ussir \u00e0 \u00e9toffer davantage ce tissu \u00e9conomique par l\u2019\u00e9closion de nouveaux champions nationaux pouvant rivaliser sur des march\u00e9s d\u2019exportation de plus en plus difficiles \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer (barri\u00e8res l\u00e9gales et proc\u00e9duri\u00e8res, douani\u00e8res et tarifaires, et tickets d\u2019entr\u00e9e parfois exorbitants sur certains march\u00e9s \u00e0 tr\u00e8s forte intensit\u00e9 capitalistique). La PME familiale a du mal \u00e0 p\u00e9renniser son existence au-del\u00e0 de la troisi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration de dirigeants, et cela est un ph\u00e9nom\u00e8ne global auquel notre pays n\u2019\u00e9chappe pas. Les PME doivent donc s\u2019adapter ou p\u00e9rir. Le processus de destruction cr\u00e9atrice n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 autant d\u2019actualit\u00e9. Pens\u00e9 \u00e0 l\u2019origine par l\u2019\u00e9conomiste autrichien Joseph Schumpeter et remis au go\u00fbt du jour r\u00e9cemment par le prix Nobel d\u2019\u00e9conomie 2025, le Fran\u00e7ais Philippe Aghion, ce processus a mu\u00e9 assez profond\u00e9ment depuis les premi\u00e8res th\u00e9ories Schump\u00e9t\u00e9riennes du si\u00e8cle pr\u00e9c\u00e9dent. Celui-ci avait th\u00e9oris\u00e9 par le pass\u00e9 que l\u2019innovation rendait les anciennes technologies obsol\u00e8tes et d\u00e9truisait des emplois, tout en cr\u00e9ant de nouveaux secteurs et de nouvelles richesses. Philippe Aghion explique aujourd\u2019hui que la croissance provient de la R&amp;D et des entreprises qui innovent pour d\u00e9loger les leaders en place. C\u2019est donc dans la consolidation d\u2019entreprises (FUSA : Fusions et acquisitions) que de nombreuses PME et startups technologiques trouvent leur salut, en \u00e9tant revendues aux plus offrants des acqu\u00e9reurs, ou en grandissant suffisamment de mani\u00e8re endog\u00e8ne pour entrer en Bourse. La transmission d\u2019entreprises familiales n\u2019\u00e9tant pas toujours r\u00e9alisable vers des descendants en filiation directe ou indirecte, les fondateurs d\u2019entreprises et leurs successeurs, descendants familiaux ou nomm\u00e9s par les Conseils d\u2019administration\u00a0de grands groupes non cot\u00e9s en Bourse doivent absolument r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la meilleure mani\u00e8re de garantir la soutenabilit\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 et sa durabilit\u00e9 durant les g\u00e9n\u00e9rations \u00e0 venir. S\u2019agripper bec et ongles \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 familiale qui p\u00e9riclite n\u2019est bien entendu jamais la solution la plus soutenable \u00e0 moyen et long terme. <\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>F. N. H. : Face au d\u00e9ficit commercial grandissant, la ZLECAf, un march\u00e9 de plus d\u20191 milliard de consommateurs, peut-elle repr\u00e9senter une opportunit\u00e9 \u00e0 saisir afin d\u2019am\u00e9liorer la balance commerciale ? <\/p>\n<p>Kh. D. : Repenser l\u2019opportunit\u00e9 de l\u2019int\u00e9gration \u00e9conomique africaine dans le cadre de la ZLECAF (Zone de libre-\u00e9change continentale africaine) serait bien entendu une aubaine pour plus de 50 pays africains, s\u2019ils d\u00e9cidaient enfin de faire fonctionner un v\u00e9ritable bassin de plus de 1,3 milliard de consommateurs pour stimuler le commerce intra-africain, surtout si l\u2019on sait que la taille de ce march\u00e9 devrait presque doubler en l\u2019espace d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration (2,5 milliards d\u2019Africains en 2050). Le manque de profondeur du march\u00e9 domestique \u00e9tant un leitmotiv pour un tr\u00e8s grand nombre de pays africains, d\u00e9sireux de cr\u00e9er des licornes (1 Mrd de $ de CA), la baisse des droits de douane jusqu\u2019\u00e0 hauteur de 90% ne peut que lib\u00e9rer le potentiel des \u00e9changes commerciaux intra-africains. Je suis absolument convaincu que le salut de l\u2019Afrique\u00a0passera in\u00e9luctablement par des strat\u00e9gies d\u2019alliances bilat\u00e9rales ou multilat\u00e9rales au sein d\u2019un continent qui n\u2019a pas encore tir\u00e9 pleinement profit des dividendes d\u2019une int\u00e9gration \u00e9conomique, m\u00eame partiellement r\u00e9ussie. Tous les autres continents ont saisi l\u2019importance de la synergie collective en termes de construction d\u2019un d\u00e9veloppement \u00e9conomique, social et environnemental.<\/p>\n<p>Le protocole d\u2019accord de la ZLECAf est novateur et adapt\u00e9 \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 de notre continent. Il oblige les \u00c9tats parties \u00e0 prendre des mesures pour aider les femmes et les jeunes commer\u00e7ants \u00e0 tirer parti des possibilit\u00e9s offertes par la ZLECAf. Ces mesures comprennent l\u2019\u00e9limination des barri\u00e8res tarifaires et non tarifaires et la fourniture d\u2019informations commerciales, de formations et d\u2019autres formes d\u2019assistance technique (notamment en ce qui concerne l\u2019am\u00e9lioration de la productivit\u00e9 et de la capacit\u00e9 d\u2019exportation). Il favorise l\u2019acc\u00e8s au financement, une contrainte majeure pour les femmes et les jeunes commer\u00e7ants transfrontaliers, et les soutient dans d\u2019autres domaines sp\u00e9cifiques tels que la protection des droits de propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle (par exemple en les aidant \u00e0 enregistrer leurs inventions en vue de leur protection), la concurrence et le commerce num\u00e9rique. Il accorde une attention particuli\u00e8re aux petits commer\u00e7ants transfrontaliers en Afrique, qui sont principalement des femmes et des jeunes. Il exige que les \u00c9tats parties prennent des mesures pour les soutenir, notamment en simplifiant les syst\u00e8mes d\u2019enregistrement et en les aidant \u00e0 s\u2019int\u00e9grer dans le commerce formel. Il met l\u2019accent sur le renforcement de la participation des femmes et des jeunes commer\u00e7ants \u00e0 la formulation, \u00e0 la mise en \u0153uvre et \u00e0 l\u2019examen des politiques et des programmes commerciaux, y compris leur repr\u00e9sentation au sein des comit\u00e9s nationaux de mise en \u0153uvre de la ZLECAf. Il exige enfin que les \u00c9tats parties aient un dialogue permanent avec les femmes et les jeunes commer\u00e7ants et leurs associations afin d\u2019am\u00e9liorer l\u2019environnement commercial en vue d\u2019une mise en \u0153uvre efficace et inclusive de l\u2019Accord portant cr\u00e9ation de la ZLECAf. Si tous les arguments en faveur de l\u2019application de cet accord de 2021 ne sont pas suffisamment probants aux yeux de nos dirigeants, alors nous risquons d\u2019en payer le prix fort dans l\u2019avenir, en termes de r\u00e9chauffement climatique, de famines, de mouvements d\u00e9mographiques massifs et de pertes en vies humaines que nous devons d\u00e8s \u00e0 pr\u00e9sent contrer en travaillant \u00e0 la construction d\u2019une v\u00e9ritable Afrique r\u00e9siliente, int\u00e9gr\u00e9e et souveraine.\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Finances News Hebdo : Le Maroc b\u00e9n\u00e9ficie de nombreux accords de libre\u00e9change. 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