{"id":13030,"date":"2026-02-13T15:11:06","date_gmt":"2026-02-13T15:11:06","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/13030\/"},"modified":"2026-02-13T15:11:06","modified_gmt":"2026-02-13T15:11:06","slug":"crues-et-inondations-au-maroc-ou-quand-lurgence-devient-doctrine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/13030\/","title":{"rendered":"Crues et inondations au Maroc ou quand l\u2019urgence devient doctrine"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Il y a, au Maroc, une sc\u00e8ne qui se rejoue avec une r\u00e9gularit\u00e9 troublante. La pluie s\u2019installe, les oueds se gonflent, l\u2019eau franchit ses rives et s\u2019invite dans les maisons. Les routes c\u00e8dent, les r\u00e9coltes s\u2019effacent, les vies sont boulevers\u00e9es. Puis surgit le lexique convenu : \u00e9pisode exceptionnel, d\u00e9r\u00e8glement impr\u00e9visible, pluies hors normes, fatalit\u00e9 climatique. Comme si la nature, soudainement capricieuse, avait d\u00e9cid\u00e9 d\u2019outrepasser ses droits. Or la v\u00e9rit\u00e9 est moins spectaculaire et infiniment plus exigeante : ces catastrophes ne sont ni in\u00e9dites ni myst\u00e9rieuses. Elles sont, au contraire, profond\u00e9ment inscrites dans la m\u00e9moire des territoires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De Ksar El K\u00e9bir au bassin du Sebou, des plaines du Gharb jusqu\u2019au Souss, l\u2019histoire hydrologique du pays est document\u00e9e, cartographi\u00e9e, archiv\u00e9e. Les zones inondables sont connues, les couloirs d\u2019\u00e9coulement identifi\u00e9s, les sc\u00e9narios mod\u00e9lis\u00e9s. Le territoire parle depuis des d\u00e9cennies. C\u2019est notre \u00e9coute qui s\u2019est \u00e9mouss\u00e9e. Le paradoxe marocain tient en peu de mots : nous excellons dans l\u2019urgence, nous h\u00e9sitons dans l\u2019anticipation. Quand la crise \u00e9clate, l\u2019\u00c9tat r\u00e9pond pr\u00e9sent. Les secours se d\u00e9ploient avec c\u00e9l\u00e9rit\u00e9, la cha\u00eene institutionnelle se met en mouvement, la solidarit\u00e9 nationale s\u2019organise. Personne ne peut nier cette capacit\u00e9 de r\u00e9action fort r\u00e9elle. Le Maroc sait faire face. Il sait secourir, reloger, r\u00e9parer. Dans l\u2019instant critique, la machine publique fonctionne. Mais la ma\u00eetrise de l\u2019instant ne saurait tenir lieu de strat\u00e9gie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 force de fonctionner par \u00e0-coups, l\u2019exception est devenue routine. L\u2019\u00e9motion collective, intense et l\u00e9gitime, c\u00e8de rapidement la place \u00e0 l\u2019oubli. L\u2019attention se retire avec les eaux, jusqu\u2019\u00e0 la prochaine crue. Cette s\u00e9quence r\u00e9p\u00e9t\u00e9e a install\u00e9 une forme de normalit\u00e9 insidieuse, celle d\u2019une urgence permanente, \u00e9rig\u00e9e en mode de gouvernance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pourtant, nos pr\u00e9d\u00e9cesseurs entretenaient avec le territoire une relation plus humble et plus lucide. Ils construisaient sur les hauteurs, laissaient aux fleuves leurs lits majeurs, adaptaient cultures et implantations aux cycles des saisons. Ils ne th\u00e9orisaient pas la r\u00e9silience ; ils la pratiquaient. La toponymie, les archives locales, la configuration des m\u00e9dinas t\u00e9moignent d\u2019une intelligence g\u00e9ographique que nous avons parfois sacrifi\u00e9e \u00e0 la vitesse de l\u2019urbanisation. Digues, barrages, remblais, extensions urbaines\u00a0; ces outils sont indispensables. Mais ils ont parfois nourri l\u2019illusion dangereuse que la technique pouvait corriger la g\u00e9ographie. Or aucun ouvrage ne supprime un bassin versant. Aucun plan d\u2019am\u00e9nagement n\u2019abolit la pente. L\u2019eau suit sa logique, avec une constance que nos calendriers administratifs ignorent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le d\u00e9bat, d\u00e8s lors, ne doit pas s\u2019enfermer dans l\u2019\u00e9valuation de la r\u00e9action post-crise. Sur ce terrain, l\u2019honn\u00eatet\u00e9 commande de reconna\u00eetre les progr\u00e8s accomplis avec d\u00e9vouement. Ce qui m\u00e9rite examen, c\u2019est l\u2019amont ; l\u2019occupation du sol, la coh\u00e9rence entre documents d\u2019urbanisme et cartes de vuln\u00e9rabilit\u00e9, la discipline fonci\u00e8re, la p\u00e9dagogie du risque. \u00c0 Ksar El K\u00e9bir comme ailleurs, la question n\u2019est plus celle de la col\u00e8re de la nature. Elle est celle de notre ent\u00eatement \u00e0 l\u2019oublier entre deux \u00e9pisodes pluvieux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Gouverner, ce n\u2019est pas seulement r\u00e9parer ; c\u2019est pr\u00e9voir. Une politique publique mature ne peut se satisfaire d\u2019une excellence dans l\u2019apr\u00e8s. Elle doit investir l\u2019avant : planification rigoureuse, contr\u00f4le effectif des constructions en zones \u00e0 risque, culture partag\u00e9e du danger, arbitrages courageux face aux pressions fonci\u00e8res.<\/p>\n<p>La g\u00e9ographie ne se n\u00e9gocie pas<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le paradoxe de notre \u00e9poque tient en une formule : nous savons, mais nous n\u2019agissons pas en cons\u00e9quence. Jamais les territoires n\u2019ont \u00e9t\u00e9 aussi scrut\u00e9s, auscult\u00e9s, cartographi\u00e9s. Les mod\u00e8les hydrologiques sont pr\u00e9cis, les archives abondantes, les sc\u00e9narios connus. Ce qui fait d\u00e9faut n\u2019est pas la donn\u00e9e ; c\u2019est la traduction du savoir en d\u00e9cision. La m\u00e9moire des crues demeure dans les rapports techniques, rarement dans les plans d\u2019am\u00e9nagement. Nous raisonnons \u00e0 l\u2019\u00e9chelle d\u2019un mandat \u00e9lectif ; les rivi\u00e8res, elles, inscrivent leur logique dans le temps long.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 Ksar El K\u00e9bir, cette tension entre connaissance et action prend une dimension presque p\u00e9dagogique. La ville s\u2019\u00e9tend au c\u0153ur de la plaine alluviale du Loukkos, dans cet espace o\u00f9 le fleuve ralentit, s\u2019\u00e9largit, d\u00e9pose ses limons et recharge les sols. C\u2019est cette m\u00e9canique naturelle qui a fait la prosp\u00e9rit\u00e9 agricole de la r\u00e9gion. Mais toute fertilit\u00e9 fluviale porte en elle sa contrepartie : la crue. Rien, dans cette configuration, n\u2019a jamais relev\u00e9 du secret. Les chroniques anciennes mentionnent d\u00e9j\u00e0 des d\u00e9bordements atteignant les abords urbains. Au XX\u1d49 si\u00e8cle, les archives recensent des \u00e9pisodes r\u00e9p\u00e9t\u00e9s : ann\u00e9es 1930, puis 1940 et 1950, ensuite 1960 et 1970. La crue n\u2019\u00e9tait pas l\u2019exception capricieuse ; elle constituait le rythme du territoire. Une respiration saisonni\u00e8re, parfois violente, mais inscrite dans l\u2019ordre des choses.<\/p>\n<p>LIRE AUSSI :\u00a0<a style=\"color: #008000;\" href=\"https:\/\/maroc-diplomatique.net\/crues-et-dereglement-climatique-une-nouvelle-donne-pour-le-maroc\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener nofollow\">Crues et d\u00e9r\u00e8glement climatique : une nouvelle donne pour le Maroc<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est d\u2019ailleurs en reconnaissance de cette r\u00e9alit\u00e9 structurelle qu\u2019a \u00e9t\u00e9 \u00e9difi\u00e9, \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1970, le Barrage Oued El Makhazine. Son ambition n\u2019\u00e9tait pas d\u2019abolir le risque puisque nul ing\u00e9nieur s\u00e9rieux ne nourrit pareille illusion, mais d\u2019en amortir les effets, de r\u00e9guler les pics, de prot\u00e9ger terres et habitations. Autrement dit, l\u2019infrastructure elle-m\u00eame admettait que le danger relevait de la permanence, non de l\u2019accident. Puis s\u2019est insinu\u00e9 un glissement plus insidieux. La pr\u00e9sence des ouvrages hydrauliques a progressivement install\u00e9 un sentiment de s\u00e9curit\u00e9 d\u00e9finitive. Les zones basses, autrefois consid\u00e9r\u00e9es comme espaces d\u2019expansion naturelle, sont devenues des r\u00e9serves fonci\u00e8res. On a remblay\u00e9, morcel\u00e9, construit. On a r\u00e9duit l\u2019espace du fleuve tout en densifiant la pr\u00e9sence humaine \u00e0 ses abords. Comme si la technique avait abrog\u00e9 la g\u00e9ographie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or un barrage ne supprime pas une crue ; il en module la temporalit\u00e9. Lorsque les pluies d\u00e9passent les seuils de r\u00e9gulation et que les retenues atteignent leurs limites, l\u2019eau reprend sa trajectoire originelle. Elle retourne l\u00e0 o\u00f9 elle s\u2019\u00e9talait autrefois, dans son lit naturel. Les inondations r\u00e9centes ne constituent donc pas une anomalie historique. Elles prolongent une s\u00e9quence document\u00e9e depuis pr\u00e8s d\u2019un si\u00e8cle. Ce qui a chang\u00e9, ce n\u2019est pas le fleuve mais notre mani\u00e8re d\u2019habiter son territoire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous avons substitu\u00e9 \u00e0 une culture d\u2019adaptation une culture d\u2019amn\u00e9sie. L\u00e0 o\u00f9 l\u2019on laissait au cours d\u2019eau ses marges de respiration, nous avons fig\u00e9 l\u2019espace. L\u00e0 o\u00f9 l\u2019on pensait en cycles, nous planifions en urgence. La responsabilit\u00e9 ne se limite pas aux caprices du climat, elle engage l\u2019urbanisme, la discipline fonci\u00e8re, la coh\u00e9rence institutionnelle ; et, plus profond\u00e9ment, notre rapport au temps. La g\u00e9ographie, elle, ne se trompe jamais. Elle rappelle, avec constance, que chaque territoire a sa logique propre. L\u2019intelligence politique ne consiste pas \u00e0 la contester, mais \u00e0 s\u2019y accorder.<\/p>\n<p>Le co\u00fbt politique de l\u2019amn\u00e9sie territoriale<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00c0 Ksar El K\u00e9bir, la crue n\u2019est pas seulement un ph\u00e9nom\u00e8ne hydraulique. Elle illustre une d\u00e9rive plus large et met \u00e0 nu une conviction tenace : nous continuons \u00e0 am\u00e9nager le territoire comme si ses contraintes \u00e9taient discutables, amendables, contournables. Nous parlons d\u2019\u00ab \u00e9v\u00e9nements extr\u00eames \u00bb pour \u00e9viter de nommer ce qu\u2019ils sont souvent : les cons\u00e9quences pr\u00e9visibles d\u2019une occupation inadapt\u00e9e de l\u2019espace.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette amn\u00e9sie territoriale constitue l\u2019un des angles morts les plus co\u00fbteux de nos politiques publiques. Co\u00fbteux en vies boulevers\u00e9es, en ressources englouties, en confiance entam\u00e9e. Nous traitons l\u2019inondation comme un accident ponctuel, alors qu\u2019elle rel\u00e8ve d\u2019un fait g\u00e9ographique durable. Nous investissons massivement dans la r\u00e9paration, plus timidement dans l\u2019intelligence du sol. Nous reconstruisons vite, mais pas toujours juste. \u00c0 force de reb\u00e2tir \u00e0 l\u2019identique, nous transformons l\u2019exception en m\u00e9canique. Le d\u00e9sastre devient alors moins naturel que syst\u00e9mique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u2019embl\u00e9e, tant que l\u2019\u00e9talement urbain continuera de grignoter les zones humides et les plaines d\u2019expansion, la r\u00e9p\u00e9tition des drames restera une probabilit\u00e9 \u00e9lev\u00e9e. L\u00e0 o\u00f9 l\u2019eau devait circuler, s\u2019\u00e9tendre, dissiper son \u00e9nergie, nous avons artificialis\u00e9, compartiment\u00e9, densifi\u00e9. En r\u00e9duisant l\u2019espace du fleuve, nous avons m\u00e9caniquement amplifi\u00e9 la vuln\u00e9rabilit\u00e9 humaine. Ce n\u2019est pas l\u2019al\u00e9a qui s\u2019intensifie seul ; non, c\u2019est notre exposition qui s\u2019accro\u00eet.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">R\u00e9habiliter la m\u00e9moire territoriale ne signifie pas c\u00e9der \u00e0 la nostalgie. Il s\u2019agit d\u2019en faire un outil de d\u00e9cision. Cela suppose de replacer la g\u00e9ographie au centre de l\u2019am\u00e9nagement, sanctuariser les zones d\u2019expansion des crues, limiter strictement l\u2019urbanisation en plaine inondable, concevoir des espaces capables d\u2019accueillir l\u2019eau plut\u00f4t que de la repousser, et surtout int\u00e9grer syst\u00e9matiquement l\u2019histoire des inondations dans chaque document de planification et toute strat\u00e9gie de croissance. Autrement dit, cesser d\u2019opposer d\u00e9veloppement et prudence, et les r\u00e9concilier dans une vision coh\u00e9rente.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La fronti\u00e8re entre ville et campagne, par ailleurs, s\u2019efface. Les p\u00e9riph\u00e9ries rurales s\u2019urbanisent \u00e0 grande vitesse, souvent sans cadre suffisant, sans culture du risque, reproduisant ailleurs les vuln\u00e9rabilit\u00e9s d\u2019hier. L\u2019urbanisme perd en coh\u00e9rence ce qu\u2019il gagne en rapidit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le d\u00e9ficit n\u2019est pas cognitif. Les risques sont identifi\u00e9s, mod\u00e9lis\u00e9s, connus. Ce qui fait d\u00e9faut, c\u2019est la capacit\u00e9 collective \u00e0 transformer chaque catastrophe en inflexion structurelle. Nous excellons dans la r\u00e9action n\u00e9anmoins, nous demeurons fragiles dans la pr\u00e9vention. Or un drame devrait produire autre chose qu\u2019une s\u00e9quence d\u2019\u00e9motion et d\u2019annonces. Il devrait devenir doctrine. Car une inondation peut relever de la nature mais un d\u00e9sastre, lui, r\u00e9sulte presque toujours d\u2019un choix. Le changement climatique accentue les intensit\u00e9s, acc\u00e9l\u00e8re les rythmes, rend les \u00e9pisodes plus brutaux. Mais il n\u2019invente pas les vuln\u00e9rabilit\u00e9s ; il les r\u00e9v\u00e8le et les d\u00e9voile. Il agit comme un projecteur sur nos d\u00e9cisions pass\u00e9es, nos arbitrages fonciers, nos silences r\u00e9glementaires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La question, d\u00e8s lors, d\u00e9passe la technique \u2026 elle est culturelle. Sommes-nous capables d\u2019\u00e9couter la m\u00e9moire physique de nos paysages ? Un territoire n\u2019oublie rien, ni ses pentes, ni ses lits majeurs, ni ses cycles hydrologiques. Seules les soci\u00e9t\u00e9s choisissent parfois d\u2019ignorer ce qu\u2019elles savent d\u00e9j\u00e0.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 Ksar El K\u00e9bir, l\u2019eau ne surprend pas ; elle rappelle. Elle rappelle que la g\u00e9ographie a le dernier mot. Le courage politique, aujourd\u2019hui, ne consiste plus seulement \u00e0 g\u00e9rer la crue avec efficacit\u00e9 \u2013 ce que le Maroc sait faire tr\u00e8s bien \u2013 mais \u00e0 emp\u00eacher que la suivante ne devienne, une fois encore, un drame annonc\u00e9. Il ne s\u2019agit pas de contenir l\u2019eau \u00e0 tout prix. Cela rel\u00e8ve de l\u2019illusion. Il s\u2019agit de lui redonner de l\u2019espace, d\u2019adapter l\u2019urbanisation, de faire de chaque catastrophe un tournant et non un simple \u00e9pisode. Passer d\u2019un mod\u00e8le h\u00e9ro\u00efque de gestion de crise \u00e0 une strat\u00e9gie patiente de pr\u00e9vention.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019eau ne surprend jamais. Elle pr\u00e9vient. Et ce qui s\u2019est jou\u00e9 \u00e0 Ksar El K\u00e9bir d\u00e9passe le cadre d\u2019une crue. Ce n\u2019est pas seulement un d\u00e9bordement ; c\u2019est la mise \u00e0 nu d\u2019un d\u00e9s\u00e9quilibre ancien, celui d\u2019un am\u00e9nagement qui a trop souvent pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 la vitesse \u00e0 la lucidit\u00e9. Lorsque l\u2019eau envahit la ville, elle ne fait que reprendre l\u2019espace que nous lui avons refus\u00e9. Le v\u00e9ritable courage politique, aujourd\u2019hui, ne se mesure plus \u00e0 la qualit\u00e9 de la r\u00e9action, mais \u00e0 la capacit\u00e9 d\u2019anticipation. G\u00e9rer l\u2019inondation avec efficacit\u00e9 est une n\u00e9cessit\u00e9\u00a0; emp\u00eacher qu\u2019elle ne devienne un drame r\u00e9current est une responsabilit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Certes, le Maroc a prouv\u00e9 qu\u2019il savait se mobiliser dans l\u2019\u00e9preuve mais l\u2019\u00e9tape suivante est plus exigeante . Il est imp\u00e9ratif d\u2019inscrire la pr\u00e9vention dans la dur\u00e9e, faire de chaque catastrophe une r\u00e9forme et de chaque alerte une d\u00e9cision structurante. Sortir du r\u00e9flexe h\u00e9ro\u00efque pour entrer dans la discipline patiente. Car les crues reviendront, elles font partie de la g\u00e9ographie. La seule inconnue, d\u00e9sormais, n\u2019est pas hydrologique, elle est plut\u00f4t politique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Choisirons-nous encore de r\u00e9parer ce que nous aurions pu \u00e9viter\u00a0? Ou accepterons-nous, enfin, d\u2019habiter le territoire tel qu\u2019il est, et non tel que nous voudrions qu\u2019il soit ?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Il y a, au Maroc, une sc\u00e8ne qui se rejoue avec une r\u00e9gularit\u00e9 troublante. 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