{"id":134278,"date":"2026-06-18T19:41:19","date_gmt":"2026-06-18T19:41:19","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/134278\/"},"modified":"2026-06-18T19:41:19","modified_gmt":"2026-06-18T19:41:19","slug":"migrants-en-tunisie-la-realite-glacante-des-enfants-fantomes-nawaat","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/134278\/","title":{"rendered":"Migrants en Tunisie\u00a0: La r\u00e9alit\u00e9 gla\u00e7ante des enfants fant\u00f4mes \u2013 Nawaat"},"content":{"rendered":"<p class=\"has-drop-cap\">Vendredi, jour de pri\u00e8re. \u00c0 la sortie de la mosqu\u00e9e Al Qods au centre-ville de Tunis, une jeune femme d\u2019origine subsaharienne serre contre elle une fillette de 18 mois. Un gar\u00e7on de 6 ans se tient \u00e0 c\u00f4t\u00e9. Chaleur de plomb. Le b\u00e9b\u00e9 peine \u00e0 ouvrir les yeux, enfouit son visage dans l\u2019\u00e9paule de sa m\u00e8re. Celle-ci tend un sac en plastique.<\/p>\n<p>D\u2019autres mendiants observent la sc\u00e8ne depuis leur emplacement, ce bout de trottoir, devenu un territoire strat\u00e9gique. La concurrence est rude. \u00ab\u00a0Notre pr\u00e9sence n\u2019est pas toujours bien accueillie\u00a0\u00bb, confie la jeune femme. M\u00eame parmi les fid\u00e8les, les r\u00e9actions peuvent \u00eatre hostiles : \u00ab\u00a0Certains me bousculent en passant et marmonnent des mots en arabe\u00a0\u00bb, se d\u00e9sole-t-elle.<\/p>\n<p>Le petit gar\u00e7on, lui, sourit. Un sourire \u00e9clatant, presque insolent face \u00e0 la duret\u00e9 du lieu. Il se dit originaire de Sierra Leone. Son p\u00e8re serait rentr\u00e9 au pays. Lui compte l\u2019y rejoindre un jour. L\u2019\u00e9cole ? \u00ab\u00a0Il n\u2019est pas l\u00e0 pour \u00e7a\u00a0\u00bb, tranche sa pr\u00e9tendue m\u00e8re.<\/p>\n<p>Le r\u00e9cit s\u2019effrite d\u00e9j\u00e0. Elle affirme maintenant qu\u2019il viendrait du Nigeria. Elle ne parle qu\u2019anglais. Ils \u00e9changent parfois dans une langue locale, code intime qui \u00e9chappe aux passants, et peut-\u00eatre, par moments, \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>Arriv\u00e9e il y a deux ans par voie terrestre, le gar\u00e7on accroch\u00e9 \u00e0 sa main. \u00ab\u00a0La travers\u00e9e ? C\u2019\u00e9tait horrible\u00a0\u00bb, dit-elle seulement, comme pour refouler un souvenir trop douloureux. Sa fille est n\u00e9e en Tunisie. Depuis, incapable de travailler, elle mendie. Le p\u00e8re est reparti, via le programme de \u00ab\u00a0retour volontaire\u00a0\u00bb de l\u2019Organisation mondiale pour la migration (OIM).<\/p>\n<p>De l\u2019avenir, elle ne parle qu\u2019avec lassitude, le regard tourn\u00e9 vers la rue. \u00ab\u00a0Ici, il n\u2019y a pas d\u2019avenir pour nous. On survit, on ne vit pas\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Cette sc\u00e8ne est loin d\u2019\u00eatre isol\u00e9e. \u00c0 quelques m\u00e8tres de l\u00e0, sur la place Bab Bhar, au centre-ville de Tunis, deux adolescents d\u00e9ambulent entre les passants affair\u00e9s. Ils tendent la main, sollicitent une aide, sans attirer l\u2019attention. L\u2019indiff\u00e9rence semble totale.<\/p>\n<p>Un ph\u00e9nom\u00e8ne qui prend de l\u2019ampleur<\/p>\n<p>Selon les organisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile consult\u00e9es par l\u2019Organisation mondiale contre la torture (OMCT), le recours \u00e0 la mendicit\u00e9 s\u2019est intensifi\u00e9 chez les personnes d\u2019origine subsaharienne, particuli\u00e8rement dans le centre-ville de Tunis, au cours de la seconde moiti\u00e9 de 2025.<\/p>\n<p>En premi\u00e8re ligne : des femmes accompagn\u00e9es de leurs enfants, mais aussi des enfants livr\u00e9s \u00e0 eux-m\u00eames, s\u00e9par\u00e9s de leurs parents. Cette recrudescence co\u00efnciderait avec l\u2019intensification des op\u00e9rations de d\u00e9mant\u00e8lement des campements informels et avec une paup\u00e9risation toujours plus extr\u00eame. 6 % des enfants suivis par une organisation humanitaire d\u00e9clarent avoir mendi\u00e9 en 2025 pour survivre, lit-on dans un r\u00e9cent rapport publi\u00e9 par l\u2019OMCT.<\/p>\n<p>Toutes les situations ne se ressemblent pas. Certains enfants mendient seuls, sans adulte pour les encadrer. D\u2019autres y sont contraints par des tiers, famille ou non. Une exploitation \u00e9conomique pure qui peut basculer en traite des \u00eatres humains.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/enfant-subsahariens-3-2000px.jpg\" class=\"center-block img-responsive lazy\"\/><\/p>\n<p>Avril 2026 Tunis \u2013 Journ\u00e9e portes ouvertes de l\u2019organisation internationale pour les migrations, visant \u00e0 renforcer l\u2019acc\u00e8s des migrants \u00e0 l\u2019information sur les services d\u2019assistance disponibles- OIM FB<\/p>\n<p>En moyenne, la manche rapporterait 30 dinars par jour, selon l\u2019heure, le lieu, la concurrence sur le trottoir. Mais cette pr\u00e9sence accrue dans les rues a son revers : elle s\u2019accompagne d\u2019une multiplication des arrestations, indique ledit rapport.<\/p>\n<p>Des milliers d\u2019enfants, hors de tout recensement<\/p>\n<p>Cette m\u00e8re et ses deux enfants ne sont qu\u2019un visage parmi des milliers d\u2019autres, noy\u00e9s dans les chiffres froids des agences onusiennes. La plupart \u00e9chappent \u00e0 tout recensement. Les naissances passent sous les radars administratifs. Les entr\u00e9es irr\u00e9guli\u00e8res par voie terrestre ne laissent jamais de trace.<\/p>\n<p>Au 30 avril 2025, selon l\u2019OMCT, ces enfants venaient en majorit\u00e9 de Syrie (44 %), du Soudan (22,6 %) et de Somalie (5,9 %). Le HCR en recensait 1 522, r\u00e9fugi\u00e9s ou demandeurs d\u2019asile. 19 % du total des personnes enregistr\u00e9es. 313 d\u2019entre eux, seuls au monde, sans parent ni tuteur. Au 30 d\u00e9cembre, l\u2019agence n\u2019en h\u00e9bergeait plus que 172, dont 129 livr\u00e9s \u00e0 eux-m\u00eames.<\/p>\n<p>D\u2019autres frappent \u00e0 la porte de l\u2019asile sans jamais l\u2019entrouvrir. Entre juin 2024 et d\u00e9cembre 2025, 220 enfants ont demand\u00e9 une protection internationale sans parvenir \u00e0 s\u2019enregistrer. 125 d\u2019entre eux, sont des orphelins, sans aucun accompagnement. Des existences administrativement fant\u00f4mes.<\/p>\n<p>L\u2019OIM, elle, a recens\u00e9 3 480 nouveaux enfants pour la seule ann\u00e9e 2025. Pr\u00e8s de 800 mineurs isol\u00e9s, de l\u2019un ou de leurs deux parents, morts ou disparus quelque part sur la route. Fin d\u00e9cembre, 1 350 enfants prot\u00e9g\u00e9s vivaient encore hors de tout foyer.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"hpspace lazy\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/subsahariennes-enceintes-feat.jpg\"\/><\/p>\n<p>Combien sont-ils vraiment \u00e0 errer sur le sol tunisien? Nul ne le sait. En croisant les registres du HCR et de l\u2019OIM, le total franchirait les 5 000 enfants pour la seule ann\u00e9e 2025. Un chiffre qui oublie d\u00e9j\u00e0 les parents qui n\u2019ont jamais cherch\u00e9 \u00e0 se signaler, et les nouveau-n\u00e9s qui grandissent, invisibles, dans les marges de cette comptabilit\u00e9 humaine.<\/p>\n<p>Le droit d\u2019exister l\u00e9galement, en th\u00e9orie seulement<\/p>\n<p>Derri\u00e8re ces chiffres, un droit fondamental bafou\u00e9 : celui d\u2019exister l\u00e9galement. Beaucoup de parents n\u2019arrivent jamais au bout du parcours administratif trop complexe, pour faire enregistrer la naissance de leur enfant. D\u2019autres n\u2019avaient pas r\u00e9ussi \u00e0 le d\u00e9clarer avant d\u2019entrer sur le territoire, faute d\u2019acc\u00e8s aux ambassades. Certains, enfin, ont vu leurs papiers confisqu\u00e9s ou perdus lors d\u2019arrestations, de d\u00e9placements forc\u00e9s, d\u2019expulsions.<\/p>\n<p>Pour contourner ces murs, certains usurpent une identit\u00e9, ou d\u00e9truisent eux-m\u00eames leurs documents, alerte l\u2019OMCT.<\/p>\n<p>R\u00e9sultat : des centaines d\u2019enfants grandissent sans existence l\u00e9gale, expos\u00e9s \u00e0 l\u2019apatridie, \u00e0 la s\u00e9paration familiale, priv\u00e9s de toute issue durable.<\/p>\n<p>L\u2019acc\u00e8s aux soins n\u2019est gu\u00e8re plus simple. Malnutrition, maladies infectieuses, d\u00e9tresse psychologique : les besoins sont nombreux, les barri\u00e8res aussi. Pas de papiers, des naissances qui n\u2019ont jamais eu lieu \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, des enfants sans tuteur l\u00e9gal pour les repr\u00e9senter.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9cole reste \u00e9galement une porte ferm\u00e9e. L\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9ducation est syst\u00e9matiquement bloqu\u00e9. Il y a la barri\u00e8re de la langue\u00a0: ni arabophones ni francophones, beaucoup restent \u00e0 la porte des classes. A cela s\u2019ajoute, l\u2019absence de papiers ou de tuteur. En somme\u00a0: le syst\u00e8me \u00e9ducatif manque de moyens pour accueillir des profils si divers. Grandir, ici, rel\u00e8ve pour beaucoup d\u2019un pari impossible. \u00ab\u00a0Il n\u2019y a pas d\u2019avenir ici en Tunisie, surtout pour les enfants\u00a0\u00bb, tranche la jeune migrante.<\/p>\n<p>La prise en charge institutionnelle, quand elle existe, reste pr\u00e9caire et provisoire. Les travailleurs sociaux manquent de formation sp\u00e9cifique, les structures de protection sont trop peu nombreuses, la coordination entre Etat et soci\u00e9t\u00e9 civile fait souvent d\u00e9faut.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Si on essaie de trouver des solutions pour des mineurs \u00e9trangers, les services de protection nous r\u00e9pondent : vous \u00eates \u00e0 la mauvaise adresse, allez voir le minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur\u00a0\u00bb, r\u00e9sume un acteur de terrain.<\/p>\n<p>La protection internationale, elle, s\u2019est largement referm\u00e9e depuis juin 2024. Le droit d\u2019asile y est suspendu. Concr\u00e8tement, toute famille, tout enfant arriv\u00e9 apr\u00e8s cette date ne peut plus s\u2019enregistrer comme demandeur d\u2019asile. Ceux d\u00e9j\u00e0 enregistr\u00e9s ne b\u00e9n\u00e9ficient que d\u2019une protection partielle, sans r\u00e9installation possible. Tous les autres, jamais enregistr\u00e9s avant juin 2024, se retrouvent dans un vide juridique. Le \u00ab\u00a0retour volontaire\u00a0\u00bb, lui, se heurte \u00e0 l\u2019absence de documents prouvant identit\u00e9, liens familiaux ou nationalit\u00e9, rendant le rapatriement et le regroupement familial souvent impossibles. R\u00e9sultat : une paup\u00e9risation de ces enfants, et leur exposition \u00e0 de multiples violences.<\/p>\n<p>Traite des \u00eatres humains<\/p>\n<p>La mendicit\u00e9 n\u2019est souvent que la partie visible d\u2019un syst\u00e8me bien plus vaste. Dans le sud de la Tunisie, 70 % des enfants suivis par une organisation humanitaire affirment avoir \u00e9t\u00e9, en 2025, victimes de traite des \u00eatres humains sous des formes multiples, dont les enl\u00e8vements pour ran\u00e7on.<\/p>\n<p>Les enl\u00e8vements pour ran\u00e7on ne sont pas nouveaux. Mais le ph\u00e9nom\u00e8ne n\u2019a cess\u00e9 de s\u2019\u00e9tendre. Le sc\u00e9nario reste le m\u00eame : rep\u00e9rage d\u2019une cible, enl\u00e8vement, demande de ran\u00e7on, n\u00e9gociation, puis lib\u00e9ration quand elle a lieu.<\/p>\n<p>Les sommes exig\u00e9es, entre 400 et 1 500 euros le plus souvent, varient selon les ressources suppos\u00e9es des familles. Apr\u00e8s une premi\u00e8re intensification d\u00e9but 2024 autour de Sfax et de Kasserine, le ph\u00e9nom\u00e8ne s\u2019est \u00e9tendu en 2025 \u00e0 Zarzis, \u00e0 Tunis, \u00e0 M\u00e9denine. Les victimes d\u00e9crivent des actes d\u2019une extr\u00eame violence durant leur captivit\u00e9.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/enfant-subsahariens-4-2000px.jpg\" class=\"center-block img-responsive lazy\"\/><\/p>\n<p>Juin 2026 Tunis \u2013 2732 est le nombre de migrants ayant b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de l\u2019aide au retour volontaire de l\u2019OIM vers leur pays d\u2019origine depuis janvier 2026 \u2013 OIM FB<\/p>\n<p>Plus inqui\u00e9tant encore : l\u2019apparition, document\u00e9e pour la premi\u00e8re fois en 2025, de la servitude pour dettes. Une personne est ainsi contrainte de travailler, ou de rester sous l\u2019emprise de quelqu\u2019un, pour rembourser une dette con\u00e7ue, d\u00e8s l\u2019origine, pour ne pouvoir jamais \u00eatre rembours\u00e9e. Une forme d\u2019esclavage moderne, qui s\u2019ajoute \u00e0 une pratique plus ancienne mais toujours signal\u00e9e : la vente de personnes en d\u00e9placement, enfants compris, \u00e0 des autorit\u00e9s libyennes, contre de l\u2019argent ou du carburant.<\/p>\n<p>Le travail forc\u00e9 reste la manifestation la plus r\u00e9pandue : 59 % des enfants interrog\u00e9s dans le sud d\u00e9clarent y avoir \u00e9t\u00e9 soumis. L\u2019exploitation sexuelle, elle, prend plusieurs visages\u00a0: prostitution forc\u00e9e, ou rapports sexuels \u00ab\u00a0n\u00e9goci\u00e9s\u00a0\u00bb contre nourriture, eau, ou tout autre bien de premi\u00e8re n\u00e9cessit\u00e9.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"hpspace lazy\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/1781019442.jpeg\"\/><\/p>\n<p>Des filles, parfois tr\u00e8s jeunes, en sont victimes. Certains t\u00e9moignages \u00e9voquent m\u00eame ces pratiques comme monnaie d\u2019\u00e9change pour financer la travers\u00e9e de la M\u00e9diterran\u00e9e. Des r\u00e9seaux criminels, tunisiens ou compos\u00e9s de migrants eux-m\u00eames, continueraient d\u2019organiser cette exploitation.<\/p>\n<p>D\u00e9tentions arbitraires et d\u00e9portations forc\u00e9es<\/p>\n<p>Cette spirale de violence ne s\u2019arr\u00eate pas aux arrestations. L\u2019OMCT documente une hausse des d\u00e9tentions arbitraires, parfois secr\u00e8tes: un quart des enfants en d\u00e9placement (25 %) d\u00e9clarent avoir \u00e9t\u00e9 d\u00e9tenus sans aucune garantie proc\u00e9durale, dans des conditions souvent d\u00e9plorables, aggrav\u00e9es par la surpopulation, le manque de soins, et la violence.<\/p>\n<p>Pr\u00e8s d\u2019un d\u00e9tenu \u00e9tranger sur cinq, dans les prisons tunisiennes, a moins de 20 ans. Beaucoup de ces enfants se retrouvent derri\u00e8re les m\u00eames murs que des adultes. Dans les centres de r\u00e9\u00e9ducation pour mineurs, un d\u00e9tenu sur dix est un enfant en d\u00e9placement.<\/p>\n<p>Le risque le plus redout\u00e9 demeure le d\u00e9placement forc\u00e9 vers les zones frontali\u00e8res, ou la d\u00e9portation vers la Libye ou l\u2019Alg\u00e9rie : au moins 12 000 personnes en ont fait l\u2019exp\u00e9rience entre janvier et avril 2025, majoritairement pouss\u00e9es vers l\u2019Alg\u00e9rie.<\/p>\n<p>Pour les enfants, c\u2019est la violation la plus fr\u00e9quemment rapport\u00e9e : deux sur trois (67 %) l\u2019ont v\u00e9cue. Le droit international y voit, dans bien des cas, des actes assimilables \u00e0 la torture. Ces op\u00e9rations brisent aussi des familles, parfois jusqu\u2019\u00e0 la disparition forc\u00e9e, laissant des enfants sans tuteur, plus vuln\u00e9rables encore face aux abus.<\/p>\n<p>A cette violence institutionnelle s\u2019ajoute une violence du quotidien : des agents de l\u2019Etat, lors de contr\u00f4les ou de d\u00e9portations ; des voisins de campement, dans des tensions intracommunautaires, des citoyens tunisiens, par x\u00e9nophobie ou racisme ordinaire. Certains enfants, \u00e0 bout de d\u00e9sillusion, choisissent eux-m\u00eames de partir. D\u2019autres sont aussi concern\u00e9s par les programmes de \u00ab\u00a0retour volontaire\u00a0\u00bb vers leur pays d\u2019origine.<\/p>\n<p>Le droit international encadre pourtant strictement ces retours : l\u2019int\u00e9r\u00eat sup\u00e9rieur de l\u2019enfant et le droit \u00e0 l\u2019unit\u00e9 familiale doivent primer, un adulte responsable doit accompagner chaque mineur, un accueil digne doit l\u2019attendre \u00e0 son arriv\u00e9e.<\/p>\n<p>Pour les victimes de traite, le retour devrait rester volontaire et tenir compte de leur s\u00e9curit\u00e9. Sur le terrain, pourtant, les v\u00e9rifications d\u2019identit\u00e9 et de filiation restent largement absentes. Une faille qui ouvre la porte \u00e0 des d\u00e9parts d\u2019enfants dont la filiation n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 confirm\u00e9e, sans le moindre contr\u00f4le m\u00e9dical en amont. Ces v\u00e9rifications ne sont pas de simples formalit\u00e9s. Elles engagent l\u2019Etat tunisien, tenu d\u2019\u00e9valuer chaque situation pour respecter le principe de non-refoulement.<\/p>\n<p>Dans les faits, aucune de ces garanties ne semble appliqu\u00e9e. Le programme de retour organis\u00e9 par les autorit\u00e9s tunisiennes ne pr\u00e9voit aucune proc\u00e9dure formelle pour d\u00e9terminer l\u2019int\u00e9r\u00eat sup\u00e9rieur de l\u2019enfant, ni aucun m\u00e9canisme pour retrouver sa famille ou identifier un adulte responsable \u00e0 son arriv\u00e9e.<\/p>\n<p>L\u2019OMCT a document\u00e9 des cas o\u00f9 des retours ont, au contraire, provoqu\u00e9 des s\u00e9parations familiales. Et une fois rentr\u00e9s, ces enfants ne b\u00e9n\u00e9ficient d\u2019aucun programme structur\u00e9 de r\u00e9int\u00e9gration, ni d\u2019acc\u00e8s aux moyens de subsistance, ni de services de base, ni de soutien communautaire. Un doute s\u00e9rieux plane sur la durabilit\u00e9 de ces retours, et sur le risque qu\u2019ils ne d\u00e9bouchent, t\u00f4t ou tard, sur une nouvelle tentative de migration.<\/p>\n<p>Devant la mosqu\u00e9e Al Qods, la pri\u00e8re du vendredi touche \u00e0 sa fin. Les fid\u00e8les se dispersent, les pi\u00e8ces donn\u00e9es s\u2019amenuisent. La jeune m\u00e8re reprend sa fille dans ses bras pour rejoindre un autre trottoir. Demain, elle sera ailleurs, dans une autre file d\u2019attente invisible. Celle, sans fin, des enfants que la Tunisie ne compte pas, ne soigne pas, ne scolarise pas, mais que ses institutions, \u00e0 l\u2019occasion, savent encore arr\u00eater, d\u00e9tenir ou expulser.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Vendredi, jour de pri\u00e8re. \u00c0 la sortie de la mosqu\u00e9e Al Qods au centre-ville de Tunis, une jeune&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":134279,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":"","_share_on_mastodon":"0"},"categories":[120],"tags":[4714,2779,4712,4713,4715,1070,124],"class_list":["post-134278","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-tunisie","tag-democracy","tag-democratie","tag-journalism","tag-journalisme","tag-public-interest-journalism","tag-tunisia","tag-tunisie"],"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@afrique\/116772817103132348","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/134278","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=134278"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/134278\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/134279"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=134278"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=134278"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=134278"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}