{"id":141551,"date":"2026-06-26T18:06:16","date_gmt":"2026-06-26T18:06:16","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/141551\/"},"modified":"2026-06-26T18:06:16","modified_gmt":"2026-06-26T18:06:16","slug":"maroc-les-reseaux-sociaux-redessinent-le-paysage-mediatique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/141551\/","title":{"rendered":"Maroc : les r\u00e9seaux sociaux redessinent le paysage m\u00e9diatique"},"content":{"rendered":"<p>Consommation record, confiance en berne. Avec seulement 28% de taux de confiance, selon le Digital news report 2026, les m\u00e9dias marocains traversent une crise de l\u00e9gitimit\u00e9 profonde. En migrant massivement vers les plateformes sociales, le public a transform\u00e9 l\u2019actualit\u00e9 en objet de partage et de contestation, bousculant d\u00e9finitivement les hi\u00e9rarchies traditionnelles.<\/p>\n<p>L\u2019information n\u2019arrive plus par la grande porte des journaux t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s ou des unes de presse. Elle surgit, se fragmente, se partage, se conteste\u2026 en ligne. Au Maroc, cette bascule num\u00e9rique ne rel\u00e8ve plus d\u2019une transition en cours, elle est devenue le nouvel ordre qui fa\u00e7onne le paysage m\u00e9diatique. Mais cette acc\u00e9l\u00e9ration a son revers. Plus l\u2019information circule, moins elle semble inspirer confiance.<\/p>\n<p>Le Digital news report 2026 du Reuters Institute dresse un constat s\u00e9v\u00e8re. Seuls 28% des Marocains interrog\u00e9s d\u00e9clarent faire confiance aux m\u00e9dias. Un niveau qui place le Maroc parmi les plus mal class\u00e9s des 48 pays analys\u00e9s. Le malaise ne tient pas seulement \u00e0 la concurrence des r\u00e9seaux sociaux. Il renvoie aussi \u00e0 une perception plus profonde, celle d\u2019un paysage m\u00e9diatique jug\u00e9 insuffisamment ind\u00e9pendant, prudent sur les sujets sensibles et souvent align\u00e9 sur les \u00e9l\u00e9ments du discours institutionnel. Un constat paradoxal s\u2019impose. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019actualit\u00e9 n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 aussi large, et de l\u2019autre, la relation entre le public et les m\u00e9dias n\u2019a jamais paru aussi fragile.<\/p>\n<p>Selon le rapport, pr\u00e8s de 83% des Marocains s\u2019informent d\u00e9sormais en ligne. Les sites d\u2019information, les r\u00e9seaux sociaux, les podcasts et, plus r\u00e9cemment, les usages li\u00e9s \u00e0 l\u2019intelligence artificielle, composent un \u00e9cosyst\u00e8me devenu central. La progression est nette avec une part du num\u00e9rique dans la consommation d\u2019actualit\u00e9 qui serait pass\u00e9e d\u2019environ 79% en 2024 \u00e0 82% en 2025, avant d\u2019atteindre 83% en 2026.<\/p>\n<p>Le triomphe des plateformes et du partage<br \/>Face \u00e0 cet engouement, les m\u00e9dias traditionnels reculent ou stagnent. La t\u00e9l\u00e9vision conserve une place importante, autour de 41%, mais elle ne joue plus seule son ancien r\u00f4le de prescripteur. La presse \u00e9crite, elle, poursuit son \u00e9rosion, autour de 12%. Le c\u0153ur du r\u00e9acteur informationnel se trouve ainsi dans les plateformes. Facebook demeure le premier canal d\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019actualit\u00e9, cit\u00e9 par 59% des r\u00e9pondants. YouTube suit avec 47%, confirmant le poids de la vid\u00e9o dans la formation de l\u2019opinion. Instagram atteint 38% et continue de gagner du terrain, avec WhatsApp (35%). TikTok, cit\u00e9 par 26% des r\u00e9pondants, s\u2019impose progressivement comme un espace d\u2019actualit\u00e9 pour les jeunes publics. X reste plus marginal, \u00e0 11%.<\/p>\n<p>Cette cartographie en dit long sur la transformation en cours. Le public ne va plus seulement chercher l\u2019information. Il la re\u00e7oit, la relaie, la commente, la reformule. 36% des Marocains d\u00e9clarent partager des informations via les r\u00e9seaux sociaux et messageries, soit une hausse de 7 points. L\u2019actualit\u00e9 devient un objet social autant qu\u2019un contenu \u00e9ditorial. Elle circule par recommandation, par soutien ou indignation, par proximit\u00e9, parfois avant m\u00eame d\u2019\u00eatre v\u00e9rifi\u00e9e ou hi\u00e9rarchis\u00e9e.<\/p>\n<p>Cette intensit\u00e9 num\u00e9rique ne signifie pour autant une app\u00e9tence sans limite pour l\u2019actualit\u00e9. Pr\u00e8s de 46% des sond\u00e9s disent l\u2019\u00e9viter parfois ou souvent. Ce chiffre traduit une fatigue informationnelle, mais aussi une forme de d\u00e9sengagement.<\/p>\n<p>Modernisation technique, prudence \u00e9ditoriale<br \/>N\u00e9anmoins, les m\u00e9dias officiels conservent leur poids, notamment par leur l\u00e9gitimit\u00e9 symbolique et leur capacit\u00e9 \u00e0 donner un caract\u00e8re institutionnel \u00e0 une information. Mais ils ne contr\u00f4lent plus enti\u00e8rement le rythme du d\u00e9bat public, ni son ton, ni ses priorit\u00e9s. Cette tension est apparue avec force \u00e0 l\u2019automne 2025.<\/p>\n<p>Pendant plusieurs semaines, l\u2019espace public a \u00e9t\u00e9 travers\u00e9 par des mobilisations port\u00e9es, notamment, par des jeunes, organis\u00e9es via Discord et les r\u00e9seaux sociaux. Le mouvement a montr\u00e9 la capacit\u00e9 des plateformes \u00e0 faire \u00e9merger des sujets que les m\u00e9dias traditionnels peinent souvent \u00e0 traiter imm\u00e9diatement, surtout lorsqu\u2019ils touchent \u00e0 des questions politiques sensibles. D\u2019ailleurs, les m\u00e9dias officiels ne l\u2019ont couvert que tardivement et de mani\u00e8re extr\u00eamement mesur\u00e9e. L\u2019enjeu n\u2019est pas seulement technologique, il est politique, \u00e9conomique et \u00e9ditorial. Le num\u00e9rique n\u2019a pas uniquement chang\u00e9 les supports de diffusion, il a modifi\u00e9 les rapports de force.<\/p>\n<p>Pour Abdelwahab Al Allali, expert et universitaire sp\u00e9cialis\u00e9 dans les sciences des m\u00e9dias et de la communication, le paysage m\u00e9diatique marocain rel\u00e8ve moins d\u2019une ouverture pluraliste compl\u00e8te que d\u2019une \u00abadaptation technologique\u00bb. Selon lui, l\u2019effervescence des d\u00e9bats sur les r\u00e9seaux sociaux coexiste avec une forte prudence institutionnelle, un mod\u00e8le \u00e9conomique pr\u00e9caire et un corps professionnel journalistique confront\u00e9 \u00e0 de profondes incertitudes. \u00c0 cela s\u2019ajoute un refus de plus en plus massif du public de payer pour l\u2019information en ligne (16%). La crise des m\u00e9dias r\u00e9sulte d\u2019une contradiction \u00e9conomique o\u00f9 la r\u00e9ticence du public \u00e0 financer l\u2019information num\u00e9rique fragilise les r\u00e9dactions, les poussant \u00e0 la course au clic.<\/p>\n<p>Dans ce contexte, des cr\u00e9ateurs num\u00e9riques concurrencent l\u2019interm\u00e9diation traditionnelle en proposant un ton plus direct et une proximit\u00e9 accrue. La nuance reste toutefois de mise. Le succ\u00e8s digital des cha\u00eenes publiques ou de certains m\u00e9dias \u00e9tablis constitue une r\u00e9ussite en mati\u00e8re de diffusion et de rapidit\u00e9 d\u2019acc\u00e8s. Il permet de toucher des publics plus larges, plus mobiles, plus jeunes, mais il ne r\u00e8gle pas la question de fond, celle de la profondeur du d\u00e9bat pluraliste.<\/p>\n<p>Le cadre juridique ajoute une autre couche de complexit\u00e9. Les r\u00e9formes touchant le Conseil national de la presse et le statut professionnel des journalistes ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9es comme des \u00e9tapes de modernisation. Elles n\u2019ont pourtant pas dissip\u00e9 les inqui\u00e9tudes sur les marges de man\u0153uvre r\u00e9elles de la profession. Dans un environnement o\u00f9 les sujets sensibles restent trait\u00e9s avec pr\u00e9caution, la m\u00e9fiance du public se nourrit davantage. Le syst\u00e8me m\u00e9diatique marocain s\u2019adapte, ind\u00e9niablement. Il investit les plateformes, acc\u00e9l\u00e8re ses formats, suit les usages. Mais l\u2019adaptation technologique ne vaut pas le pluralisme \u00e9ditorial.<\/p>\n<p>Maryem Ouazzani \/ Les Inspirations \u00c9CO<\/p>\n<p>A regarder aussi<\/p>\n<p>                  <img class=\"ytsponso-v46-side-showlogo\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/logo_colored_transparent_4k_from_vector_source-scaled.png\" alt=\"L'Entretien des \u00c9CO\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\"\/><br \/>\n                                      <img class=\"ytsponso-v46-side-showlogo-dark\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/logo_entretien_eco_sombre_transparent_4k-scaled.png\" alt=\"\" aria-hidden=\"true\" loading=\"eager\" decoding=\"async\"\/><\/p>\n<p><\/p>\n<p>&#13;<\/p>\n<p><\/p>\n<p><a dir=\"LTR\" class=\"alert-main\" href=\"https:\/\/leseco.ma\/maroc\/officiel-le-maroc-revient-definitivement-a-lheure-gmt.html\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow noopener\">&#13;<br \/>\n    &#13;<br \/>\n        &#13;<br \/>\n        &#13;<br \/>\n        &#13;<br \/>\n<\/a><\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Consommation record, confiance en berne. 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