{"id":143983,"date":"2026-06-29T16:12:21","date_gmt":"2026-06-29T16:12:21","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/143983\/"},"modified":"2026-06-29T16:12:21","modified_gmt":"2026-06-29T16:12:21","slug":"femmes-rurales-lavenir-se-construit-aussi-dans-les-douars","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/143983\/","title":{"rendered":"Femmes rurales : l&rsquo;avenir se construit aussi dans les douars"},"content":{"rendered":"<p>Les strat\u00e9gies d&rsquo;autonomisation des femmes en milieu rural se sont longtemps construites autour d&rsquo;un m\u00eame postulat : former, financer, accompagner, puis mesurer les r\u00e9sultats \u00e0 l&rsquo;aune des revenus g\u00e9n\u00e9r\u00e9s ou des activit\u00e9s cr\u00e9\u00e9es. Une approche qui a permis des avanc\u00e9es r\u00e9elles, mais qui tend parfois \u00e0 r\u00e9duire l&rsquo;\u00e9mancipation \u00e0 sa seule dimension \u00e9conomique. La conf\u00e9rence nationale \u00abFemmes leaders au Maroc: du terrain \u00e0 la d\u00e9cision publique\u00bb, organis\u00e9e \u00e0 Rabat par CARE Maroc avec le soutien de l&rsquo;Agence fran\u00e7aise de d\u00e9veloppement (AFD), du gouvernement du Canada et du minist\u00e8re du Tourisme, de l&rsquo;Artisanat et de l&rsquo;\u00c9conomie sociale et solidaire, a pr\u00e9cis\u00e9ment permis de d\u00e9passer cette lecture. <\/p>\n<p>R\u00e9unie autour du bilan du programme \u00abAutonomisation des femmes \u00e0 travers l&rsquo;entrepreneuriat durable\u00bb (AFEDFPE), elle a mis en lumi\u00e8re une r\u00e9alit\u00e9 souvent absente des tableaux de bord : ce que les femmes produisent comme savoirs, comme solutions et comme capacit\u00e9 d&rsquo;initiative lorsqu&rsquo;elles disposent des moyens d&rsquo;agir. Les chiffres du programme sont \u00e9loquents. Plus de 3.300 femmes et jeunes filles mobilis\u00e9es, 176 Associations villageoises d&rsquo;\u00e9pargne et de cr\u00e9dit (AVEC) cr\u00e9\u00e9es, plus de 10 millions de dirhams d&rsquo;\u00e9pargne cumul\u00e9e, 824 activit\u00e9s g\u00e9n\u00e9ratrices de revenus d\u00e9velopp\u00e9es et quarante coop\u00e9ratives accompagn\u00e9es. Mais au fil des t\u00e9moignages, ces indicateurs ont fini par appara\u00eetre moins comme une finalit\u00e9 que comme le point de d\u00e9part d&rsquo;une dynamique plus profonde. <\/p>\n<p>\u00abLes femmes nous ont appris que l&rsquo;autonomie \u00e9conomique n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;une premi\u00e8re \u00e9tape\u00bb, ont relev\u00e9 les responsables du programme. Car les changements observ\u00e9s ne se mesurent pas uniquement \u00e0 l&rsquo;aune des revenus g\u00e9n\u00e9r\u00e9s ou des activit\u00e9s cr\u00e9\u00e9es. Ils se lisent aussi dans l&rsquo;accumulation progressive d&rsquo;un savoir pratique, d&rsquo;une connaissance fine des r\u00e9alit\u00e9s locales et d&rsquo;une capacit\u00e9 \u00e0 formuler des r\u00e9ponses \u00e0 partir de l&rsquo;exp\u00e9rience v\u00e9cue.<\/p>\n<p>Au fil du programme, les b\u00e9n\u00e9ficiaires ne se sont pas seulement appropri\u00e9s des outils \u00e9conomiques; ils ont \u00e9galement construit une expertise du terrain dont les institutions elles-m\u00eames gagneraient \u00e0 s&rsquo;inspirer. Les t\u00e9moignages des coop\u00e9ratrices et des entrepreneures ont ainsi r\u00e9v\u00e9l\u00e9 des trajectoires qui d\u00e9passent largement les objectifs initiaux du programme. \u00c0 travers leurs exp\u00e9riences se dessine une compr\u00e9hension concr\u00e8te des obstacles auxquels les femmes restent confront\u00e9es, mais aussi des solutions qu&rsquo;elles \u00e9laborent au quotidien pour les surmonter. Une exp\u00e9rience accumul\u00e9e au fil des ann\u00e9es, qui constitue aujourd&rsquo;hui un capital de connaissances pr\u00e9cieux, encore insuffisamment mobilis\u00e9 dans la conception des politiques publiques. <\/p>\n<p>Des b\u00e9n\u00e9ficiaires aux d\u00e9tentrices de solutions <\/p>\n<p>Au-del\u00e0 des r\u00e9sultats \u00e9conomiques, la conf\u00e9rence a mis en lumi\u00e8re une autre richesse produite par le programme : la constitution progressive de r\u00e9seaux, de comp\u00e9tences et de formes d&rsquo;organisation collective capables de perdurer au-del\u00e0 des dispositifs d&rsquo;accompagnement eux-m\u00eames. Car si l&rsquo;acc\u00e8s au financement demeure un levier essentiel, il ne suffit pas \u00e0 expliquer les dynamiques observ\u00e9es sur le terrain. Les AVEC, pr\u00e9sent\u00e9es comme l&rsquo;un des piliers du programme, en offrent une illustration r\u00e9v\u00e9latrice. Bien plus que de simples m\u00e9canismes financiers, elles ont progressivement constitu\u00e9 des espaces de socialisation \u00e9conomique o\u00f9 s&rsquo;\u00e9changent exp\u00e9riences, savoir-faire et solutions pratiques. Les participantes y apprennent non seulement \u00e0 g\u00e9rer une activit\u00e9 ou \u00e0 mobiliser des ressources, mais \u00e9galement \u00e0 construire des<\/p>\n<p>projets collectifs, \u00e0 d\u00e9velopper des relations de confiance et \u00e0 renforcer leur capacit\u00e9 d&rsquo;organisation. Cette dimension a \u00e9t\u00e9 largement soulign\u00e9e par les partenaires du programme. Pour Catherine Bonneau, directrice de l&rsquo;AFD au Maroc, l&rsquo;enjeu d\u00e9passe largement la seule question de l&rsquo;inclusion \u00e9conomique. \u00abAccompagner les femmes ne rel\u00e8ve pas de la solidarit\u00e9. C&rsquo;est un investissement durable. Investir dans les femmes est aujourd&rsquo;hui reconnu comme l&rsquo;un des moyens les plus efficaces de lutter contre la pauvret\u00e9, de renforcer la coh\u00e9sion sociale et d&rsquo;acc\u00e9l\u00e9rer le d\u00e9veloppement durable\u00bb, a-t-elle rappel\u00e9. M\u00eame lecture du c\u00f4t\u00e9 canadien. Sandra McCardell, charg\u00e9e d&rsquo;affaires de l&rsquo;Ambassade du Canada au Maroc et en Mauritanie, a insist\u00e9 sur la n\u00e9cessit\u00e9 de reconna\u00eetre les femmes comme des partenaires \u00e0 part enti\u00e8re des dynamiques de d\u00e9veloppement. \u00abLes femmes ne doivent pas \u00eatre seulement b\u00e9n\u00e9ficiaires. Elles doivent \u00eatre partenaires de la conception, de la mise en \u0153uvre et de l&rsquo;\u00e9valuation des politiques qui les concernent\u00bb, a-t-elle affirm\u00e9. \u00c0 travers ces interventions, une m\u00eame conviction s&rsquo;est d\u00e9gag\u00e9e : la v\u00e9ritable port\u00e9e de l&rsquo;autonomisation ne r\u00e9side pas uniquement dans les revenus qu&rsquo;elle g\u00e9n\u00e8re, mais dans les capacit\u00e9s collectives qu&rsquo;elle permet de construire. R\u00e9seaux d&rsquo;entraide, comp\u00e9tences partag\u00e9es, confiance mutuelle et pouvoir d&rsquo;initiative constituent autant d&rsquo;actifs immat\u00e9riels dont les effets d\u00e9passent largement le cadre des projets qui les ont fait \u00e9merger. Le long chemin vers la reconnaissance institutionnelle Au fil des \u00e9changes, une interrogation a progressivement \u00e9merg\u00e9 : les politiques publiques peuvent-elles encore \u00eatre pens\u00e9es exclusivement depuis les centres de d\u00e9cision alors qu&rsquo;une partie de l&rsquo;expertise n\u00e9cessaire \u00e0 leur r\u00e9ussite se construit d\u00e9j\u00e0 sur le terrain ? Le dernier panel de la conf\u00e9rence a pr\u00e9cis\u00e9ment d\u00e9plac\u00e9 le d\u00e9bat vers cette question. Plus qu&rsquo;une r\u00e9flexion sur la participation des femmes, les discussions ont port\u00e9 sur la mani\u00e8re dont les institutions peuvent mieux capter, comprendre et int\u00e9grer les exp\u00e9riences produites au sein des territoires. Pour Imane Lakchiri, cheffe de Service de la Gestion des connaissances \u00e0 la direction du Budget (minist\u00e8re de l&rsquo;\u00c9conomie et des Finances) et membre du Centre d&rsquo;excellence pour la budg\u00e9tisation sensible au genre, cette \u00e9volution constitue l&rsquo;un des principaux d\u00e9fis des politiques publiques contemporaines. \u00abLe terrain produit une expertise qu&rsquo;il faut savoir \u00e9couter et int\u00e9grer dans les m\u00e9canismes de d\u00e9cision\u00bb, a-telle rappel\u00e9. Derri\u00e8re cette affirmation, se dessine une transformation plus profonde de l&rsquo;action publique elle-m\u00eame. Les b\u00e9n\u00e9ficiaires d&rsquo;un programme ne sont plus seulement consid\u00e9r\u00e9s comme des destinataires d&rsquo;interventions con\u00e7ues ailleurs. Ils deviennent \u00e9galement des producteurs d&rsquo;informations, d&rsquo;exp\u00e9riences et de connaissances susceptibles d&rsquo;am\u00e9liorer la pertinence des politiques qui leur sont destin\u00e9es. Cette question de l&rsquo;effectivit\u00e9 des politiques publiques a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 au c\u0153ur de l&rsquo;intervention de Karima Mkika, membre du Conseil \u00e9conomique, social et environnemental (CESE). Si les avanc\u00e9es institutionnelles et normatives r\u00e9alis\u00e9es au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es sont largement reconnues, leur impact demeure in\u00e9galement perceptible selon les territoires, les profils sociaux ou les conditions d&rsquo;acc\u00e8s aux ressources. \u00abNous disposons aujourd&rsquo;hui d&rsquo;un cadre normatif important, mais le d\u00e9fi reste celui de la traduction concr\u00e8te de ces acquis dans la vie quotidienne des femmes\u00bb, a-t-elle observ\u00e9. Une remarque qui renvoie \u00e0 une probl\u00e9matique r\u00e9currente des politiques de d\u00e9veloppement : celle de l&rsquo;\u00e9cart entre l&rsquo;ambition des dispositifs et leur appropriation effective par les populations concern\u00e9es. Pour Omayma Achour, membre du r\u00e9seau Forum des femmes marocaines et professeure universitaire, cette r\u00e9flexion impose \u00e9galement de revoir le regard port\u00e9 sur les femmes rurales elles-m\u00eames. Longtemps appr\u00e9hend\u00e9es sous l&rsquo;angle de leurs vuln\u00e9rabilit\u00e9s, elles apparaissent aujourd&rsquo;hui comme des actrices capables de produire des r\u00e9ponses adapt\u00e9es aux r\u00e9alit\u00e9s locales. \u00abLes femmes rurales ne sont pas seulement porteuses de besoins. Elles sont aussi porteuses de solutions, d&rsquo;initiatives et d&rsquo;innovations\u00bb, a-t-elle soulign\u00e9. Avant d&rsquo;ajouter : \u00abLes besoins existent dans les territoires, mais les solutions y existent \u00e9galement\u00bb. Au-del\u00e0 du programme AFEDFPE, les \u00e9changes ont ainsi mis en lumi\u00e8re un enjeu plus large: celui de la circulation des savoirs entre les territoires et les institutions. Car le d\u00e9fi n&rsquo;est plus seulement de soutenir l&rsquo;autonomisation \u00e9conomique des femmes, mais de reconna\u00eetre la valeur des connaissances qu&rsquo;elles produisent et leur capacit\u00e9 \u00e0 enrichir l&rsquo;action publique. \u00c0 travers cette r\u00e9flexion, la conf\u00e9rence a finalement esquiss\u00e9 une autre d\u00e9finition du d\u00e9veloppement. Non plus un processus con\u00e7u exclusivement d&rsquo;en haut puis d\u00e9ploy\u00e9 sur le terrain, mais une construction collective o\u00f9 les exp\u00e9riences locales, les initiatives citoyennes et les politiques publiques se nourrissent mutuellement.\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Les strat\u00e9gies d&rsquo;autonomisation des femmes en milieu rural se sont longtemps construites autour d&rsquo;un m\u00eame postulat : former,&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":143984,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":"","_share_on_mastodon":"0"},"categories":[83],"tags":[2050,46471,35642,46472,20889,3565,22324,86,46473],"class_list":["post-143983","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-maroc","tag-agriculture","tag-autonomisation-des-femmes-rurales","tag-developpement-rural","tag-douars","tag-economie-sociale-et-solidaire","tag-entrepreneuriat-feminin","tag-inclusion-economique","tag-maroc","tag-monde-rural"],"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@afrique\/116834280685558303","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/143983","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=143983"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/143983\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/143984"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=143983"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=143983"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=143983"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}