{"id":145412,"date":"2026-07-01T11:21:13","date_gmt":"2026-07-01T11:21:13","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/145412\/"},"modified":"2026-07-01T11:21:13","modified_gmt":"2026-07-01T11:21:13","slug":"festivals-internationaux-en-tunisie-la-penurie-de-devises-menace-la-saison-culturelle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/145412\/","title":{"rendered":"Festivals internationaux en Tunisie : la p\u00e9nurie de devises menace la saison culturelle"},"content":{"rendered":"<p>\u00c0 peine la saison estivale entam\u00e9e, un vent d\u2019inqui\u00e9tude souffle sur les festivals internationaux tunisiens. Plusieurs organisateurs affirment s\u2019\u00eatre heurt\u00e9s \u00e0 un refus de la Banque centrale de Tunisie (BCT) pour obtenir les conversions en devises n\u00e9cessaires au paiement d\u2019artistes \u00e9trangers, compromettant parfois des engagements d\u00e9j\u00e0 contractualis\u00e9s.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 des difficult\u00e9s financi\u00e8res imm\u00e9diates, cette situation ravive le d\u00e9bat sur les contraintes administratives qui p\u00e8sent sur le secteur culturel sous tension et sur la capacit\u00e9 du pays \u00e0 pr\u00e9server son rayonnement artistique \u00e0 l\u2019international.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>Un quota de devises jug\u00e9 obsol\u00e8te<\/p>\n<p>L\u2019alerte a \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9e par <a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/reel\/1318300657119988\" target=\"_blank\" rel=\"noopener nofollow\">l\u2019avocat Ahmed Ben Hassana<\/a>, qui d\u00e9nonce les cons\u00e9quences d\u2019un plafond administratif de devises destin\u00e9 aux paiements des artistes \u00e9trangers. Selon lui, ce m\u00e9canisme, fix\u00e9 \u00e0 deux milliards de dinars depuis 2005, n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 r\u00e9\u00e9valu\u00e9 malgr\u00e9 les profondes mutations \u00e9conomiques intervenues depuis plus de vingt ans.<\/p>\n<p>Entre-temps, l\u2019inflation a consid\u00e9rablement rench\u00e9ri le co\u00fbt des tourn\u00e9es internationales, tandis que le dinar tunisien s\u2019est fortement d\u00e9pr\u00e9ci\u00e9 face \u00e0 l\u2019euro et au dollar en perdant dans ce laps de temps pr\u00e8s de la moiti\u00e9 de sa valeur face \u00e0 ces deux monnaies r\u00e9f\u00e9rence. R\u00e9sultat : les cachets des artistes \u00e9trangers repr\u00e9sentent aujourd\u2019hui un effort financier bien plus important qu\u2019au milieu des ann\u00e9es 2000, alors m\u00eame que le volume de devises autoris\u00e9 serait rest\u00e9 inchang\u00e9.<\/p>\n<p>Les cons\u00e9quences sont d\u00e9j\u00e0 concr\u00e8tes. Plusieurs associations culturelles ont sign\u00e9 des contrats, r\u00e9serv\u00e9 des salles, engag\u00e9 des d\u00e9penses de communication et organis\u00e9 la logistique avant d\u2019apprendre que le quota annuel de devises serait \u00e9puis\u00e9. Elles se retrouvent d\u00e9sormais expos\u00e9es \u00e0 des p\u00e9nalit\u00e9s contractuelles, voire \u00e0 des poursuites judiciaires, si elles ne sont plus en mesure d\u2019honorer leurs engagements envers les artistes ou leurs producteurs.<\/p>\n<p>Ma\u00eetre Ben Hassana distingue toutefois le cas des grands festivals institutionnels, comme ceux de Carthage ou de Hammamet, qui disposent de moyens et d\u2019un accompagnement diff\u00e9rents. Ce sont surtout les festivals ind\u00e9pendants, organis\u00e9s par le tissu associatif, qui risquent de faire les frais de cette rigidit\u00e9 administrative.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>Entre contraintes \u00e9conomiques et interrogations politiques<\/p>\n<p>Face \u00e0 cette situation, les appels se multiplient pour demander \u00e0 la Banque centrale davantage de souplesse. Les professionnels du secteur estiment qu\u2019une r\u00e9vision du m\u00e9canisme permettrait d\u2019\u00e9viter une cascade d\u2019annulations et de pr\u00e9server la cr\u00e9dibilit\u00e9 de la Tunisie aupr\u00e8s des producteurs internationaux, qui pourraient h\u00e9siter \u00e0 programmer de futurs spectacles dans un pays o\u00f9 les transferts financiers demeurent incertains.<\/p>\n<p>Cette crise intervient dans un contexte particulier. Depuis plusieurs ann\u00e9es, le pr\u00e9sident Ka\u00efs Sa\u00efed a r\u00e9guli\u00e8rement rappel\u00e9 sa vision du r\u00f4le des grands festivals nationaux. \u00c0 plusieurs reprises, des ministres de la Culture ont \u00e9t\u00e9 re\u00e7u(e)s au Palais de Carthage afin de se voir rappeler que des manifestations comme le Festival international de Carthage devaient avant tout contribuer \u00e0 \u00e9lever le niveau artistique et culturel du public.<\/p>\n<p>Ces prises de position faisaient notamment \u00e9cho aux pol\u00e9miques suscit\u00e9es par certaines prestations de vedettes arabes ou occidentales, dont les concerts avaient donn\u00e9 lieu \u00e0 des sc\u00e8nes d\u2019hyst\u00e9rie et d\u2019enthousiasme d\u00e9bordants des \u00ab\u00a0groupies\u00a0\u00bb, parfois jug\u00e9es incompatibles avec la vocation culturelle que le chef de l\u2019\u00c9tat souhaite voir incarn\u00e9e par ces \u00e9v\u00e9nements.<\/p>\n<p>Dans ce contexte, certains observateurs s\u2019interrogent sur une \u00e9ventuelle dimension politique de la rar\u00e9faction des devises allou\u00e9es aux festivals. Ils avancent l\u2019hypoth\u00e8se que des restrictions budg\u00e9taires pourraient aussi traduire une volont\u00e9 de limiter le recours aux grandes t\u00eates d\u2019affiche internationales. \u00c0 ce stade, aucun \u00e9l\u00e9ment officiel ne permet toutefois d\u2019\u00e9tablir un lien entre les difficult\u00e9s rencontr\u00e9es par les organisateurs et une telle orientation. Les autorit\u00e9s mon\u00e9taires n\u2019ont pas publiquement indiqu\u00e9 que ces refus r\u00e9pondaient \u00e0 un choix de politique culturelle, mais les suspicions du secteur sont r\u00e9elles. \u00ab\u00a0Ce ne serait pas la premi\u00e8re fois que les autorit\u00e9s font preuve d\u2019opacit\u00e9 d\u00e9cisionnelle, via une communication institutionnelle quasi inexistante\u00a0\u00bb, ironise un organisateur.<\/p>\n<p>En attendant d\u2019\u00e9ventuels arbitrages, la saison des festivals d\u00e9bute dans un climat d\u2019incertitude in\u00e9dit. Pour de nombreux acteurs du monde culturel, l\u2019enjeu d\u00e9passe la simple organisation de quelques concerts. Il s\u2019agit de pr\u00e9server un secteur qui constitue depuis des d\u00e9cennies l\u2019une des vitrines les plus prestigieuses de la Tunisie, tout en conciliant les imp\u00e9ratifs de gestion des r\u00e9serves en devises avec le maintien d\u2019une programmation internationale capable d\u2019attirer artistes, touristes et partenaires \u00e9trangers.<\/p>\n<p>Jug\u00e9es satisfaisantes, les r\u00e9serves en devises de la Tunisie couvrent actuellement 102 jours d\u2019importation, valeur mesur\u00e9e fin juin 2026. Le seuil de s\u00e9curit\u00e9 symbolique g\u00e9n\u00e9ralement surveill\u00e9 par les \u00e9conomistes est fix\u00e9 \u00e0 100 jours d\u2019importation.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"\u00c0 peine la saison estivale entam\u00e9e, un vent d\u2019inqui\u00e9tude souffle sur les festivals internationaux tunisiens. 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