{"id":147325,"date":"2026-07-03T15:32:12","date_gmt":"2026-07-03T15:32:12","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/147325\/"},"modified":"2026-07-03T15:32:12","modified_gmt":"2026-07-03T15:32:12","slug":"lavortement-au-kenya-un-tabou-qui-tue-des-milliers-de-femmes-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/147325\/","title":{"rendered":"L&rsquo;avortement au Kenya, un tabou qui tue des milliers de femmes"},"content":{"rendered":"<p>Dans ce pays d&rsquo;Afrique de l&rsquo;Est, majoritairement chr\u00e9tien et profond\u00e9ment religieux, conservateur sur les questions de soci\u00e9t\u00e9, l&rsquo;avortement est ill\u00e9gal. Mais la Constitution l&rsquo;autorise lorsque \u00ab\u00a0la vie ou la sant\u00e9 de la m\u00e8re sont en danger\u00a0\u00bb, permettant \u00e0 des cliniques priv\u00e9es d&rsquo;interrompre l\u00e9galement des grossesses.<\/p>\n<p>L&rsquo;Office national des Statistiques (KNBS) recense environ 11.000 avortements par an, pour environ 11 millions de femmes en \u00e2ge de procr\u00e9er. Mais une \u00e9tude du Centre de recherche sur la population et la sant\u00e9 en Afrique (APHRC), une ONG ayant son si\u00e8ge \u00e0 Nairobi, a r\u00e9cemment provoqu\u00e9 la stupeur en estimant, \u00e0 partir de donn\u00e9es de cliniques et d&rsquo;entretiens avec des m\u00e9decins et des patientes, que 793.000 avortements avaient \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9s en 2023 au Kenya.<\/p>\n<p>Un chiffre, rapport\u00e9 aux nombre de K\u00e9nyanes en \u00e2ge de procr\u00e9er, parmi les plus \u00e9lev\u00e9s au monde.<\/p>\n<p>Associ\u00e9 au tabou social et religieux, les cons\u00e9quences sont parfois mortelles. L&rsquo;APHRC \u00e9value \u00e0 plus de 300.000 le nombre des K\u00e9nyanes qui avortent clandestinement chaque ann\u00e9e. Et \u00e0 2.600 celui des femmes qui en \u00e9taient mortes en 2023, soit plus de sept par jour.<\/p>\n<p>Dans sa clinique de Nairobi, le Dr Samson Mwita traite chaque mois entre 60 et 90 cas de complications : \u00ab\u00a0on constate des ruptures de l&rsquo;ut\u00e9rus, des d\u00e9chirures du col, des infections graves, de l&rsquo;an\u00e9mie, parfois m\u00eame des d\u00e9buts d&rsquo;insuffisance r\u00e9nale\u00a0\u00bb, confie-t-il \u00e0 l&rsquo;AFP.<\/p>\n<p>Le flou juridique expose m\u00e9decins et infirmiers au racket de la police : quatre m\u00e9decins ont reconnu aupr\u00e8s de l&rsquo;AFP avoir vers\u00e9 des pots-de-vin pour \u00e9viter des poursuites apr\u00e8s des avortements qu&rsquo;ils affirment parfaitement l\u00e9gaux.<\/p>\n<p>La jurisprudence reste peu claire. En 2022, un tribunal a annul\u00e9 les poursuites contre une adolescente de 16 ans et un m\u00e9decin l&rsquo;ayant trait\u00e9e pour de graves complications pr\u00e9sum\u00e9es li\u00e9es \u00e0 un avortement, qualifiant ce soin de \u00ab\u00a0droit fondamental\u00a0\u00bb garanti par la Constitution et jugeant ill\u00e9gales les arrestations de patientes ou de professionnels de sant\u00e9.<\/p>\n<p>Mais, en avril, une cour d&rsquo;appel a infirm\u00e9 cette d\u00e9cision et l&rsquo;affaire doit d\u00e9sormais \u00eatre examin\u00e9e par la Cour supr\u00eame.<\/p>\n<p>Un puissant groupe de pression antiavortement, men\u00e9 par le Forum des professionnels chr\u00e9tiens du Kenya (KCPF), refuse d&rsquo;admettre l&rsquo;ampleur du ph\u00e9nom\u00e8ne.<\/p>\n<p>L&rsquo;avortement est \u00ab\u00a0contraire \u00e0 la sensibilit\u00e9 de l&rsquo;Africain ordinaire\u00a0\u00bb, certifie Charles Kanjama, un ancien dirigeant du KCPF et actuel pr\u00e9sident de l&rsquo;Ordre des avocats du Kenya (LSK), mettant en avant les donn\u00e9es du KNBS.<\/p>\n<p>Des chiffres que cette institution minimise elle-m\u00eame : le KNBS a expliqu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;AFP que ses donn\u00e9es reposaient sur des entretiens individuels avec des femmes, entra\u00eenant \u00ab\u00a0une forte probabilit\u00e9 de sous-d\u00e9clarations\u00a0\u00bb et jug\u00e9 celles de l&rsquo;APHRC \u00ab\u00a0plus r\u00e9alistes\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le minist\u00e8re k\u00e9nyan de la Sant\u00e9 a officiellement autoris\u00e9 l&rsquo;\u00e9tude de l&rsquo;APHRC mais n&rsquo;aborde le sujet qu&rsquo;\u00e0 demi-mot. Il a fallu des dizaines de demandes de l&rsquo;AFP pour que le directeur g\u00e9n\u00e9ral du minist\u00e8re finisse par accorder un entretien t\u00e9l\u00e9phonique qui a dur\u00e9 moins de cinq minutes avant qu&rsquo;il ne raccroche.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Nous ne pouvons pas juste nous voiler la face\u00a0\u00bb, a admis Patrick Amoth, assurant simplement que son minist\u00e8re investissait dans la pr\u00e9vention des grossesses non d\u00e9sir\u00e9es et pr\u00e9parait \u00ab\u00a0des directives pour former les professionnels de sant\u00e9 aux soins post-avortement\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Avocat du R\u00e9seau pour la Sant\u00e9 reproductive au Kenya (RHNK), qui fournit du mat\u00e9riel m\u00e9dical dans les zones isol\u00e9es mais aussi une protection juridique aux m\u00e9decins pratiquant des avortements, Martin Onyango consid\u00e8re que le gouvernement ne \u00ab\u00a0d\u00e9ploie aucune \u00e9nergie pour informer\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Il \u00ab\u00a0pr\u00e9f\u00e8re rester discret et ne pas proposer\u00a0\u00bb d&rsquo;interruptions de grossesses \u00ab\u00a0dans les \u00e9tablissements publics, laissant perdurer la d\u00e9sinformation, l&rsquo;intimidation, voire le harc\u00e8lement \u00e0 l&rsquo;encontre de ceux qui les pratiquent\u00a0\u00bb, d\u00e9plore-t-il.<\/p>\n<p>La d\u00e9pendance du Kenya \u00e0 l&rsquo;aide am\u00e9ricaine en mati\u00e8re de sant\u00e9 emp\u00eache toute r\u00e9forme, Washington interdisant tout financement aux entit\u00e9s pratiquant des avortements, souligne Nelly Munyasia, la directrice ex\u00e9cutive du RHNK.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Nos dirigeants re\u00e7oivent syst\u00e9matiquement des consignes explicites du gouvernement am\u00e9ricain\u00a0\u00bb, affirme-t-elle, avant de d\u00e9plorer des politiques \u00ab\u00a0inadapt\u00e9es\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0archa\u00efques\u00a0\u00bb ayant des \u00ab\u00a0cons\u00e9quences n\u00e9fastes sur la sant\u00e9 des femmes\u00a0\u00bb, notamment \u00ab\u00a0la stigmatisation qui les expose \u00e0 des risques de mortalit\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 l&rsquo;opposition affich\u00e9e de l&rsquo;Eglise \u00e0 l&rsquo;avortement, le Dr Mwita compte, parmi les patientes \u00ab\u00a0r\u00e9guli\u00e8res\u00a0\u00bb de sa clinique, des religieuses.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re qui est venue \u00ab\u00a0m&rsquo;a dit que le pr\u00eatre attendait dans la voiture et r\u00e9glerait la note\u00a0\u00bb, dit-il. \u00ab\u00a0Les gens peuvent \u00eatre totalement oppos\u00e9s \u00e0 l&rsquo;avortement&#8230; jusqu&rsquo;au jour o\u00f9 ils en ont besoin\u00a0\u00bb.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Dans ce pays d&rsquo;Afrique de l&rsquo;Est, majoritairement chr\u00e9tien et profond\u00e9ment religieux, conservateur sur les questions de soci\u00e9t\u00e9, l&rsquo;avortement&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":147326,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":"","_share_on_mastodon":"0"},"categories":[165],"tags":[58,90,655,230,47384,45189,227,47385,26763],"class_list":["post-147325","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-kenya","tag-58","tag-des","tag-france-monde","tag-kenya","tag-lavortement","tag-milliers","tag-qui","tag-tabou","tag-tue"],"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@afrique\/116856772490293654","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/147325","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=147325"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/147325\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/147326"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=147325"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=147325"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=147325"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}