{"id":150973,"date":"2026-07-08T01:14:28","date_gmt":"2026-07-08T01:14:28","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/150973\/"},"modified":"2026-07-08T01:14:28","modified_gmt":"2026-07-08T01:14:28","slug":"debat-public-lespace-numerique-a-t-il-phagocyte-les-partis-politiques","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/150973\/","title":{"rendered":"D\u00e9bat public : l\u2019espace num\u00e9rique a-t-il phagocyt\u00e9 les partis politiques ?"},"content":{"rendered":"<p>                    La question a travers\u00e9 les \u00e9changes de bout en bout lors de la rencontre organis\u00e9e la semaine derni\u00e8re \u00e0 Sal\u00e9 par la Fondation Lafqui Titouani : comment maintenir un lien politique vivant dans une soci\u00e9t\u00e9 travaill\u00e9e par des mutations rapides, par le recul des m\u00e9diations traditionnelles et par l\u2019irruption de nouveaux espaces d\u2019influence ? \u00abLa question n\u2019est pas toujours un signe d\u2019incertitude. Elle est une mani\u00e8re d\u2019approcher la complexit\u00e9 du r\u00e9el, de refuser les r\u00e9ponses toutes faites et de redonner au dialogue public sa profondeur\u00bb, soulign\u00e9 d\u2019entr\u00e9e de jeu Boubker Lafqui Titouani, pr\u00e9sident de la Fondation.<\/p>\n<p>Une soci\u00e9t\u00e9 transform\u00e9e, des partis sous pression<\/p>\n<p>Les termes du d\u00e9bat \u00e9tant pos\u00e9s, les intervenants, issus de divers horizons et sensibilit\u00e9s politiques, n\u2019ont pas fait dans la dentelle. Unanimement, ils ont mis en lumi\u00e8re le recul du r\u00f4le des partis et la perte de leur influence dans l\u2019espace politique marocains. Pour Samir Belfkih, membre du bureau politique du Parti authenticit\u00e9 et modernit\u00e9 (PAM), le Maroc a profond\u00e9ment chang\u00e9 au cours des deux derni\u00e8res d\u00e9cennies. Les infrastructures se sont d\u00e9velopp\u00e9es, les institutions se sont consolid\u00e9es, les ambitions du Royaume se sont affirm\u00e9es aux niveaux r\u00e9gional et international. Mais cet essor sans pr\u00e9c\u00e9dent ne se traduit pas, selon lui, par une dynamique partisane de la m\u00eame ampleur. La confiance des citoyens dans les institutions, notamment repr\u00e9sentatives, ne progresse pas au m\u00eame rythme que les ambitions du pays. \u00abCe d\u00e9calage n\u2019est pas coh\u00e9rent avec ces ambitions\u00bb, rel\u00e8ve-t-il en substance. Il y voit une question de confiance dans l\u2019action publique, d\u2019engagement citoyen, de construction d\u2019une ambition commune et de cr\u00e9dit accord\u00e9 aux acteurs politiques.<\/p>\n<p>Abdelali Hamieddine, membre du secr\u00e9tariat g\u00e9n\u00e9ral du Parti de la justice et du d\u00e9veloppement, \u00e9largit l\u2019analyse aux fragilit\u00e9s sociales et \u00e9conomiques. Il \u00e9voque les changements culturels visibles chez les nouvelles g\u00e9n\u00e9rations, mais aussi le probl\u00e8me persistant du ch\u00f4mage, et la situation de millions de jeunes qui ne poursuivent pas d\u2019\u00e9tudes, n\u2019exercent pas de m\u00e9tier et n\u2019apprennent aucune profession. Il y voit une \u00abbombe \u00e0 retardement\u00bb pour la soci\u00e9t\u00e9. Pour lui, ce sont l\u00e0 autant d\u2019\u00e9l\u00e9ments qui fragilisent le lien politique. Car les attentes sociales croissent, mais les institutions repr\u00e9sentatives peinent encore \u00e0 apporter des r\u00e9ponses concr\u00e8tes et \u00e0 g\u00e9n\u00e9rer par cons\u00e9quent une adh\u00e9sion durable, explique-t-il.<\/p>\n<p>Les m\u00e9diations classiques perdent du terrain<\/p>\n<p>Samir Belfkih abonde dans le m\u00eame sens, soulignant que les partis, les syndicats et les acteurs interm\u00e9diaires ont \u00e9t\u00e9 pendant longtemps le maillon essentiel du lien entre citoyens et institutions. \u00abCe r\u00f4le n\u2019a pas disparu, mais il a perdu de sa force\u00bb. Cette perte de centralit\u00e9 se v\u00e9rifie particuli\u00e8rement dans la formation et l\u2019encadrement de l\u2019opinion. Rachid Roukbane, membre du Bureau politique du Parti du progr\u00e8s et du socialisme (PPS) et professeur de droit constitutionnel et de sciences politiques \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Ibn Tofa\u00efl, l\u2019impute \u00e0 la d\u00e9ferlante du num\u00e9rique. Selon lui, les partis ont longtemps contribu\u00e9 \u00e0 structurer l\u2019opinion publique par leur presse, leurs m\u00e9dias, leurs organisations et leurs ressources militantes. Mais ce r\u00f4le, qui existe encore, se trouve d\u00e9sormais concurrenc\u00e9 par de nouveaux circuits d\u2019influence.<\/p>\n<p>Les algorithmes, les plateformes num\u00e9riques et les influenceurs occupent ainsi une place grandissante dans la formation de l\u2019opinion. Pour Rachid Roukbane, \u00ables algorithmes ne se contentent pas de capter les int\u00e9r\u00eats du citoyen ; ils participent \u00e0 son orientation et \u00e0 la formation de son opinion\u00bb. Le ciblage peut se faire selon des crit\u00e8res g\u00e9ographiques, sociaux, g\u00e9n\u00e9rationnels ou de genre, y compris pour des contenus politiques. De m\u00eame, un influenceur peut toucher en quelques minutes un public qu\u2019un parti mettrait des jours, parfois des semaines, \u00e0 r\u00e9unir par les moyens traditionnels. Le discours politique perd ainsi une part de son attractivit\u00e9 dans l\u2019espace num\u00e9rique. Rachid Roukbane pr\u00f4ne toutefois la retenue face \u00e0 cette fascination pour le digital : \u00abce qui y circule n\u2019est pas n\u00e9cessairement utile, cr\u00e9dible ou b\u00e9n\u00e9fique pour la soci\u00e9t\u00e9 et pour la d\u00e9mocratie\u00bb.<\/p>\n<p>\u00c0 cette lecture, Abdellah El Bakkali, membre du comit\u00e9 ex\u00e9cutif du Parti de l\u2019Istiqlal et ancien pr\u00e9sident du Syndicat national de la presse marocaine, ajoute une interrogation sur les r\u00e8gles devant encadrer le d\u00e9bat dans l\u2019espace public. L\u2019acc\u00e8s \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression n\u2019est plus conditionn\u00e9 par l\u2019appartenance \u00e0 un parti, \u00e0 un journal ou \u00e0 une organisation. Cette ouverture \u00e0 tout va d\u00e9bride la parole, mais elle pose aussi la question de la cr\u00e9dibilit\u00e9, des r\u00e8gles professionnelles, des chartes \u00e9thiques et des fausses informations. \u00abNous sommes face \u00e0 une grande mutation, mais les partis continuent \u00e0 pratiquer la politique avec de vieux moyens\u00bb, r\u00e9sume-t-il.<\/p>\n<p>\u00c0 cet \u00e9gard, Abdellah El Bakkali insiste aussi sur deux ressorts qui renforcent l\u2019emprise des plateformes : la proximit\u00e9 et l\u2019imm\u00e9diatet\u00e9. Le citoyen re\u00e7oit \u00e0 tout moment une information qui le concerne directement, sans attendre les d\u00e9lais de la presse traditionnelle. Cette nouvelle temporalit\u00e9 ne transforme pas seulement l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019information. Elle agit sur la formation de l\u2019opinion et p\u00e8se, de plus en plus, sur la d\u00e9cision publique. Certaines d\u00e9cisions, observe-t-il, sont d\u00e9sormais prises sous la pression de mobilisations n\u00e9es sur les r\u00e9seaux sociaux, l\u00e0 o\u00f9 les partis, les syndicats et les autres entit\u00e9s de m\u00e9diations classiques ne parviennent plus toujours \u00e0 imposer leurs revendications.<\/p>\n<p>La parole publique circule ainsi plus librement, a plus d\u2019impact, mais elle \u00e9chappe davantage aux cadres qui l\u2019organisaient autrefois. De nouvelles formes d\u2019interpellation apparaissent, parfois loin des partis. Rachid Roukbane cite les mobilisations de 2011, les campagnes de boycott, les expressions issues des tribunes de football, notamment celles des ultras, ainsi que des mobilisations plus r\u00e9centes n\u00e9es de l\u2019espace num\u00e9rique. Leur point commun : elles partent souvent d\u2019un malaise social ou \u00e9conomique, mais portent aussi une charge politique.<\/p>\n<p>Abdellah El Bakkali refuse d\u2019imputer la responsabilit\u00e9 de ce glissement \u00e0 un seul acteur. Certes, l\u2019\u00c9tat, les partis et les syndicats y sont pour quelque chose, mais la soci\u00e9t\u00e9 civile, les centres de recherche, les universit\u00e9s et les institutions ne peuvent \u00eatre exon\u00e9r\u00e9s, car ils doivent aussi nourrir le d\u00e9bat public et interroger les causes profondes des mutations \u00e0 l\u2019\u0153uvre. \u00abPour comprendre les r\u00e9sultats, il faut regarder la profondeur de la structure qui les a engendr\u00e9s\u00bb, affirme-t-il. Le probl\u00e8me ne se limite donc pas aux taux de participation, aux r\u00e9sultats \u00e9lectoraux ou \u00e0 l\u2019image des partis. Il renvoie \u00e0 l\u2019histoire de la pratique politique, aux modes de comp\u00e9tition, au poids de l\u2019argent, aux conflits d\u2019int\u00e9r\u00eats et \u00e0 l\u2019affaiblissement des lieux de formation civique.<\/p>\n<p>Argent \u00e9lectoral, notables et partis-cartels<\/p>\n<p>Abdellah El Bakkali revendique ainsi, y compris au sein de sa formation, le droit d\u2019interroger les engagements non tenus, les choix gouvernementaux et les contradictions entre les discours, l\u2019action de l\u2019Ex\u00e9cutif et le comportement des groupes parlementaires. La cr\u00e9dibilit\u00e9 de l\u2019action politique se mesure aussi, \u00e0 ses yeux, \u00e0 cette capacit\u00e9 de regarder lucidement ses propres pratiques. \u00c0 cet \u00e9gard, les formations politiques ne peuvent se d\u00e9rober de leurs responsabilit\u00e9s. Car pratiquer la politique au sens noble du terme n\u00e9cessite un engagement sinc\u00e8re, un sens aigu de la responsabilit\u00e9 et du respect pour les citoyens. Rachid Roukbane d\u00e9plore ainsi ce qu\u2019il appelle les \u00abboutiques \u00e9lectorales\u00bb : des structures qui ne s\u2019animent qu\u2019\u00e0 l\u2019approche des \u00e9lections, attirent des candidats et privil\u00e9gient leur capacit\u00e9 \u00e0 remporter un si\u00e8ge plut\u00f4t que leur \u00e9thique, leur comp\u00e9tence ou leur adh\u00e9sion \u00e0 un projet politique.<\/p>\n<p>Faut-il alors en conclure qu&rsquo;il y a un effacement de l\u2019action partisane ? rien n\u2019est moins s\u00fbr, car, pour Abdelali Hamieddine, \u00abil n\u2019existe pas de soci\u00e9t\u00e9 qui vive sans institution charg\u00e9e de penser les r\u00e9ponses \u00e0 ses probl\u00e8mes\u00bb. La politique garde donc sa raison d\u2019\u00eatre : observer les transformations, les comprendre et tenter d\u2019y apporter des r\u00e9ponses, surtout dans un pays confront\u00e9 \u00e0 des d\u00e9fis internes, r\u00e9gionaux et internationaux, et qui porte l\u2019ambition d\u2019acc\u00e9der au rang d\u2019\u00c9tat \u00e9mergent. C\u2019est dire que le num\u00e9rique transforme la sc\u00e8ne publique, sans remplacer le projet politique. Il acc\u00e9l\u00e8re la circulation des opinions, fragmente le d\u00e9bat, modifie les rapports d\u2019influence et fragilise les anciennes m\u00e9diations. Mais il ne r\u00e9pond pas, \u00e0 lui seul, aux questions de repr\u00e9sentation, de justice sociale, de d\u00e9veloppement, de s\u00e9lection des \u00e9lites ou de cr\u00e9dibilit\u00e9 des partis.<\/p>\n<p>Reste alors un enjeu central : la capacit\u00e9 des formations politiques \u00e0 redevenir audibles, lisibles et cr\u00e9dibles. Pour Samir Belfkih, \u00abun parti qui se respecte doit apporter des r\u00e9ponses aux grandes questions soci\u00e9tales qui touchent la vie quotidienne du citoyen et l\u2019ambition commune des Marocains\u00bb. Ces r\u00e9ponses supposent une compr\u00e9hension fine des transformations d\u00e9mographiques, familiales, urbaines, num\u00e9riques, \u00e9conomiques et culturelles du pays.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"La question a travers\u00e9 les \u00e9changes de bout en bout lors de la rencontre organis\u00e9e la semaine derni\u00e8re&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":150974,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":"","_share_on_mastodon":"0"},"categories":[83],"tags":[48330,86],"class_list":["post-150973","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-maroc","tag-debat-public-numerique-partis-politiques","tag-maroc"],"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@afrique\/116881710297277384","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/150973","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=150973"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/150973\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/150974"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=150973"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=150973"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=150973"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}