{"id":151392,"date":"2026-07-08T13:20:07","date_gmt":"2026-07-08T13:20:07","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/151392\/"},"modified":"2026-07-08T13:20:07","modified_gmt":"2026-07-08T13:20:07","slug":"afreximbank-et-la-tunisie-proche-par-la-dette-lointaine-par-le-diagnostic","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/151392\/","title":{"rendered":"Afreximbank et la Tunisie, proche par la dette, lointaine par le diagnostic"},"content":{"rendered":"<p>En trois ans, la Banque africaine d\u2019import-export a financ\u00e9 le budget tunisien pour 5,15 milliards de dinars. Son rapport annuel sur le commerce africain n\u2019en dit pas un mot.<\/p>\n<p>Chaque ann\u00e9e, la Banque africaine d\u2019import-export publie son African Trade Report. L\u2019\u00e9dition 2026 vient de para\u00eetre. Elle d\u00e9crit le commerce et l\u2019\u00e9conomie de tout le continent. La Tunisie y figure. Mais \u00e0 peine. Et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ce silence qui interroge, car l\u2019auteur du rapport est aussi l\u2019un des principaux cr\u00e9anciers de l\u2019\u00c9tat tunisien.<\/p>\n<p>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Une pr\u00e9sence purement statistique<\/p>\n<p>La Tunisie appara\u00eet quatorze fois dans le rapport. Douze de ces apparitions sont des lignes de tableau. Croissance, inflation, r\u00e9serves, change, commerce. Des chiffres, align\u00e9s dans des colonnes, sans commentaire.<\/p>\n<p>Le tableau 3.2 donne la croissance, 2,5 pour cent en 2025. Le rapport range la Tunisie en bas du peloton nord-africain. Le Maroc fait 4,9 pour cent. L\u2019Alg\u00e9rie 3,8. La Mauritanie 4,2. La r\u00e9gion 4,6. La Tunisie ferme la marche.<\/p>\n<p>Le tableau 3.3 donne l\u2019inflation, 5,3 pour cent en 2025. L\u00e0, la Tunisie se distingue par sa mod\u00e9ration, loin de la moyenne africaine \u00e0 13,1 pour cent. Le tableau 4.3 chiffre le commerce, avec un d\u00e9ficit qui se creuse \u00e0 8,01 milliards de dollars. Le tableau 4.2 montre un dinar qui s\u2019appr\u00e9cie de 3,46 pour cent face au dollar.<\/p>\n<p>Deux fois seulement, la Tunisie sort des tableaux pour entrer dans une phrase. Une fois pour sa croissance nord-africaine. Une fois pour ses r\u00e9serves jug\u00e9es cr\u00e9dibles, soutenues par le tourisme, les transferts et les exportations agricoles. C\u2019est tout. Aucun paragraphe d\u2019analyse, contrairement \u00e0 l\u2019\u00c9gypte, au Maroc ou \u00e0 l\u2019Afrique du Sud. La Tunisie est une donn\u00e9e. Pas un sujet.<\/p>\n<p>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Ce que le rapport ne dit jamais<\/p>\n<p>Le rapport consacre des dizaines de pages au r\u00f4le des institutions de financement du d\u00e9veloppement. Il explique comment ces banques financent les \u00c9tats africains. Comment elles absorbent les chocs. Comment elles soutiennent les budgets en p\u00e9riode de crise. Afreximbank y est cit\u00e9e comme actrice centrale de ce financement souverain.<\/p>\n<p>Or, \u00e0 aucun moment, le rapport ne dit que la Tunisie est l\u2019un de ces \u00c9tats financ\u00e9s. Le silence est total sur ce point pr\u00e9cis.<\/p>\n<p>Car les faits, eux, sont document\u00e9s. Le document d\u2019ex\u00e9cution budg\u00e9taire du minist\u00e8re tunisien des Finances confirme les tirages d\u2019Afreximbank au profit du budget de l\u2019\u00c9tat. 2 089,4 millions de dinars en 2022. 1 466,0 millions en 2023. 1 595,3 millions en 2024, soit un cumul de 5 150,7 millions de dinars sur trois ans, environ 1,65 milliard de dollars. Ces financements ne servent pas des projets. Ils sont class\u00e9s, dans la nomenclature officielle tunisienne, comme appui budg\u00e9taire. Afreximbank finance directement le d\u00e9ficit de l\u2019\u00c9tat tunisien.<\/p>\n<p>Un quatri\u00e8me accord a suivi. Un d\u00e9cret pr\u00e9sidentiel publi\u00e9 le 8 juin 2026 ratifie un pr\u00eat de 500 millions de dollars suppl\u00e9mentaires.<\/p>\n<p>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0L\u2019engagement va au-del\u00e0 de la dette<\/p>\n<p>La pr\u00e9sence d\u2019Afreximbank en Tunisie ne se limite pas au cr\u00e9dit budg\u00e9taire. Le 25 novembre 2025, le pr\u00e9sident Ka\u00efs Sa\u00efed a re\u00e7u le pr\u00e9sident d\u2019Afreximbank, George Elombi, au palais de Carthage. La rencontre a \u00e9t\u00e9 publique. Son contenu aussi.<\/p>\n<p>Sa\u00efed y a salu\u00e9 la capacit\u00e9 de la banque \u00e0 mobiliser des financements comp\u00e9titifs et \u00e0 soutenir le budget de l\u2019\u00c9tat. Le chef de l\u2019\u00c9tat tunisien reconna\u00eet donc lui-m\u00eame, en public, ce que le rapport tait. Plusieurs projets ont \u00e9t\u00e9 \u00e9voqu\u00e9s. L\u2019extension de l\u2019a\u00e9roport de Tunis-Carthage. Des ports en eau profonde. Le financement du Groupe chimique tunisien et de la Compagnie des phosphates de Gafsa. La section tunisienne de l\u2019interconnexion \u00e9lectrique entre la Libye, l\u2019Alg\u00e9rie et la Tunisie. \u00c0 cela s\u2019ajoutent un bureau r\u00e9gional pr\u00e9vu pour 2026, et un projet de centre de commerce africain \u00e0 Tunis.<\/p>\n<p>Dans la r\u00e9alit\u00e9 de fin 2025, Afreximbank est un acteur majeur de l\u2019\u00e9conomie tunisienne. Cr\u00e9ancier du budget. Financeur annonc\u00e9 des phosphates, de l\u2019\u00e9nergie, des ports. Bailleur d\u2019infrastructures. Tout cela est absent de son propre rapport.<\/p>\n<p>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0L\u2019\u00e9cart, et la question qu\u2019il pose<\/p>\n<p>Voil\u00e0 la tension. Afreximbank finance le budget tunisien. Afreximbank \u00e9crit le rapport qui note la Tunisie. Et le rapport ne dit rien de cette relation.<\/p>\n<p>Il faut \u00eatre pr\u00e9cis sur la nature du reproche. Le rapport ne maquille rien. Ses chiffres sur la Tunisie sont sobres, exacts, conformes aux tableaux. Il n\u2019y a pas de falsification. Il n\u2019y a pas d\u2019embellissement. Il y a une omission.<\/p>\n<p>Mais cette omission n\u2019est pas neutre. Quand l\u2019institution qui finance le d\u00e9ficit d\u2019un \u00c9tat est aussi celle qui publie le bilan public de cet \u00c9tat, sans d\u00e9clarer cette double position, la neutralit\u00e9 apparente du diagnostic devient une question l\u00e9gitime. Un rapport se pr\u00e9sente comme une analyse. Il est lu comme un regard ext\u00e9rieur. Or ce regard \u00e9mane ici d\u2019un cr\u00e9ancier engag\u00e9, dont l\u2019exposition tunisienne s\u2019approfondit d\u2019ann\u00e9e en ann\u00e9e.<\/p>\n<p>Le lecteur ignore tout de cela en parcourant les tableaux. Il voit une Tunisie \u00e0 la tra\u00eene, mod\u00e9r\u00e9ment stable, marginale dans le commerce continental. Il ne voit pas que l\u2019auteur du rapport est aussi l\u2019un de ses principaux bailleurs hors circuits classiques.<\/p>\n<p>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Ce que cela change pour la lecture<\/p>\n<p>Cet \u00e9cart ne disqualifie pas le rapport. Ses donn\u00e9es restent utiles, et nous les avons v\u00e9rifi\u00e9es une \u00e0 une. Mais il impose une grille de lecture. Le diagnostic d\u2019Afreximbank sur la Tunisie doit \u00eatre lu pour ce qu\u2019il est. Le regard d\u2019un acteur, pas d\u2019un arbitre.<\/p>\n<p>Le choix d\u2019implanter un centre de commerce \u00e0 Tunis prend alors un autre sens. Ce n\u2019est pas une r\u00e9compense de performance. Les chiffres du rapport la d\u00e9mentent. C\u2019est l\u2019extension logique d\u2019une relation financi\u00e8re d\u00e9j\u00e0 nou\u00e9e par la dette et les projets. Le centre est la vitrine d\u2019un ancrage qui est d\u2019abord celui d\u2019un cr\u00e9ancier.<\/p>\n<p>La Tunisie, elle, gagne un partenaire qui mobilise des fonds quand les march\u00e9s se ferment. Mais elle s\u2019attache aussi \u00e0 une institution dont elle d\u00e9pend de plus en plus, et dont les conditions de pr\u00eat restent, \u00e0 ce jour, non publi\u00e9es. C\u2019est tout l\u2019enjeu. Savoir si cette relation reste un appui, ou devient une d\u00e9pendance.<\/p>\n<p>&#8211; Publicit\u00e9-<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"En trois ans, la Banque africaine d\u2019import-export a financ\u00e9 le budget tunisien pour 5,15 milliards de dinars. 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