{"id":152447,"date":"2026-07-09T16:31:14","date_gmt":"2026-07-09T16:31:14","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/152447\/"},"modified":"2026-07-09T16:31:14","modified_gmt":"2026-07-09T16:31:14","slug":"marrakech-la-bataille-de-lombre-face-a-la-canicule","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/152447\/","title":{"rendered":"Marrakech : la bataille de l\u2019ombre face \u00e0 la canicule"},"content":{"rendered":"<p>Sous un soleil de plomb, les Marrakchis endurent en journ\u00e9e la rudesse de la canicule. Les acteurs associatifs d\u00e9noncent la disparition des espaces verts et arbres centenaires terrass\u00e9s par la fi\u00e8vre du foncier. Reportage, quartier par quartier, dans une ville o\u00f9 l\u2019ombre se fait de plus en plus rare.<\/p>\n<p>Le mercure fr\u00f4le les 42 degr\u00e9s en ce milieu d\u2019apr\u00e8s-midi de juillet. La cit\u00e9 ocre semble retenir son souffle, les passants d\u00e9sertent les trottoirs, quelques silhouettes press\u00e9es rasent encore les murs, mais la plupart des Marrakchis se calfeutrent en attendant que le soleil s\u2019\u00e9clipse. Ceux qui n\u2019ont pas ce luxe, usagers des transports publics, petits m\u00e9tiers de la rue, sont livr\u00e9s \u00e0 un espace public d\u00e9pourvu du moindre refuge, dans une ville o\u00f9 le ciel demeure d\u00e9gag\u00e9 pour une bonne partie de l\u2019ann\u00e9e. Le tissu associatif a beau sonner l\u2019alarme chaque \u00e9t\u00e9, l\u2019appel reste lettre morte.<\/p>\n<p>\u00abNous ne cessons d\u2019alerter les \u00e9lus locaux depuis des ann\u00e9es. Les r\u00e9unions se succ\u00e8dent, et les arbres continuent de tomber. Nous pr\u00eachons dans le d\u00e9sert\u00bb, l\u00e2che Moulay Abdellah Alaoui, acteur associatif.<\/p>\n<p>Au fil des ans, la fi\u00e8vre du foncier a englouti les villas arbor\u00e9es qui m\u00e9nageaient au c\u0153ur de leurs parcelles jardins et patios plant\u00e9s, c\u00e9dant le pas \u00e0 des immeubles o\u00f9 la verdure n\u2019a plus droit de cit\u00e9. \u00abAilleurs, les villes plantent pour se rafra\u00eechir. Ici, nous arrachons ce que nos a\u00een\u00e9s ont mis des d\u00e9cennies \u00e0 faire grandir\u00bb, constate Moulay Abdellah Alaoui, qui \u00e9gr\u00e8ne les espaces verts sacrifi\u00e9s au profit d\u2019\u00e9quipements b\u00e9tonn\u00e9s, symptomatique d\u2019un urbanisme qui ne con\u00e7oit pas le vert comme une composante \u00e0 part enti\u00e8re de la ville<\/p>\n<p>Impact sur la faune et la flore<br \/>Pour prendre la mesure de cette perte, il suffit d\u2019arpenter Gu\u00e9liz et la M\u00e9dina, l\u00e0 o\u00f9 battait nagu\u00e8re le poumon v\u00e9g\u00e9tal de la ville. Des arbres centenaires ont \u00e9t\u00e9 coup\u00e9s \u00e0 la racine au fil des chantiers, notamment pr\u00e8s de l\u2019Arsat El Harti, l\u2019un des derniers grands jardins h\u00e9rit\u00e9s du pass\u00e9. Avec la disparition des arbres, plusieurs esp\u00e8ces de petits oiseaux battent de l\u2019aile, remplac\u00e9es par des pigeons d\u00e9sormais seuls ma\u00eetres des lieux. Le peu d\u2019ombre qui subsiste est accapar\u00e9 par les caf\u00e9s. Leurs terrasses se sont \u00e9tal\u00e9es sur les trottoirs, si bien que le passant en qu\u00eate d\u2019un peu de fra\u00eecheur doit mettre la main \u00e0 la poche. Les activistes et botanistes y voient une aberration, l\u2019ombre relevant \u00e0 leurs yeux du service public au m\u00eame titre que l\u2019\u00e9clairage, et non d\u2019un privil\u00e8ge r\u00e9serv\u00e9 aux clients.<\/p>\n<p>Le constat est encore plus s\u00e9v\u00e8re dans les quartiers r\u00e9cents, o\u00f9 les arbres n\u2019ont tout simplement jamais pouss\u00e9. M\u2019hamid en offre l\u2019illustration la plus criante, avec ses grands boulevards qui s\u2019\u00e9tirent sans un arbre ! Le mal ronge aussi le nord de la ville. Sur le boulevard Moulay Abdellah, l\u2019une des art\u00e8res les plus fr\u00e9quent\u00e9es, les bigaradiers qui parfumaient les trottoirs ont c\u00e9d\u00e9 la place \u00e0 de jeunes ficus. Un arbitrage qui se d\u00e9fend sur le papier. Plus sobre, le ficus r\u00e9clame jusqu\u2019\u00e0 60% d\u2019eau de moins qu\u2019un agrume, un argument de poids dans une ville sous stress hydrique. Une fausse bonne id\u00e9e aux yeux des activistes, puisque les passants se retrouvent priv\u00e9s d\u2019ombre l\u00e0 o\u00f9 ils en ont le plus besoin. L\u2019entretien des jeunes plantations se fait au demeurant \u00e0 deux vitesses.<\/p>\n<p>\u00abLes ficus du milieu du boulevard sont arros\u00e9s parce qu\u2019ils se voient, ceux des trottoirs sont abandonn\u00e9s \u00e0 leur sort. M\u00eame l\u2019irrigation ob\u00e9it \u00e0 la logique de la vitrine\u00bb, d\u00e9nonce Alaoui.<\/p>\n<p>Le m\u00eame laisser-aller frappe le mobilier urbain. Les arr\u00eats de bus, d\u00e9pourvus d\u2019abris, sont squatt\u00e9s par les gardiens de voitures qui y font stationner autos et motos, et l\u2019usager patiente en plein soleil. Sur le boulevard Allal El Fassi, l\u2019autre art\u00e8re majeure de ce secteur, deux jardins ont m\u00eame \u00e9t\u00e9 ray\u00e9s de la carte au profit d\u2019un terrain de foot de proximit\u00e9\u2026<\/p>\n<p>Fortunes diverses<br \/>La canicule frappe plus fort dans les quartiers Massira, Socoma, ou encore Doha, qui doit son nom au promoteur qui y a \u00e9rig\u00e9 un dortoir g\u00e9ant o\u00f9 le b\u00e9ton emprisonne la chaleur. De par sa conception, le b\u00e2ti collectif standardis\u00e9 n\u2019offre aucune transition entre l\u2019espace habit\u00e9 et la rue, contrairement \u00e0 la m\u00e9dina qui m\u00e9nage entre l\u2019espace intime et public des sas successifs o\u00f9 un air frais circule. Dans ce quartier o\u00f9 le logement \u00e9conomique bat son plein, les rares arbres plant\u00e9s de mani\u00e8re \u00e9parse n\u2019offrent aucun couvert continu.<\/p>\n<p>\u00abLa conception d\u00e9cide non seulement du lien social possible, mais jusqu\u2019\u00e0 la fra\u00eecheur des maisons\u00bb, pr\u00e9cise Ali Gassous, vice-pr\u00e9sident du Syndicat des architectes du Maroc.<\/p>\n<p>La d\u00e9monstration vaut aussi pour l\u2019int\u00e9rieur des logements. Lors d\u2019une r\u00e9cente visite \u00e0 Marrakech, une d\u00e9l\u00e9gation \u00e9trang\u00e8re venue \u00e9tudier le b\u00e2ti traditionnel avait relev\u00e9 dans les constructions vernaculaires de la m\u00e9dina un \u00e9cart de 20 degr\u00e9s entre la rue surchauff\u00e9e et le c\u0153ur des b\u00e2timents. Une prouesse que permettent les patios, mais aussi l\u2019inertie de murs \u00e9pais, la raret\u00e9 des ouvertures sur l\u2019ext\u00e9rieur et la configuration du tissu traditionnel o\u00f9 les ruelles se prot\u00e8gent mutuellement du soleil. \u00abCe savoir ancestral a pourtant \u00e9t\u00e9 d\u00e9laiss\u00e9 au profit d\u2019un b\u00e9ton qui n\u2019offre aucune isolation\u00bb, regrette Ali Gassous.<\/p>\n<p>Des aberrations en s\u00e9rie<br \/>Aux yeux des associations \u00e9cologiques, ces renoncements prolongent une longue s\u00e9rie d\u2019aberrations dues au laisser-faire des autorit\u00e9s. \u00c0 la chaleur s\u2019ajoute l\u2019exploitation ill\u00e9gale de l\u2019espace public qui rend la rue inhospitali\u00e8re. \u00c0 cela s\u2019ajoute une gestion de la mobilit\u00e9 urbaine qui autorise des poids lourds \u00e0 arpenter les principales art\u00e8res de la ville, d\u00e9gradant ainsi l\u2019infrastructure et \u00e9cornant au passage l\u2019image de la premi\u00e8re destination touristique du Royaume. La facture se r\u00e9v\u00e8le aussi un enjeu de sant\u00e9 publique. En d\u00e9sertant la ville, les oiseaux insectivores ont perturb\u00e9 l\u2019\u00e9quilibre \u00e9cologique. Priv\u00e9s de leurs pr\u00e9dateurs naturels, moustiques et mouches charbonneuses prolif\u00e8rent d\u00e9sormais librement.<\/p>\n<p>\u00abJ\u2019ai \u00e9t\u00e9 piqu\u00e9 \u00e0 la terrasse d\u2019un caf\u00e9 par un insecte, la d\u00e9mangeaison m\u2019a conduit tout droit chez le dermatologue\u00bb, t\u00e9moigne un riverain. Face \u00e0 ce tableau, les militants r\u00e9clament un plan de v\u00e9g\u00e9talisation digne de ce nom, et des \u00eelots de fra\u00eecheur pens\u00e9s par quartier. En attendant, dans une ville o\u00f9 l\u2019\u00e9t\u00e9 a tout d\u2019un sauna en ces temps de canicule, l\u2019ombre demeure payante.<\/p>\n<p>Ayoub Ibnoulfassih \/ Les Inspirations \u00c9CO<\/p>\n<p>A regarder aussi<\/p>\n<p>                  <img class=\"ytsponso-v46-side-showlogo\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/logo_colored_transparent_4k_from_vector_source-scaled.png\" alt=\"L'Entretien des \u00c9CO\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\"\/><br \/>\n                                      <img class=\"ytsponso-v46-side-showlogo-dark\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/logo_entretien_eco_sombre_transparent_4k-scaled.png\" alt=\"\" aria-hidden=\"true\" loading=\"eager\" decoding=\"async\"\/><\/p>\n<p><\/p>\n<p>&#13;<\/p>\n<p><\/p>\n<p><a dir=\"LTR\" class=\"alert-main\" href=\"https:\/\/leseco.ma\/maroc\/officiel-le-maroc-revient-definitivement-a-lheure-gmt.html\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow noopener\">&#13;<br \/>\n    &#13;<br \/>\n        &#13;<br \/>\n        &#13;<br \/>\n        &#13;<br \/>\n<\/a><\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Sous un soleil de plomb, les Marrakchis endurent en journ\u00e9e la rudesse de la canicule. 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