{"id":153839,"date":"2026-07-11T09:56:19","date_gmt":"2026-07-11T09:56:19","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/153839\/"},"modified":"2026-07-11T09:56:19","modified_gmt":"2026-07-11T09:56:19","slug":"tunisie-ue-le-prix-cache-des-concessions-energetiques-nawaat","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/153839\/","title":{"rendered":"Tunisie-UE\u00a0: Le prix cach\u00e9 des concessions \u00e9nerg\u00e9tiques \u2013 Nawaat"},"content":{"rendered":"<p class=\"has-drop-cap\">En avril 2026, le Parlement tunisien a approuv\u00e9 cinq accords de concession pour la production d\u2019\u00e9nergie solaire, d\u2019une capacit\u00e9 totale d\u2019environ 598 m\u00e9gawatts et pour un co\u00fbt d\u2019investissement d\u2019environ 1,64 milliard de dinars. Ces accords ont \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9s par plusieurs d\u00e9put\u00e9s, parce qu\u2019ils y voyaient une atteinte flagrante \u00e0 la souverainet\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique. Le Parlement a toutefois fini par approuver le projet, d\u00e8s lors qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une \u00ab\u00a0proposition urgente\u00a0\u00bb de la pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique. Dans cette enqu\u00eate, nous tenterons de d\u00e9crypter objectivement, par des textes et des vid\u00e9os, les dessous de ces accords et des parties qui vont en b\u00e9n\u00e9ficier.<\/p>\n<p>Dans le centre et le sud de la Tunisie, la terre ne se d\u00e9finit pas par les d\u00e9limitations des propri\u00e9t\u00e9s ni par les chiffres indiqu\u00e9s sur les cartes d\u2019investissement. C\u2019est plut\u00f4t un espace de vie et de production, o\u00f9 les steppes et les p\u00e2turages s\u2019\u00e9tendent sur de vastes terres, et o\u00f9 les troupeaux se d\u00e9placent au rythme des pluies et de la succession des saisons. Autour de cet \u00e9cosyst\u00e8me, qui tient \u00e0 un \u00e9quilibre si t\u00e9nu entre la terre, l\u2019eau et le climat, se d\u00e9veloppent des activit\u00e9s socio\u00e9conomiques li\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9levage et au commerce des ovins et de leurs produits d\u00e9riv\u00e9s. Aujourd\u2019hui, les choses commencent \u00e0 changer. Des inqui\u00e9tudes montent face \u00e0 la multiplication acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e des projets d\u2019\u00e9nergies renouvelables et d\u2019hydrog\u00e8ne vert\u00a0: que se passe-t-il lorsque de vastes terres pastorales et agricoles sont transform\u00e9es en sites de production d\u2019\u00e9nergie\u00a0? Quel est le co\u00fbt de cette transformation pour les terres et l\u2019eau\u00a0? Qui en sont les v\u00e9ritables b\u00e9n\u00e9ficiaires\u00a0? Et dans quelle mesure est-elle en ad\u00e9quation avec l\u2019id\u00e9al de souverainet\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique, eu \u00e9gard \u00e0 la politique d\u2019ouverture aux investissements \u00e9trangers\u00a0?<\/p>\n<p>Cette enqu\u00eate co\u00efncide avec l\u2019engagement solennel en faveur de la transition \u00e9nerg\u00e9tique. Celle-ci est pr\u00e9sent\u00e9e comme une transition verte et une option strat\u00e9gique pour rem\u00e9dier notamment au d\u00e9ficit \u00e9nerg\u00e9tique et soutenir une \u00e9conomie \u00e0 faible \u00e9mission de carbone. Notre but est de comprendre, en les d\u00e9cortiquant, les enjeux \u00e9conomiques, environnementaux et sociaux de tels projets.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"hpspace lazy\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/gabes-proces-traduction-feat.jpg\"\/><\/p>\n<p>Changer la vocation de la terre et les modes de vie locaux<\/p>\n<p>Dans la r\u00e9gion de Menzel-Habib, dans le gouvernorat de Gab\u00e8s, l\u2019une des zones incluses dans les projets de production d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 \u00e0 partir d\u2019\u00e9nergies renouvelables, l\u2019agriculteur Ezzedine Jama\u00ef ne cache pas sa crainte quant aux r\u00e9percussions qui pourraient en d\u00e9couler sur le mode de vie local. Il explique que \u00ab\u00a0les terres choisies pour abriter ces stations ne sont pas des espaces d\u00e9serts ou inexploit\u00e9s, mais des terres pastorales et priv\u00e9es dont d\u00e9pendent depuis des d\u00e9cennies tant d\u2019activit\u00e9s.\u00a0\u00bb Il cite notamment le p\u00e2turage, l\u2019agriculture saisonni\u00e8re li\u00e9e aux pr\u00e9cipitations et les d\u00e9placements des troupeaux entre les steppes.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/concessions-energetiques-2-2000px.jpg\" class=\"center-block img-responsive lazy\"\/><\/p>\n<p>Mai 2026, Gab\u00e8s \u2013 Une vue des terres de la r\u00e9gion de Menzel-Habib utilis\u00e9es par les \u00e9leveurs pour le p\u00e2turage des troupeaux pendant les saisons de s\u00e9cheresse \u2013 Photos\u00a0: Sana Adouni<\/p>\n<p>Cette question rev\u00eat une importance accrue depuis l\u2019approbation, par la Chambre des repr\u00e9sentants, en avril 2026, de cinq accords de concession pour la production d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 \u00e0 partir d\u2019\u00e9nergie solaire (\u00ab\u00a0photovolta\u00efque\u00a0\u00bb). Ces projets sont r\u00e9partis entre les gouvernorats de Sidi Bouzid, Gafsa et Gab\u00e8s, avec une capacit\u00e9 totale d\u2019environ 598 m\u00e9gawatts et un co\u00fbt d\u2019investissement estim\u00e9 \u00e0 environ 1,64 milliard de dinars. Ces contrats s\u2019\u00e9tendent sur une p\u00e9riode de 20 \u00e0 25 ans, au cours desquels les soci\u00e9t\u00e9s d\u00e9tentrices des concessions entreprennent la construction et l\u2019exploitation des centrales et la vente de l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 de leur production \u00e0 la Compagnie tunisienne de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 et du gaz (STEG). A d\u00e9faut de quoi, les installations seront restitu\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00c9tat ou d\u00e9mantel\u00e9es conform\u00e9ment aux termes contractuels.<a href=\"#17563825-8616-4df9-8c2d-2d472648dd95\" id=\"17563825-8616-4df9-8c2d-2d472648dd95-link\">1<\/a><\/p>\n<p>Cependant, l\u2019attribution de ces concessions, limit\u00e9e \u00e0 trois entreprises \u00e9trang\u00e8res, soul\u00e8ve des questions, d\u2019abord, en rapport avec le discours officiel, satur\u00e9 de slogans chantant la souverainet\u00e9 nationale. Puis, en rapport avec la mise en \u0153uvre concr\u00e8te de cette orientation. D\u2019autant plus qu\u2019elle s\u2019inscrit dans le cadre d\u2019une politique pr\u00e9sent\u00e9e comme un fondement de la transition \u00e9nerg\u00e9tique et de la r\u00e9duction de la d\u00e9pendance vis-\u00e0-vis des importations d\u2019\u00e9nergie.<\/p>\n<p>Ces choix ont \u00e9t\u00e9 annonc\u00e9s dans un contexte marqu\u00e9 par des pressions accrues sur le secteur de l\u2019\u00e9nergie. En effet, le d\u00e9ficit \u00e9nerg\u00e9tique de la Tunisie a atteint environ 6,3 millions de tonnes \u00e9quivalent p\u00e9trole en 2025. Tandis que les d\u00e9penses allou\u00e9es aux subventions \u00e9nerg\u00e9tiques sont pass\u00e9s de 550 millions de dinars en 2011 \u00e0 7112 millions de dinars en 2025, soit pr\u00e8s de 9 % du budget de l\u2019\u00c9tat. Par ailleurs, la production nationale de gaz naturel ne couvre que 23 % de la consommation locale, selon <a href=\"https:\/\/www.energiemines.gov.tn\/fileadmin\/docs-u1\/Conjoncture_%C3%A9nerg%C3%A9tique__d%C3%A9cembre_2025.pdf\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">les statistiques de l\u2019Observatoire national de l\u2019\u00e9nergie et des mines<\/a>.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/concessions-energetiques-graphic-1-2000px-fr.png\" class=\"center-block img-responsive lazy\"\/><\/p>\n<p>Ces projets sont pr\u00e9sent\u00e9s dans le discours officiel comme une r\u00e9ponse n\u00e9cessaire \u00e0 ces dysfonctionnements.Toutefois, l\u2019expansion des infrastructures \u00e9nerg\u00e9tiques dans les zones pastorales et agricoles suscite, d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0, des inqui\u00e9tudes sur les transformations qui peuvent impacter les modes d\u2019utilisation des terres et leurs fonctions \u00e9conomiques.<\/p>\n<p>A ce propos, l\u2019agriculteur Ezzedine Jama\u00ef t\u00e9moigne que \u00ab\u00a0le mode de vie local a connu ces derni\u00e8res ann\u00e9es des transformations progressives, dues \u00e0 la baisse des pr\u00e9cipitations, au changement climatique et au d\u00e9clin de la couverture v\u00e9g\u00e9tale, ainsi qu\u2019au recul du soutien apport\u00e9 \u00e0 l\u2019activit\u00e9 pastorale.\u00a0\u00bb Il ajoute que \u00ab\u00a0ces transformations, bien qu\u2019importantes, sont rest\u00e9es dans les limites de la capacit\u00e9 d\u2019adaptation de la population. Or, l\u2019installation de projets d\u2019\u00e9nergies renouvelables constitue une mutation d\u2019une autre nature. Car elle ne se contente pas de modifier les modes de production, mais touche \u00e0 la fonction m\u00eame de la terre et en d\u00e9tourne l\u2019utilisation vers d\u2019autres finalit\u00e9s.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Notre interlocuteur met en garde contre tout r\u00e9tr\u00e9cissement des espaces de p\u00e2turage. Car, selon  cela \u00ab\u00a0n\u2019a pas seulement des effets n\u00e9fastes sur la production agricole, mais s\u2019\u00e9tend \u00e0 l\u2019ensemble du syst\u00e8me socio-\u00e9conomique, avec ce qu\u2019il compte comme \u00e9leveurs, marchands et artisans, dans un contexte o\u00f9 la pression environnementale est d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s forte.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>S\u2019il ne rejette pas, fondamentalement, les projets d\u2019\u00e9nergies renouvelables, il ne souhaiterait pas qu\u2019ils se fassent au d\u00e9triment des \u00e9quilibres locaux ou se transforment en espaces ferm\u00e9s aux activit\u00e9s de la population. Il cite, \u00e0 ce propos, l\u2019exemple de Gab\u00e8s face aux mutations industrielles des derni\u00e8res d\u00e9cennies, lorsque l\u2019industrie lourde a transform\u00e9 la ville, \u00e0 vocation agricole et touristique, en un p\u00f4le industriel fortement pollu\u00e9. Il insiste sur le risque de voir des d\u00e9sastres similaires se reproduire avec de nouveaux dispositifs.<\/p>\n<p>Plus globalement, Leila Riahi, universitaire, chercheuse et membre du groupe \u00ab\u00a0Souverainet\u00e9 paysanne\u00bb, estime que \u00ab\u00a0le probl\u00e8me des projets d\u2019\u00e9nergies renouvelables r\u00e9side dans les ressources dont elles d\u00e9pendent, au premier rang desquelles figure la terre.\u00a0\u00bb Elle explique que \u00ab\u00a0ces projets exigent de vastes espaces.\u00a0Ce qui rend les terres de p\u00e2turage du Centre et du Sud particuli\u00e8rement attractives, en raison de leur proximit\u00e9 avec les r\u00e9seaux et les infrastructures. En plus du faible co\u00fbt de leur am\u00e9nagement par rapport aux zones d\u00e9sertiques ou montagneuses.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Contrairement \u00e0 ce qui est colport\u00e9 au sujet de ces terres, \u00e0 savoir qu\u2019elles seraient inexploit\u00e9es, Le\u00efla Riahi affirme que \u00ab\u00a0loin d\u2019\u00eatre des espaces abandonn\u00e9s, ces terres constituent le levier de l\u2019\u00e9conomie pastorale en Tunisie. Toutefois, la transformation de ces zones en sites de production d\u2019\u00e9nergie signifie, concr\u00e8tement, qu\u2019elles seront cern\u00e9es par des installations techniques. Ce qui limite les d\u00e9placements des troupeaux et restreint l\u2019acc\u00e8s des \u00e9leveurs \u00e0 leurs ressources habituelles, dans un contexte marqu\u00e9 par une vuln\u00e9rabilit\u00e9 environnementale croissante et une demande de plus en plus importante de ces ressources.\u00a0\u00bb Son approche rejoint celle d\u2019Ezzedine Jama\u00ef dans son t\u00e9moignage concernant les retomb\u00e9es de tels projets sur les modes de vie locaux et le rapport des populations \u00e0 la terre.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/concessions-energetiques-graphic-2-2000px-fr.png\" class=\"center-block img-responsive lazy\"\/><\/p>\n<p>Poursuivant son analyse, Le\u00efla Riahi souligne que \u00ab\u00a0les largesses r\u00e9glementaires accord\u00e9es \u00e0 l\u2019investissement dans les \u00e9nergies renouvelables ont facilit\u00e9 l\u2019acc\u00e8s aux terres agricoles et pastorales, en l\u2019absence d\u2019une vision globale conciliant les exigences de la transition \u00e9nerg\u00e9tique et les int\u00e9r\u00eats des communaut\u00e9s locales.\u00a0\u00bb Elle ajoute que cette politique \u00ab\u00a0s\u2019inspire d\u2019un mod\u00e8le qui privil\u00e9gie l\u2019exportation au d\u00e9triment de la satisfaction des besoins nationaux.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>En effet, les<a href=\"https:\/\/igppp.tn\/fr\/node\/534?target=fr\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\"> r\u00e9formes<\/a> de ces derni\u00e8res ann\u00e9es montrent une \u00e9volution progressive vers l\u2019ouverture du secteur de l\u2019\u00e9nergie aux investissements. Le pic a \u00e9t\u00e9 atteint lorsque l\u2019Etat a autoris\u00e9 la r\u00e9alisation de projets de production d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 \u00e0 partir d\u2019\u00e9nergies renouvelables sur des terres agricoles sans en modifier la vocation, sous pr\u00e9texte d\u2019acc\u00e9l\u00e9rer les investissements.Tout en engageant, parall\u00e8lement, une restructuration du secteur dans un cadre de concessions et de contrats \u00e0 long terme.<\/p>\n<p>Ce qui aggrave encore le d\u00e9ni de la r\u00e9alit\u00e9 et le rythme effr\u00e9n\u00e9 qui caract\u00e9rise la mise en \u0153uvre de ces projets, c\u2019est l\u2019absence d\u2019\u00e9valuations suffisantes de leur impact environnemental et biologique. D\u2019apr\u00e8s la chercheuse, ces projets sont propos\u00e9s en l\u2019absence d\u2019\u00e9tudes approfondies de leur impact sur la biodiversit\u00e9 et les \u00e9cosyst\u00e8mes fragiles, notamment dans les zones de steppes et de p\u00e2turages. Sachant que celles-ci jouent un r\u00f4le pr\u00e9pond\u00e9rant dans la lutte contre la d\u00e9sertification et la s\u00e9questration du carbone dans les sols, ce qui limite la possibilit\u00e9 d\u2019\u00e9valuer leurs r\u00e9percussions r\u00e9elles sur ces \u00e9cosyst\u00e8mes. Et de conclure\u00a0:<\/p>\n<p>Le mod\u00e8le actuel n\u2019offre pas les conditions n\u00e9cessaires \u00e0 un transfert technologique ou \u00e0 un v\u00e9ritable d\u00e9veloppement industriel, dans la mesure o\u00f9 les \u00e9quipements sont presque enti\u00e8rement import\u00e9s. Alors que l\u2019impact local reste circonscrit au niveau de l\u2019emploi. Au final, les ressources naturelles sont r\u00e9orient\u00e9es vers une production d\u2019\u00e9nergie destin\u00e9e principalement \u00e0 l\u2019exportation, au prix d\u2019un r\u00e9tr\u00e9cissement inexorable des espaces d\u00e9di\u00e9s au p\u00e2turage et \u00e0 l\u2019agriculture.Ce qui accentue le d\u00e9s\u00e9quilibre entre la transition \u00e9nerg\u00e9tique et la pr\u00e9servation des fonctions \u00e9conomiques et sociales de la terre.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de ce constat, le d\u00e9bat porte sur la nature du mod\u00e8le \u00e9conomique qui sous-tend un tel projet et sur le discours environnemental qui l\u2019accompagne. En effet, alors que l\u2019impact local reste limit\u00e9 en termes d\u2019emploi, d\u2019industrialisation et de transfert de technologie, face \u00e0 d\u2019\u00e9normes concessions, la question se pose de savoir s\u2019il s\u2019agit d\u2019une transition \u00e9nerg\u00e9tique \u00e9quitable ou d\u2019une reproduction d\u2019anciens rapports de d\u00e9pendance.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"hpspace lazy\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/gabes-femmes-feat.jpg\"\/><\/p>\n<p>Un \u00ab\u00a0lavage vert\u00a0\u00bb calqu\u00e9 sur le mod\u00e8le colonial<\/p>\n<p>Elyes Ben Ammar, membre de la F\u00e9d\u00e9ration g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 et du gaz, affili\u00e9e \u00e0 l\u2019Union g\u00e9n\u00e9rale tunisienne du travail (UGTT), estime que la pol\u00e9mique autour des concessions en mati\u00e8re de production d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 \u00e0 partir d\u2019\u00e9nergies renouvelables r\u00e9side dans le mod\u00e8le choisi pour sa mise en \u0153uvre. Ce mod\u00e8le red\u00e9finit la relation entre l\u2019\u00c9tat et le secteur \u00e9nerg\u00e9tique dans un cadre de concessions et de contrats \u00e0 long terme. Il souligne que <a href=\"https:\/\/igppp.tn\/fr\/node\/534?target=fr\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">la loi n\u00b012 de 2015,<\/a> relative \u00e0 la production d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 \u00e0 partir d\u2019\u00e9nergies renouvelables, a ouvert la voie au secteur priv\u00e9, et en particulier aux investisseurs \u00e9trangers, pour se lancer dans la production d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 \u00e0 partir de l\u2019\u00e9nergie solaire et \u00e9olienne dans un cadre de concession. Les entreprises retenues se chargent de la construction et de l\u2019exploitation des centrales de production, et vendent l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 de leur production en exclusivit\u00e9 \u00e0 la Soci\u00e9t\u00e9 Tunisienne de l\u2019Electricit\u00e9 et du Gaz (STEG).<\/p>\n<p>Le syndicaliste estime que \u00ab\u00a0ce mod\u00e8le reproduit le syst\u00e8me de concessions de l\u2019\u00e9poque coloniale qui avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9mantel\u00e9 \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance. Apr\u00e8s la suppression des concessions fran\u00e7aises, la STEG a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e en tant que cadre public unifi\u00e9. Ce qui nous a fait passer d\u2019un colonialisme direct \u00e0 un colonialisme contractuel, puis de simples concessions accord\u00e9es \u00e0 des entreprises \u00e9trang\u00e8res \u00e0 des contrats \u00e0 long terme conclus dans le cadre de la transition \u00e9nerg\u00e9tique.\u00a0\u00bb Il estime que le r\u00e9sultat est fondamentalement le m\u00eame : \u00ab\u00a0une mainmise ext\u00e9rieure sur des ressources strat\u00e9giques,aggrav\u00e9e par un recul progressif du r\u00f4le de l\u2019\u00c9tat producteur.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Dans un entretien accord\u00e9 \u00e0 Nawaat, Elyes Ben Ammar \u00e9met une s\u00e9rie de r\u00e9serves sur cette formule contractuelle. Il estime que \u00ab\u00a0les risques \u00e9conomiques n\u2019incombent pas \u00e0 l\u2019investisseur seul, mais sont partag\u00e9s essentiellement par la STEG, puisque les contrats conclus obligent cette derni\u00e8re \u00e0 acheter la totalit\u00e9 de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 produite pendant une p\u00e9riode allant de 20 \u00e0 25 ans. M\u00eame dans les cas o\u00f9 le r\u00e9seau national n\u2019a pas besoin de la totalit\u00e9 de la production.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Notre interlocuteur explique que ce mod\u00e8le comprend \u00e9galement \u00ab\u00a0la mani\u00e8re dont les politiques \u00e9nerg\u00e9tiques sont \u00e9labor\u00e9es\u00a0\u00bb. Sur cet aspect, il d\u00e9plore le recours croissant de la Tunisie aux agences et aux expertises \u00e9trang\u00e8res pour l\u2019\u00e9laboration des \u00e9tudes et des strat\u00e9gies li\u00e9es \u00e0 ce secteur. Il juge qu\u2019une part importante de la prise de d\u00e9cision en mati\u00e8re d\u2019\u00e9nergie se fait d\u00e9sormais en dehors des institutions nationales ou sur la base de conceptions et de choix techniques pr\u00eats \u00e0 l\u2019emploi. Or selon lui, cela limite l\u2019autonomie de la d\u00e9cision publique dans un domaine aussi strat\u00e9gique.<\/p>\n<p>Les donn\u00e9es montrent, par ailleurs, que le co\u00fbt d\u2019achat de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 dans le cadre de ces contrats, bien qu\u2019il soit fix\u00e9 contractuellement, reste d\u00e9termin\u00e9 par des facteurs externes, tels que le taux de change du dinar et les fluctuations des prix industriels en Europe. Alors que les recettes de la STEG restent libell\u00e9es en dinars, ce qui cr\u00e9e un d\u00e9s\u00e9quilibre dans le partage des risques \u00e0 long terme entre les deux parties.<\/p>\n<p>Ce d\u00e9s\u00e9quilibre se voit accentu\u00e9, selon le cadre contractuel lui-m\u00eame, par une s\u00e9rie de garanties accord\u00e9es aux investisseurs. Parmi lesquelles un gel fiscal emp\u00eachant toute r\u00e9vision du r\u00e9gime fiscal pendant une p\u00e9riode pouvant aller jusqu\u2019\u00e0 25 ans, ainsi que le recours \u00e0 des m\u00e9canismes d\u2019arbitrage international hors de Tunisie pour le r\u00e8glement des litiges. Concr\u00e8tement, cela revient \u00e0 c\u00e9der une partie de la gouvernance contractuelle \u00e0 des syst\u00e8mes juridiques situ\u00e9s en dehors du cadre juridictionnel national. Tout cela conforte le caract\u00e8re international de ces contrats et limite, ult\u00e9rieurement, les moyens d\u2019intervention souveraine.<\/p>\n<p>Les m\u00eames donn\u00e9es indiquent qu\u2019un certain nombre de projets sont r\u00e9alis\u00e9s dans le cadre de consortiums internationaux regroupant des acteurs \u00e9trangers du secteur des \u00e9nergies renouvelables. Parmi ces acteurs figure la soci\u00e9t\u00e9 norv\u00e9gienne Scatec, sp\u00e9cialis\u00e9e dans le d\u00e9veloppement et l\u2019exploitation de projets d\u2019\u00e9nergie solaire. Son nom a \u00e9t\u00e9 cit\u00e9 dans certains rapports \u00e0 l\u2019occasion de l\u2019exportation de cr\u00e9dits carbone<a href=\"#8748d497-ffe6-4241-bfee-f54a1f490de4\" id=\"8748d497-ffe6-4241-bfee-f54a1f490de4-link\">2<\/a> vers des entit\u00e9s \u00e9trang\u00e8res, notamment le minist\u00e8re japonais de l\u2019Environnement. Ainsi, une partie de la valeur environnementale des projets a \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9e vers l\u2019\u00e9tranger, pour un co\u00fbt estim\u00e9 \u00e0 environ 80 millions de dinars.<\/p>\n<p>En contrepartie, la pr\u00e9sence locale reste limit\u00e9e, puisqu\u2019on ne compte qu\u2019une seule entreprise tunisienne parmi les dix prestataires, sans garanties claires en mati\u00e8re de transfert de technologie ou de promotion de l\u2019emploi local.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/concessions-energetiques-graphic-3-2000px-fr.png\" class=\"center-block img-responsive lazy\"\/><\/p>\n<p>Une \u00e9tude publi\u00e9e en novembre 2025 par le Groupe de travail pour la d\u00e9mocratie \u00e9nerg\u00e9tique replace cette transition dans son contexte historique: elle a d\u00e9but\u00e9 avec la lib\u00e9ralisation \u00e9conomique et les r\u00e9formes structurelles lanc\u00e9es en Tunisie depuis la fin des ann\u00e9es 1980. Celles-ci se sont concr\u00e9tis\u00e9es juridiquement par l\u2019ouverture du secteur de la production d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 au secteur priv\u00e9 en 1996<a href=\"#b0ddfd13-0909-4133-adf3-76aab2f0434d\" id=\"b0ddfd13-0909-4133-adf3-76aab2f0434d-link\">3<\/a>, puis gr\u00e2ce \u00e0 la loi de 2015. Ce processus ne s\u2019est pas limit\u00e9 \u00e0 la Tunisie, mais a touch\u00e9 plusieurs pays du Sud, sous l\u2019impulsion des recommandations des institutions financi\u00e8res internationales appelant \u00e0 la lib\u00e9ralisation du secteur de l\u2019\u00e9nergie et \u00e0 la r\u00e9duction du r\u00f4le de l\u2019\u00c9tat dans ce domaine.<a href=\"#d9d30a05-8c4c-4f04-9fec-093b00ded70e\" id=\"d9d30a05-8c4c-4f04-9fec-093b00ded70e-link\">4<\/a><\/p>\n<p>L\u2019\u00e9tude conclut que ce qui est pr\u00e9sent\u00e9 aujourd\u2019hui comme une transition \u00e9nerg\u00e9tique verte ne constitue pas une rupture avec le mod\u00e8le pr\u00e9c\u00e9dent, mais le reconfigure. Au lieu de revoir le mod\u00e8le de consommation, une partie de la production est d\u00e9localis\u00e9e vers les pays du Sud, riches en soleil et en terres, afin de subvenir aux besoins des march\u00e9s europ\u00e9ens. L\u2019\u00e9tude qualifie ce processus de forme de \u00ab\u00a0lavage vert\u00a0\u00bb, dans lequel l\u2019empreinte environnementale et les contingences de production sont transf\u00e9r\u00e9es vers le Sud, tandis que les b\u00e9n\u00e9fices climatiques et \u00e9conomiques sont comptabilis\u00e9s dans le Nord.<\/p>\n<p>Sur la m\u00eame question, Saber Ammar, membre du mouvement \u00ab\u00a0Stop pollution\u00a0\u00bb et du Groupe de travail pour la d\u00e9mocratie \u00e9nerg\u00e9tique, d\u00e9nonce une \u00ab\u00a0instrumentalisation de la notion de d\u00e9ficit \u00e9nerg\u00e9tique dans le discours officiel afin de justifier la poursuite des projets de concession\u00a0\u00bb. Il estime que cette d\u00e9finition occulte la nature du v\u00e9ritable d\u00e9s\u00e9quilibre de la balance \u00e9nerg\u00e9tique. Il souligne que, contrairement \u00e0 une certaine id\u00e9e re\u00e7ue, l\u2019essentiel du d\u00e9ficit n\u2019est pas d\u00fb \u00e0 la production d\u2019\u00e9lectricit\u00e9, mais \u00e0 la consommation de d\u00e9riv\u00e9s du p\u00e9trole. Ce qui remet en question les priorit\u00e9s des politiques \u00e9nerg\u00e9tiques.<\/p>\n<p>Interrog\u00e9 par Nawaat, Saber Ammar explique que le d\u00e9ficit \u00e9nerg\u00e9tique, estim\u00e9 \u00e0 environ 11 milliards de dinars, se r\u00e9partit comme suit: environ 7 milliards de dinars li\u00e9s aux importations de produits p\u00e9troliers utilis\u00e9s principalement dans les transports, et environ 4 milliards de dinars li\u00e9s au gaz naturel. Ce qui revient \u00e0 dire, selon lui, que la production d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 \u00e0 partir d\u2019\u00e9nergies renouvelables apporte une r\u00e9ponse partielle mais ne touche pas au c\u0153ur du probl\u00e8me.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"hpspace lazy\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/Gabes-toxic-feat.jpg\"\/><\/p>\n<p>Le d\u00e9bat autour de ces concessions nous renvoie \u00e0 d\u2019autres grands projets strat\u00e9giques, dont l\u2019hydrog\u00e8ne vert, pr\u00e9sent\u00e9 comme l\u2019avenir de la transition \u00e9nerg\u00e9tique orient\u00e9e vers l\u2019exportation. Il soul\u00e8ve, en revanche, de plus en plus de questions quant aux ressources sur lesquelles il s\u2019appuiera et aux b\u00e9n\u00e9fices qui en seraient tir\u00e9s par la collectivit\u00e9 nationale.<\/p>\n<p>L\u2019hydrog\u00e8ne vert : mourir de soif pour \u00e9clairer l\u2019Europe\u00a0!<\/p>\n<p>Leila Riahi estime, pour sa part, que \u00ab\u00a0la question est d\u2019autant plus complexe qu\u2019elle est \u00e9troitement li\u00e9e \u00e0 l\u2019eau, dans un pays qui souffre d\u00e9j\u00e0 d\u2019une p\u00e9nurie grave et de pressions croissantes sur l\u2019agriculture et l\u2019approvisionnement en eau.\u00a0\u00bb Elle assure que \u00ab\u00a0l\u2019utilisation de l\u2019eau comme ressource dans la production d\u2019hydrog\u00e8ne destin\u00e9 \u00e0 l\u2019exportation, sous forme d\u2018\u00e9nergie, va priver le pays d\u2019une ressource vitale pour sa s\u00e9curit\u00e9 alimentaire et sa production agricole\u2026\u00a0\u00bb Sur sa lanc\u00e9e, notre interlocutrice souligne que le discours officiel qui associe l\u2019hydrog\u00e8ne vert \u00e0 la transition \u00e9nerg\u00e9tique \u00ab\u00a0masque en partie la poursuite de la m\u00eame doxa \u00e9conomique, fond\u00e9e sur l\u2019exportation de mati\u00e8res premi\u00e8res sous une nouvelle forme.\u00a0\u00bb\u00a0Celle-ci impose la restructuration d\u2019une nouvelle cha\u00eene de valeur qui s\u2019appuie sur la terre, l\u2019eau et le patrimoine \u00e9cologique local, \u00ab\u00a0sans d\u00e9velopper de syst\u00e8mes industriels nationaux capables de cr\u00e9er de la valeur ajout\u00e9e dans le pays\u00a0\u00bb, d\u00e9plore-t-elle.<\/p>\n<p>Des <a href=\"https:\/\/drive.google.com\/file\/d\/1nTe7feTXvvBLwKFHM22iKJzvNs0GxWUH\/view\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">statistiques de l\u2019Observatoire tunisien de l\u2019eau<\/a>, relatives \u00e0 la situation hydrique dans la r\u00e9gion de Gab\u00e8s, montrent l\u2019ampleur de la pression accumul\u00e9e sur les ressources souterraines. Ainsi,\u00a0les niveaux de pr\u00e9l\u00e8vement connaissent une forte baisse, passant de 715 litres par seconde en 1970 \u00e0 environ 150 litres par seconde aujourd\u2019hui, parall\u00e8lement \u00e0 l\u2019expansion de l\u2019activit\u00e9 industrielle. Ces m\u00eames indicateurs r\u00e9v\u00e8lent \u00e9galement une hausse du co\u00fbt de l\u2019utilisation de l\u2019eau dans le cycle industriel, alors que les besoins futurs des projets d\u2019\u00e9nergies nouvelles ne cessent de cro\u00eetre.<\/p>\n<p>Par un simple calcul effectu\u00e9 \u00e0 partir des donn\u00e9es techniques disponibles, nous d\u00e9duisons que la production d\u2019un kilogramme d\u2019hydrog\u00e8ne vert n\u00e9cessite entre 20 et 30 litres d\u2019eau trait\u00e9e, en tenant compte des \u00e9tapes d\u2019\u00e9lectrolyse, de purification et de refroidissement. Suivant ces donn\u00e9es, la consommation en eau du projet \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/totalenergies.com\/newsroom\/green-hydrogen-te-h2-partners-verbund-large-project-tunisia\/?lang=eng\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">H2 Notos<\/a>\u00a0\u00bb, co-pilot\u00e9 par les soci\u00e9t\u00e9s Total Energies et Verbond\u00a0\u00bb,avec une capacit\u00e9 de production annonc\u00e9e de 200 000 tonnes par an, oscille entre 4 et 6 millions de m\u00e8tres cubes par an.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/concessions-energetiques-graphic-4-2000px-fr.png\" class=\"center-block img-responsive lazy\"\/><\/p>\n<p>Avec l\u2019extension de cette estimation aux autres projets inscrits dans le corridor \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/gh2.org\/countries\/tunisia\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">South H2<\/a>\u00a0\u00bb, qui vise \u00e0 exporter environ 2,5 millions de tonnes par an vers l\u2019Europe, les besoins en eau s\u2019\u00e9l\u00e8vent \u00e0 plusieurs centaines de millions de m\u00e8tres cubes. Ce qui corrobore les estimations de l\u2019Observatoire tunisien de l\u2019eau, qui se situent aux alentours de 200 millions de m\u00e8tres cubes par an.<\/p>\n<p>Dans les faits, cela signifie que ces projets impliquent, de mani\u00e8re quasi automatique, le recours au dessalement de l\u2019eau de mer pour satisfaire leurs besoins. Ce qui nous replonge dans un cercle vicieux : l\u2019\u00e9nergie n\u00e9cessite de l\u2019eau, et le dessalement consomme de l\u2019\u00e9nergie, dans un pays confront\u00e9 \u00e0 une grave p\u00e9nurie d\u2019eau.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/concessions-energetiques-graphic-5-2000px-fr.png\" class=\"center-block img-responsive lazy\"\/><\/p>\n<p>Devant ce constat, Islam Zrelli, militant \u00e9cologiste et membre de la campagne \u00ab\u00a0Stop Pollution\u00a0\u00bb \u00e0 Gab\u00e8s, estime que \u00ab\u00a0miser sur le dessalement de l\u2019eau de mer pour assurer les besoins de ces projets, complique encore davantage la situation.\u00a0\u00bb Selon lui, ce processus exige une consommation d\u2019\u00e9nergie suppl\u00e9mentaires, avec ce qui en d\u00e9coule comme rejets salins, susceptibles d\u2019accentuer la pression sur l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me marin fragile de la baie de Gab\u00e8s. Sachant que celui-ci souffre d\u00e9j\u00e0 des cons\u00e9quences de l\u2019accumulation de la pollution industrielle.<\/p>\n<p>Interrog\u00e9 par Nawaat, le militant \u00e9cologiste souligne que\u00a0l\u2019infrastructure m\u00eame de ces projets a \u00e9t\u00e9 con\u00e7ue principalement pour r\u00e9pondre \u00e0 la demande europ\u00e9enne en \u00e9nergie propre, et pour g\u00e9n\u00e9rer des devises fortes. Le corridor dit \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/international-partnerships.ec.europa.eu\/policies\/global-gateway\/southern-hydrogen-corridor_en\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">SouthH2<\/a>\u00a0\u00bb vise, explique-t-il, \u00e0 acheminer l\u2019hydrog\u00e8ne vert produit dans le sud de la M\u00e9diterran\u00e9e vers l\u2019Europevia un r\u00e9seau de gazoducs. Celui-ci s\u2019\u00e9tend de la Tunisie \u00e0 l\u2019Italie, puis \u00e0 l\u2019Autriche et \u00e0 l\u2019Allemagne, avec une capacit\u00e9 atteignant environ 4 millions de tonnes par an.<\/p>\n<p>Islam Zrelli met en garde contre \u00ab\u00a0le risque, pour la r\u00e9gion de Menzel-Habib, pressentie pour accueillir une partie des infrastructures de ces projets, de se retrouver confront\u00e9e \u00e0 un sc\u00e9nario similaire \u00e0 celui v\u00e9cu dans les ann\u00e9es 1970.\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0A l\u2019\u00e9poque, explique-t-il, les ressources naturelles ont \u00e9t\u00e9 exploit\u00e9es au nom du d\u00e9veloppement \u2013de l\u2019industrie lourde notamment-, au d\u00e9triment des collectivit\u00e9s locales qui ont d\u00fb en supporter le co\u00fbt environnemental et social. Cela s\u2019est traduit par la suite par des pressions croissantes qui ont pouss\u00e9 une partie de la population \u00e0 \u00e9migrer ou \u00e0 chercher des alternatives \u00e9conomiques en dehors de leur r\u00e9gion.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Cette \u00e9volution est, pour Islam Zrelli, symptomatique d\u2019une grande d\u00e9rive de la transition \u00e9nerg\u00e9tique. Il estime que \u00ab\u00a0toute transition qui ne garantisse pas la pr\u00e9servation des ressources en eau, qui ne serve pas le d\u00e9veloppement local et qui n\u2019assure pas qu\u2019une part significative des b\u00e9n\u00e9fices soit revers\u00e9e aux forces de production reste une transition bancale. Quand bien m\u00eame celle-ci se draperait d\u2019une apparence verte.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/concessions-energetiques-1-2000px.jpg\" class=\"center-block img-responsive lazy\"\/><\/p>\n<p>Avril 2026, Sidi Bouzid \u2013 Le minist\u00e8re de l\u2019Industrie, des Mines et de l\u2019\u00c9nergie inaugure une centrale solaire \u2013 Page Facebook STEG<\/p>\n<p>Allant dans le m\u00eame sens, des \u00e9tudes publi\u00e9es par l\u2019ONG <a href=\"https:\/\/www.recommon.org\/en\/campaign\/false-climate-solutions\/\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">ReCommon<\/a> soulignent que ce qui est pr\u00e9sent\u00e9 comme une \u00ab\u00a0transition \u00e9nerg\u00e9tique verte\u00a0\u00bb dans le sud de la M\u00e9diterran\u00e9e reproduit en fait des sch\u00e9mas de r\u00e9partition in\u00e9quitable des ressources. Les terres et les espaces naturels des pays du Sud \u00e9tant utilis\u00e9s pour produire de l\u2019\u00e9nergie destin\u00e9e principalement \u00e0 r\u00e9pondre aux besoins de l\u2019Europe industrielle.<\/p>\n<p>Cette organisation consid\u00e8re que des projets tels que l\u2019hydrog\u00e8ne vert ou les grandes infrastructures \u00e9nerg\u00e9tiques rel\u00e8vent de ce qu\u2019elle qualifie de \u00ab\u00a0fausses solutions\u00a0\u00bb, dans le sens o\u00f9 ils n\u2019entra\u00eenent pas une r\u00e9duction substantielle de la consommation d\u2019\u00e9nergies fossiles, mais plut\u00f4t un transfert de l\u2019empreinte \u00e9cologique vers le Sud, sous couvert de la \u00ab\u00a0transition verte\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Il se trouve que ces \u00ab\u00a0fausses solutions\u00a0\u00bb surviennent dans un contexte europ\u00e9en en pleine mutation suite \u00e0 la guerre en Ukraine et \u00e0 la crise du gaz. On sait que des programmes tels que le \u00ab\u00a0Pacte vert pour l\u2019Europe\u00a0\u00bb<a href=\"#f00f3400-11d3-4cd0-acd0-e578d43e6f12\" id=\"f00f3400-11d3-4cd0-acd0-e578d43e6f12-link\">5<\/a> et \u00ab\u00a0REPowerEU\u00a0\u00bb,\u00a0pour pallier le manque, se sont appuy\u00e9s sur les pays du sud de la M\u00e9diterran\u00e9e, riches en soleil et en vent, notamment en Afrique du Nord. Ils en ont fait des espaces strat\u00e9giques pour la production d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 et d\u2019hydrog\u00e8ne vert.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"hpspace lazy\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/PG-gabes1-feat.jpg\"\/><\/p>\n<p>Elena Gerebizza, chercheuse et activiste au sein de <a href=\"https:\/\/www.recommon.org\/en\/about-us\/\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">ReCommon,<\/a> souligne, dans un entretien exclusif accord\u00e9 \u00e0 Nawaat, l\u2019existence de deux voies parall\u00e8les pour les projets d\u2019hydrog\u00e8ne vert en Tunisie : <a href=\"https:\/\/ammoniaenergy.org\/articles\/tunisias-hydrogen-roadmap-renewable-ammonia-production-by-2025\/\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">un projet pilote driv\u00e9 par le gouvernement tunisien dans le gouvernorat de Gab\u00e8s<\/a>, et un autre projet en cours de discussion dans le cadre d\u2019une coop\u00e9ration tuniso-italienne. Celui-ci devrait \u00eatre install\u00e9 dans la r\u00e9gion d\u2019El Hawaria, pr\u00e8s de la station de pompage de gaz SERGAZ (offrant une infrastructure gazi\u00e8re), l\u00e0 o\u00f9 le gazoduc \u00ab\u00a0Transmed\u00a0\u00bb relie le pays \u00e0 la Sicile. Elle note, toutefois, \u00ab\u00a0l\u2019absence de donn\u00e9es concernant la r\u00e9alisation d\u2019\u00e9tudes d\u2019impact ind\u00e9pendantes sur l\u2019environnement ou l\u2019eau avant le choix du site, ainsi que <a href=\"https:\/\/www.recommon.org\/idrogeno-ennesimo-piacere-alle-multinazionali-come-snam\/\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">le co\u00fbt dissimul\u00e9 de ces projets pour les ressources naturelles<\/a>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Tout cela explique l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration des \u00e9v\u00e9nements en <a href=\"https:\/\/www.hydronews.it\/piano-mattei-una-delegazione-italiana-presenti-eni-ed-enel-in-tunisia-per-discutere-di-un-progetto-di-produzione-di-idrogeno-verde\/\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">2024<\/a> et <a href=\"https:\/\/www.agenzianova.com\/news\/tunisia-enel-ed-eni-puntano-idrogeno-verde-per-lintegrazione-energetica-mediterranea\/\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">2025<\/a>. Une p\u00e9riode marqu\u00e9e par une s\u00e9rie de rencontres et de consultations entre la Tunisie et l\u2019Italie afin d\u2019examiner ce projet auquel seront associ\u00e9s ENI, Enel et Acea dans le cadre du \u00ab\u00a0plan Matti\u00a0\u00bb. Celui-ci int\u00e8gre les questions de l\u2019\u00e9nergie et de l\u2019immigration dans une strat\u00e9gie italienne globale. Ce projet a \u00e9t\u00e9 mentionn\u00e9 dans <a href=\"https:\/\/documenti.camera.it\/leg19\/dossier\/pdf\/ES0282.pdf\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">un rapport officiel pr\u00e9sent\u00e9 par le gouvernement italien au Parlement en juin 2025<\/a>.<\/p>\n<p>Au cours de notre enqu\u00eate, nous avons tent\u00e9 d\u2019obtenir une r\u00e9ponse officielle du minist\u00e8re de l\u2019Industrie, des Mines et de l\u2019\u00c9nergie au sujet d\u2019un certain nombre d\u2019anomalies relev\u00e9es par nos investigations. Une demande d\u2019audience a ainsi \u00e9t\u00e9 adress\u00e9e au minist\u00e8re, et des contacts ont \u00e9t\u00e9 pris avec son service de communication, lequel nous annonc\u00e9 que le minist\u00e8re refusait pour l\u2019instant de se prononcer sur la question des concessions.<\/p>\n<p>Nawaat a \u00e9galement adress\u00e9 une demande similaire au minist\u00e8re de l\u2019Environnement afin de s\u2019enqu\u00e9rir des aspects environnementaux li\u00e9s \u00e0 ces projets. Mais, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019heure o\u00f9 cet article est mis en ligne,nous n\u2019avons re\u00e7u aucune r\u00e9ponse.<\/p>\n<p>Cela dit, l\u2019ensemble des donn\u00e9es montrent que l\u2019\u00e9volution des politiques \u00e9nerg\u00e9tiques en Tunisie suit une tendance europ\u00e9enne visant \u00e0 red\u00e9finir les priorit\u00e9s de la transition \u00e9nerg\u00e9tique au sein de l\u2019espace m\u00e9diterran\u00e9en. Il est clair que la priorit\u00e9 est de garantir l\u2019approvisionnement ext\u00e9rieur selon des approches lib\u00e9rales en phase avec des conditions et des financements ext\u00e9rieurs.<\/p>\n<p>Ce processus est mis en \u0153uvre au niveau local dans le cadre d\u2019une double approche alliant l\u2019adaptation \u00e0 ces tendances et la promotion d\u2019un discours souverainiste en parall\u00e8le. Le foss\u00e9 se r\u00e9v\u00e8le n\u00e9anmoins b\u00e9ant entre le discours et la pratique dans la gestion d\u2019un dossier strat\u00e9gique pr\u00e9sent\u00e9e sous une nouvelle allure, celle d\u2019un \u00ab\u00a0lavage vert\u00a0\u00bb.Celle-ci sert, en fait, de vernis couvrant une vieille politique d\u2019extraction et d\u2019orientation des ressources vers l\u2019ext\u00e9rieur. Aujourd\u2019hui, au nom d\u2019une coop\u00e9ration biais\u00e9e, le Sud est mobilis\u00e9 pour produire des solutions \u00e9nerg\u00e9tiques aux crises du Nord sans en b\u00e9n\u00e9ficier. Avec, pour corollaire, une redistribution in\u00e9gale des ressources et des pressions croissantes sur les collectivit\u00e9s locales et les g\u00e9n\u00e9rations futures.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"En avril 2026, le Parlement tunisien a approuv\u00e9 cinq accords de concession pour la production d\u2019\u00e9nergie solaire, d\u2019une&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":153840,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":"","_share_on_mastodon":"0"},"categories":[120],"tags":[4714,2779,4712,4713,4715,1070,124],"class_list":["post-153839","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-tunisie","tag-democracy","tag-democratie","tag-journalism","tag-journalisme","tag-public-interest-journalism","tag-tunisia","tag-tunisie"],"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@afrique\/116900750047192841","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/153839","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=153839"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/153839\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/153840"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=153839"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=153839"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=153839"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}