{"id":157997,"date":"2026-07-16T12:26:51","date_gmt":"2026-07-16T12:26:51","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/157997\/"},"modified":"2026-07-16T12:26:51","modified_gmt":"2026-07-16T12:26:51","slug":"open-source-first-leurope-franchit-une-etape-strategique-mais-laisse-encore-en-suspens-le-mecanisme-cle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/157997\/","title":{"rendered":"Open Source First\u00a0: l&rsquo;Europe franchit une \u00e9tape strat\u00e9gique, mais laisse encore en suspens le m\u00e9canisme cl\u00e9"},"content":{"rendered":"<p class=\"app_entry_lead\">\n                                        Cloud, IA, open source\u00a0: l&rsquo;Europe acc\u00e9l\u00e8re sa strat\u00e9gie de souverainet\u00e9. Reste un enjeu cl\u00e9\u00a0: transformer l&rsquo;Open Source First en v\u00e9ritable m\u00e9canisme d&rsquo;arbitrage technologique.<\/p>\n<p>            Je m&rsquo;abonne aux Infos \u00e0 ne pas rater<\/p>\n<p>Le 3 juin 2026, la Commission europ\u00e9enne a franchi une nouvelle \u00e9tape dans sa strat\u00e9gie de souverainet\u00e9 num\u00e9rique en d\u00e9voilant son <a href=\"https:\/\/digital-strategy.ec.europa.eu\/en\/policies\/eu-tech-sovereignty\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">Paquet pour la souverainet\u00e9 technologique europ\u00e9enne<\/a>. Ce dispositif rassemble plusieurs textes majeurs \u2013 le Cloud and AI Development Act (CADA), le Chips Act 2.0, la Strat\u00e9gie europ\u00e9enne pour l&rsquo;open source et une feuille de route d\u00e9di\u00e9e \u00e0 l&rsquo;IA et \u00e0 l&rsquo;\u00e9nergie \u2013 avec une m\u00eame ambition : r\u00e9duire les d\u00e9pendances technologiques de l&rsquo;Union et renforcer sa ma\u00eetrise des infrastructures critiques.<\/p>\n<p>Une d\u00e9pendance d\u00e9sormais assum\u00e9e<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 les ambitions europ\u00e9ennes en mati\u00e8re de souverainet\u00e9 num\u00e9rique, le march\u00e9 du cloud reste largement capt\u00e9 par les hyperscalers am\u00e9ricains, qui occupent une position dominante dans les secteurs public comme priv\u00e9. Cette pr\u00e9\u00e9minence ne cr\u00e9e pas seulement une d\u00e9pendance technologique ; elle expose \u00e9galement l&rsquo;Europe \u00e0 des contraintes juridiques et g\u00e9opolitiques qui \u00e9chappent \u00e0 son contr\u00f4le. Le Cloud Act en est l&rsquo;illustration la plus embl\u00e9matique : cette l\u00e9gislation permet aux autorit\u00e9s am\u00e9ricaines de solliciter l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 des donn\u00e9es d\u00e9tenues par des entreprises relevant de leur juridiction, y compris lorsque ces donn\u00e9es sont stock\u00e9es hors des \u00c9tats-Unis. Dans ces conditions, la localisation des donn\u00e9es sur le territoire europ\u00e9en ne constitue plus, \u00e0 elle seule, une garantie suffisante de souverainet\u00e9.<\/p>\n<p>Open Source First : un signal fort, mais un m\u00e9canisme encore incomplet<\/p>\n<p>L&rsquo;open source est d\u00e9sormais devenu un enjeu politique majeur. Transparence, auditabilit\u00e9, ma\u00eetrise technologique : ces trois qualit\u00e9s sont aujourd&rsquo;hui essentielles dans un contexte marqu\u00e9 par des d\u00e9pendances num\u00e9riques structurelles.<\/p>\n<p>Cette \u00e9volution ne part toutefois pas de z\u00e9ro. D\u00e8s 2016, la France avait ouvert la voie avec la loi pour une R\u00e9publique num\u00e9rique, qui instaurait un cadre encourageant le recours aux logiciels libres dans le secteur public. Ce qui relevait alors d&rsquo;une politique d&rsquo;incitation s&rsquo;inscrit d\u00e9sormais dans une d\u00e9marche beaucoup plus ambitieuse de structuration \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle europ\u00e9enne.<\/p>\n<p>C&rsquo;est dans ce contexte que le paquet l\u00e9gislatif europ\u00e9en introduit le principe Open Source First. Le message politique est sans ambigu\u00eft\u00e9 mais sa port\u00e9e d\u00e9pendra enti\u00e8rement de sa mise en \u0153uvre. Or, dans sa r\u00e9daction actuelle, le Cloud and AI Development Act reste fond\u00e9 sur une logique d&rsquo;incitation. L&rsquo;open source y est plac\u00e9 au m\u00eame niveau que d&rsquo;autres crit\u00e8res de d\u00e9cision, comme le co\u00fbt, les performances ou la s\u00e9curit\u00e9. Pourtant, c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment au moment o\u00f9 les d\u00e9cisions sont prises que se joue l&rsquo;impact r\u00e9el de cette politique. En l&rsquo;absence d&rsquo;une obligation d&rsquo;\u00e9tudier et de documenter une alternative open source avant tout choix technologique majeur, l&rsquo;open source demeure une option parmi d&rsquo;autres, et non une \u00e9tape du processus de d\u00e9cision. Dans les faits, cette approche perp\u00e9tue les \u00e9quilibres existants. Les organisations publiques continuent de s\u2019orienter vers les solutions d\u00e9j\u00e0 dominantes, port\u00e9es par des effets combin\u00e9s d\u2019inertie, de standardisation des outils et d\u2019asym\u00e9trie de ressources face aux grands fournisseurs.<\/p>\n<p>Ce qui manque : une m\u00e9canique d\u2019arbitrage opposable<\/p>\n<p>Une \u00e9volution cr\u00e9dible consisterait \u00e0 imposer, pour tout projet technologique d&rsquo;envergure : une \u00e9valuation syst\u00e9matique des alternatives open source pertinentes ; une analyse formalis\u00e9e de ces diff\u00e9rentes options et une justification document\u00e9e, tra\u00e7able et auditable lorsqu&rsquo;un choix cr\u00e9e ou renforce une d\u00e9pendance suppl\u00e9mentaire. L&rsquo;objectif n&rsquo;est pas d&rsquo;\u00e9carter les acteurs non europ\u00e9ens mais \u00a0de rendre visibles et mesurables les cons\u00e9quences strat\u00e9giques des choix technologiques.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;heure o\u00f9 les administrations europ\u00e9ennes consomment d\u00e9j\u00e0 massivement des services cloud extra-europ\u00e9ens, l&rsquo;absence d&rsquo;obligations proc\u00e9durales neutralise largement l&rsquo;effet recherch\u00e9 par ces nouvelles orientations. La souverainet\u00e9 risque alors de demeurer un objectif affich\u00e9, sans v\u00e9ritable traduction dans les m\u00e9canismes de d\u00e9cision.<\/p>\n<p>Un \u00e9cosyst\u00e8me europ\u00e9en qui gagne en maturit\u00e9<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9cosyst\u00e8me europ\u00e9en ne se limite plus \u00e0 une logique d\u00e9fensive centr\u00e9e sur le logiciel. Il commence progressivement \u00e0 couvrir l&rsquo;ensemble de la cha\u00eene technologique, depuis le cloud jusqu&rsquo;au mat\u00e9riel informatique. Des entreprises comme SUSE occupent une position structurante au niveau des couches syst\u00e8me, avec des environnements Linux et Kubernetes d\u00e9ploy\u00e9s dans des architectures cloud hybrides critiques. \u00c0 l&rsquo;autre extr\u00e9mit\u00e9 de la cha\u00eene, des initiatives comme <a href=\"https:\/\/www.suse.com\/news\/suse-and-openchip-partner-to-develop-sovereign-european-risc-v-hardware-and-open-source-software-stack\/\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">Openchip<\/a> ambitionnent de r\u00e9internaliser une partie des capacit\u00e9s europ\u00e9ennes de calcul souverain gr\u00e2ce aux architectures RISC-V et \u00e0 la conception de processeurs destin\u00e9s aux charges de travail en intelligence artificielle et en calcul haute performance (HPC). Entre ces deux niveaux interviennent des partenaires d&rsquo;infrastructure comme FocusNet qui \u00e9largissent les possibilit\u00e9s de d\u00e9ploiement au-del\u00e0 des hyperscalers traditionnels et favorisent des strat\u00e9gies cloud distribu\u00e9es et multicloud. Ces acteurs ne constituent pas un ensemble homog\u00e8ne, mais ils dessinent progressivement une architecture coh\u00e9rente et exploitable. SUSE intervient sur la couche syst\u00e8me et d&rsquo;orchestration, FocusNet sur la couche infrastructure cloud et Openchip sur la couche mat\u00e9rielle. Cette stratification transforme profond\u00e9ment la notion de souverainet\u00e9. Celle-ci ne repose plus sur un acteur unique ni sur le remplacement direct des hyperscalers, mais sur la capacit\u00e9 \u00e0 recomposer une pile technologique compl\u00e8te, coh\u00e9rente et ma\u00eetris\u00e9e.<\/p>\n<p>R\u00e9glementation, technologie, ex\u00e9cution : le triangle encore incomplet<\/p>\n<p>La souverainet\u00e9 num\u00e9rique europ\u00e9enne repose d\u00e9sormais sur trois piliers : la r\u00e9glementation, la technologie et l&rsquo;ex\u00e9cution. Les deux premiers progressent. Les cadres r\u00e9glementaires se renforcent et les briques technologiques gagnent en maturit\u00e9, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse des infrastructures cloud, des logiciels open source ou des nouvelles initiatives mat\u00e9rielles europ\u00e9ennes. Le v\u00e9ritable point faible se situe ailleurs : dans l&rsquo;ex\u00e9cution. La mani\u00e8re dont les d\u00e9cisions sont effectivement prises au sein des administrations et des grandes organisations demeure le maillon le plus fragile. Les politiques d&rsquo;achat, les arbitrages techniques et les choix d&rsquo;architecture continuent largement d&rsquo;\u00eatre dict\u00e9s par les habitudes, la standardisation et des d\u00e9pendances historiques.<\/p>\n<p>Le Paquet pour la souverainet\u00e9 technologique europ\u00e9enne marque incontestablement un tournant strat\u00e9gique. Mais tant que l&rsquo;open source restera une simple recommandation plut\u00f4t qu&rsquo;une \u00e9tape obligatoire et int\u00e9gr\u00e9e aux m\u00e9canismes de d\u00e9cision publique, l&rsquo;Europe ne fera qu&rsquo;am\u00e9nager ses d\u00e9pendances, sans s&rsquo;attaquer r\u00e9ellement \u00e0 leurs causes profondes.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Cloud, IA, open source\u00a0: l&rsquo;Europe acc\u00e9l\u00e8re sa strat\u00e9gie de souverainet\u00e9. 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