{"id":166229,"date":"2026-07-26T14:31:09","date_gmt":"2026-07-26T14:31:09","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/166229\/"},"modified":"2026-07-26T14:31:09","modified_gmt":"2026-07-26T14:31:09","slug":"cote-divoire-laffaire-des-50-milliards-des-collectivites-met-a-lepreuve-les-promesses-anticorruption-dabidjan","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/166229\/","title":{"rendered":"C\u00f4te d&rsquo;Ivoire : l&rsquo;affaire des 50 milliards des collectivit\u00e9s met \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve les promesses anticorruption d&rsquo;Abidjan"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"696\" height=\"392\" class=\"entry-thumb\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/corruption-en-Afrique-696x392.jpg\"   alt=\"corruption en Afrique\" title=\"corruption en Afrique\"\/>corruption en Afrique<\/p>\n<p>Le minist\u00e8re de l\u2019\u00c9conomie, des Finances et du Budget d\u00e9ment toute disparition de fonds destin\u00e9s aux collectivit\u00e9s territoriales. Mais l\u2019enqu\u00eate de presse \u00e0 l\u2019origine de l\u2019affaire, relay\u00e9e par le maire de Tiassal\u00e9, continue de nourrir les soup\u00e7ons. Et elle tombe au plus mauvais moment pour un pays qui revendique des progr\u00e8s anticorruption tout en restant sous la surveillance du GAFI (Groupe d\u2019Action Financi\u00e8re).<\/p>\n<p>En C\u00f4te d\u2019Ivoire, le mot \u00ab disparition \u00bb est juridiquement lourd. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment celui que le minist\u00e8re de l\u2019\u00c9conomie, des Finances et du Budget a voulu \u00e9carter, au printemps, lorsqu\u2019il a r\u00e9pondu aux informations faisant \u00e9tat d\u2019un manque \u00e0 gagner de 50 milliards FCFA dans les ressources destin\u00e9es aux <a href=\"https:\/\/www.afrik.com\/journee-africaine-de-la-decentralisation-et-du-developpement-local-2020-les-recommandations-des-collectivites-territoriales-africaines\" target=\"_blank\" rel=\"noopener nofollow\">collectivit\u00e9s territoriales<\/a>. Dans un communiqu\u00e9 diffus\u00e9 le 27 mars 2026, le minist\u00e8re a oppos\u00e9 un \u00ab d\u00e9menti formel \u00bb \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019une disparition de fonds publics. Selon sa version, l\u2019\u00e9cart r\u00e9el ne serait pas de 50 milliards, mais de 23,45 milliards FCFA sur les exercices 2024 et 2025, imputable \u00e0 la seule diff\u00e9rence entre les pr\u00e9visions budg\u00e9taires et les recouvrements effectifs. Le minist\u00e8re avance des taux de reversement de 93,71 % pour 2024 et de 95,51 % pour 2025.<\/p>\n<p>L\u2019explication n\u2019a pas referm\u00e9 le d\u00e9bat<\/p>\n<p>L\u2019accusation trouve son origine dans une enqu\u00eate du journal satirique <a href=\"https:\/\/elephantdechaine.net\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener nofollow\">L\u2019\u00c9l\u00e9phant D\u00e9cha\u00een\u00e9<\/a>, publi\u00e9e le 18 mars 2026. Elle a ensuite \u00e9t\u00e9 port\u00e9e sur la place publique par le maire de Tiassal\u00e9, Assal\u00e9 Ti\u00e9moko Antoine. Cet ancien d\u00e9put\u00e9, d\u00e9bout\u00e9 au contentieux des l\u00e9gislatives de 2025 mais toujours \u00e0 la t\u00eate de sa commune, affirme que 50 milliards FCFA devant revenir aux collectivit\u00e9s sont manquants. Cela repr\u00e9sente 16 milliards au titre de 2024 et 34 milliards au titre de 2025. Dans une interview accord\u00e9e en mars, il a traduit ce montant en \u00e9quipements manquants pour les populations : \u00e9coles, centres de sant\u00e9, points d\u2019eau. \u00ab C\u2019est 50 milliards qui manquent \u00bb, a-t-il martel\u00e9.<\/p>\n<p>Le minist\u00e8re conteste le chiffre et la qualification. Mais le sujet touche un nerf sensible, celui du financement r\u00e9el de la d\u00e9centralisation.<\/p>\n<p>Une controverse politique, bient\u00f4t une affaire judiciaire ?<\/p>\n<p>\u00c0 ce stade, aucun \u00e9l\u00e9ment public consultable ne permet d\u2019affirmer qu\u2019une proc\u00e9dure p\u00e9nale aurait \u00e9t\u00e9 ouverte contre des responsables de l\u2019administration des finances dans ce dossier pr\u00e9cis. La prudence s\u2019impose donc sur les qualifications.<\/p>\n<p>Cette r\u00e9serve pos\u00e9e, la controverse met au jour un probl\u00e8me de fond que le d\u00e9menti minist\u00e9riel n\u2019\u00e9puise pas. Face aux taux de reversement avanc\u00e9s par le minist\u00e8re, Assal\u00e9 Ti\u00e9moko a produit ses propres calculs le 28 mars. Pour lui, sur une base de 208,61 milliards notifi\u00e9s en 2024, les 93,71 % annonc\u00e9s laisseraient un \u00e9cart de 13,12 milliards ; sur 230,40 milliards en 2025, les 95,51 % officiels correspondraient \u00e0 un manque de 10,34 milliards. Le maire pointe aussi le rejet de plusieurs mandats de paiement en janvier 2026, apr\u00e8s la cl\u00f4ture de l\u2019exercice, qui aurait contraint des collectivit\u00e9s \u00e0 enregistrer des d\u00e9ficits. Autrement dit, la version technique du minist\u00e8re \u00e9voquant des pr\u00e9visions trop optimistes et un recouvrement insuffisant puis le calendrier de reversement, soul\u00e8ve elle-m\u00eame des questions d\u00e8s qu\u2019on la confronte aux chiffres.<\/p>\n<p>Or, les collectivit\u00e9s d\u00e9pendent largement des transferts de l\u2019\u00c9tat. Lorsque les \u00e9lus locaux ne retrouvent pas les montants attendus dans leurs budgets, l\u2019argument comptable peine \u00e0 dissiper le soup\u00e7on. Dans un climat de m\u00e9fiance envers les circuits centraux de d\u00e9cision, l\u2019\u00e9cart entre ce qui est vot\u00e9 et ce qui est revers\u00e9 se lit vite comme une captation.<\/p>\n<p>La Cour des comptes pointe des fragilit\u00e9s de proc\u00e9dure<\/p>\n<p>Le d\u00e9bat intervient alors que la Cour des comptes ivoirienne a formul\u00e9 plusieurs recommandations sur l\u2019ex\u00e9cution du budget 2024. La juridiction financi\u00e8re demande notamment au ministre des Finances de recourir \u00e0 une loi de finances rectificative ou \u00e0 des d\u00e9crets d\u2019avance pour certaines ouvertures de cr\u00e9dits. Il demande aussi de veiller \u00e0 la coh\u00e9rence des donn\u00e9es transmises et de pr\u00e9senter certaines d\u00e9penses conform\u00e9ment au code de transparence dans la gestion des finances publiques. Ces observations signalent, noir sur blanc, des zones de fragilit\u00e9 dans la cha\u00eene budg\u00e9taire, pr\u00e9cis\u00e9ment le type de failles o\u00f9 un \u00e9cart de reversement peut prosp\u00e9rer sans qu\u2019on puisse ais\u00e9ment le documenter.<\/p>\n<p>Or le minist\u00e8re pilot\u00e9 par <a href=\"https:\/\/www.afrik.com\/le-gouvernement-ivoirien-muscle-la-regulation-des-jeux-de-hasard\" target=\"_blank\" rel=\"noopener nofollow\">Adama Coulibaly<\/a> concentre les administrations les plus expos\u00e9es aux risques de mauvaise gouvernance : Budget, March\u00e9s publics, Imp\u00f4ts, Tr\u00e9sor, Douanes, gestion des financements, politique macro\u00e9conomique. En f\u00e9vrier 2026, les responsables de ces directions ont sign\u00e9 des lettres d\u2019engagement sur la performance. Le gouvernement veut y voir la preuve d\u2019un pilotage resserr\u00e9 mais on peut aussi y lire l\u2019aveu que ces r\u00e9gies sensibles appellent une surveillance particuli\u00e8re.<\/p>\n<p>L\u2019enjeu est consid\u00e9rable. Le budget 2026 de l\u2019\u00c9tat est \u00e9valu\u00e9 \u00e0 17 350,2 milliards FCFA, en hausse de 13,1 %. Plus les montants grossissent, plus l\u2019exigence de tra\u00e7abilit\u00e9 devient pressante.<\/p>\n<p>Abidjan affiche sa riposte anticorruption<\/p>\n<p>Depuis plusieurs mois, les autorit\u00e9s multiplient les signaux en mati\u00e8re de lutte anticorruption. Le 22 juillet 2026, \u00e0 Abuja, devant la premi\u00e8re Conf\u00e9rence de Leadership de Mi-Ann\u00e9e du R\u00e9seau des institutions nationales de lutte contre la corruption en Afrique de l\u2019Ouest (RINLCAO), le pr\u00e9sident de la Haute Autorit\u00e9 pour la Bonne Gouvernance (HABG), \u00c9piphane Zoro Bi Ballo, a pr\u00e9sent\u00e9 le bilan de son institution avec 10 858 assujettis identifi\u00e9s pour la d\u00e9claration de patrimoine et 9 844 d\u00e9clarations re\u00e7ues au 31 d\u00e9cembre 2025 (soit un taux de conformit\u00e9 de 90,66 %).<\/p>\n<p>451 saisines enregistr\u00e9es en 2025, dont 303 li\u00e9es \u00e0 la corruption d\u2019agents publics, repr\u00e9sentant 67 % des dossiers trait\u00e9s. Enfin, 40 proc\u00e8s-verbaux d\u2019enqu\u00eate achev\u00e9s et 37 personnes interpell\u00e9es. Le m\u00eame bilan rel\u00e8ve un bond des signalements qui sont pass\u00e9s de 132 plaintes par an en moyenne entre 2014 et 2022 \u00e0 450 saisines annuelles sur 2023-2025.<\/p>\n<p>Le P\u00f4le p\u00e9nal \u00e9conomique et financier monte en puissance<\/p>\n<p>Le 10 juin 2026, son procureur, Jean-Claude Aboya, a fait \u00e9tat de plus de 1 000 dossiers de blanchiment ouverts, en s\u2019appuyant sur le m\u00e9canisme de blanchiment autonome introduit par l\u2019ordonnance de 2023, qui permet de poursuivre sans attendre qu\u2019une infraction d\u2019origine soit \u00e9tablie. Ces chiffres ne visent pas le dossier des collectivit\u00e9s. Mais ils rappellent que la criminalit\u00e9 \u00e9conomique est cens\u00e9e \u00eatre une priorit\u00e9 affich\u00e9e de l\u2019\u00c9tat, ce qui rend d\u2019autant plus visible l\u2019absence de suite judiciaire sur les 50 milliards.<\/p>\n<p>Cette offensive r\u00e9pond aussi \u00e0 une contrainte internationale. Malgr\u00e9 les progr\u00e8s reconnus par le GAFI, la C\u00f4te d\u2019Ivoire figurait toujours, apr\u00e8s la pl\u00e9ni\u00e8re du 15 au 19 juin 2026, sur la liste grise des juridictions sous surveillance renforc\u00e9e en mati\u00e8re de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme, o\u00f9 elle est inscrite depuis octobre 2024. Une visite sur place doit pr\u00e9c\u00e9der une possible d\u00e9cision de sortie en octobre 2026.<\/p>\n<p>Le vrai risque : l\u2019\u00e9rosion de la confiance<\/p>\n<p>L\u2019affaire des 50 milliards r\u00e9sume le paradoxe ivoirien, celui d\u2019un \u00c9tat qui se veut r\u00e9formateur, se dote d\u2019outils anticorruption toujours plus visibles, mais reste rattrap\u00e9 par la d\u00e9fiance d\u00e8s que l\u2019argent public redescend vers les territoires. Un \u00c9tat, aussi, qui r\u00e9pond par un communiqu\u00e9 l\u00e0 o\u00f9 les \u00e9lus locaux r\u00e9clament un audit contradictoire, ligne par ligne.<\/p>\n<p>Pour le gouvernement, l\u2019urgence n\u2019est pas de r\u00e9p\u00e9ter qu\u2019aucun fonds n\u2019a disparu. Elle est de rendre lisible, commune par commune, r\u00e9gion par r\u00e9gion, ce qui a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9vu, ce qui a \u00e9t\u00e9 recouvr\u00e9 et ce qui a effectivement \u00e9t\u00e9 revers\u00e9. En mati\u00e8re budg\u00e9taire, la transparence ne consiste pas \u00e0 publier des chiffres. Elle consiste \u00e0 permettre \u00e0 chaque citoyen de les suivre jusqu\u2019au dernier b\u00e9n\u00e9ficiaire.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"corruption en Afrique Le minist\u00e8re de l\u2019\u00c9conomie, des Finances et du Budget d\u00e9ment toute disparition de fonds destin\u00e9s&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":166230,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":"","_share_on_mastodon":"0"},"categories":[154],"tags":[5807,216],"class_list":["post-166229","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-cote-divoire","tag-corruption","tag-cote-divoire"],"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@afrique\/116986765994834607","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/166229","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=166229"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/166229\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/166230"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=166229"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=166229"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=166229"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}