{"id":173177,"date":"2026-08-03T21:10:11","date_gmt":"2026-08-03T21:10:11","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/173177\/"},"modified":"2026-08-03T21:10:11","modified_gmt":"2026-08-03T21:10:11","slug":"croisement-de-saly-mbour-au-coeur-du-quotidien-des-travailleurs-de-lombre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/173177\/","title":{"rendered":"Croisement de Saly (Mbour) : au c\u0153ur du quotidien des travailleurs de l&rsquo;ombre"},"content":{"rendered":"<p>Au croisement Saly, dans le d\u00e9partement de Mbour, chaque matin, de nombreux jeunes ouvriers se rassemblent dans l\u2019attente d\u2019un employeur. Ma\u00e7ons, menuisiers, plombiers, \u00e9lectriciens, carreleurs, peintres ou simples man\u0153uvres esp\u00e8rent d\u00e9crocher un travail journalier. Derri\u00e8re cette sc\u00e8ne devenue banale, se cachent des parcours marqu\u00e9s par le ch\u00f4mage, l\u2019exode rural et la pr\u00e9carit\u00e9.\u00a0<\/p>\n<p>MBOUR\u00a0\u2013 D\u00e8s les premi\u00e8res lueurs du jour, le croisement Saly, sur la route de Mbour, se r\u00e9veille dans une effervescence singuli\u00e8re. Face \u00e0 l\u2019axe principal menant au carrefour \u00ab Bienvenue \u00bb, une soixantaine de jeunes prennent leur mal en patience. Tous esp\u00e8rent voir s\u2019arr\u00eater un entrepreneur ou un particulier venu leur proposer une journ\u00e9e de labeur.<\/p>\n<p>Truelle \u00e0 la main, caisse \u00e0 outils \u00e0 l\u2019\u00e9paule, pelle ou marteau au poing : leur \u00e9quipement affiche d\u2019embl\u00e9e leur savoir-faire. Qu\u2019il s\u2019agisse de soutenir un chantier, d\u2019entretenir des espaces verts, de d\u00e9sherber ou de d\u00e9molir, chacun guette la moindre opportunit\u00e9. Au moindre ralentissement d\u2019un v\u00e9hicule, les bras se l\u00e8vent et les sollicitations fusent.<\/p>\n<p>Sous le grand arbre qui borde la chauss\u00e9e, un groupe d\u2019ouvriers \u00e9change \u00e0 voix basse, tout en gardant l\u2019\u0153il ouvert. Une voiture se gare, une dame en descend, en qu\u00eate d\u2019aide pour nettoyer sa propri\u00e9t\u00e9. \u00ab Je viens r\u00e9guli\u00e8rement ici d\u00e8s que j\u2019ai besoin de renfort pour mes travaux. On y trouve toujours des jeunes courageux et disponibles \u00bb, explique-t-elle dans un sourire.<\/p>\n<p>Ce rituel matinal est le quotidien de centaines de travailleurs migrants venus des quatre coins du S\u00e9n\u00e9gal. Face \u00e0 la raret\u00e9 de l\u2019emploi stable dans leurs r\u00e9gions d\u2019origine, beaucoup ont fait le choix de tenter leur chance \u00e0 Saly, o\u00f9 le secteur du b\u00e2timent et du tourisme offre un vivier d\u2019opportunit\u00e9s -bien que souvent pr\u00e9caires. Parmi eux, Lamine Sow, un plombier de 43 ans install\u00e9 \u00e0 Mbour depuis dix ans. Chaque matin, il fait le m\u00eame parcours avec le m\u00eame espoir.<\/p>\n<p>\u00ab Cela fait dix ans que je viens valoriser mon savoir-faire ici. Mais pour survivre, il faut savoir tout faire : d\u00e9molir, nettoyer, creuser des fondations ou des piscines, etc. On ne refuse aucun chantier. En bref, nous acceptons pratiquement toutes les t\u00e2ches qui nous permettent de gagner notre journ\u00e9e \u00bb, r\u00e9sume-t-il.<\/p>\n<p>Un quotidien sem\u00e9 d\u2019emb\u00fbches<\/p>\n<p>Arm\u00e9s d\u2019un courage exemplaire et d\u2019une grande patience, ces travailleurs d\u00e9clinent rarement une opportunit\u00e9. Pour r\u00e9pondre aux demandes n\u00e9cessitant une main-d\u2019\u0153uvre plus importante, ils s\u2019organisent fr\u00e9quemment en petites \u00e9quipes. Originaire de Kaolack, Massamba Faye vit lui aussi de ces embauches occasionnelles. Les revenus qu\u2019il en tire sont indispensables pour soutenir ses proches rest\u00e9s au village. \u00ab C\u2019est une question de survie. Ce travail me permet de subvenir aux besoins de ma famille et de financer, petit \u00e0 petit, quelques projets chez moi \u00bb, confie-t-il.<\/p>\n<p>Dans cette station baln\u00e9aire en pleine expansion, les chantiers se multiplient. La client\u00e8le, compos\u00e9e de particuliers, d\u2019investisseurs et d\u2019une importante communaut\u00e9 \u00e9trang\u00e8re, alimente une demande constante. Ainsi, les interventions de ces ouvriers s\u2019\u00e9tendent bien au-del\u00e0 de Saly, couvrant toute la zone allant de Malicounda et Gandigal jusqu\u2019\u00e0 La Somone et Ngaparou.<\/p>\n<p>A lire aussi : <a href=\"https:\/\/lesoleil.sn\/actualites\/arts-et-culture\/fanal-de-dionewar-une-curiosite-artistique-peu-connue\/\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">Fanal de Dionewar : une curiosit\u00e9 artistique peu connue<\/a><\/p>\n<p>Trouver un engagement quotidien reste, toutefois, un v\u00e9ritable d\u00e9fi. Il n\u2019est pas rare que certains passent plusieurs jours d\u2019affil\u00e9e sans d\u00e9crocher le moindre chantier. Pour ces hommes, se pr\u00e9senter chaque matin au croisement Saly n\u2019a rien d\u2019un choix : c\u2019est une stricte n\u00e9cessit\u00e9. Dans un contexte de ch\u00f4mage chronique et face \u00e0 la raret\u00e9 des emplois stables, beaucoup quittent les campagnes, faute de perspectives. Les difficult\u00e9s r\u00e9currentes du secteur agricole ne font qu\u2019amplifier cet exode.<\/p>\n<p>Mohamed Diagne, originaire de Birkelane, dans la r\u00e9gion de Kaffrine, en sait quelque chose. Cet ancien agriculteur s\u2019est r\u00e9solu \u00e0 rejoindre Saly apr\u00e8s plusieurs campagnes particuli\u00e8rement \u00e9prouvantes. \u00ab Je travaillais la terre, mais le manque de moyens et la hausse constante du prix des engrais et des semences ont rendu l\u2019activit\u00e9 irr\u00e9alisable. J\u2019ai fini par venir chercher ma subsistance ici \u00bb, explique-t-il.<\/p>\n<p>Outre cette instabilit\u00e9 financi\u00e8re, ces ouvriers font face \u00e0 des conditions de travail souvent p\u00e9rilleuses. Priv\u00e9s d\u2019\u00e9quipements de protection et sans la moindre couverture sociale, ils op\u00e8rent \u00e0 leurs risques et p\u00e9rils. Moussa Faye, plombier de m\u00e9tier, en t\u00e9moigne : \u00ab Nous sommes expos\u00e9s en permanence. La plupart d\u2019entre nous travaillent sans casque, sans gants ni chaussures de s\u00e9curit\u00e9. Les accidents peuvent survenir \u00e0 tout moment \u00bb.<\/p>\n<p>Lorsque la malchance s\u2019installe et que les journ\u00e9es sans embauche s\u2019encha\u00eenent, ces travailleurs se retrouvent contraints d\u2019assurer leur quotidien avec des ressources quasi inexistantes. Au croisement Saly, les profils sont vari\u00e9s. Ma\u00e7ons, carreleurs, menuisiers, soudeurs, peintres, \u00e9lectriciens, plombiers ou simples man\u0153uvres composent une main-d\u2019\u0153uvre qualifi\u00e9e, disponible et relativement bon march\u00e9. Pour K\u00e9ba Diallo, cette concentration de comp\u00e9tences m\u00e9rite une meilleure organisation.<\/p>\n<p>\u00ab L\u2019\u00c9tat devrait accompagner ces jeunes en les regroupant au sein de groupements d\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e9conomique (Gie). Cela leur permettrait d\u2019\u00eatre mieux structur\u00e9s, de r\u00e9pondre \u00e0 des appels d\u2019offres et de d\u00e9crocher des march\u00e9s plus importants \u00bb, plaide-t-il.<\/p>\n<p>Selon lui, une telle organisation offrirait davantage de stabilit\u00e9 \u00e0 ces travailleurs et contribuerait \u00e0 am\u00e9liorer leurs revenus. Salif Gu\u00e8ye partage le m\u00eame constat, invitant les pouvoirs publics \u00e0 venir observer cette r\u00e9alit\u00e9 de terrain.<\/p>\n<p>Ibrahima MBAYE (Correspondant)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Au croisement Saly, dans le d\u00e9partement de Mbour, chaque matin, de nombreux jeunes ouvriers se rassemblent dans l\u2019attente&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":173178,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":"","_share_on_mastodon":"0"},"categories":[84],"tags":[53393,53394,20631,10204,46377,11,21914],"class_list":["post-173177","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-senegal","tag-croisement-saly","tag-gandigal","tag-malicounda","tag-mbour","tag-ngaparou","tag-senegal","tag-somone"],"share_on_mastodon":{"url":"","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/173177","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=173177"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/173177\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/173178"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=173177"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=173177"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=173177"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}