{"id":175822,"date":"2026-08-06T19:59:14","date_gmt":"2026-08-06T19:59:14","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/175822\/"},"modified":"2026-08-06T19:59:14","modified_gmt":"2026-08-06T19:59:14","slug":"emploi-des-femmes-au-maroc-pourquoi-le-diplome-ne-suffit-pas","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/175822\/","title":{"rendered":"Emploi des femmes au Maroc : pourquoi le dipl\u00f4me ne suffit pas"},"content":{"rendered":"<p>Au Maroc, le dipl\u00f4me ne prot\u00e8ge pas les femmes des carri\u00e8res fragiles, interrompues ou d\u00e9class\u00e9es. \u00c0 partir du parcours de trente laur\u00e9ates, une \u00e9tude de l\u2019Universit\u00e9 Cadi Ayyad de Marrakech met en lumi\u00e8re le poids cumul\u00e9 des contraintes familiales, des discriminations, de la pr\u00e9carit\u00e9 de l\u2019emploi et des r\u00e9seaux ferm\u00e9s, qui emp\u00eachent encore nombre d\u2019entre elles de convertir leurs qualifications en trajectoire professionnelle durable.<\/p>\n<p>Elles ont \u00e9tudi\u00e9, obtenu une licence ou un master, parfois r\u00e9ussi \u00e0 d\u00e9crocher un premier emploi. Mais, plusieurs ann\u00e9es apr\u00e8s leur sortie de l\u2019universit\u00e9, leurs parcours professionnels demeurent fragiles, interrompus ou sans rapport avec les qualifications acquises. Pour les laur\u00e9ates, le dipl\u00f4me constitue une ressource indispensable, mais il ne garantit ni l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019emploi ni la continuit\u00e9 d\u2019une carri\u00e8re. C\u2019est le principal constat d\u2019une \u00e9tude men\u00e9e par Sana Hninou et Aomar Ibourk, chercheurs \u00e0 l\u2019universit\u00e9 Cadi Ayyad de Marrakech, durant laquelle ils ont list\u00e9 les obstacles qui emp\u00eachent les femmes de transformer leur capital scolaire en position professionnelle stable.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9tude repose sur un suivi pendant des ann\u00e9es sur 30 entretiens semi-directifs men\u00e9s aupr\u00e8s de femmes issues notamment de l\u2019universit\u00e9 Cadi Ayyad et d\u2019\u00e9tablissements de formation professionnelle. Toutes appartiennent \u00e0 la promotion 2017-2018. Ce recul de plusieurs ann\u00e9es permet d\u2019observer non seulement les difficult\u00e9s du premier emploi, mais aussi les bifurcations, les p\u00e9riodes d\u2019inactivit\u00e9, les d\u00e9classements et les interruptions intervenus au cours de la vie professionnelle. L\u2019\u00e9chantillon r\u00e9unit 20 titulaires d\u2019une licence, 9 dipl\u00f4m\u00e9es de master et une d\u00e9tentrice d\u2019un dipl\u00f4me universitaire de premier cycle.<\/p>\n<p>L\u2019ambition ne manque pas<br \/>Dans les r\u00e9cits recueillis, les obstacles familiaux occupent une place centrale. Pour de nombreuses participantes, l\u2019entr\u00e9e dans l\u2019emploi n\u2019entra\u00eene aucune redistribution substantielle des t\u00e2ches domestiques. Le travail r\u00e9mun\u00e9r\u00e9 s\u2019ajoute \u00e0 la cuisine, au m\u00e9nage, \u00e0 l\u2019\u00e9ducation des enfants ou \u00e0 la prise en charge de parents \u00e2g\u00e9s. La maternit\u00e9 constitue un moment de rupture particuli\u00e8rement fr\u00e9quent.<\/p>\n<p>En l\u2019absence de solution de garde accessible et fiable, certaines femmes suspendent leur activit\u00e9 ou renoncent \u00e0 reprendre leur poste. D\u2019autres refusent des propositions \u00e9loign\u00e9es de leur domicile afin de rester disponibles pour leur famille. Plusieurs t\u00e9moignages font \u00e9galement \u00e9tat d\u2019un contr\u00f4le exerc\u00e9 par le conjoint ou les parents sur les d\u00e9placements, la poursuite des \u00e9tudes et l\u2019acceptation d\u2019un emploi. Une offre peut \u00eatre \u00e9cart\u00e9e non parce qu\u2019elle manque d\u2019int\u00e9r\u00eat, mais parce qu\u2019elle implique un voyage, un changement de ville ou des horaires consid\u00e9r\u00e9s comme incompatibles avec les attentes familiales.<\/p>\n<p>L\u2019un des apports de l\u2019\u00e9tude consiste ainsi \u00e0 montrer que l\u2019inactivit\u00e9 ne traduit pas n\u00e9cessairement une absence d\u2019ambition. Elle peut r\u00e9sulter d\u2019un arbitrage effectu\u00e9 sous contrainte, lorsque travailler menace l\u2019\u00e9quilibre conjugal ou familial. La peur du conflit devient alors un co\u00fbt invisible de l\u2019emploi.<\/p>\n<p>Exp\u00e9rience exig\u00e9e, salaires faibles et r\u00e9seaux ferm\u00e9s<br \/>La sph\u00e8re familiale ne suffit toutefois pas \u00e0 expliquer les trajectoires observ\u00e9es. Les dipl\u00f4m\u00e9es se heurtent \u00e9galement \u00e0 un march\u00e9 du travail qui valorise le dipl\u00f4me de mani\u00e8re in\u00e9gale. Plusieurs participantes d\u00e9crivent des offres r\u00e9serv\u00e9es \u00e0 des candidats disposant d\u00e9j\u00e0 de plusieurs ann\u00e9es d\u2019exp\u00e9rience, y compris pour des postes pr\u00e9sent\u00e9s comme accessibles aux d\u00e9butants. D\u2019autres \u00e9voquent des contrats informels, des r\u00e9mun\u00e9rations faibles, une absence de couverture sociale ou des environnements professionnels marqu\u00e9s par la pression hi\u00e9rarchique et le manque de reconnaissance.<\/p>\n<p>\u00c0 ces difficult\u00e9s s\u2019ajoute l\u2019importance des r\u00e9seaux relationnels. Lorsque le recrutement repose en partie sur les recommandations et les relations personnelles, les qualifications formelles ne suffisent plus. Les femmes qui disposent de peu de contacts dans leur secteur se trouvent d\u00e9savantag\u00e9es, m\u00eame lorsqu\u2019elles poss\u00e8dent les comp\u00e9tences requises. Les transports, l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 de certains lieux de travail et la concentration des opportunit\u00e9s dans les grandes villes r\u00e9duisent encore le champ des possibles. Le droit th\u00e9orique \u00e0 la mobilit\u00e9 se heurte alors aux contraintes mat\u00e9rielles, mais aussi aux restrictions impos\u00e9es par l\u2019entourage.<\/p>\n<p>Des discriminations qui se renforcent apr\u00e8s le mariage<br \/>Les normes de genre se prolongent au sein des organisations. Certaines dipl\u00f4m\u00e9es disent \u00eatre per\u00e7ues comme moins disponibles ou moins engag\u00e9es d\u00e8s lors qu\u2019elles sont mari\u00e9es ou m\u00e8res. Leur comp\u00e9tence peut \u00eatre contest\u00e9e, tandis que leur recrutement ou leur promotion sont parfois attribu\u00e9s \u00e0 des relations plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 leur m\u00e9rite.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9tude recueille aussi des r\u00e9cits de harc\u00e8lement verbal et de prescriptions li\u00e9es \u00e0 l\u2019apparence. Mais la discrimination prend souvent des formes moins explicites : anticipation d\u2019une future maternit\u00e9, doute sur la disponibilit\u00e9 d\u2019une candidate ou pr\u00e9f\u00e9rence accord\u00e9e \u00e0 un homme suppos\u00e9 plus mobile.<\/p>\n<p>Ainsi, trois grandes trajectoires se d\u00e9gagent. La premi\u00e8re est celle d\u2019une int\u00e9gration relativement lin\u00e9aire et institutionnalis\u00e9e. La deuxi\u00e8me est celle d\u2019une professionnalisation pr\u00e9caire ou bloqu\u00e9e. La troisi\u00e8me trajectoire rassemble les carri\u00e8res contraintes ou interrompues.<\/p>\n<p>Les auteurs invitent, en cons\u00e9quence, \u00e0 ne plus r\u00e9duire l\u2019insertion professionnelle des femmes \u00e0 une question de formation ou de r\u00e9daction de CV. Ils pr\u00e9conisent des dispositifs d\u2019accompagnement individualis\u00e9s et durables, associant mentorat, stages, r\u00e9seaux d\u2019anciennes \u00e9tudiantes, partenariats avec les employeurs et suivi lors des p\u00e9riodes de ch\u00f4mage, de maternit\u00e9 ou de reprise d\u2019activit\u00e9. Ils appellent \u00e9galement les universit\u00e9s et les services publics de l\u2019emploi \u00e0 mieux int\u00e9grer les contraintes li\u00e9es au genre dans leurs programmes.<\/p>\n<p>Certes, l\u2019\u00e9tude conserve des limites importantes, mais ces r\u00e9cits donnent une profondeur humaine \u00e0 un paradoxe d\u00e9sormais bien document\u00e9. Au Maroc, la d\u00e9mocratisation de l\u2019enseignement sup\u00e9rieur a transform\u00e9 les aspirations plus rapidement que le march\u00e9 du travail et la r\u00e9partition des r\u00f4les au sein des familles. Le probl\u00e8me n\u2019est plus seulement de permettre aux femmes d\u2019obtenir un dipl\u00f4me, mais de leur donner les moyens sociaux, institutionnels et mat\u00e9riels de s\u2019en servir.<\/p>\n<p>Maryem Ouazzani \/ Les Inspirations \u00c9CO<\/p>\n<p>                  L&rsquo;\u00e9mission<\/p>\n<p class=\"ytsponso-v46-intro-desc\">Chaque semaine, un grand invit\u00e9 d\u00e9crypte les enjeux de l&rsquo;\u00e9conomie marocaine.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>&#13;<\/p>\n<p><\/p>\n<p><a dir=\"LTR\" class=\"alert-main\" href=\"https:\/\/leseco.ma\/maroc\/etudes-a-letranger-transferts-loyers-frais-de-sejour-les-nouvelles-regles-a-connaitre.html\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow noopener\">&#13;<br \/>\n    &#13;<br \/>\n        &#13;<br \/>\n        &#13;<br \/>\n        &#13;<br \/>\n<\/a><\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Au Maroc, le dipl\u00f4me ne prot\u00e8ge pas les femmes des carri\u00e8res fragiles, interrompues ou d\u00e9class\u00e9es. \u00c0 partir du&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":175823,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":"","_share_on_mastodon":"0"},"categories":[83],"tags":[53916,86,5860,43543],"class_list":["post-175822","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-maroc","tag-emploi-feminin","tag-maroc","tag-marrakech","tag-universite-cadi-ayyad"],"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@afrique\/117050340964706445","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/175822","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=175822"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/175822\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/175823"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=175822"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=175822"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=175822"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}