{"id":176139,"date":"2026-08-07T06:15:14","date_gmt":"2026-08-07T06:15:14","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/176139\/"},"modified":"2026-08-07T06:15:14","modified_gmt":"2026-08-07T06:15:14","slug":"tunisie-kais-saied-poursuit-la-normalisation-autoritaire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/176139\/","title":{"rendered":"Tunisie : Ka\u00efs Sa\u00efed poursuit la normalisation autoritaire"},"content":{"rendered":"<p>En <a href=\"https:\/\/lematindalgerie.com\/tag\/arrestations-massives-en-tunisie\/\" data-type=\"post_tag\" data-id=\"13795\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">Tunisie<\/a>, l\u2019exception est devenue la r\u00e8gle. Quatre ans apr\u00e8s le coup de force institutionnel du 25 juillet 2021, qui avait conduit Ka\u00efs Sa\u00efed \u00e0 suspendre le Parlement, \u00e0 gouverner par d\u00e9crets puis \u00e0 faire adopter une nouvelle Constitution renfor\u00e7ant consid\u00e9rablement les pouvoirs pr\u00e9sidentiels, le pays poursuit sa mutation silencieuse. <\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\" id=\"h-\">Les d\u00e9veloppements intervenus ces derniers jours, marqu\u00e9s par la poursuite des proc\u00e9dures judiciaires contre <a href=\"https:\/\/lematindalgerie.com\/tunisie-arrestations-dans-le-milieu-mediatico-politique\/\" data-type=\"post\" data-id=\"76309\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">plusieurs opposants<\/a>, journalistes, avocats et responsables politiques, confirment une \u00e9volution d\u00e9sormais document\u00e9e par les principales organisations internationales de d\u00e9fense des droits humains : la concentration des pouvoirs s\u2019accompagne d\u2019une r\u00e9duction progressive des espaces de contestation.<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le gouvernement tunisien r\u00e9cuse cette lecture. Il affirme conduire une politique de restauration de l\u2019autorit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat, de lutte contre la corruption et de protection des institutions face aux tentatives de d\u00e9stabilisation. Les poursuites engag\u00e9es rel\u00e8veraient, selon les autorit\u00e9s, de l\u2019application normale de la loi et non d\u2019une r\u00e9pression politique. Mais cette justification convainc de moins en moins les observateurs ind\u00e9pendants.<a href=\"https:\/\/lematindalgerie.com\/tunisie-laffaire-abir-moussi-renvoyee-amnesty-denonce-une-detention-arbitraire\/\" data-type=\"post\" data-id=\"127759\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\"> Amnesty International,<\/a> Human Rights Watch, la Commission internationale des juristes et le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l\u2019homme d\u00e9noncent depuis plusieurs mois un recours croissant au droit p\u00e9nal pour poursuivre des opposants, des avocats, des syndicalistes ou des journalistes sur la base de textes r\u00e9pressifs, notamment le d\u00e9cret-loi 54 relatif aux syst\u00e8mes d\u2019information et de communication.<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le ph\u00e9nom\u00e8ne d\u00e9passe d\u00e9sormais le cadre de quelques affaires embl\u00e9matiques.<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Depuis 2023, les arrestations visant des personnalit\u00e9s politiques, des magistrats, des d\u00e9fenseurs des droits humains ou des responsables associatifs se sont multipli\u00e9es. Plusieurs proc\u00e8s tr\u00e8s m\u00e9diatis\u00e9s continuent d\u2019alimenter les critiques sur le respect des garanties d\u2019un proc\u00e8s \u00e9quitable, l\u2019acc\u00e8s au dossier, la d\u00e9tention provisoire prolong\u00e9e ou l\u2019ind\u00e9pendance de la justice. Le Conseil sup\u00e9rieur de la magistrature, dissous en 2022, n\u2019a jamais retrouv\u00e9 son autonomie. Les r\u00e9vocations de magistrats d\u00e9cid\u00e9es par d\u00e9cret pr\u00e9sidentiel ont profond\u00e9ment modifi\u00e9 l\u2019\u00e9quilibre institutionnel du pouvoir judiciaire, tandis que les possibilit\u00e9s de contr\u00f4le juridictionnel des d\u00e9cisions de l\u2019ex\u00e9cutif se sont consid\u00e9rablement r\u00e9duites.<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette \u00e9volution ne proc\u00e8de pas d\u2019une succession de d\u00e9cisions isol\u00e9es. Elle dessine un nouveau mod\u00e8le de gouvernement.<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La Tunisie issue de la Constitution de 2014 reposait, malgr\u00e9 ses imperfections, sur une logique de s\u00e9paration des pouvoirs, de pluralisme institutionnel et de contr\u00f4le mutuel entre la pr\u00e9sidence, le gouvernement, le Parlement et les autorit\u00e9s ind\u00e9pendantes. Le syst\u00e8me avait produit des blocages, des crises gouvernementales r\u00e9p\u00e9t\u00e9es et une instabilit\u00e9 chronique. Ka\u00efs Sa\u00efed a b\u00e2ti sa l\u00e9gitimit\u00e9 politique sur la promesse d\u2019en finir avec cette fragmentation. Il y est parvenu. Mais au prix d\u2019une concentration du pouvoir ex\u00e9cutif sans pr\u00e9c\u00e9dent depuis la r\u00e9volution de 2011.<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le paradoxe est que cette centralisation n\u2019a pas r\u00e9solu les difficult\u00e9s qui avaient nourri la d\u00e9fiance populaire. L\u2019\u00e9conomie reste sous tension, le ch\u00f4mage des jeunes demeure \u00e9lev\u00e9, les disparit\u00e9s r\u00e9gionales persistent et les n\u00e9gociations avec les bailleurs internationaux restent tr\u00e8s compliqu\u00e9es. La stabilisation institutionnelle n\u2019a pas produit de stabilisation sociale. Loin s\u2019en faut. Le feu couve en Tunisie.<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment dans ce contexte que les restrictions des libert\u00e9s publiques prennent une dimension politique particuli\u00e8re. Plus les r\u00e9sultats \u00e9conomiques tardent \u00e0 appara\u00eetre, plus le contr\u00f4le de l\u2019espace public devient un instrument de gouvernance. Les poursuites engag\u00e9es contre des opposants ou des journalistes ne visent pas seulement des individus ; elles contribuent \u00e0 installer un climat o\u00f9 l\u2019autocensure devient parfois plus efficace que la censure elle-m\u00eame. Avec Ka\u00efs Saied, la Tunisie devient un Etat totalitaire.  <\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le cas tunisien rappelle une constante observ\u00e9e dans de nombreux r\u00e9gimes pr\u00e9sidentialis\u00e9s. L\u2019\u00e9tat d\u2019exception est rarement pr\u00e9sent\u00e9 comme un renoncement \u00e0 la d\u00e9mocratie. Il est justifi\u00e9 au nom de son sauvetage. Les restrictions sont d\u00e9crites comme temporaires, n\u00e9cessaires ou exceptionnelles. Pourtant, \u00e0 mesure que le temps passe, l\u2019exception cesse d\u2019\u00eatre une parenth\u00e8se pour devenir une m\u00e9thode ordinaire de gouvernement.<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La Tunisie est aujourd\u2019hui confront\u00e9e \u00e0 cette transformation silencieuse. Les institutions continuent de fonctionner, des \u00e9lections sont organis\u00e9es, les administrations travaillent et les tribunaux si\u00e8gent. L\u2019apparence de la normalit\u00e9 institutionnelle demeure. Mais la capacit\u00e9 des citoyens, des magistrats, des partis politiques, des syndicats et des m\u00e9dias \u00e0 exercer un v\u00e9ritable contre-pouvoir s\u2019est consid\u00e9rablement r\u00e9duite.<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le principal enjeu n\u2019est donc plus de savoir si <a href=\"https:\/\/lematindalgerie.com\/tunisie-kais-saied-gouverne-sans-contre-pouvoirs\/\" data-type=\"post\" data-id=\"153971\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">Ka\u00efs Sa\u00efed<\/a> a consolid\u00e9 son pouvoir. Ce d\u00e9bat est tranch\u00e9 depuis longtemps. La v\u00e9ritable question est d\u00e9sormais celle de la r\u00e9silience des institutions tunisiennes. Une d\u00e9mocratie ne dispara\u00eet pas toujours sous l\u2019effet d\u2019un \u00e9v\u00e9nement spectaculaire. Elle peut aussi s\u2019effacer progressivement, lorsque les m\u00e9canismes de contr\u00f4le, de contradiction et de responsabilit\u00e9 deviennent l\u2019exception, tandis que la concentration du pouvoir devient, elle, la nouvelle normalit\u00e9.<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Yamina Boudiaf<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"En Tunisie, l\u2019exception est devenue la r\u00e8gle. 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