{"id":176780,"date":"2026-08-07T21:32:20","date_gmt":"2026-08-07T21:32:20","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/176780\/"},"modified":"2026-08-07T21:32:20","modified_gmt":"2026-08-07T21:32:20","slug":"sebta-la-frontiere-des-imaginaires-maroc-hebdo","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/176780\/","title":{"rendered":"Sebta : la fronti\u00e8re des imaginaires | Maroc Hebdo"},"content":{"rendered":"<p class=\"first-letter:text-[4rem] first-letter:text-red-500 first-letter:font-bold first-letter:float-left first-letter:pt-4 first-letter:pr-4\">Quelles qu&rsquo;en soient les causes imm\u00e9diates, la ru\u00e9e vers Sebta a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 bien davantage qu&rsquo;un \u00e9pisode migratoire. Les circonstances exactes demeurent incertaines. Crise sociale spontan\u00e9e. Emballement des r\u00e9seaux num\u00e9riques. Mobilisation organis\u00e9e. Manipulation ext\u00e9rieure. Ou combinaison de plusieurs facteurs. Il est encore trop t\u00f4t pour trancher. Une chose appara\u00eet n\u00e9anmoins avec nettet\u00e9. Cet \u00e9pisode r\u00e9v\u00e8le moins une crise de la fronti\u00e8re qu&rsquo;une crise du lien qu&rsquo;une partie des Marocains entretient avec leur propre pays.<\/p>\n<p>Car les grandes migrations ne commencent pas lorsqu&rsquo;une fronti\u00e8re est franchie. Elles naissent bien avant, dans les repr\u00e9sentations. Les comparaisons. Les esp\u00e9rances. Elles prennent forme lorsque l&rsquo;ailleurs cesse d&rsquo;\u00eatre un horizon pour devenir une \u00e9vidence.  Que le pays o\u00f9 l&rsquo;on vit n&rsquo;est plus per\u00e7u comme une promesse \u00e0 construire. Mais comme un espace dont il faudrait s&rsquo;\u00e9chapper. Sebta est ainsi devenue la fronti\u00e8re de deux imaginaires. Celui qui continue de voir dans le Maroc, malgr\u00e9 ses imperfections, un projet collectif \u00e0 accomplir. Et celui qui ne discerne plus l&rsquo;avenir que de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de la fronti\u00e8re. R\u00e9duire Sebta \u00e0 une simple crise migratoire, ou m\u00eame \u00e0 une seule crise sociale, serait pourtant une erreur. L&rsquo;\u00e9v\u00e9nement r\u00e9sulte de l&rsquo;interaction de facteurs \u00e9conomiques, sociaux, institutionnels, politiques, g\u00e9opolitiques et culturels. Qui, ensemble, ont fragilis\u00e9 le lien entre une partie de la jeunesse et le projet national.<\/p>\n<p>Fragilit\u00e9 sociale<br \/>Les difficult\u00e9s \u00e9conomiques sont r\u00e9elles. Ch\u00f4mage \u00e9lev\u00e9, \u00e9cole publique en difficult\u00e9, acc\u00e8s in\u00e9gal aux soins, corruption persistante. Elles nourrissent un sentiment d&rsquo;incertitude que les progr\u00e8s statistiques ne dissipent pas toujours. Car les perceptions sociales ob\u00e9issent \u00e0 une temporalit\u00e9 diff\u00e9rente de celle des indicateurs. Mais ces difficult\u00e9s ne suffisent pas, \u00e0 elles seules, \u00e0 expliquer Sebta. L&rsquo;exp\u00e9rience internationale montre que des soci\u00e9t\u00e9s confront\u00e9es \u00e0 des niveaux parfois comparables, voire sup\u00e9rieurs, de pauvret\u00e9, d&rsquo;in\u00e9galit\u00e9s ou de fragilit\u00e9 sociale n&rsquo;entretiennent pas n\u00e9cessairement le m\u00eame rapport \u00e0 la nation.<\/p>\n<p>L&rsquo;Inde, premi\u00e8re d\u00e9mocratie du monde par sa population, compte encore plus de 230 millions de personnes vivant dans la pauvret\u00e9 multidimensionnelle. Le Pakistan, puissance nucl\u00e9aire, reste confront\u00e9 \u00e0 une pauvret\u00e9 structurelle. Le Br\u00e9sil, grande puissance \u00e9conomique, demeure l\u2019un des pays les plus in\u00e9galitaires de la plan\u00e8te. En \u00c9gypte, les difficult\u00e9s sociales sont immenses. Dans ces pays, la critique du pouvoir peut \u00eatre vive, parfois radicale. Elle vise la corruption, l&rsquo;injustice, les in\u00e9galit\u00e9s ou l&rsquo;inefficacit\u00e9 de l&rsquo;\u00c9tat. Mais elle ne se confond pas n\u00e9cessairement avec un rejet global du pays.<\/p>\n<p>Responsabilit\u00e9 partag\u00e9e<br \/>C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment cette distinction qu&rsquo;il faut interroger. Pourquoi, dans certains contextes, la d\u00e9fiance envers les institutions finit-elle par contaminer le rapport \u00e0 la nation elle-m\u00eame ?<br \/>Opposer la responsabilit\u00e9 de l&rsquo;\u00c9tat \u00e0 celle des citoyens constitue une impasse. Les institutions fa\u00e7onnent les comportements autant que les comportements fa\u00e7onnent les institutions. Lorsque les r\u00e8gles paraissent in\u00e9quitables, la confiance s&rsquo;\u00e9rode. \u00c0 l&rsquo;inverse, lorsque l&rsquo;incivisme, les passe-droits ou le contournement des r\u00e8gles communes se banalisent, ils fragilisent \u00e0 leur tour les institutions. Le lien civique est une responsabilit\u00e9 partag\u00e9e. \u00c0 cette dynamique s&rsquo;ajoute une dimension g\u00e9opolitique. Le Maroc est un pays-fronti\u00e8re. Africain, m\u00e9diterran\u00e9en et atlantique. Terre d&rsquo;\u00e9migration, d&rsquo;immigration et de transit. Cette position constitue un atout strat\u00e9gique majeur. Mais elle nourrit aussi une comparaison permanente avec une Europe tr\u00e8s proche. Visible. Largement id\u00e9alis\u00e9e.<\/p>\n<p>C&rsquo;est dans l&rsquo;interaction de ces dynamiques que r\u00e9side l&rsquo;explication de Sebta. Les difficult\u00e9s sociales alimentent les frustrations. La mondialisation num\u00e9rique les amplifie. L&rsquo;Europe offre un horizon. Les fragilit\u00e9s institutionnelles affaiblissent la confiance. Enfin, la proximit\u00e9 g\u00e9ographique transforme cette aspiration en possibilit\u00e9 concr\u00e8te. Pris isol\u00e9ment, aucun de ces facteurs n&rsquo;aurait produit un tel ph\u00e9nom\u00e8ne. Ensemble, ils r\u00e9v\u00e8lent une crise plus profonde. Non seulement celle des conditions de vie, mais aussi celle de la projection collective. Si Sebta r\u00e9v\u00e8le une crise des imaginaires, la r\u00e9ponse ne peut \u00eatre uniquement socio\u00e9conomique. Elle suppose de reconstruire un r\u00e9cit collectif capable de rendre l&rsquo;avenir de nouveau cr\u00e9dible.<\/p>\n<p>Cette reconstruction repose sur quatre exigences. Restaurer la mobilit\u00e9 sociale en redonnant \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole son r\u00f4le d&rsquo;ascenseur. Renforcer des institutions plus proches, plus justes et plus lisibles. Promouvoir un engagement civique fond\u00e9 sur une responsabilit\u00e9 partag\u00e9e. Enfin, reconstruire un r\u00e9cit national lucide. Exigeant. Suffisamment f\u00e9d\u00e9rateur pour permettre \u00e0 chacun de s&rsquo;y projeter.<br \/>Car une nation ne se r\u00e9duit ni \u00e0 ses performances \u00e9conomiques ni \u00e0 ses infrastructures. Elle est aussi une communaut\u00e9 de destin. Lorsqu&rsquo;un peuple cesse de croire \u00e0 l&rsquo;histoire qu&rsquo;il raconte sur lui-m\u00eame, les politiques publiques, aussi n\u00e9cessaires soient-elles, peinent \u00e0 recr\u00e9er, \u00e0 elles seules, la confiance.<\/p>\n<p>Au fond, Sebta rappelle que les fronti\u00e8res les plus d\u00e9cisives ne sont pas toujours celles que dessinent les cartes. Les \u00c9tats construisent des ports, des routes ou des universit\u00e9s. Les nations construisent des imaginaires. Un pays ne retient durablement sa jeunesse ni par les murs qu&rsquo;il \u00e9rige, ni par les fronti\u00e8res qu&rsquo;il surveille. Mais par la place. La dignit\u00e9. Et l&rsquo;avenir qu&rsquo;il lui offre. Telle est peut-\u00eatre la v\u00e9ritable le\u00e7on de Sebta.<\/p>\n<p>La fronti\u00e8re la plus d\u00e9terminante n&rsquo;est pas celle qui s\u00e9pare le Maroc de l&rsquo;Europe. C&rsquo;est celle qui traverse d\u00e9sormais les imaginaires. Et c&rsquo;est aussi celle qu&rsquo;il nous appartient de d\u00e9passer.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Quelles qu&rsquo;en soient les causes imm\u00e9diates, la ru\u00e9e vers Sebta a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 bien davantage qu&rsquo;un \u00e9pisode migratoire. 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