{"id":177763,"date":"2026-08-09T08:05:13","date_gmt":"2026-08-09T08:05:13","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/177763\/"},"modified":"2026-08-09T08:05:13","modified_gmt":"2026-08-09T08:05:13","slug":"zoom-sur-les-gardiennes-de-la-proprete-des-mosquees","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/177763\/","title":{"rendered":"Zoom sur les gardiennes de la propret\u00e9 des mosqu\u00e9es"},"content":{"rendered":"<p>En solo ou en association, beaucoup de femmes font de l\u2019entretien des mosqu\u00e9es un sacerdoce. Si certaines d\u2019entre elles n\u2019attendent que la r\u00e9compense divine \u00e0 travers cet engagement consid\u00e9r\u00e9 comme relevant d\u2019une d\u00e9votion, d\u2019autres trouvent un pr\u00e9texte pour s\u2019adonner \u00e0 la mendicit\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab La propret\u00e9 fait partie de la foi \u00bb. \u00c0 Dakar, cette recommandation religieuse se vit loin des regards, dans le calme des mosqu\u00e9es. Bien avant l\u2019appel \u00e0 la pri\u00e8re, des femmes arrivent seules ou en petits groupes. Elles lavent, balaient, rangent, puis repartent sans bruit, laissant derri\u00e8re elles des mosqu\u00e9es propres et accueillantes pour les fid\u00e8les.<\/p>\n<p>\u00c0 la mosqu\u00e9e de Keur Mbaye Fall, tout commence par les tapis. Ils sont soulev\u00e9s un \u00e0 un, d\u00e9plac\u00e9s et empil\u00e9s sur un c\u00f4t\u00e9. En dessous, une fine poussi\u00e8re s\u2019\u00e9l\u00e8ve. Le plancher appara\u00eet, marqu\u00e9 par les passages r\u00e9p\u00e9t\u00e9s des fid\u00e8les.<\/p>\n<p>Puis le travail commence. Trois femmes s\u2019activent pleinement. L\u2019une balaie en avan\u00e7ant lentement. Une autre verse de l\u2019eau et frotte le sol. La troisi\u00e8me s\u2019occupe des tapis, les secoue et les aligne. Les gestes sont r\u00e9p\u00e9t\u00e9s. Ici, personne ne donne d\u2019ordre. Chacune sait ce qu\u2019elle a \u00e0 faire.<\/p>\n<p>Nd\u00e8ye Khadija Diouf, 32 ans, vendeuse de foulards dans le quartier, ne quitte presque pas son balai. Le foulard bien attach\u00e9, le regard baiss\u00e9, elle avance sans s\u2019arr\u00eater. Elle ne cherche pas \u00e0 expliquer. \u00ab On le fait pour Dieu \u00bb, confie-t-elle simplement.<\/p>\n<p>Pour elle, cela suffit \u00e0 expliquer sa pr\u00e9sence. \u00ab Nettoyer la maison de Dieu est une b\u00e9n\u00e9diction. On le fait avec le c\u0153ur \u00bb, ajoute-t-elle calmement. Elle explique qu\u2019elle ne consid\u00e8re pas cela comme une contrainte, mais comme un acte personnel li\u00e9 \u00e0 sa foi et \u00e0 son \u00e9ducation religieuse.<\/p>\n<p>\u00c0 quelques pas, Ma\u00efmouna Diallo, 53 ans, s\u2019occupe des tapis. Le poids de l\u2019\u00e2ge est bien visible, mais il n\u2019est pas perceptible dans ses gestes. Elle secoue avec \u00e9nergie et replie avec soin. \u00c0 la regarder, on ne sent pas la fatigue.<\/p>\n<p>Elle s\u2019arr\u00eate un instant et essuie ses mains. \u00ab Ce n\u2019est pas facile \u00e0 mon \u00e2ge \u00bb, reconna\u00eet-elle doucement. \u00ab Mais quand tu commences, tu oublies la fatigue \u00bb.<\/p>\n<p>Elle parle aussi de ses enfants. \u00ab Parfois, ils viennent avec moi, surtout pendant les vacances. Ils aident \u00e0 porter l\u2019eau, \u00e0 ranger les tapis \u00bb. Pour elle, ce n\u2019est pas seulement nettoyer. C\u2019est transmettre quelque chose. \u00ab S\u2019ils prennent aussi l\u2019habitude, c\u2019est bien \u00bb, ajoute-t-elle.<\/p>\n<p>Habibatou B\u00e2, 38 ans, g\u00e9rante d\u2019un multiservice, insiste sur le sens de son geste. \u00ab Dans la religion, on nous demande de garder les mosqu\u00e9es propres. M\u00eame un petit geste compte \u00bb, rel\u00e8ve-t-elle.<\/p>\n<p>Derri\u00e8re cet engagement, il y a toute une organisation. Quand il manque du mat\u00e9riel, les femmes se cotisent. \u00ab Chacune donne un peu selon ses moyens. On ne peut pas laisser la mosqu\u00e9e dans un mauvais \u00e9tat \u00bb, explique-t-elle.<\/p>\n<p>Peu \u00e0 peu, la mosqu\u00e9e change. Le plancher est lav\u00e9, encore l\u00e9g\u00e8rement humide. Les traces disparaissent. Les tapis sont remis en place, bien align\u00e9s. Une odeur discr\u00e8te de parfum flotte dans l\u2019air. L\u2019espace devient plus propre, plus apaisant.<\/p>\n<p>Une pr\u00e9sence discr\u00e8te,mais essentielle<\/p>\n<p>\u00c0 16 h 30, quand les fid\u00e8les commencent \u00e0 arriver, certains ralentissent. Ils regardent autour d\u2019eux, prennent le temps. \u00ab Qu\u2019Allah vous r\u00e9compense \u00bb, lance un homme en passant.<\/p>\n<p>Les femmes disent qu\u2019elles sont habitu\u00e9es \u00e0 faire ce travail b\u00e9n\u00e9vole pour entretenir la mosqu\u00e9e. Habibatou B\u00e2 confie que m\u00eame l\u2019imam ne manque pas de les encourager. \u00ab Il nous regarde souvent avec fiert\u00e9 \u00bb, se r\u00e9jouit-elle.<\/p>\n<p>Oumy Mendy s\u2019active aussi dans le nettoyage des mosqu\u00e9es, parall\u00e8lement \u00e0 son activit\u00e9 professionnelle. Le d\u00e9clic est n\u00e9 le jour o\u00f9 elle a inhal\u00e9 de la poussi\u00e8re en se prosternant. \u00ab Quand tu pries et que tu poses ton front, et que \u00e7a sent la poussi\u00e8re, tu veux juste finir vite \u00bb, raconte-t-elle.<\/p>\n<p>Depuis, elle continue, avec la m\u00eame intention. \u00ab Si c\u2019est propre, tu prends ton temps. Tu te sens bien dans ta pri\u00e8re \u00bb. Elle esp\u00e8re, comme les autres, une r\u00e9compense divine.<\/p>\n<p>\u00c0 la mosqu\u00e9e des Maristes, le nettoyage est termin\u00e9 \u00e0 notre arriv\u00e9e. Le plancher est propre. Les tapis sont bien align\u00e9s. Les femmes rassemblent leurs affaires, certaines s\u2019appr\u00eatent \u00e0 partir.<\/p>\n<p>Mari\u00e8me Soumar\u00e9 tient encore son balai. Sa s\u0153ur jumelle Oul\u00e8ye Soumar\u00e9 est assise \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019elle. \u00c2g\u00e9es de 68 ans, elles nettoient ce lieu de culte depuis des ann\u00e9es.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, ce n\u2019est pas avec la m\u00eame hargne pour Oul\u00e8ye Soumar\u00e9. \u00ab Le diab\u00e8te m\u2019a affaiblie \u00bb, murmure-t-elle. Son regard trahit une l\u00e9g\u00e8re tristesse. Elle ne peut plus balayer comme avant. \u00ab Je n\u2019ai plus la force \u00bb, dit-elle calmement.<\/p>\n<p>Mais elle continue de venir. \u00ab Je ne peux pas rester \u00e0 la maison \u00bb, ajoute-t-elle.<\/p>\n<p>Mari\u00e8me, elle, ne s\u2019arr\u00eate presque pas. Chaque vendredi, dans la matin\u00e9e, elle balaie, lave et range, avec l\u2019aide de deux autres femmes. \u00ab On a grandi comme \u00e7a \u00bb, confie-t-elle, soulignant que c\u2019\u00e9tait une recommandation de leur p\u00e8re.<\/p>\n<p>\u00ab Il disait que la mosqu\u00e9e doit \u00eatre propre \u00bb, se souvient Oul\u00e8ye. Aujourd\u2019hui encore, cette parole reste. Elle guide leurs gestes. Malgr\u00e9 la fatigue. Malgr\u00e9 la maladie.<\/p>\n<p>Un reportage de Fatou Bintou FALL (Stagiaire)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"En solo ou en association, beaucoup de femmes font de l\u2019entretien des mosqu\u00e9es un sacerdoce. 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