{"id":179237,"date":"2026-08-11T08:42:14","date_gmt":"2026-08-11T08:42:14","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/179237\/"},"modified":"2026-08-11T08:42:14","modified_gmt":"2026-08-11T08:42:14","slug":"cest-une-production-ancree-dans-trois-traditions-epistemologiques-4-4","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/179237\/","title":{"rendered":"\u00ab C\u2019est une production ancr\u00e9e dans trois traditions \u00e9pist\u00e9mologiques \u00bb (4\/4)"},"content":{"rendered":"<p>Quarante-cinq ouvrages synth\u00e9tis\u00e9s en 9 volumes, \u00e0 peu pr\u00e8s de la m\u00eame mani\u00e8re que l\u2019Histoire g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019Afrique. C\u2019est le bilan du projet de r\u00e9\u00e9criture de l\u2019Histoire g\u00e9n\u00e9rale du S\u00e9n\u00e9gal (Hgs), conduit sous la houlette du Pr Mamadou Fall. Dans cet entretien avec \u00ab\u00a0Le Soleil\u00a0\u00bb, l\u2019historien qui a remplac\u00e9 feu le Pr Iba Der Thiam \u00e0 la t\u00eate de ce projet, \u00e9voque la d\u00e9marche scientifique et intellectuelle fond\u00e9e sur les enjeux m\u00e9moriels et la construction nationale dont la finalit\u00e9 est de remettre notre histoire \u00e0 l\u2019endroit.<\/p>\n<p>Sur quelle base repose le travail scientifique men\u00e9 sous la houlette du comit\u00e9 de pilotage de la r\u00e9\u00e9criture de l\u2019Histoire g\u00e9n\u00e9rale du S\u00e9n\u00e9gal (Hgs) ?<\/p>\n<p>L\u2019Histoire g\u00e9n\u00e9rale du S\u00e9n\u00e9gal (Hgs) ne s\u2019\u00e9labore pas dans le vide. Elle s\u2019inscrit dans une tradition \u00e9pist\u00e9mologique et heuristique \u00e9prouv\u00e9e, h\u00e9riti\u00e8re de trois grandes familles historiographiques qui ont, chacune \u00e0 sa mani\u00e8re, d\u00e9crit des moments de notre pass\u00e9 et produit des corpus de textes d\u2019une tr\u00e8s grande valeur informative. La premi\u00e8re est l\u2019historiographie des massalik et des tarikhs, port\u00e9e par les traditions arabes. La deuxi\u00e8me est l\u2019historiographie de la d\u00e9couverte, constitu\u00e9e par la biblioth\u00e8que coloniale. La troisi\u00e8me est l\u2019historiographie dynastique, transmise par les traditions orales des pouvoirs traditionnels. Ces traditions ont chacune leurs \u00e9coles et leurs scribes, leurs figures glorifi\u00e9es ou ternies, leurs silences et leurs biais.<\/p>\n<p>Pourtant, malgr\u00e9 l\u2019inspiration de Yoro Diaw, la sagacit\u00e9 de Sir\u00e9 Abbas Soh ou l\u2019audace de Cheikh Anta Diop, un profond malaise persistait : un d\u00e9ficit d\u2019histoire et une usurpation de son audibilit\u00e9. L\u2019histoire restait la g\u00e9n\u00e9alogie des familles garmi ou le r\u00e9cit \u00e9pique des violentes altercations entre royaumes d\u2019une m\u00eame nation. Le d\u00e9ni de nation se profilait dans les fractures b\u00e9antes de notre pass\u00e9. Il fallait donc un courage de titan pour affronter ce challenge : ajouter aux traditions existantes les solides \u00e9vidences de l\u2019arch\u00e9ologie, la fine perspective de la linguistique compar\u00e9e ouverte par l\u2019\u00e9gyptologie africaine, l\u2019apport insoup\u00e7onn\u00e9 de l\u2019anthropologie et l\u2019analyse critique de notre narration sociale. C\u2019est ce qu\u2019Iba Der Thiam avait entrepris avec le projet.<\/p>\n<p>Justement, le Professeur Iba Der Thiam disait, dans un entretien avec \u00ab Le Soleil \u00bb : \u00ab qu\u2019il ne serait pas facile d\u2019\u00e9crire sur l\u2019histoire des confr\u00e9ries (\u2026) \u00bb. Aujourd\u2019hui, avec le temps, peut-on soutenir que la pol\u00e9mique suscit\u00e9e lors de la parution des premiers volumes est d\u00e9pass\u00e9e ?<\/p>\n<p>Pendant plus de trois si\u00e8cles, notre historiographie a \u00e9t\u00e9 domin\u00e9e par l\u2019hagiographie, celle de l\u2019histoire dynastique et de l\u2019histoire coloniale, adoubant deux figures de l\u2019ordre social : les \u00e9lites garmi de l\u2019aristocratie d\u00e9chue et les \u00e9lites civiles occidentalis\u00e9es, compromises par leur mim\u00e9tisme culturel et leur confinement urbain. L\u2019ambition de l\u2019Histoire g\u00e9n\u00e9rale du S\u00e9n\u00e9gal (Hgs) est tout autre. Il s\u2019agit de faire l\u2019histoire d\u2019un pays et de ses hommes dans toute la diversit\u00e9 de ses \u00e9cosyst\u00e8mes ; celle d\u2019une nation avec tous ses segments, tous ses fragments. Il s\u2019agit de faire l\u2019histoire des communs, des femmes, des \u00e9lites civiles traditionnelles qui ont pris le relais lorsque les aristocraties se sont compromises avec la traite n\u00e9gri\u00e8re. Cette \u0153uvre est g\u00e9n\u00e9rale parce que sans exclusion ni marginalisation.<\/p>\n<p>Elle reprend les replis du temps long, lorsque ce pays faisait nation avec les apports de l\u2019\u00c9gypte, du Sahara mauritanien, de l\u2019\u00c9thiopie, du Soudan et de la boucle du Niger. Elle raconte la rencontre entre pasteurs peuls, agriculteurs wolof et s\u00e9r\u00e8res, cavaliers ou marchands sonink\u00e9, chasseurs malink\u00e9. Aucun de ces segments ne saurait s\u2019abstraire de la nation et de l\u2019histoire qu\u2019ils ont faite au quotidien, dans des p\u00e9rim\u00e8tres que les changements climatiques ou les pouss\u00e9es nomades m\u00e9ridionalisaient depuis des mill\u00e9naires.<\/p>\n<p>Que faire pour mieux expliquer la d\u00e9marche scientifique et intellectuelle qui a pr\u00e9valu dans la r\u00e9alisation de cette \u0153uvre colossale que d\u2019aucuns qualifient de mythe ?<\/p>\n<p>\u00c0 ceux qui r\u00e9duisent la construction nationale au rang de mythe, il convient de r\u00e9pondre avec rigueur. Le mythe n\u2019est pas l\u2019oppos\u00e9 de la v\u00e9rit\u00e9 historique ; il en est souvent la voix la plus ancienne. Comme l\u2019\u00e9crit Pierre Ansart, \u00ab le r\u00e9cit mythique apporte le r\u00e9seau de signification par lequel s\u2019explique et se pense l\u2019ordre du monde dans sa totalit\u00e9 \u00bb. Et Hans Gadamer pr\u00e9cise que le mythe, par rapport \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9, a \u00ab la valeur d\u2019\u00eatre la voix d\u2019une \u00e9poque des origines plus authentique \u00bb. Toutes les nations ont des mythes de fondation.<\/p>\n<p>Le mythe de Ndiadiane Ndiaye, par exemple, est au pluriel. Il est berb\u00e8re, s\u00e9r\u00e8re, fulb\u00e9, sonink\u00e9, sans coh\u00e9rence chronologique, g\u00e9n\u00e9alogique ou g\u00e9ographique stricte, mais il \u00e9nonce symboliquement un moment de l\u2019histoire de notre nation plurielle. Le mythe est un unificateur symbolique qui prouve sa valeur par sa fonction sociale, non par sa grammaire ou sa lin\u00e9arit\u00e9.<\/p>\n<p>Peut-on \u00e9galement affirmer l\u2019existence d\u2019une Nation s\u00e9n\u00e9galaise avant la colonisation, surtout du point de vue ethnog\u00e9ographique ?<\/p>\n<p>Oui, on peut parler d\u2019une nation s\u00e9n\u00e9galaise avant la colonisation non pas comme un mythe, mais comme une communaut\u00e9 historique, linguistique et psychologique. La communaut\u00e9 historique partag\u00e9e par les Sonink\u00e9, les Fulb\u00e9, les S\u00e9r\u00e8res, les Wolof, les Berb\u00e8res, les Bainouk ; la parent\u00e9 linguistique qui les relie ; les formes du sacr\u00e9 autour des dieux d\u2019eau ; la parent\u00e9 \u00e0 plaisanterie largement partag\u00e9e entre elles : autant de preuves d\u2019une nation d\u00e9j\u00e0 \u00e0 l\u2019\u0153uvre bien avant les fronti\u00e8res trac\u00e9es en 1885.<\/p>\n<p>Cette nation plurielle n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 confin\u00e9e sur un territoire aux fronti\u00e8res lin\u00e9aires. Au contraire, elle a treize berceaux africains qui lui donnent son authenticit\u00e9 et sa richesse culturelle. On faisait d\u00e9j\u00e0 nation sur les bords du Nil, sur le socle du Dhar Tishit-Walata, au bord du fleuve S\u00e9n\u00e9gal, du Djoliba, du Koliba, comme sur les terres du Finist\u00e8re atlantique.<\/p>\n<p>En quoi l\u2019\u00e9criture de l\u2019Histoire g\u00e9n\u00e9rale du S\u00e9n\u00e9gal peut-elle aider \u00e0 consolider l\u2019id\u00e9al d\u2019\u00c9tat-nation pour notre pays ?<\/p>\n<p>Il ne s\u2019agit pas de reconstituer l\u2019histoire, mais de la r\u00e9\u00e9crire. Nous avons une seule histoire, mais elle a \u00e9t\u00e9 \u00e9crite \u00e0 l\u2019envers, \u00e0 partir d\u2019une Europe qui s\u2019est arrog\u00e9 le droit de sc\u00e9nariser notre v\u00e9cu dans sa propre perspective. Il s\u2019agit de la remettre \u00e0 l\u2019endroit : retrouver les structures de son temps long, d\u00e9finir ses contextes, narrer ses \u00e9v\u00e9nements, red\u00e9finir la configuration de ses terroirs, faire les r\u00e9cits de vie de ses figures exceptionnelles.<\/p>\n<p>Comme le disait Jean Paul Richter : \u00ab Le souvenir est le seul paradis dont nous ne pouvons \u00eatre chass\u00e9s \u00bb. Le projet Hgs est une formidable opportunit\u00e9 pour chaque S\u00e9n\u00e9galais, chaque segment de notre nation, de se raconter, du village \u00e0 la cit\u00e9, de faire son t\u00e9moignage, sa g\u00e9n\u00e9alogie, le descriptif de sa communaut\u00e9 et de ses hauts faits.<\/p>\n<p>Raconter les moments r\u00e9currents et les ressorts historiques de notre nation en consolide les fondements lointains. C\u2019est un ferrement de la fiert\u00e9 nationale, un levain de la confiance culturelle, et surtout le levier pour lib\u00e9rer les \u00e9nergies collectives au service des grandes causes nationales.<\/p>\n<p>L\u2019histoire permet de renouer avec les \u00e9quilibres du pass\u00e9, les solutions de continuit\u00e9 que le g\u00e9nie de notre peuple avait invent\u00e9es. Elle permet aussi de contourner les erreurs du pass\u00e9 pour r\u00e9inventer le futur.<\/p>\n<p>Le S\u00e9n\u00e9gal est en train de r\u00e9inventer l\u2019id\u00e9al de l\u2019\u00c9tat-nation en d\u00e9veloppant dans son c\u0153ur, l\u2019horizon du panafricanisme et la mondialisation de sa diaspora. C\u2019est le moment de basculer vers le futur que nous voulons pour ce beau pays.<\/p>\n<p>Entretien r\u00e9alis\u00e9 par Seydou Prosper SADIO\u00a0<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Quarante-cinq ouvrages synth\u00e9tis\u00e9s en 9 volumes, \u00e0 peu pr\u00e8s de la m\u00eame mani\u00e8re que l\u2019Histoire g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019Afrique.&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":179238,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":"","_share_on_mastodon":"0"},"categories":[84],"tags":[53388,45347,54745,54746,11],"class_list":["post-179237","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-senegal","tag-histoire-generale-du-senegal","tag-memoires","tag-pr-iba-der-thiam","tag-pr-mamadou-fall","tag-senegal"],"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@afrique\/117075990548625244","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/179237","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=179237"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/179237\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/179238"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=179237"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=179237"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=179237"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}