{"id":179296,"date":"2026-08-11T10:04:09","date_gmt":"2026-08-11T10:04:09","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/179296\/"},"modified":"2026-08-11T10:04:09","modified_gmt":"2026-08-11T10:04:09","slug":"afrique-de-lest-tanga-contre-lamu-la-bataille-des-corridors-petroliers-autour-de-louganda-zoom-eco","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/179296\/","title":{"rendered":"Afrique de l\u2019Est : Tanga contre Lamu, la bataille des corridors p\u00e9troliers autour de l\u2019Ouganda \u2013 Zoom Eco"},"content":{"rendered":"<p>La Tanzanie et l\u2019Ouganda veulent transformer Tanga en plateforme \u00e9nerg\u00e9tique r\u00e9gionale avec Vitol. Un projet annonc\u00e9 \u00e0 plus de 20 milliards de dollars qui ouvre un nouveau front dans la comp\u00e9tition pour l\u2019approvisionnement en produits p\u00e9troliers de l\u2019Afrique de l\u2019Est, quelques semaines apr\u00e8s le choix de Lamu par Aliko Dangote pour sa future raffinerie de 700 000 barils par jour.<\/p>\n<p>Le choix de Lamu par Aliko Dangote n\u2019aura finalement pas clos la bataille pour le contr\u00f4le des futurs flux p\u00e9troliers d\u2019Afrique de l\u2019Est. Il pourrait, au contraire, en avoir d\u00e9plac\u00e9 le centre de gravit\u00e9.<\/p>\n<p>Le 6 ao\u00fbt 2026, la Tanzanie et l\u2019Ouganda ont sign\u00e9 avec Vitol Bahrain, un protocole d\u2019accord portant sur le d\u00e9veloppement d\u2019un Tanga Regional Energy Hub, destin\u00e9 \u00e0 faire du port tanzanien une plateforme int\u00e9gr\u00e9e de raffinage, de stockage, de logistique et de distribution de produits p\u00e9troliers.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-107374 size-full\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/IMG_5361.jpeg\" alt=\"\" width=\"635\" height=\"483\"  \/><\/p>\n<p>Les autorit\u00e9s tanzaniennes \u00e9voquent un potentiel d\u2019investissement sup\u00e9rieur \u00e0 20 milliards de dollars am\u00e9ricains. L\u2019accord associe la Tanzania Petroleum Development Corporation (TPDC), l\u2019Uganda National Oil Company (UNOC) et Vitol Bahrain.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 du montant annonc\u00e9, c\u2019est surtout la logique industrielle du projet qui m\u00e9rite attention. Tanga ne serait plus seulement le point d\u2019arriv\u00e9e du p\u00e9trole brut ougandais export\u00e9 par l\u2019East African Crude Oil Pipeline (EACOP).<\/p>\n<p>La Tanzanie cherche \u00e0 capter une part plus importante de la cha\u00eene de valeur : r\u00e9ception du brut, stockage, transformation, distribution et r\u00e9exportation des produits raffin\u00e9s. Cette strat\u00e9gie intervient alors que le Kenya s\u2019appr\u00eate \u00e0 accueillir un projet d\u2019une tout autre dimension.<\/p>\n<p>Dangote Industries a retenu Lamu pour sa future raffinerie r\u00e9gionale de 700.000 barils par jour, un investissement pr\u00e9sent\u00e9 autour de 17 milliards de dollars. Le choix k\u00e9nyan a constitu\u00e9 un revers pour la Tanzanie, qui esp\u00e9rait accueillir l\u2019infrastructure.<\/p>\n<p>La r\u00e9ponse de Dar es Salaam ne consiste donc pas \u00e0 reproduire exactement le mod\u00e8le de Lamu. Elle consiste \u00e0 exploiter un avantage que la Tanzanie poss\u00e8de d\u00e9j\u00e0 : sa connexion directe aux futurs champs p\u00e9troliers ougandais.<\/p>\n<p>Deux fa\u00e7ades maritimes, deux strat\u00e9gies<\/p>\n<p>La g\u00e9ographie explique une grande partie de la rivalit\u00e9. EACOP reliera les champs p\u00e9troliers ougandais de Tilenga et Kingfisher \u00e0 la c\u00f4te tanzanienne sur 1.443 kilom\u00e8tres, jusqu\u2019\u00e0 la p\u00e9ninsule de Chongoleani, pr\u00e8s du port de Tanga.<\/p>\n<p>Le pipeline est con\u00e7u pour atteindre une capacit\u00e9 de pointe de 246.000 barils par jour. Il doit \u00e9galement \u00eatre associ\u00e9 \u00e0 des infrastructures de stockage et de chargement maritime \u00e0 Tanga.<\/p>\n<p>Pour la Tanzanie, l\u2019enjeu est d\u00e9sormais de ne pas laisser cette infrastructure fonctionner essentiellement comme un simple corridor d\u2019exportation.<\/p>\n<p>Le raisonnement est \u00e9conomique : si le brut arrive \u00e0 Tanga, pourquoi ne pas d\u00e9velopper autour du terminal une industrie capable de stocker, raffiner et distribuer une partie des hydrocarbures ? Une telle organisation permettrait de g\u00e9n\u00e9rer davantage de revenus logistiques et industriels tout en renfor\u00e7ant la position du port dans le commerce r\u00e9gional des carburants. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ce que cherche \u00e0 structurer le projet soutenu par Vitol.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019inverse, Lamu mise sur l\u2019\u00e9chelle et sur l\u2019int\u00e9gration au r\u00e9seau logistique k\u00e9nyan. Avec une capacit\u00e9 annonc\u00e9e de 700.000 barils par jour, la raffinerie de Dangote serait pr\u00e8s de douze fois plus importante que la capacit\u00e9 envisag\u00e9e pour la raffinerie ougandaise de Hoima, fix\u00e9e \u00e0 60.000 barils par jour.<\/p>\n<p>Le v\u00e9ritable affrontement ne porte donc pas seulement sur deux sites de raffinage. Il oppose deux architectures logistiques pour alimenter un m\u00eame espace \u00e9conomique.<br \/>D\u2019un c\u00f4t\u00e9, un corridor tanzanien adoss\u00e9 directement au brut ougandais et \u00e0 EACOP. De l\u2019autre, un corridor k\u00e9nyan reposant sur Lamu et sur la capacit\u00e9 du r\u00e9seau de transport et de distribution du Kenya \u00e0 irriguer plusieurs march\u00e9s d\u2019Afrique de l\u2019Est et, potentiellement, d\u2019Afrique centrale.<\/p>\n<p>L\u2019Ouganda, pi\u00e8ce ma\u00eetresse du march\u00e9<\/p>\n<p>Dans cette comp\u00e9tition, l\u2019Ouganda occupe une position singuli\u00e8re. Le pays est \u00e0 la fois producteur de p\u00e9trole, futur raffineur et march\u00e9 r\u00e9gional convoit\u00e9.<\/p>\n<p>Kampala pr\u00e9pare en effet sa propre raffinerie \u00e0 Hoima, d\u2019une capacit\u00e9 de 60.000 barils par jour. Cette installation doit r\u00e9pondre en priorit\u00e9 \u00e0 la demande int\u00e9rieure et r\u00e9duire la d\u00e9pendance du pays aux importations de produits raffin\u00e9s.<\/p>\n<p>Tanga et Hoima peuvent ainsi \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9s comme compl\u00e9mentaires. Hoima fournirait une capacit\u00e9 nationale de transformation, tandis que Tanga pourrait jouer le r\u00f4le d\u2019une plateforme r\u00e9gionale d\u2019approvisionnement, de stockage et de distribution. Cette compl\u00e9mentarit\u00e9 ne signifie toutefois pas absence de concurrence.<\/p>\n<p>Si Tanga d\u00e9veloppe une capacit\u00e9 de raffinage et de distribution suffisamment importante, une partie des produits destin\u00e9s au march\u00e9 ougandais pourrait transiter par la Tanzanie plut\u00f4t que par le corridor k\u00e9nyan.<br \/>\u00c0 l\u2019inverse, la raffinerie de Lamu pourrait chercher \u00e0 capter une partie de la demande ougandaise en s\u2019appuyant sur les infrastructures k\u00e9nyanes.<\/p>\n<p>Pour Kampala, cette situation pourrait \u00eatre particuli\u00e8rement avantageuse dans la mesure o\u00f9 l\u2019existence de plusieurs sources d\u2019approvisionnement donne \u00e0 l\u2019Ouganda davantage de marge de n\u00e9gociation sur les prix, les conditions logistiques et la s\u00e9curit\u00e9 des approvisionnements.<\/p>\n<p>Le pays pourrait \u00e9viter de devenir captif d\u2019un seul corridor alors m\u00eame que sa production p\u00e9troli\u00e8re entre dans sa phase commerciale.<br \/>Mais, cette diversification a une contrepartie : Tanga et Lamu devront se battre pour s\u00e9curiser des volumes et des march\u00e9s suffisamment importants pour rentabiliser leurs infrastructures.<\/p>\n<p>Vitol change la nature du pari tanzanien<\/p>\n<p>La pr\u00e9sence de Vitol est l\u2019un des \u00e9l\u00e9ments les plus significatifs de l\u2019accord. Le groupe n\u2019apporte pas seulement une logique d\u2019infrastructure. En tant que n\u00e9gociant mondial de mati\u00e8res premi\u00e8res \u00e9nerg\u00e9tiques, il dispose d\u2019une expertise dans le stockage, la logistique, l\u2019approvisionnement et la commercialisation des produits p\u00e9troliers. Le mod\u00e8le envisag\u00e9 \u00e0 Tanga peut donc \u00eatre compris comme une tentative d\u2019int\u00e9gration de plusieurs maillons de la cha\u00eene.<\/p>\n<p>Le brut arrive par EACOP. Il peut \u00eatre stock\u00e9 ou transform\u00e9. Les produits issus du raffinage sont ensuite achemin\u00e9s vers les march\u00e9s de consommation, notamment la Tanzanie et l\u2019Ouganda.<br \/>Cette int\u00e9gration pourrait constituer le principal avantage \u00e9conomique de Tanga : ne pas chercher \u00e0 rivaliser avec Lamu uniquement par la taille d\u2019une raffinerie, mais par la ma\u00eetrise du corridor dans son ensemble.<\/p>\n<p>Le choix de Lamu par Dangote a d\u2019ailleurs fourni une le\u00e7on importante \u00e0 Dar es Salaam. La proximit\u00e9 avec une source de p\u00e9trole brut ne suffit pas, \u00e0 elle seule, \u00e0 attirer une tr\u00e8s grande infrastructure industrielle. Le choix d\u2019un investisseur d\u00e9pend \u00e9galement de la qualit\u00e9 des ports, des routes, du rail, des r\u00e9seaux de distribution, de l\u2019acc\u00e8s aux march\u00e9s et de la capacit\u00e9 \u00e0 exporter \u00e0 grande \u00e9chelle.<\/p>\n<p>La Tanzanie doit d\u00e9sormais d\u00e9montrer que son avantage EACOP peut \u00eatre converti en avantage commercial.<\/p>\n<p>Combien de barils pour quel march\u00e9 ?<\/p>\n<p>C\u2019est probablement ici que se jouera la viabilit\u00e9 \u00e9conomique des trois p\u00f4les. Hoima dispose d\u2019un d\u00e9bouch\u00e9 relativement clair : le march\u00e9 domestique ougandais. Tanga b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019un acc\u00e8s privil\u00e9gi\u00e9 au brut d\u2019EACOP et pourrait se positionner sur la Tanzanie, l\u2019Ouganda et d\u2019autres march\u00e9s de la r\u00e9gion.<\/p>\n<p>Lamu, avec ses 700.000 barils par jour annonc\u00e9s, devra en revanche s\u00e9curiser un march\u00e9 consid\u00e9rable. Une capacit\u00e9 de cette ampleur d\u00e9passe largement les besoins d\u2019un seul pays et suppose une strat\u00e9gie d\u2019exportation r\u00e9gionale particuli\u00e8rement efficace.<\/p>\n<p>La question centrale devient donc celle des \u00e9conomies d\u2019\u00e9chelle et des co\u00fbts logistiques. Une raffinerie de grande capacit\u00e9 peut produire \u00e0 moindre co\u00fbt par unit\u00e9 lorsque ses installations fonctionnent \u00e0 un taux d\u2019utilisation \u00e9lev\u00e9. Mais elle doit simultan\u00e9ment trouver des d\u00e9bouch\u00e9s suffisants. Une infrastructure plus int\u00e9gr\u00e9e \u00e0 un corridor p\u00e9trolier existant peut, \u00e0 l\u2019inverse, b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019un avantage logistique m\u00eame avec une capacit\u00e9 de raffinage plus modeste. C\u2019est ce calcul qui d\u00e9terminera la comp\u00e9titivit\u00e9 r\u00e9elle de Tanga face \u00e0 Lamu.<\/p>\n<p>Le projet Tanga ne constitue donc pas n\u00e9cessairement une confrontation directe entre la Tanzanie et Dangote. Il traduit plut\u00f4t une transformation du march\u00e9 p\u00e9trolier est-africain : la bataille se d\u00e9place du raffinage vers les infrastructures capables de faire circuler les produits au meilleur co\u00fbt et avec la plus grande fiabilit\u00e9.<br \/>Cette \u00e9volution est d\u2019autant plus importante que l\u2019Afrique de l\u2019Est reste fortement d\u00e9pendante des importations de produits p\u00e9troliers raffin\u00e9s. La ma\u00eetrise des terminaux, des capacit\u00e9s de stockage, des pipelines, des ports et des r\u00e9seaux de distribution peut ainsi devenir aussi strat\u00e9gique que la capacit\u00e9 de raffinage elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>Pour la Tanzanie, Tanga repr\u00e9sente une tentative de convertir EACOP en plateforme industrielle plut\u00f4t qu\u2019en simple infrastructure de transit.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-107375\" class=\"wp-image-107375 size-large\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/IMG_5362-1024x754.jpeg\" alt=\"\" width=\"740\" height=\"545\"  \/><\/p>\n<p id=\"caption-attachment-107375\" class=\"wp-caption-text\">Pour le Kenya, Lamu peut devenir le socle d\u2019un nouveau corridor \u00e9nerg\u00e9tique capable de concurrencer la place historique de Mombasa. Pour l\u2019Ouganda, enfin, la multiplication des options pourrait constituer un atout strat\u00e9gique.<\/p>\n<p>\u00c0 terme, le paysage r\u00e9gional pourrait ainsi s\u2019organiser autour de trois p\u00f4les compl\u00e9mentaires mais concurrents : Hoima pour le march\u00e9 domestique ougandais, Tanga pour une plateforme \u00e9nerg\u00e9tique connect\u00e9e \u00e0 EACOP, et Lamu pour une grande capacit\u00e9 de raffinage tourn\u00e9e vers les march\u00e9s r\u00e9gionaux.<\/p>\n<p>Le succ\u00e8s de Tanga ne d\u00e9pendra donc pas uniquement de la construction d\u2019une raffinerie ou de l\u2019ampleur des investissements annonc\u00e9s. Il d\u00e9pendra de la capacit\u00e9 de la Tanzanie et de Vitol \u00e0 transformer l\u2019avantage g\u00e9ographique d\u2019EACOP en un avantage industriel et commercial durable.<br \/>Car le v\u00e9ritable enjeu n\u2019est plus de savoir quelle raffinerie dominera l\u2019Afrique de l\u2019Est. Il est de d\u00e9terminer quel corridor contr\u00f4lera les flux de produits p\u00e9troliers vers les march\u00e9s de demain. Et dans cette \u00e9quation, l\u2019Ouganda, producteur du brut, futur raffineur et march\u00e9 convoit\u00e9, est appel\u00e9 \u00e0 jouer le r\u00f4le d\u2019arbitre.<\/p>\n<p>Olivier KAFORO<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"La Tanzanie et l\u2019Ouganda veulent transformer Tanga en plateforme \u00e9nerg\u00e9tique r\u00e9gionale avec Vitol. 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