{"id":181401,"date":"2026-08-13T17:59:18","date_gmt":"2026-08-13T17:59:18","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/181401\/"},"modified":"2026-08-13T17:59:18","modified_gmt":"2026-08-13T17:59:18","slug":"ce-que-licor-ne-peut-pas-expliquer-par-adnan-debbarh","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/181401\/","title":{"rendered":"Ce que l&rsquo;ICOR ne peut pas expliquer \u2013 Par Adnan Debbarh"},"content":{"rendered":"<p>\t            \t\tAvec un taux d\u2019investissement parmi les plus \u00e9lev\u00e9s du monde \u00e9mergent, le Maroc peine pourtant \u00e0 convertir cet effort en croissance. \u00c0 partir de l\u2019ICOR, qui mesure le rendement marginal du capital, Adnan Debbarh interroge les limites d\u2019une lecture purement technique de cette inefficacit\u00e9 persistante. Au-del\u00e0 de la productivit\u00e9, de la formation ou de la qualification, il met en cause un mode de r\u00e9gulation historiquement efficace pour pr\u00e9server la stabilit\u00e9.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/20260813_162834_1786638513430_ah.jpg\" alt=\"\" width=\"290\" height=\"348\"\/><\/p>\n<p>Adnan Debbarh*<\/p>\n<p>Il existe un chiffre, publi\u00e9 par le Haut-Commissariat au Plan lui-m\u00eame, que peu de commentaires ont pris la peine de vraiment interroger. \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<\/p>\n<p>Entre 2010 et 2023, le Maroc a investi en moyenne 27,5 % de son PIB, un des taux les plus \u00e9lev\u00e9s du monde \u00e9mergent, pour une croissance qui n&rsquo;a pas d\u00e9pass\u00e9 2,9 %.<\/p>\n<p>Le rapport entre les deux\u00a0: l&rsquo;ICOR (en anglais Incremental Capital-Output Ratio, coefficient marginal du capital), ou combien d&rsquo;unit\u00e9s de capital il faut investir pour obtenir une unit\u00e9 suppl\u00e9mentaire de croissance, s&rsquo;est maintenu autour de 11,8. Pour donner une \u00e9chelle : la Cor\u00e9e du Sud, avec un effort d&rsquo;investissement comparable, obtient un rendement environ quatre fois sup\u00e9rieur.<\/p>\n<p>Le Wali de Bank Al-Maghrib lui-m\u00eame l&rsquo;a dit sans d\u00e9tour : l&rsquo;effort marocain, \u00e0 32,3 % du PIB entre 2000 et 2019, \u00e9tait \u00ab\u00a0en principe suffisamment significatif\u00a0\u00bb pour produire ce que d&rsquo;autres pays ont appel\u00e9 un miracle \u00e9conomique. Le miracle n&rsquo;est pas venu.<\/p>\n<p>L&rsquo;explication la plus imm\u00e9diate est celle des \u00e9conomistes : productivit\u00e9 du travail insuffisante, qualification des ressources humaines en retard, transition d\u00e9mographique manqu\u00e9e. Ce sont des diagnostics s\u00e9rieux, document\u00e9s et probablement en partie exacts. Mais ils buttent sur une question qu&rsquo;ils ne posent pas assez souvent : ces facteurs sont connus depuis longtemps, ils ont fait l&rsquo;objet de politiques publiques successives\u00a0: plans d&rsquo;\u00e9ducation, r\u00e9formes de la formation professionnelle, incitations \u00e0 l&rsquo;investissement productif et l&rsquo;ICOR, pourtant, ne s&rsquo;am\u00e9liore pas de fa\u00e7on durable. Si le probl\u00e8me \u00e9tait seulement technique, vingt ans de corrections document\u00e9es auraient d\u00fb, \u00e0 un moment, se voir dans les chiffres.<\/p>\n<p>Il faut peut-\u00eatre chercher ailleurs, non pas dans ce qui manque au syst\u00e8me, mais dans ce qu&rsquo;il fait tr\u00e8s bien. Depuis plusieurs d\u00e9cennies, le Maroc a construit un mode de r\u00e9gulation remarquablement efficace pour une mission pr\u00e9cise : pr\u00e9server la stabilit\u00e9, int\u00e9grer progressivement les tensions sociales, \u00e9viter les ruptures.<\/p>\n<p>Sur cette mission-l\u00e0, le bilan est difficile \u00e0 contester, continuit\u00e9 institutionnelle, absorption de chocs successifs, absence de rupture constitutionnelle. Le syst\u00e8me, en ce sens, r\u00e9ussit.<\/p>\n<p>C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment cette r\u00e9ussite qui pose probl\u00e8me aujourd&rsquo;hui. Un mode de r\u00e9gulation ne meurt pas lorsqu&rsquo;il devient inefficace, il commence \u00e0 atteindre ses limites lorsqu&rsquo;il devient incapable de produire des capacit\u00e9s nouvelles sans remettre en cause sa propre logique de fonctionnement.<\/p>\n<p>Les m\u00e9canismes qui absorbent les tensions, qui int\u00e8grent sans transformer, qui font durer plut\u00f4t que basculer, sont les m\u00eames qui, une fois le pays parvenu \u00e0 un autre stade, freinent la conversion de l&rsquo;investissement en croissance, de la croissance en mobilit\u00e9, de la mobilit\u00e9 en confiance. Ce n&rsquo;est pas un d\u00e9r\u00e8glement du syst\u00e8me. C&rsquo;est le syst\u00e8me, fonctionnant exactement comme il a \u00e9t\u00e9 con\u00e7u pour fonctionner, sauf que la mission a chang\u00e9 de nature et que lui n&rsquo;a pas chang\u00e9 de logique.<\/p>\n<p>C&rsquo;est ce qui distingue ce diagnostic d&rsquo;un simple appel \u00e0 investir davantage, ou mieux.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 La question n&rsquo;est plus : combien investir, ou dans quel secteur. Elle est : ce que le syst\u00e8me, tel qu&rsquo;il arbitre aujourd&rsquo;hui entre ses diff\u00e9rentes composantes, est structurellement capable de convertir en capacit\u00e9s nouvelles\u00a0: \u00e9conomiques, sociales, institutionnelles, cognitives et ce qu&rsquo;il ne l&rsquo;est pas. Un ICOR \u00e9lev\u00e9 qui persiste malgr\u00e9 des corrections techniques r\u00e9p\u00e9t\u00e9es n&rsquo;est plus un probl\u00e8me d&rsquo;ing\u00e9nierie. C&rsquo;est un \u00e9quilibre stable. Il est entretenu par des arbitrages o\u00f9 chaque acteur, individuellement, n&rsquo;a aucune raison de changer de comportement, ce qui explique sa reproduction d&rsquo;ann\u00e9e en ann\u00e9e, quel que soit le plan sectoriel.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/p>\n<p>Une question, pas une conclusion. Il ne s&rsquo;agit pas ici de dire que la stabilit\u00e9 aurait \u00e9t\u00e9 une erreur, ni qu&rsquo;il faudrait la sacrifier pour aller plus vite. Ce serait mal poser le probl\u00e8me et probablement se tromper de solution. Il s&rsquo;agit de poser une question que les chiffres, \u00e0 eux seuls, ne posent jamais : un mode de r\u00e9gulation qui a rempli sa mission historique peut-il continuer \u00e0 produire de l&rsquo;ordre et de la stabilit\u00e9 tout en devenant incapable de produire ce que son propre d\u00e9veloppement exige d\u00e9sormais de lui ? Et si la r\u00e9ponse est non, qu&rsquo;est-ce qui, dans ce mode de r\u00e9gulation, devrait changer de nature, pour que l&rsquo;effort d&rsquo;investissement, d\u00e9j\u00e0 consenti, cesse de se heurter au m\u00eame plafond depuis deux d\u00e9cennies ?<\/p>\n<p>Ce n&rsquo;est pas aux chiffres de r\u00e9pondre \u00e0 cette question. C&rsquo;est peut-\u00eatre, avant tout, aux logiques d&rsquo;arbitrage elles-m\u00eames qu&rsquo;il faudrait la poser.<\/p>\n<p>*Adnan Debbarh enseigne les Relations Internationales et la G\u00e9opolitique \u00e0 l&rsquo;ISCAE.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Avec un taux d\u2019investissement parmi les plus \u00e9lev\u00e9s du monde \u00e9mergent, le Maroc peine pourtant \u00e0 convertir cet&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":181402,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":"","_share_on_mastodon":"0"},"categories":[83],"tags":[281,55300,38313,445,55301,592,86,52867,53699],"class_list":["post-181401","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-maroc","tag-actualite","tag-adnan-debbarh","tag-chroniques","tag-croissance","tag-icor","tag-investissement","tag-maroc","tag-modele-de-developpement","tag-quid"],"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@afrique\/117089505714715697","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/181401","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=181401"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/181401\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/181402"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=181401"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=181401"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=181401"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}