{"id":182088,"date":"2026-08-14T14:54:36","date_gmt":"2026-08-14T14:54:36","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/182088\/"},"modified":"2026-08-14T14:54:36","modified_gmt":"2026-08-14T14:54:36","slug":"la-tunisie-veut-elle-la-croissance-la-reponse-est-dans-son-budget","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/182088\/","title":{"rendered":"La Tunisie veut-elle la croissance ? La r\u00e9ponse est dans son budget"},"content":{"rendered":"<p class=\"wp-block-paragraph\">Un pays r\u00e9v\u00e8le ses priorit\u00e9s non dans ses discours mais dans ses arbitrages. Le budget 2026 de la Tunisie, les rapports de la Banque mondiale et les chiffres de la Banque centrale composent, mis bout \u00e0 bout, une r\u00e9ponse qui se passe de commentaire. La croissance est proclam\u00e9e partout et financ\u00e9e nulle part.<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La question para\u00eet provocante, presque d\u00e9plac\u00e9e. Quel pays ne voudrait pas cro\u00eetre. Pourtant, en \u00e9conomie, on ne juge pas une volont\u00e9 \u00e0 l\u2019aune des \u00a0intentions d\u00e9clar\u00e9es mais \u00e0 celle des \u00a0choix effectifs, ce que les \u00e9conomistes nomment la pr\u00e9f\u00e9rence r\u00e9v\u00e9l\u00e9e. Or les arbitrages tunisiens des derni\u00e8res ann\u00e9es r\u00e9v\u00e8lent une pr\u00e9f\u00e9rence constante, celle du pr\u00e9sent sur l\u2019avenir, de la stabilit\u00e9 imm\u00e9diate sur l\u2019investissement productif. Non par cynisme, mais par une m\u00e9canique budg\u00e9taire et politique dont chaque rouage est aujourd\u2019hui document\u00e9 par des sources officielles.<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Un budget qui dit la v\u00e9rit\u00e9<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Commen\u00e7ons par le document le plus r\u00e9v\u00e9lateur, le budget de l\u2019\u00c9tat pour 2026. Selon le rapport du minist\u00e8re des Finances, sur des charges budg\u00e9taires de 63 575 millions de dinars, 40 % sont r\u00e9serv\u00e9es au financement de la masse salariale, soit 25 267 MDT, et 32 % aux d\u00e9penses d\u2019intervention, dont 9 772 MDT de subventions. \u00c0 l\u2019autre bout de la cha\u00eene, celui qui pr\u00e9pare l\u2019avenir, les d\u00e9penses allou\u00e9es \u00e0 l\u2019investissement ne d\u00e9passent pas 6 463 MDT, soit 10 % des d\u00e9penses budg\u00e9taires. Le rapport est sans appel, l\u2019\u00c9tat tunisien consacre quatre dinars aux salaires pour un seul \u00e0 l\u2019investissement. Un budget est une d\u00e9claration de priorit\u00e9s chiffr\u00e9e, et celui-ci dit que la Tunisie finance d\u2019abord son fonctionnement, ensuite seulement sa croissance.<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce d\u00e9s\u00e9quilibre n\u2019est pas une fatalit\u00e9 conjoncturelle, c\u2019est un choix reconduit. La masse salariale publique, que le gouvernement s\u2019\u00e9tait engag\u00e9 aupr\u00e8s des bailleurs \u00e0 ramener \u00e0 12,9 % du PIB \u00e0 l\u2019horizon 2025, devrait repr\u00e9senter 13,4 % du PIB en 2026, contre 14,1 % en 2025 et 13,9 % en 2024. La trajectoire de r\u00e9duction promise ne s\u2019est pas mat\u00e9rialis\u00e9e. Mieux, le budget 2026 assume la r\u00e9gularisation de 51 878 postes, dont 22 523 cr\u00e9ations nouvelles. On peut y voir une politique sociale l\u00e9gitime. On doit aussi y voir un arbitrage, chaque dinar de salaire p\u00e9renne est un dinar soustrait durablement \u00e0 l\u2019investissement.<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0L\u2019\u00e9pargne capt\u00e9e, le priv\u00e9 ass\u00e9ch\u00e9<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Vient le deuxi\u00e8me verrou, le plus d\u00e9terminant, l\u2019effet d\u2019\u00e9viction. La croissance na\u00eet de l\u2019investissement priv\u00e9, or celui-ci est priv\u00e9 de son carburant, le cr\u00e9dit. Le diagnostic n\u2019\u00e9mane pas d\u2019un pamphl\u00e9taire mais de la Banque mondiale, dont le rapport \u00e9tablit que la part du gouvernement dans le cr\u00e9dit bancaire total n\u2019a cess\u00e9 d\u2019augmenter, atteignant un tiers en ao\u00fbt 2025 contre 15 % en 2019. Dans le m\u00eame temps, le cr\u00e9dit au reste de l\u2019\u00e9conomie n\u2019a augment\u00e9 que de 3 % en ao\u00fbt 2025 par rapport \u00e0 l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente. La d\u00e9monstration est arithm\u00e9tique, l\u2019\u00c9tat capte l\u2019\u00e9pargne nationale via ses \u00e9missions de dette, les banques y trouvent un placement s\u00fbr et r\u00e9mun\u00e9rateur, et le secteur priv\u00e9, singuli\u00e8rement les PME, se trouve rationn\u00e9.<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La cheffe du gouvernement elle-m\u00eame l\u2019a reconnu. Recevant le rapport annuel 2025 de la Banque centrale en juillet 2026, Sara Zaafrani Zenzri a estim\u00e9 que le financement de l\u2019investissement par le secteur bancaire priv\u00e9 demeure tr\u00e8s faible et a appel\u00e9 les banques \u00e0 accro\u00eetre leur contribution au financement de l\u2019\u00e9conomie productive. L\u2019aveu est notable, mais il d\u00e9place la responsabilit\u00e9. Les banques ne boudent pas le priv\u00e9 par caprice, elles suivent l\u2019incitation que l\u2019\u00c9tat a lui-m\u00eame cr\u00e9\u00e9e en devenant l\u2019emprunteur le plus vorace et le plus s\u00fbr du march\u00e9. Tant que le Tr\u00e9sor offrira du rendement sans risque, aucune injonction morale ne d\u00e9tournera les banques de la rente souveraine vers le pari entrepreneurial.<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Les signaux contraires<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il serait malhonn\u00eate de ne voir que l\u2019immobilisme. Des signaux existent, et il faut les porter au cr\u00e9dit du volontarisme affich\u00e9. Les investissements directs \u00e9trangers ont progress\u00e9, atteignant 3 506,5 millions de dinars en 2025, en hausse de 30,1 % par rapport \u00e0 2024, selon le rapport annuel de la Banque centrale. Le gouvernement a fix\u00e9, dans son plan quinquennal 2026-2030, un objectif de hausse du taux d\u2019investissement de 15,5 % \u00e0 20 %. Et le budget 2026 table sur une croissance de 3,3 %. L\u2019intention de cro\u00eetre est donc r\u00e9elle, inscrite noir sur blanc dans les documents de planification<\/p>\n<p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" width=\"1000\" height=\"688\" alt=\"\" class=\"wp-image-584030 lazyload ewww_webp_lazy_load\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/bud.jpg\"  data- data-eio-rwidth=\"1000\" data-eio-rheight=\"688\" src-webp=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/bud.jpg.webp\" srcset-webp=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/bud.jpg.webp 1000w, https:\/\/cdnfr.africanmanager.com\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/bud-300x206.jpg.webp 300w, https:\/\/cdnfr.africanmanager.com\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/bud-768x528.jpg.webp 768w, https:\/\/cdnfr.africanmanager.com\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/bud-610x420.jpg.webp 610w, https:\/\/cdnfr.africanmanager.com\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/bud-218x150.jpg.webp 218w, https:\/\/cdnfr.africanmanager.com\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/bud-696x479.jpg.webp 696w, https:\/\/cdnfr.africanmanager.com\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/bud-100x70.jpg.webp 100w\"\/><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" width=\"1000\" height=\"688\"  src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/bud.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-584030\"  data-eio=\"l\"\/><\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais un objectif n\u2019est pas une politique, et une pr\u00e9vision n\u2019est pas un r\u00e9sultat. Le taux d\u2019investissement cible de 20 % suppose de lib\u00e9rer le cr\u00e9dit que l\u2019effet d\u2019\u00e9viction \u00e9trangle, de r\u00e9duire une masse salariale qui refuse de baisser, de d\u00e9gager des marges qu\u2019un service de la dette croissant confisque. Les objectifs pointent dans une direction, les arbitrages budg\u00e9taires dans l\u2019autre. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment cette contradiction qui r\u00e9pond \u00e0 la question initiale.<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0La contrainte plut\u00f4t que la volont\u00e9<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Veut-elle la croissance ? En paroles, sans r\u00e9serve. En actes, elle veut d\u2019abord ne pas d\u00e9stabiliser l\u2019existant, pr\u00e9server la paix salariale, maintenir les subventions, honorer la dette. Ces priorit\u00e9s sont d\u00e9fendables, chacune r\u00e9pond \u00e0 une urgence r\u00e9elle. Mais leur somme compose un pays qui vit sur son stock plut\u00f4t que de construire son flux, qui pr\u00e9f\u00e8re la s\u00e9curit\u00e9 de court terme au rendement de long terme.<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le vrai sujet n\u2019est peut-\u00eatre plus de savoir si la Tunisie veut la croissance, mais si elle peut encore se permettre de ne pas la vouloir vraiment. Avec une dette publique que la Direction g\u00e9n\u00e9rale du Tr\u00e9sor fran\u00e7ais situe \u00e0 80,6 % du PIB en 2025 et une notation souveraine \u00e0 B- chez Fitch, la fen\u00eatre du choix se referme. Arrive un moment o\u00f9 ce n\u2019est plus la volont\u00e9 politique qui d\u00e9cide de l\u2019allocation des ressources, mais la contrainte des cr\u00e9anciers. Ce jour-l\u00e0, la croissance ne sera plus une ambition parmi d\u2019autres. Elle sera la seule issue, impos\u00e9e du dehors, faute d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 choisie du dedans.<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le budget 2026 n\u2019est pas qu\u2019un tableau de chiffres. C\u2019est le miroir d\u2019un pays qui parle d\u2019avenir en finan\u00e7ant son pr\u00e9sent. La croissance s\u2019y trouve partout invoqu\u00e9e, et nulle part servie en priorit\u00e9.<\/p>\n<p>&#8211; Publicit\u00e9-<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Un pays r\u00e9v\u00e8le ses priorit\u00e9s non dans ses discours mais dans ses arbitrages. 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