{"id":182106,"date":"2026-08-14T15:17:16","date_gmt":"2026-08-14T15:17:16","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/182106\/"},"modified":"2026-08-14T15:17:16","modified_gmt":"2026-08-14T15:17:16","slug":"la-tunisie-a-cesse-depargner-et-personne-nen-parle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/182106\/","title":{"rendered":"La Tunisie a cess\u00e9 d&rsquo;\u00e9pargner, et personne n&rsquo;en parle"},"content":{"rendered":"<p class=\"wp-block-paragraph\">On surveille le d\u00e9ficit. On scrute la dette. Mais un chiffre plus grave passe inaper\u00e7u. Depuis cinq ans, la Tunisie n\u2019\u00e9pargne plus. Elle consomme son capital. Et le dernier \u00e9pargnant du pays, le m\u00e9nage, s\u2019\u00e9puise \u00e0 vue d\u2019\u0153il.<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a des chiffres qui font les gros titres. Le d\u00e9ficit budg\u00e9taire, la dette publique, l\u2019inflation. Et il y a ceux qu\u2019on ignore, alors qu\u2019ils disent l\u2019essentiel. L\u2019\u00e9pargne nationale est de ceux-l\u00e0. On ne la commente jamais. Elle raconte pourtant une histoire gla\u00e7ante.<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Commen\u00e7ons par le haut, par la macro\u00e9conomie. L\u2019\u00e9pargne d\u2019un pays se mesure de deux fa\u00e7ons. Il y a l\u2019\u00e9pargne brute, ce qui reste du revenu une fois la consommation pay\u00e9e. Et il y a l\u2019\u00e9pargne nette, plus honn\u00eate, qui retranche en plus l\u2019usure du capital, les machines qui vieillissent, les routes qui se d\u00e9gradent, les b\u00e2timents qui s\u2019amortissent. L\u2019\u00e9pargne nette, c\u2019est ce que le pays met vraiment de c\u00f4t\u00e9 pour l\u2019avenir, une fois entretenu l\u2019existant.<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Or, en Tunisie, cette \u00e9pargne nette est n\u00e9gative. Pas une ann\u00e9e. Cinq ann\u00e9es de suite. En 2021, elle s\u2019\u00e9tablit \u00e0 moins 1 869 millions de dinars (MDT). En 2025, \u00e0 moins 6 385 MDT. Avec un creux \u00e0 moins 7 223 MDT en 2024. Le sens de ce chiffre est brutal. Le pays ne renouvelle m\u00eame pas son capital. Il vit sur ses r\u00e9serves. Il consomme aujourd\u2019hui ce qu\u2019il aurait d\u00fb garder pour demain.<\/p>\n<p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" width=\"1000\" height=\"728\" alt=\"\" class=\"wp-image-584026 lazyload ewww_webp_lazy_load\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/cess.jpg\"  data- data-eio-rwidth=\"1000\" data-eio-rheight=\"728\" src-webp=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/cess.jpg.webp\" srcset-webp=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/cess.jpg.webp 1000w, https:\/\/cdnfr.africanmanager.com\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/cess-300x218.jpg.webp 300w, https:\/\/cdnfr.africanmanager.com\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/cess-768x559.jpg.webp 768w, https:\/\/cdnfr.africanmanager.com\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/cess-577x420.jpg.webp 577w, https:\/\/cdnfr.africanmanager.com\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/cess-696x507.jpg.webp 696w, https:\/\/cdnfr.africanmanager.com\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/cess-324x235.jpg.webp 324w\"\/><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" width=\"1000\" height=\"728\"  src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/cess.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-584026\"  data-eio=\"l\"\/><\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Un pays qui vit \u00e0 cr\u00e9dit sur lui-m\u00eame<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019\u00e9pargne brute, elle aussi, s\u2019effrite. Elle recule de 13 444 MDT en 2021 \u00e0 10 647 en 2025, un cinqui\u00e8me de moins. Dans le m\u00eame temps, le taux d\u2019investissement reste bloqu\u00e9 autour de 15 %, un niveau notoirement insuffisant pour un pays qui r\u00eave de rattrapage. La m\u00e9canique est implacable. Sans \u00e9pargne, pas de financement domestique de l\u2019investissement. Sans investissement, pas de croissance. Sans croissance, pas d\u2019\u00e9pargne. Le cercle se referme.<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est l\u00e0 que la dette entre en sc\u00e8ne, non comme un choix, mais comme une cons\u00e9quence. Quand un pays n\u2019\u00e9pargne pas assez pour investir, il emprunte la diff\u00e9rence. La dette n\u2019est pas la maladie, elle est le sympt\u00f4me d\u2019un corps qui ne produit plus ses propres ressources. Le vrai mal est en amont, dans cette \u00e9pargne qui a disparu.<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0L\u2019\u00c9tat, un \u00e9pargnant qui n\u2019\u00e9pargne jamais<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette disparition frappe d\u2019abord l\u2019\u00c9tat. Son \u00e9pargne est n\u00e9gative sur les cinq ann\u00e9es, sans exception. M\u00eame dans sa meilleure ann\u00e9e, 2025, elle atteint p\u00e9niblement moins 80 MDT. L\u2019\u00c9tat tunisien ne d\u00e9gage donc jamais le moindre surplus. Ses recettes, essentiellement fiscales, ne couvrent m\u00eame pas ses d\u00e9penses courantes, salaires, fonctionnement et subventions.<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La cons\u00e9quence est directe, et elle \u00e9claire un autre d\u00e9bat. Faute d\u2019\u00e9pargne, l\u2019\u00c9tat n\u2019a aucune ressource propre \u00e0 consacrer \u00e0 l\u2019investissement. Les 5 769 MDT qu\u2019il a investis en 2025 ont d\u00fb \u00eatre financ\u00e9s, en totalit\u00e9, par l\u2019emprunt. Un \u00c9tat qui n\u2019\u00e9pargne rien ne peut construire qu\u2019\u00e0 cr\u00e9dit. Voil\u00e0 pourquoi l\u2019investissement public reste faible, \u00e0 peine plus d\u2019un cinqui\u00e8me de l\u2019investissement total du pays, et pourquoi la dette progresse pour financer non pas seulement des routes, mais aussi le fonctionnement ordinaire.<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le creux de 2022, \u00e0 moins 5 446 MDT, m\u00e9rite une note. Il co\u00efncide avec le sommet des subventions de compensation, mont\u00e9es cette ann\u00e9e-l\u00e0 \u00e0 15 319 MDT dans le sillage de la flamb\u00e9e des prix mondiaux. \u00c0 mesure que ces subventions ont reflu\u00e9, jusqu\u2019\u00e0 10 351 MDT en 2025, l\u2019\u00e9pargne publique s\u2019est redress\u00e9e. Cette lecture, que l\u2019on \u00e9nonce pas explicitement, reste une interpr\u00e9tation, mais la concordance des courbes est nette.<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Le m\u00e9nage, dernier \u00e9pargnant, et il flanche<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Descendons maintenant au niveau des m\u00e9nages. Car en Tunisie, l\u2019\u00e9pargne du pays repose presque enti\u00e8rement sur eux. Ni l\u2019\u00c9tat ni les entreprises n\u2019en portent le gros. Les m\u00e9nages, si. Mais leur effort s\u2019effondre. Leur \u00e9pargne fond de 8 893 MDT en 2021 \u00e0 4 224 MDT en 2025. Divis\u00e9e par deux en quatre ans. Le creux de 2024, \u00e0 3 424 MDT, marque le point le plus bas.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1000\" height=\"439\" alt=\"\" class=\"wp-image-584027 lazyload ewww_webp_lazy_load\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/jfyf.jpg\"  data- data-eio-rwidth=\"1000\" data-eio-rheight=\"439\" src-webp=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/jfyf.jpg.webp\" srcset-webp=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/jfyf.jpg.webp 1000w, https:\/\/cdnfr.africanmanager.com\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/jfyf-300x132.jpg.webp 300w, https:\/\/cdnfr.africanmanager.com\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/jfyf-768x337.jpg.webp 768w, https:\/\/cdnfr.africanmanager.com\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/jfyf-957x420.jpg.webp 957w, https:\/\/cdnfr.africanmanager.com\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/jfyf-696x306.jpg.webp 696w\"\/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1000\" height=\"439\"  src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/jfyf.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-584027\"  data-eio=\"l\"\/><\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La cause est limpide, ce sont les prix. De 2022 \u00e0 2024, la consommation des m\u00e9nages a augment\u00e9 plus vite que leur revenu, environ deux points de plus chaque ann\u00e9e. Ces ann\u00e9es sont pr\u00e9cis\u00e9ment celles du pic d\u2019inflation, quand la hausse des prix \u00e0 la consommation fr\u00f4lait les 9 %. Pour maintenir leur niveau de vie face \u00e0 des prix qui grimpaient plus vite que leurs salaires, les familles ont puis\u00e9 dans leur \u00e9pargne. Le taux d\u2019\u00e9pargne des m\u00e9nages le montre cr\u00fbment, il tombe de 8,6 % du revenu en 2021 \u00e0 3 % en 2025. Divis\u00e9 par pr\u00e8s de trois. On n\u2019\u00e9pargne pas quand on peine d\u00e9j\u00e0 \u00e0 boucler ses fins de mois.<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et voici le fait le plus frappant. Le poids des m\u00e9nages dans l\u2019\u00e9pargne nationale s\u2019\u00e9croule, de 66 % en 2021 \u00e0 40 % en 2025. Le pilier se fissure, et personne ne prend le relais.<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Voir enfin ce qui compte<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Que retenir de tout cela ? Que la Tunisie a un probl\u00e8me plus profond que son d\u00e9ficit ou sa dette. Elle a un probl\u00e8me d\u2019\u00e9pargne. Elle ne met plus rien de c\u00f4t\u00e9, ni au niveau du pays, ni \u00e0 celui de l\u2019\u00c9tat, et de moins en moins au niveau des familles.<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce diagnostic d\u00e9range, car il ne se r\u00e8gle pas par un tour de vis budg\u00e9taire ni par un pr\u00eat de plus. Il touche au moteur m\u00eame de l\u2019\u00e9conomie, la capacit\u00e9 d\u2019un pays \u00e0 financer son propre avenir. Le PIB monte, on l\u2019a vu. Mais derri\u00e8re la fa\u00e7ade, le pays vit \u00e0 cr\u00e9dit sur lui-m\u00eame. Et il faudra bien, un jour, regarder ce chiffre-l\u00e0 en face.<\/p>\n<p>&#8211; Publicit\u00e9-<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"On surveille le d\u00e9ficit. On scrute la dette. Mais un chiffre plus grave passe inaper\u00e7u. 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