{"id":182539,"date":"2026-08-15T04:43:11","date_gmt":"2026-08-15T04:43:11","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/182539\/"},"modified":"2026-08-15T04:43:11","modified_gmt":"2026-08-15T04:43:11","slug":"le-nigeria-a-une-usine-siderurgique-qui-a-atteint-98-dachevement-en-1994-ce-qui-la-empechee-de-produire-netait-ni-une-panne-ni-un-manque-de-minerai","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/182539\/","title":{"rendered":"Le Nigeria a une usine sid\u00e9rurgique qui a atteint 98 % d\u2019ach\u00e8vement en 1994 : ce qui l\u2019a emp\u00each\u00e9e de produire n\u2019\u00e9tait ni une panne ni un manque de minerai"},"content":{"rendered":"<p class=\"gpsb-badge__text\">Vous aimez notre contenu ?<\/p>\n<p><a class=\"gpsb-badge__link no-adv\" data-ad-skip=\"true\" href=\"https:\/\/google.com\/preferences\/source?q=sciencepost.fr\" target=\"_blank\" rel=\"noopener sponsored nofollow\" aria-label=\"Ajoutez-nous \u00e0 vos favoris Google\">Ajoutez-nous \u00e0 vos<br \/>favoris Google<\/a><\/p>\n<p>Une usine sid\u00e9rurgique capable de produire de l\u2019acier \u00e0 grande \u00e9chelle, achev\u00e9e \u00e0 98 %, immobile depuis des d\u00e9cennies. Ce n\u2019est pas une panne de courant qui a paralys\u00e9 le complexe d\u2019Ajaokuta, dans l\u2019\u00c9tat du Kogi, ni une p\u00e9nurie de minerai de fer. Le site aurait atteint un taux d\u2019ach\u00e8vement de 98 % en 1994, mais il n\u2019a jamais produit la moindre feuille d\u2019acier commerciale. Le vrai coupable ? Un vide industriel minuscule sur le papier, mais fatal dans les faits : quelques installations cl\u00e9s, jamais mont\u00e9es, jamais mises en service.<\/p>\n<p style=\"font-weight:700;font-size:1.05em;margin:0 0 0.7em 0;color:#333;\">\u00c0 retenir<\/p>\n<p>Une usine g\u00e9ante con\u00e7ue avec l\u2019aide sovi\u00e9tique, dont le chantier s\u2019est enlis\u00e9 apr\u00e8s un coup d\u2019\u00c9tat, pour atteindre environ 98% de construction en 1994<br \/>\nLe moteur manquait : pas de haut fourneau, pas de fours \u00e0 coke, donc pas d\u2019acier malgr\u00e9 les laminoirs pr\u00eats<br \/>\nPlusieurs milliards de dollars engloutis, des tentatives de privatisation \u00e9chou\u00e9es, et toujours aucune tonne d\u2019acier produite<\/p>\n<p style=\"font-weight:700;margin:0 0 0.5em 0;color:#333;font-size:0.95em;\">Sommaire<\/p>\n<p><a href=\"#un-geant-sovietique-construit-a-toute-vitesse-puis-fige\" style=\"color:#444;text-decoration:none;\">Un g\u00e9ant sovi\u00e9tique construit \u00e0 toute vitesse, puis fig\u00e9<\/a><br \/>\n<a href=\"#le-vrai-blocage-ni-panne-ni-penurie-de-minerai\" style=\"color:#444;text-decoration:none;\">Le vrai blocage : ni panne, ni p\u00e9nurie de minerai<\/a><br \/>\n<a href=\"#quarante-ans-de-tentatives-de-proces-et-de-milliards-englout\" style=\"color:#444;text-decoration:none;\">Quarante ans de tentatives, de proc\u00e8s et de milliards engloutis<\/a><\/p>\n<p>Un g\u00e9ant sovi\u00e9tique construit \u00e0 toute vitesse, puis fig\u00e9<\/p>\n<p>Tout commence \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1970. Le complexe sid\u00e9rurgique d\u2019Ajaokuta, dans l\u2019\u00c9tat du Kogi, est con\u00e7u dans les ann\u00e9es 1970 avec l\u2019aide sovi\u00e9tique, pens\u00e9 comme une usine int\u00e9gr\u00e9e couvrant l\u2019extraction du minerai de fer, les fours \u00e0 coke, le haut fourneau et les laminoirs, pour soutenir l\u2019industrialisation du Nigeria. Le pr\u00e9sident Shehu Shagari pose la premi\u00e8re pierre en 1980, sur un terrain colossal de 24 000 hectares.<\/p>\n<p>Le chantier avance alors \u00e0 une vitesse impressionnante, port\u00e9 par l\u2019entreprise sovi\u00e9tique Technopromexport. En 1983, le gouvernement de Shagari avait achev\u00e9 environ 84 % des installations d\u2019Ajaokuta, et le laminoir de sections l\u00e9g\u00e8res ainsi que le laminoir de fil machine avaient m\u00eame \u00e9t\u00e9 mis en service avant les dates pr\u00e9vues. La m\u00eame ann\u00e9e, Shagari est renvers\u00e9 par un coup d\u2019\u00c9tat militaire. Les travaux se poursuivent n\u00e9anmoins, mais \u00e0 un rythme ralenti par le d\u00e9sengagement politique. Ce n\u2019est qu\u2019une d\u00e9cennie plus tard, en 1994, que le complexe aurait franchi le cap symbolique des 98 % d\u2019ach\u00e8vement technique,<br \/>au moment o\u00f9 le groupe russe a abandonn\u00e9 le projet, invoquant l\u2019incapacit\u00e9 du Nigeria \u00e0 honorer ses obligations contractuelles<br \/>. Un document officiel cit\u00e9 par la presse nig\u00e9riane \u00e9voque d\u2019ailleurs une installation<br \/>\u00ab estimated to be over 98% technically ready as of 1994 \u00bb<br \/>, avant que le contrat global avec la firme russe ne soit r\u00e9sili\u00e9 en 1996.<\/p>\n<p>Sur le papier, les ambitions donnent le vertige. Le complexe devait, \u00e0 son apog\u00e9e, employer directement 10 000 personnes et g\u00e9n\u00e9rer 500 000 emplois suppl\u00e9mentaires en amont et en aval. De quoi transformer un pays entier en puissance industrielle. Le hic, c\u2019est que 98 % d\u2019un projet industriel ne veut rien dire si les derniers pourcents concentrent toute la complexit\u00e9 technique.<\/p>\n<p>Le vrai blocage : ni panne, ni p\u00e9nurie de minerai<\/p>\n<p>Voici o\u00f9 le r\u00e9cit officiel d\u00e9rape. Le probl\u00e8me n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 un manque de mati\u00e8re premi\u00e8re, le minerai de fer nig\u00e9rian extrait \u00e0 Itakpe \u00e9tait bien l\u00e0, ni une simple avarie technique r\u00e9parable en quelques semaines. Les composants critiques, en particulier le haut fourneau, les fours \u00e0 coke et les ateliers sid\u00e9rurgiques associ\u00e9s, sont rest\u00e9s non install\u00e9s, non mis en service ou non fonctionnels.<\/p>\n<p>L\u2019usine dispose de laminoirs capables de fa\u00e7onner de l\u2019acier, mais pas du c\u0153ur du syst\u00e8me qui transforme le minerai brut en m\u00e9tal liquide. Tant que ces quelques composants restants, comme le haut fourneau et les fours \u00e0 coke, ne fonctionnent pas, l\u2019usine ne peut pas produire d\u2019acier \u00e0 partir des mati\u00e8res premi\u00e8res. C\u2019est un peu comme construire une voiture compl\u00e8te, carrosserie, si\u00e8ges, tableau de bord, sans jamais installer le moteur. Le v\u00e9hicule a l\u2019air fini. Il ne roulera jamais.<\/p>\n<p>Ce vide n\u2019est pas n\u00e9 d\u2019un hasard technique : il refl\u00e8te un d\u00e9sint\u00e9r\u00eat politique une fois le p\u00e9trole nig\u00e9rian devenu la vache \u00e0 lait budg\u00e9taire. Les rapports ant\u00e9rieurs sur Ajaokuta Steel s\u2019accordent tous \u00e0 dire que les gouvernements suivants celui de Shagari se sont d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9s du projet sid\u00e9rurgique parce que le Nigeria b\u00e9n\u00e9ficiait de revenus massifs issus du p\u00e9trole brut. Le financement des derni\u00e8res \u00e9tapes critiques, celles qui auraient rendu l\u2019usine r\u00e9ellement op\u00e9rationnelle, n\u2019a tout simplement jamais suivi.<\/p>\n<p>Quarante ans de tentatives, de proc\u00e8s et de milliards engloutis<\/p>\n<p>La facture, elle, n\u2019a jamais cess\u00e9 de grimper. Sur plusieurs d\u00e9cennies, le Nigeria a d\u00e9pens\u00e9 plusieurs milliards de dollars pour Ajaokuta, dont un paiement d\u2019arbitrage li\u00e9 au r\u00e8glement d\u2019un litige contractuel. Une somme engloutie dans un site industriel qui n\u2019a jamais exp\u00e9di\u00e9 une seule tonne d\u2019acier vendable.<\/p>\n<p>Les tentatives de privatisation n\u2019ont fait qu\u2019ajouter du d\u00e9sordre au d\u00e9sastre. Obasanjo a d\u2019abord confi\u00e9 le contr\u00f4le \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine SOLGAS Energy en 2003, contrat r\u00e9sili\u00e9 d\u00e8s 2004 pour mauvaise performance, puis \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 indienne Global Infrastructure Nigeria Limited vers 2005, contrat \u00e0 son tour annul\u00e9 par le pr\u00e9sident Umar Yar\u2019Adua en 2008 pour non-respect des attentes. S\u2019en est suivi un bras de fer juridique interminable :<br \/>le gouvernement f\u00e9d\u00e9ral a accept\u00e9 de payer 496 millions de dollars pour r\u00e9gler une r\u00e9clamation multi-milliardaire de Global Steel Holdings Limited<br \/>, au lieu des 5,258 milliards de dollars initialement r\u00e9clam\u00e9s par la firme indienne.<br \/>Un premier versement de 250 millions de dollars a \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9 en septembre 2022<br \/>, le reste devant \u00eatre pay\u00e9 par tranches. Plusieurs ann\u00e9es plus tard, une partie de la dette restait toutefois impay\u00e9e : selon un rapport de mars 2026,<br \/>le gouvernement f\u00e9d\u00e9ral avait pay\u00e9 au total 446 millions de dollars sur les 496 millions dus \u00e0 Global Steel Holdings Limited<br \/>, le solde restant \u00e0 r\u00e9gler.<\/p>\n<p>Pendant ce temps, des ouvriers venus construire le r\u00eave nig\u00e9rian n\u2019ont jamais vu leur travail aboutir. Certains ouvriers russes ayant \u00e9rig\u00e9 l\u2019usine et choisi de rester sur place sont morts au Nigeria, attendant sans fin le d\u00e9marrage du site. Une anecdote qui r\u00e9sume \u00e0 elle seule le gouffre entre la promesse et la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p>Le budget continue pourtant de peser chaque ann\u00e9e. L\u2019appropriation budg\u00e9taire de 2025 a r\u00e9serv\u00e9 6,21 milliards de nairas suppl\u00e9mentaires pour les salaires, une d\u00e9pense contest\u00e9e par les critiques au regard de l\u2019inactivit\u00e9 persistante de l\u2019entreprise. Lors d\u2019une conf\u00e9rence internationale virtuelle sur Ajaokuta organis\u00e9e en avril 2026, l\u2019\u00e9conomiste Banji Oyelaran-Oyeyinka a \u00e9valu\u00e9<br \/>entre 6 et 10 milliards de dollars les sommes d\u00e9j\u00e0 engag\u00e9es dans le projet sans r\u00e9sultats significatifs<br \/>, tout en rappelant que<br \/>le pays continue d\u2019importer environ 4 milliards de dollars d\u2019acier chaque ann\u00e9e<br \/>.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, m\u00eame les industriels les plus influents doutent qu\u2019une r\u00e9surrection soit possible. En septembre 2025, Aliko Dangote, l\u2019homme le plus riche d\u2019Afrique, a jug\u00e9 publiquement que le site n\u2019avait plus d\u2019avenir, estimant que les avanc\u00e9es technologiques mondiales avaient rendu son mod\u00e8le obsol\u00e8te. D\u2019autres experts, eux, plaident encore pour une modernisation chiffr\u00e9e entre cinq et sept milliards de dollars suppl\u00e9mentaires, \u00e9tal\u00e9e sur une d\u00e9cennie. Le Nigeria continue d\u2019importer chaque ann\u00e9e plus de 4 milliards de dollars d\u2019acier, un paradoxe amer pour un pays qui poss\u00e8de, \u00e0 quelques kilom\u00e8tres de son usine fant\u00f4me, le minerai n\u00e9cessaire pour s\u2019en passer.<\/p>\n<p class=\"source-link\">Sources\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.academia.edu\/44281171\/STALLED_AJAOKUTA_STEEL_PROJECT_THE_CONTRIBUTIONS_OF_GLOBAL_INFRASTRUCTURE_NIGERIA_LIMITED_2000_2015\" target=\"_blank\" rel=\"noopener nofollow\">academia.edu<\/a> | <a href=\"https:\/\/www.studocu.com\/row\/document\/yaba-college-of-technology\/metallurgical-engineering\/met-212-study-note-for-proper-knowledge\/24862486\" target=\"_blank\" rel=\"noopener nofollow\">studocu.com<\/a> | <a href=\"https:\/\/blueprint.ng\/as-ajaokuta-steel-company-experiences-fresh-breath-2\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener nofollow\">blueprint.ng<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Vous aimez notre contenu ? 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