{"id":182641,"date":"2026-08-15T08:53:08","date_gmt":"2026-08-15T08:53:08","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/182641\/"},"modified":"2026-08-15T08:53:08","modified_gmt":"2026-08-15T08:53:08","slug":"au-milieu-du-desert-egyptien-setire-depuis-1997-un-canal-geant-que-presque-aucun-champ-nest-jamais-venu-border","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/182641\/","title":{"rendered":"Au milieu du d\u00e9sert \u00e9gyptien s&rsquo;\u00e9tire depuis 1997 un canal g\u00e9ant que presque aucun champ n&rsquo;est jamais venu border"},"content":{"rendered":"<p class=\"gpsb-badge__text\">Vous aimez notre contenu ?<\/p>\n<p><a class=\"gpsb-badge__link no-adv\" data-ad-skip=\"true\" href=\"https:\/\/google.com\/preferences\/source?q=sciencepost.fr\" target=\"_blank\" rel=\"noopener sponsored nofollow\" aria-label=\"Ajoutez-nous \u00e0 vos favoris Google\">Ajoutez-nous \u00e0 vos<br \/>favoris Google<\/a><\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et si l\u2019on pouvait recr\u00e9er un second Nil en plein d\u00e9sert ? C\u2019est peu ou prou le pari fou que l\u2019\u00c9gypte a tent\u00e9 de relever \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1990, en lan\u00e7ant l\u2019un des chantiers hydrauliques les plus ambitieux de son histoire moderne. L\u2019id\u00e9e paraissait presque enfantine dans sa simplicit\u00e9 : puiser dans les eaux d\u2019un immense lac artificiel pour irriguer des centaines de kilom\u00e8tres de sable et de roche, et ainsi offrir \u00e0 des millions d\u2019\u00c9gyptiens de nouvelles terres \u00e0 cultiver. Pr\u00e8s de trente ans plus tard, alors que le soleil continue d\u2019\u00e9craser cette portion recul\u00e9e du d\u00e9sert Libyque, le r\u00e9sultat interroge autant qu\u2019il fascine. Car ce canal, aussi impressionnant soit-il par ses dimensions, n\u2019a presque jamais rempli la mission pour laquelle il avait \u00e9t\u00e9 creus\u00e9.<\/p>\n<p>Un pharaon moderne r\u00eavait d\u2019un second Nil<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En 1997, le pr\u00e9sident \u00e9gyptien Hosni Moubarak annonce un projet titanesque destin\u00e9 \u00e0 changer durablement le visage \u00e9conomique du pays. Baptis\u00e9 projet Toshka, ou encore projet Nouvelle Vall\u00e9e, ce chantier pharaonique vise ni plus ni moins qu\u2019\u00e0 transformer une partie du d\u00e9sert en un vaste territoire agricole. L\u2019ambition est colossale : faire passer la part des terres arables \u00e9gyptiennes de seulement 6 % \u00e0 pas moins de 35 % du territoire national.<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour un pays dont la quasi-totalit\u00e9 de la population vit historiquement le long du Nil, sur une bande de terre \u00e9troite et surpeupl\u00e9e, la promesse a de quoi s\u00e9duire. Il s\u2019agit alors de d\u00e9sengorger les rives du fleuve, de cr\u00e9er de nouveaux p\u00f4les urbains et agricoles, et d\u2019offrir un avenir \u00e0 des g\u00e9n\u00e9rations enti\u00e8res d\u2019\u00c9gyptiens confront\u00e9es \u00e0 la raret\u00e9 des terres cultivables. Moubarak imagine ainsi un pays m\u00e9tamorphos\u00e9, o\u00f9 le d\u00e9sert reculerait enfin face \u00e0 l\u2019ing\u00e9niosit\u00e9 humaine.<\/p>\n<p>Quand l\u2019eau du lac Nasser devait faire fleurir le Sahara<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Techniquement, le projet repose sur un syst\u00e8me de canaux charg\u00e9s de d\u00e9tourner les eaux du lac Nasser, cette immense retenue form\u00e9e par le barrage d\u2019Assouan, vers les r\u00e9gions d\u00e9sertiques du d\u00e9sert Libyque. Le plus embl\u00e9matique de ces ouvrages est le canal Cheikh Sayed, un chenal de 310 kilom\u00e8tres creus\u00e9 pour acheminer l\u2019eau jusqu\u2019\u00e0 l\u2019oasis de Baris.<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais c\u2019est une autre voie d\u2019eau qui incarne le mieux l\u2019ambition du projet : un canal de 72 kilom\u00e8tres reliant directement le lac Nasser \u00e0 la d\u00e9pression de Toshka. Inaugur\u00e9e en 2003 par Hosni Moubarak lui-m\u00eame, cette infrastructure s\u2019appuie sur une station de pompage capable, sur le papier, de d\u00e9placer jusqu\u2019\u00e0 cinq milliards de m\u00e8tres cubes d\u2019eau par an. La station de pompage Moubarak fait alors figure de prouesse technique : avec ses 24 pompes g\u00e9antes, elle compte parmi les plus imposantes de la plan\u00e8te. De quoi laisser penser que le d\u00e9sert allait, enfin, se transformer en un immense grenier agricole.<\/p>\n<p>Le mirage Toshka : pourquoi les champs n\u2019ont jamais pouss\u00e9<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est l\u00e0 que la r\u00e9alit\u00e9 rattrape le r\u00eave. Car derri\u00e8re cette vitrine impressionnante se cache un <a href=\"https:\/\/sciencepost.fr\/sous-les-champs-du-val-d-oise-se-creuse-depuis-des-annees-un-tunnel-de-metro-paye-des-milliards-vers-deux-projets-geants-qui-n-existeront-jamais\/\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">projet largement inachev\u00e9<\/a>. Sur les 24 pompes install\u00e9es, seules quatre \u00e0 six fonctionnent r\u00e9ellement au quotidien. La station, pens\u00e9e pour irriguer des \u00e9tendues immenses, tourne ainsi \u00e0 une fraction infime de ses capacit\u00e9s th\u00e9oriques, comme un outil surdimensionn\u00e9 pour une t\u00e2che qui ne s\u2019est jamais concr\u00e9tis\u00e9e.<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les raisons de cet \u00e9chec sont multiples : co\u00fbts d\u2019exploitation exorbitants, difficult\u00e9s \u00e0 attirer des investisseurs priv\u00e9s, sols peu propices \u00e0 l\u2019agriculture intensive sans un entretien constant, et surtout une \u00e9vaporation massive de l\u2019eau sous l\u2019effet d\u2019un soleil implacable. \u00c0 la fin de la premi\u00e8re d\u00e9cennie des ann\u00e9es 2000, le constat est sans appel : le projet est unanimement qualifi\u00e9 de m\u00e9ga-\u00e9chec. Le d\u00e9sert, loin de fleurir, continue de dominer le paysage, et les canaux s\u2019\u00e9tirent le plus souvent au milieu de nulle part, bord\u00e9s par le sable plut\u00f4t que par des champs verdoyants.<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quinze ans apr\u00e8s son lancement, alors que Toshka semble d\u00e9finitivement enterr\u00e9, le pr\u00e9sident Abdel Fattah al-Sissi d\u00e9cide pourtant de relancer la machine en 2016. En ao\u00fbt de cette m\u00eame ann\u00e9e, environ 4 km\u00b2 de terres sont allou\u00e9s pour b\u00e2tir une nouvelle ville \u00e0 Toshka. Mais les investisseurs restent frileux : les infrastructures de base, routes, \u00e9lectricit\u00e9, r\u00e9seaux d\u2019eau, restent \u00e0 leur charge, ce qui refroidit bien des ardeurs. De nombreuses soci\u00e9t\u00e9s annonc\u00e9es en grande pompe par l\u2019\u00c9tat finissent d\u2019ailleurs par se retirer, sans jamais avoir pos\u00e9 la premi\u00e8re pierre.<\/p>\n<p>Ce que r\u00e9v\u00e8le l\u2019\u00e9chec de Toshka sur l\u2019avenir hydrique de l\u2019\u00c9gypte<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019histoire de Toshka ne se r\u00e9sume pourtant pas \u00e0 une simple anecdote d\u2019urbanisme rat\u00e9. Elle illustre surtout les tensions grandissantes autour de la ressource en eau dans une r\u00e9gion du monde particuli\u00e8rement fragile sur ce plan. Le changement radical de la situation internationale en 2022, marqu\u00e9 notamment par des bouleversements g\u00e9opolitiques et une pression accrue sur les ressources \u00e9nerg\u00e9tiques et alimentaires, a pouss\u00e9 le gouvernement \u00e9gyptien \u00e0 r\u00e9investir dans ce projet longtemps d\u00e9laiss\u00e9.<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Car derri\u00e8re l\u2019ambition initiale se dessine un enjeu bien plus large : celui de la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire d\u2019un pays qui d\u00e9pend presque enti\u00e8rement du Nil pour son approvisionnement en eau douce, dans un contexte r\u00e9gional o\u00f9 les tensions autour du partage des ressources hydriques ne cessent de cro\u00eetre. Toshka appara\u00eet ainsi comme un symbole ambivalent : \u00e0 la fois preuve d\u2019une vision audacieuse et rappel cruel des limites que la nature impose, m\u00eame aux projets les plus d\u00e9mesur\u00e9s.<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ainsi, ce canal g\u00e9ant qui s\u2019\u00e9tire depuis presque trente ans au c\u0153ur du d\u00e9sert \u00e9gyptien n\u2019est pas tant l\u2019histoire d\u2019un \u00e9chec pur et simple que celle d\u2019un projet Toshka inachev\u00e9, suspendu entre ambitions pass\u00e9es et n\u00e9cessit\u00e9s futures. Reste \u00e0 savoir si les nouvelles impulsions politiques et les bouleversements climatiques \u00e0 venir parviendront un jour \u00e0 faire pousser, pour de vrai cette fois, des champs l\u00e0 o\u00f9 pour l\u2019instant seul le sable continue de r\u00e9gner.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Vous aimez notre contenu ? 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