{"id":184708,"date":"2026-08-17T22:16:09","date_gmt":"2026-08-17T22:16:09","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/184708\/"},"modified":"2026-08-17T22:16:09","modified_gmt":"2026-08-17T22:16:09","slug":"trijonction-entre-le-senegal-le-mali-et-la-mauritanie-aroundou-la-ou-trois-pays-et-deux-fleuves-se-rencontrent","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/184708\/","title":{"rendered":"Trijonction entre le S\u00e9n\u00e9gal, le Mali et la Mauritanie : Aroundou, l\u00e0 o\u00f9 trois pays et deux fleuves se rencontrent"},"content":{"rendered":"<p>Apr\u00e8s Wouro Thierno, sur l\u2019axe Kidira\u2013Bakel, une piste lat\u00e9ritique s\u2019enfonce dans une savane vallonn\u00e9e o\u00f9 alternent collines, grands arbres et vastes \u00e9tendues herbeuses. Pendant une trentaine de kilom\u00e8tres, la route serpente \u00e0 travers une nature en pleine renaissance. Sous un \u00ab dimb \u00bb (le poirier du Cayor), des \u00e9leveurs transhumants att\u00e8lent un \u00e2ne \u00e0 une charrette pendant que leur troupeau broute paisiblement.<\/p>\n<p>En ce d\u00e9but d\u2019hivernage, le tapis herbac\u00e9 dessine une ligne verte continue. Plus loin, des champs de mil et de ma\u00efs ondulent sous l\u2019effet du vent. Le paysage respire la qui\u00e9tude. Rien ne laisse encore pr\u00e9sager les difficult\u00e9s auxquelles sont confront\u00e9es les populations de cette partie orientale du S\u00e9n\u00e9gal. Apr\u00e8s pr\u00e8s d\u2019une heure de piste, Balou appara\u00eet enfin, lov\u00e9 dans une sorte de cuvette. Mais, avant d\u2019y entrer, un premier obstacle rappelle au visiteur que l\u2019hivernage impose ici sa loi.<\/p>\n<p>L\u2019eau, premi\u00e8re fronti\u00e8re<\/p>\n<p>Un bras d\u2019eau coupe l\u2019acc\u00e8s au village. Un conducteur de tricycle tente sa chance. Apr\u00e8s plusieurs man\u0153uvres, il parvient \u00e0 rejoindre l\u2019autre rive. Une charrette lui embo\u00eete le pas. Une femme, moins heureuse, perd une chaussure dans le courant. Sans h\u00e9siter, elle descend dans l\u2019eau, qui lui arrive jusqu\u2019\u00e0 la taille, et fouille le fond du lit avec ses mains pour tenter de la retrouver.<\/p>\n<p>Notre chauffeur pr\u00e9f\u00e8re renoncer. Des habitants nous indiquent alors un passage plus s\u00fbr, un petit ouvrage de franchissement am\u00e9nag\u00e9 \u00e0 l\u2019ouest du village. La sc\u00e8ne para\u00eet banale pour les habitants. Elle r\u00e9sume pourtant le quotidien d\u2019une commune qui, chaque saison des pluies, se retrouve pratiquement isol\u00e9e du reste du pays.<\/p>\n<p>Ici, les inondations de 2024 sont encore pr\u00e9sentes dans toutes les m\u00e9moires. Cette ann\u00e9e-l\u00e0, les pr\u00e9cipitations exceptionnelles avaient entra\u00een\u00e9 des crues du fleuve S\u00e9n\u00e9gal et de la Fal\u00e9m\u00e9. La commune de Balou \u00e9tait particuli\u00e8rement affect\u00e9e. Plusieurs villages comme Aroundou, Yaf\u00e9ra, Golmy \u00e9taient litt\u00e9ralement sous les eaux. \u00ab Nous vivons toujours sous la hantise des eaux \u00bb, confie Thioula Nianghane, un habitant de Balou, chef-lieu de ladite commune.<\/p>\n<p>Trouv\u00e9 dans sa maison situ\u00e9e au c\u0153ur du village, son p\u00e8re, Bakary Mamadou Nianghane, repr\u00e9sentant du chef du village de Balou, replonge dans ses souvenirs. \u00ab J\u2019ai connu les grandes inondations de 1963 et de 1974. L\u2019eau \u00e9tait arriv\u00e9e jusqu\u2019ici \u00bb, raconte-t-il en montrant du doigt la porte de sa maison pourtant situ\u00e9e en hauteur.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019\u00e9poque, explique-t-il, les habitants circulaient en pirogue : \u00ab Nous prenions les barques pour aller aux champs. \u00bb Selon lui, les inondations de 2024 \u00e9taient du m\u00eame niveau. Aujourd\u2019hui encore, l\u2019inqui\u00e9tude grandit \u00e0 mesure que l\u2019hivernage s\u2019installe. \u00ab Bient\u00f4t, les l\u00e2chers d\u2019eau vont commencer depuis Manantali \u00bb, souffle-t-il. \u00c0 en croire les habitants, ce ph\u00e9nom\u00e8ne est responsable des derni\u00e8res inondations de la localit\u00e9.<\/p>\n<p>Aroundou, au carrefour de trois \u00c9tats<\/p>\n<p>\u00c0 moins de deux kilom\u00e8tres de Balou, Aroundou d\u00e9voile sa singularit\u00e9. Avec Diogountouro, en Mauritanie, et Gouthioub\u00e9, au Mali, ce village s\u00e9n\u00e9galais mill\u00e9naire forme une trijonction transfrontali\u00e8re unique, \u00e0 la confluence du fleuve S\u00e9n\u00e9gal et de la Fal\u00e9m\u00e9. Depuis la terrasse de la maison du chef du village, le panorama est exceptionnel. En un seul regard, il est possible d\u2019embrasser les territoires des trois pays. Ici, les fronti\u00e8res semblent n\u2019exister que sur les cartes.<\/p>\n<p>\u00ab Nous avons des parents de part et d\u2019autre. Nous nous marions entre nous \u00bb, explique Mamadou Bathily, plus connu sous le nom de Mamoulaye. Les familles traversent quotidiennement le fleuve pour assister \u00e0 un bapt\u00eame, un mariage, des fun\u00e9railles ou simplement rendre visite \u00e0 des proches. Les langues, les coutumes et les traditions sont les m\u00eames. Les fronti\u00e8res administratives n\u2019ont jamais rompu les liens tiss\u00e9s depuis plusieurs g\u00e9n\u00e9rations.<\/p>\n<p>La nuit o\u00f9 le fleuve est entr\u00e9 dans le village<\/p>\n<p>Mais Aroundou n\u2019a pas \u00e9chapp\u00e9 aux col\u00e8res des eaux. En 2024, les crues conjugu\u00e9es du fleuve S\u00e9n\u00e9gal et de la Fal\u00e9m\u00e9 ont surpris les habitants en pleine nuit. \u00ab Nous dormions lorsque le fleuve a d\u00e9bord\u00e9 \u00bb, raconte Mamoulaye. Dans ce village d\u2019environ 25 000 habitants, les eaux ont envahi les concessions, d\u00e9truit des cultures et boulevers\u00e9 le quotidien des familles.<\/p>\n<p>Depuis, chacun surveille le niveau du fleuve avec appr\u00e9hension. Les r\u00e9unions de sensibilisation, organis\u00e9es par les autorit\u00e9s, rassurent partiellement, mais personne n\u2019a oubli\u00e9 la violence de la derni\u00e8re crue. L\u2019agriculture, l\u2019\u00e9levage et la p\u00eache constituent les principales sources de revenus des populations.<\/p>\n<p>Les cultures de d\u00e9crue, autrefois tr\u00e8s productives, occupaient une place centrale dans l\u2019\u00e9conomie locale. Aujourd\u2019hui, les habitants parlent surtout de difficult\u00e9s. La pollution de la Fal\u00e9m\u00e9 a profond\u00e9ment modifi\u00e9 les \u00e9quilibres. Le poisson se fait rare.<\/p>\n<p>Certains p\u00e9rim\u00e8tres mara\u00eechers sont abandonn\u00e9s. Des terres nagu\u00e8re fertiles ne sont plus exploit\u00e9es. \u00ab Si l\u2019\u00c9tat investissait davantage dans l\u2019agriculture et l\u2019\u00e9levage, nous pourrions vivre dignement ici \u00bb, estime Mamadou Bathily, revenu au S\u00e9n\u00e9gal en 1977 apr\u00e8s 9 ann\u00e9es de formation agricole \u00e0 N\u00eemes, en France.<\/p>\n<p>\u00ab On nous avait promis du mat\u00e9riel agricole pour faciliter notre retour. Nous l\u2019attendons toujours \u00bb, confie-t-il. L\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019eau potable constitue un autre d\u00e9fi majeur. Jadis, les habitants consommaient directement l\u2019eau du fleuve. \u00ab Aujourd\u2019hui, nous sommes oblig\u00e9s de traverser en pirogue jusqu\u2019en Mauritanie pour chercher de l\u2019eau potable \u00bb, explique Mamoulaye.<\/p>\n<p>L\u00e0 o\u00f9 la Fal\u00e9m\u00e9 rejoint le fleuve S\u00e9n\u00e9gal<\/p>\n<p>\u00c0 Aroundou, la g\u00e9ographie prend parfois des allures de po\u00e9sie. C\u2019est ici que la Fal\u00e9m\u00e9 termine son voyage en rejoignant le fleuve S\u00e9n\u00e9gal. Les habitants aiment rappeler que les deux cours d\u2019eau se rencontrent sans v\u00e9ritablement se m\u00e9langer, un ph\u00e9nom\u00e8ne qu\u2019on peut observer \u00e0 l\u2019\u0153il nu et que beaucoup associent au verset coranique \u00e9voquant deux mers s\u00e9par\u00e9es par une barri\u00e8re invisible.<\/p>\n<p>En cette fin d\u2019apr\u00e8s-midi du 29 juillet, le soleil descend lentement vers l\u2019horizon. Sa lumi\u00e8re rouge embrase les eaux du fleuve. Une pirogue glisse silencieusement. \u00c0 son bord, deux p\u00eacheurs lancent leurs filets avec une lenteur presque c\u00e9r\u00e9monielle.<\/p>\n<p>Le spectacle est saisissant. Face \u00e0 cette sc\u00e8ne, les mots d\u2019Alphonse de Lamartine viennent naturellement \u00e0 l\u2019esprit : \u00ab \u00d4 temps ! suspends ton vol\u2026 \u00bb Pendant quelques instants, tout semble fig\u00e9. Puis, une pirogue \u00e0 moteur surgit. Son vrombissement d\u00e9chire le silence, tandis que son sillage brise le miroir des eaux. La r\u00e9alit\u00e9 reprend ses droits.<\/p>\n<p>La r\u00e9alit\u00e9, c\u2019est que la p\u00eache n\u2019est plus ce qu\u2019elle \u00e9tait dans ces eaux autrefois tr\u00e8s poissonneuses. Au-del\u00e0 des inondations, la commune de Balou continue de souffrir d\u2019un enclavement chronique. Les pluies diluviennes du 31 juillet dernier, qui ont enregistr\u00e9 110 millim\u00e8tres d\u2019eau, ont provoqu\u00e9 une nouvelle rupture du pont de Yaf\u00e9ra.<\/p>\n<p>Balou r\u00e9clame un v\u00e9ritable pont<\/p>\n<p>\u00ab Depuis quatre ans, nous vivons la m\u00eame situation. C\u2019est extr\u00eamement difficile pour les populations \u00bb, regrette le maire de Balou, Cheikhna Camara. Selon lui, les r\u00e9parations successives ne r\u00e8glent pas le probl\u00e8me de fond. Le Programme d\u2019urgence de modernisation des axes et territoires frontaliers (Puma) a d\u00e9p\u00each\u00e9 des \u00e9quipes sur place pour r\u00e9parer l\u2019ouvrage.<\/p>\n<p>Mais l\u2019\u00e9dile plaide pour une solution d\u00e9finitive. \u00ab Nous avons besoin d\u2019un v\u00e9ritable pont en lieu et place d\u2019un simple ouvrage de franchissement \u00bb, dit-il, rappelant qu\u2019il ne s\u2019agit, \u00e0 ce stade, que de pluies diluviennes et que la situation risque de s\u2019empirer avec les crues du fleuve. Le maire redoute surtout que les \u00e9v\u00e9nements de 2024 ne se reproduisent.<\/p>\n<p>\u00ab L\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, les populations avaient \u00e9t\u00e9 averties avant les l\u00e2chers d\u2019eau. Cette ann\u00e9e, nous esp\u00e9rons que les crues ne seront pas de la m\u00eame ampleur \u00bb, esp\u00e8re-t-il. Le minist\u00e8re de l\u2019Hydraulique et de l\u2019Assainissement a r\u00e9cemment r\u00e9uni, \u00e0 Dakar, les diff\u00e9rents acteurs concern\u00e9s afin d\u2019am\u00e9liorer la communication entre l\u2019Organisation pour la mise en valeur du fleuve S\u00e9n\u00e9gal (Omvs), les services de l\u2019\u00c9tat et les populations riveraines.<\/p>\n<p>Toutes les communes \u00e9tablies le long du fleuve S\u00e9n\u00e9gal restent vuln\u00e9rables face aux crues. Cependant, selon les autorit\u00e9s locales, la commune de Balou demeure la plus durement touch\u00e9e. \u00c0 Aroundou, les fronti\u00e8res s\u00e9parent les \u00c9tats sans diviser les hommes.<\/p>\n<p>Le S\u00e9n\u00e9gal, la Mauritanie et le Mali se rejoignent dans un m\u00eame paysage, au rythme des pirogues qui traversent quotidiennement le fleuve, des familles qui vivent de part et d\u2019autre des rives et des p\u00eacheurs qui lancent leurs filets comme leurs anc\u00eatres avant eux.<\/p>\n<p>Mais, cette harmonie avec la nature cache une r\u00e9alit\u00e9 plus rude. Les populations vivent sous la menace permanente des inondations, subissent les effets de la pollution de la Fal\u00e9m\u00e9 et attendent toujours des infrastructures capables de rompre leur isolement.<\/p>\n<p>De nos envoy\u00e9s sp\u00e9ciaux \u00e0 Bakel : Seydou KA (texte) et Cheikh Tidiane NDIAYE (photos)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Apr\u00e8s Wouro Thierno, sur l\u2019axe Kidira\u2013Bakel, une piste lat\u00e9ritique s\u2019enfonce dans une savane vallonn\u00e9e o\u00f9 alternent collines, grands&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":184709,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":"","_share_on_mastodon":"0"},"categories":[84],"tags":[56020,56021,56022,56023,56024,47252,17353,7100,11,56025,56026],"class_list":["post-184708","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-senegal","tag-aroundou","tag-axe-kidira-bakel","tag-diogountouro","tag-golmy","tag-la-faleme","tag-le-ministere-de-lhydraulique-et-de-lassainissement","tag-omvs","tag-puma","tag-senegal","tag-wouro-thierno","tag-yafera"],"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@afrique\/117113165191128406","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/184708","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=184708"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/184708\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/184709"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=184708"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=184708"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=184708"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}