{"id":185156,"date":"2026-08-18T12:38:12","date_gmt":"2026-08-18T12:38:12","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/185156\/"},"modified":"2026-08-18T12:38:12","modified_gmt":"2026-08-18T12:38:12","slug":"souverainete-numerique-en-afrique-une-question-de-capacite-plus-que-de-propriete","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/185156\/","title":{"rendered":"Souverainet\u00e9 num\u00e9rique en Afrique : une question de capacit\u00e9 plus que de propri\u00e9t\u00e9"},"content":{"rendered":"<p>[Digital Business Africa \u2013 Avis d\u2019expert] \u2013 La souverainet\u00e9 num\u00e9rique ne se mesure pas au nombre de centres de donn\u00e9es ou de plateformes publiques d\u00e9ploy\u00e9es. Elle se mesure \u00e0 la capacit\u00e9 d\u2019un \u00c9tat \u00e0 continuer d\u2019agir, \u00e0 prot\u00e9ger ses donn\u00e9es et \u00e0 changer de trajectoire lorsque ses choix technologiques deviennent contraignants.<\/p>\n<p>La souverainet\u00e9 num\u00e9rique s\u2019est impos\u00e9e dans les strat\u00e9gies publiques africaines. Le terme reste pourtant ambigu. Il peut \u00e9voquer la localisation des donn\u00e9es, la possession d\u2019infrastructures nationales, la pr\u00e9f\u00e9rence pour des fournisseurs locaux ou encore la cr\u00e9ation de mod\u00e8les d\u2019intelligence artificielle propres. Pris isol\u00e9ment, aucun de ces choix ne garantit la souverainet\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019enjeu est plus concret : un \u00c9tat conserve-t-il une capacit\u00e9 r\u00e9elle de d\u00e9cision sur les syst\u00e8mes dont d\u00e9pendent ses services essentiels ? Peut-il conna\u00eetre les donn\u00e9es disponibles, en contr\u00f4ler les acc\u00e8s, assurer la continuit\u00e9 d\u2019un service, auditer une solution, ren\u00e9gocier un contrat ou changer de fournisseur sans perdre ses actifs ni ses comp\u00e9tences ? C\u2019est \u00e0 ce niveau que la souverainet\u00e9 cesse d\u2019\u00eatre un slogan.<\/p>\n<p>Un d\u00e9bat africain d\u00e9sormais institutionnel<\/p>\n<p>En avril 2026, la Commission \u00e9conomique pour l\u2019Afrique a plac\u00e9 les infrastructures publiques num\u00e9riques, les centres de donn\u00e9es et la souverainet\u00e9 au programme de sa 58e Conf\u00e9rence des ministres. Le message port\u00e9 \u00e0 <a href=\"https:\/\/www.digitalbusiness.africa\/ia-et-securite-le-maroc-deploie-ses-vehicules-intelligents-amane-et-madar-pour-renforcer-les-patrouilles-de-police\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener nofollow\">Tanger<\/a> \u00e9tait clair : l\u2019Afrique ne peut durablement rester un simple march\u00e9 d\u2019adoption. Elle doit renforcer ses capacit\u00e9s de conception, d\u2019exploitation et de gouvernance des donn\u00e9es.<\/p>\n<p>Cette \u00e9volution appara\u00eet aussi dans les politiques nationales. En mars 2026, la Tanzanie a valid\u00e9, lors d\u2019un atelier national, sa strat\u00e9gie de gouvernance \u00e9lectronique des donn\u00e9es. En juin, la Guin\u00e9e et la R\u00e9publique du Congo ont engag\u00e9 avec la <a href=\"https:\/\/www.cea.fr\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener nofollow\">CEA<\/a> des diagnostics et consultations destin\u00e9s \u00e0 construire leurs propres cadres nationaux. Ces d\u00e9marches couvrent simultan\u00e9ment le droit, les institutions, l\u2019interop\u00e9rabilit\u00e9, la cybers\u00e9curit\u00e9, les infrastructures, les comp\u00e9tences et la cr\u00e9ation de valeur publique.<\/p>\n<p>Le changement de perspective est important. La question n\u2019est plus seulement de savoir comment num\u00e9riser davantage, mais comment construire un environnement num\u00e9rique que l\u2019\u00c9tat peut r\u00e9ellement gouverner.<\/p>\n<p>La souverainet\u00e9 commence par l\u2019identification des d\u00e9pendances critiques<\/p>\n<p>Aucune administration ne ma\u00eetrise seule toute la cha\u00eene technologique. Elle d\u00e9pend de fournisseurs de cloud, d\u2019\u00e9diteurs, d\u2019int\u00e9grateurs, d\u2019op\u00e9rateurs t\u00e9l\u00e9coms, de mat\u00e9riels import\u00e9s et de comp\u00e9tences externes. Cette interd\u00e9pendance n\u2019est pas en soi un probl\u00e8me. Elle le devient lorsqu\u2019elle limite la capacit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat \u00e0 n\u00e9gocier, \u00e0 contr\u00f4ler ou \u00e0 changer de trajectoire.<\/p>\n<p>Pour chaque syst\u00e8me critique, six questions devraient \u00eatre pos\u00e9es d\u00e8s la conception et lors de la contractualisation :<\/p>\n<p>Les donn\u00e9es peuvent-elles \u00eatre r\u00e9cup\u00e9r\u00e9es dans un format exploitable ?<br \/>\nLe service peut-il continuer en cas d\u2019incident majeur ou de d\u00e9faillance d\u2019un fournisseur ?<br \/>\nL\u2019architecture permet-elle de remplacer une composante sans reconstruire l\u2019ensemble ?<br \/>\nLes r\u00e8gles de s\u00e9curit\u00e9, de localisation et d\u2019acc\u00e8s sont-elles v\u00e9rifiables ?<br \/>\nL\u2019administration d\u00e9tient-elle la documentation et les droits n\u00e9cessaires ?<br \/>\nDes \u00e9quipes nationales peuvent-elles administrer, auditer et faire \u00e9voluer la solution ?<\/p>\n<p>Cette approche rejoint celle propos\u00e9e en juin 2026 par la Banque mondiale : partir des r\u00e9sultats recherch\u00e9s, puis arbitrer entre contr\u00f4le local, r\u00e9silience, co\u00fbt, innovation et int\u00e9gration aux infrastructures mondiales. La localisation int\u00e9grale des donn\u00e9es peut sembler rassurante, mais elle ne remplace ni un cadre juridique robuste, ni des capacit\u00e9s d\u2019audit, ni des mesures techniques de protection.<\/p>\n<p>La donn\u00e9e publique, premier actif souverain<\/p>\n<p>Pour les \u00c9tats, la souverainet\u00e9 num\u00e9rique commence probablement par la donn\u00e9e. Les informations fiscales, douani\u00e8res, budg\u00e9taires, sociales, sanitaires, cadastrales ou statistiques sont indispensables au fonctionnement quotidien. Elles alimentent aussi le pilotage des politiques publiques et, d\u00e9sormais, les usages de l\u2019intelligence artificielle.<\/p>\n<p>Poss\u00e9der des bases de donn\u00e9es ne signifie pourtant pas les ma\u00eetriser. Une administration reste vuln\u00e9rable si elle ne sait pas quelles donn\u00e9es existent, qui en est responsable, o\u00f9 elles sont stock\u00e9es, quelle est leur qualit\u00e9, qui peut les utiliser et selon quelles r\u00e8gles elles peuvent \u00eatre partag\u00e9es. Trop de programmes investissent encore dans les applications avant d\u2019avoir clarifi\u00e9 ces responsabilit\u00e9s.<\/p>\n<p>Une politique de souverainet\u00e9 cr\u00e9dible doit donc organiser la classification des donn\u00e9es, les r\u00f4les de propri\u00e9taire et de responsable op\u00e9rationnel, les standards d\u2019interop\u00e9rabilit\u00e9, les m\u00e9canismes de partage, la tra\u00e7abilit\u00e9 des usages et la continuit\u00e9 d\u2019acc\u00e8s. La gouvernance des donn\u00e9es n\u2019est plus un sujet r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 la DSI : c\u2019est une capacit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p>Les finances publiques sont un test d\u00e9cisif<\/p>\n<p>Un syst\u00e8me int\u00e9gr\u00e9 de gestion des finances publiques concentre la pr\u00e9paration budg\u00e9taire, l\u2019ex\u00e9cution des d\u00e9penses, les recettes, la comptabilit\u00e9, la tr\u00e9sorerie, la dette, la fiscalit\u00e9, les douanes et le reporting. Lorsqu\u2019il devient indisponible, ce n\u2019est pas seulement un projet informatique qui \u00e9choue : c\u2019est une fonction r\u00e9galienne qui peut \u00eatre affect\u00e9e.<\/p>\n<p>Le choix d\u2019un ERP ou d\u2019une plateforme ne devrait donc pas \u00eatre \u00e9valu\u00e9 uniquement sur les fonctionnalit\u00e9s et le calendrier de d\u00e9ploiement. Il faut int\u00e9grer la portabilit\u00e9 des donn\u00e9es, la r\u00e9versibilit\u00e9 contractuelle, la continuit\u00e9 d\u2019activit\u00e9, la gestion des identit\u00e9s et des acc\u00e8s, la documentation des processus, les interfaces ouvertes et le transfert de comp\u00e9tences. La CEA a d\u2019ailleurs soulign\u00e9 en 2026 que des plateformes int\u00e9gr\u00e9es et des outils analytiques peuvent am\u00e9liorer la mobilisation des ressources int\u00e9rieures et la gouvernance de la dette, \u00e0 condition d\u2019\u00eatre soutenus par des institutions, des r\u00e8gles et des comp\u00e9tences solides.<\/p>\n<p>L\u2019intelligence artificielle d\u00e9place la fronti\u00e8re<\/p>\n<p>L\u2019IA rend les d\u00e9pendances plus visibles encore : elle repose sur les donn\u00e9es, la puissance de calcul, les mod\u00e8les, les comp\u00e9tences et les fournisseurs. Pour la plupart des pays, l\u2019objectif r\u00e9aliste n\u2019est pas de d\u00e9velopper un grand mod\u00e8le national \u00e0 tout prix. Il est de construire une capacit\u00e9 souveraine d\u2019usage et de gouvernance : s\u00e9lectionner les bons cas d\u2019usage, prot\u00e9ger les donn\u00e9es, \u00e9valuer les risques, contr\u00f4ler les acc\u00e8s, tester les r\u00e9sultats et conserver une option de sortie.<\/p>\n<p>Le protocole d\u2019accord sign\u00e9 le 17 f\u00e9vrier 2026 entre la Commission de l\u2019Union africaine et Google illustre cette \u00e9volution. Il porte sur les infrastructures num\u00e9riques, cloud et IA, les comp\u00e9tences, la recherche, l\u2019innovation et les cadres de gouvernance responsable. Ce type de partenariat peut acc\u00e9l\u00e9rer les capacit\u00e9s, mais il ne dispense pas les institutions africaines de d\u00e9finir leurs exigences de ma\u00eetrise, d\u2019auditabilit\u00e9 et de r\u00e9versibilit\u00e9.<\/p>\n<p>Ni fermeture, ni na\u00efvet\u00e9 : une interd\u00e9pendance ma\u00eetris\u00e9e<\/p>\n<p>La souverainet\u00e9 ne justifie pas une pr\u00e9f\u00e9rence automatique pour toute solution locale, ind\u00e9pendamment de son co\u00fbt, de sa s\u00e9curit\u00e9 ou de sa maturit\u00e9. L\u2019Afrique a besoin d\u2019investissements, de technologies mondiales, de comp\u00e9tences et de partenariats internationaux. Le bon objectif est une interd\u00e9pendance ma\u00eetris\u00e9e : collaborer sans abandonner la capacit\u00e9 de d\u00e9cider.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9chelle continentale peut renforcer cette capacit\u00e9. Des standards communs, des syst\u00e8mes interop\u00e9rables, des m\u00e9canismes de confiance num\u00e9rique et des r\u00e8gles coh\u00e9rentes pour les \u00e9changes de donn\u00e9es augmentent le pouvoir de n\u00e9gociation. La Strat\u00e9gie de transformation num\u00e9rique pour l\u2019Afrique 2020\u20132030 fournit d\u00e9j\u00e0 un cadre commun autour des infrastructures, des comp\u00e9tences, de l\u2019identit\u00e9 num\u00e9rique, de la cybers\u00e9curit\u00e9, de la protection des donn\u00e9es et du march\u00e9 num\u00e9rique unique.<\/p>\n<p>Mesurer ce qui compte r\u00e9ellement<\/p>\n<p>Pour appr\u00e9cier la souverainet\u00e9 num\u00e9rique d\u2019un \u00c9tat, je retiendrais moins le nombre de centres de donn\u00e9es que quelques tests op\u00e9rationnels :<\/p>\n<p>les services essentiels r\u00e9sistent-ils \u00e0 la d\u00e9faillance d\u2019un fournisseur ou d\u2019une infrastructure ?<br \/>\nles donn\u00e9es sont-elles inventori\u00e9es, classifi\u00e9es, portables et accessibles selon des responsabilit\u00e9s claires ?<br \/>\nl\u2019\u00c9tat peut-il auditer ses syst\u00e8mes et en changer sans d\u00e9pendance disproportionn\u00e9e ?<br \/>\nles plateformes publiques peuvent-elles \u00e9changer des donn\u00e9es de mani\u00e8re s\u00e9curis\u00e9e ?<br \/>\nles investissements cr\u00e9ent-ils des comp\u00e9tences locales durables ?<br \/>\nles co\u00fbts complets et les risques de d\u00e9pendance sont-ils suivis dans le temps ?<\/p>\n<p>Ces questions replacent la souverainet\u00e9 num\u00e9rique l\u00e0 o\u00f9 elle doit \u00eatre : dans la gouvernance des choix, des contrats, des architectures, des donn\u00e9es et des comp\u00e9tences.<\/p>\n<p>La ma\u00eetrise comme crit\u00e8re de r\u00e9ussite<\/p>\n<p>Les gouvernements africains n\u2019ont pas int\u00e9r\u00eat \u00e0 poursuivre une autonomie technologique absolue. Ils ont en revanche int\u00e9r\u00eat \u00e0 faire de la ma\u00eetrise un crit\u00e8re explicite de tout programme num\u00e9rique : ma\u00eetrise des donn\u00e9es, des risques, des d\u00e9pendances, des comp\u00e9tences et des options futures.<\/p>\n<p>La prochaine \u00e9tape ne consiste donc pas seulement \u00e0 num\u00e9riser davantage. Elle consiste \u00e0 num\u00e9riser de mani\u00e8re \u00e0 renforcer la capacit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat \u00e0 d\u00e9cider et \u00e0 agir. C\u2019est une d\u00e9finition moins spectaculaire de la souverainet\u00e9 num\u00e9rique, mais probablement plus utile : ne pas chercher \u00e0 tout poss\u00e9der, tout en refusant de perdre la ma\u00eetrise de ce qui est critique.<\/p>\n<p>Par <a href=\"https:\/\/tn.linkedin.com\/in\/abdessalembenjeddou\/fr\" target=\"_blank\" rel=\"noopener nofollow\">Abdessalem BEN JEDDOU, Direteur de KPMG Tunisie<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"[Digital Business Africa \u2013 Avis d\u2019expert] \u2013 La souverainet\u00e9 num\u00e9rique ne se mesure pas au nombre de centres&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":185157,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":"","_share_on_mastodon":"0"},"categories":[4],"tags":[6,56129,39309,30373,650,2057,6760,6029,19824,56130,3540,31332,6614,4042,513],"class_list":["post-185156","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-afrique","tag-afrique","tag-auditabilite","tag-cea","tag-competences-locales","tag-cybersecurite","tag-etat","tag-finances-publiques","tag-gouvernance-des-donnees","tag-independance-technologique","tag-infrastructures-publiques","tag-intelligence-artificielle","tag-interdependance","tag-politiques-publiques","tag-souverainete-numerique","tag-union-africaine"],"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@afrique\/117116554896099656","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/185156","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=185156"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/185156\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/185157"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=185156"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=185156"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=185156"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}