{"id":185480,"date":"2026-08-18T19:24:53","date_gmt":"2026-08-18T19:24:53","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/185480\/"},"modified":"2026-08-18T19:24:53","modified_gmt":"2026-08-18T19:24:53","slug":"le-tambora-a-tue-71-000-personnes-en-avril-1815-lannee-suivante-leurope-entiere-na-pas-eu-dete","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/185480\/","title":{"rendered":"Le Tambora a tu\u00e9 71 000 personnes en avril 1815 : l&rsquo;ann\u00e9e suivante, l&rsquo;Europe enti\u00e8re n&rsquo;a pas eu d&rsquo;\u00e9t\u00e9"},"content":{"rendered":"<p class=\"gpsb-badge__text\">Vous aimez notre contenu ?<\/p>\n<p><a class=\"gpsb-badge__link no-adv\" data-ad-skip=\"true\" href=\"https:\/\/google.com\/preferences\/source?q=sciencepost.fr\" target=\"_blank\" rel=\"noopener sponsored nofollow\" aria-label=\"Ajoutez-nous \u00e0 vos favoris Google\">Ajoutez-nous \u00e0 vos<br \/>favoris Google<\/a><\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019histoire de notre plan\u00e8te est jalonn\u00e9e de cataclysmes qui, en quelques heures, ont boulevers\u00e9 le cours des soci\u00e9t\u00e9s humaines. Parmi eux, les \u00e9ruptions volcaniques occupent une place particuli\u00e8re : elles agissent comme des interrupteurs g\u00e9ants, capables d\u2019assombrir le ciel \u00e0 des milliers de kilom\u00e8tres de distance. Pourtant, s\u2019il existe un \u00e9v\u00e9nement qui m\u00e9riterait une place de choix dans nos manuels d\u2019histoire, c\u2019est bien l\u2019\u00e9ruption du Tambora, en avril 1815. Ce volcan indon\u00e9sien, dont le nom reste largement m\u00e9connu du grand public fran\u00e7ais, a pourtant provoqu\u00e9 la catastrophe naturelle la plus meurtri\u00e8re de l\u2019histoire moderne, et ses cons\u00e9quences ont litt\u00e9ralement priv\u00e9 l\u2019Europe enti\u00e8re de son \u00e9t\u00e9 l\u2019ann\u00e9e suivante.<\/p>\n<p>Un volcan \u00e0 l\u2019autre bout du monde a plong\u00e9 l\u2019Europe dans le noir<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Difficile d\u2019imaginer qu\u2019un \u00e9v\u00e9nement survenu sur une \u00eele indon\u00e9sienne puisse affamer des paysans en Alsace ou en Bavi\u00e8re. C\u2019est pourtant exactement ce qui s\u2019est produit. Le 10 avril 1815, le mont Tambora, situ\u00e9 sur l\u2019\u00eele de Sumbawa, entre en \u00e9ruption avec une violence inou\u00efe, sept fois sup\u00e9rieure \u00e0 celle du fameux Krakatoa qui frappera la r\u00e9gion soixante-huit ans plus tard. En quelques heures seulement, la chaleur extr\u00eame et les nu\u00e9es ardentes tuent 71 000 personnes sur l\u2019\u00eele, un bilan effroyable qui suffirait d\u00e9j\u00e0 \u00e0 faire de cette \u00e9ruption l\u2019une des plus d\u00e9vastatrices jamais enregistr\u00e9es. Mais ce n\u2019\u00e9tait que le d\u00e9but d\u2019une r\u00e9action en cha\u00eene qui allait s\u2019\u00e9tendre \u00e0 l\u2019\u00e9chelle du globe.<\/p>\n<p>L\u2019explosion qui a ray\u00e9 une montagne de la carte<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour saisir l\u2019ampleur du ph\u00e9nom\u00e8ne, il faut se pencher sur les chiffres bruts. Le Tambora a propuls\u00e9 en quelques jours plus de 150 km\u00b3 de mati\u00e8re dans l\u2019atmosph\u00e8re, avec un panache de cendres s\u2019\u00e9levant \u00e0 plus de 40 kilom\u00e8tres d\u2019altitude, soit pr\u00e8s de quatre fois la hauteur de croisi\u00e8re d\u2019un avion de ligne. Une telle lib\u00e9ration d\u2019\u00e9nergie ne pouvait pas rester sans effet sur le relief lui-m\u00eame : la montagne, qui culminait auparavant \u00e0 plus de 4 000 m\u00e8tres, s\u2019est litt\u00e9ralement effondr\u00e9e sur elle-m\u00eame, d\u00e9capit\u00e9e par son propre souffle. Aujourd\u2019hui, le sommet du Tambora ne d\u00e9passe plus les 2 580 m\u00e8tres, une amputation g\u00e9ologique de pr\u00e8s de 1 500 m\u00e8tres qui t\u00e9moigne \u00e0 elle seule de la puissance monstrueuse de l\u2019explosion.<\/p>\n<p>Un nuage de cendres qui a affam\u00e9 un continent entier<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le v\u00e9ritable danger du Tambora ne r\u00e9sidait pas seulement dans son souffle destructeur, mais dans ce qu\u2019il a laiss\u00e9 s\u2019\u00e9chapper vers le ciel. L\u2019\u00e9ruption a inject\u00e9 environ 60 millions de tonnes de soufre dans la stratosph\u00e8re, une masse qui a ensuite voyag\u00e9 sur tout l\u2019h\u00e9misph\u00e8re Nord, port\u00e9e par les courants atmosph\u00e9riques. Localement, sur les \u00eeles voisines de Sumbawa, Lombok et Bali, les cons\u00e9quences ont \u00e9t\u00e9 terribles : entre 49 000 et 90 000 personnes suppl\u00e9mentaires ont p\u00e9ri de faim et de maladies dans les mois qui ont suivi, les r\u00e9coltes ayant \u00e9t\u00e9 an\u00e9anties par les cendres et les compos\u00e9s toxiques rel\u00e2ch\u00e9s, dont pr\u00e8s de 100 millions de tonnes de compos\u00e9s chlor\u00e9s et 70 millions de tonnes de compos\u00e9s fluor\u00e9s. \u00c0 l\u2019\u00e9chelle mondiale, les historiens estiment que le bilan total des victimes du Tambora, catastrophe directe et cons\u00e9quences en cascade confondues, se situe entre 100 000 et 200 000 personnes.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9t\u00e9 qui n\u2019est jamais venu et l\u2019hiver qui n\u2019en finissait pas<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est en 1816 que les Europ\u00e9ens ont r\u00e9ellement pris la mesure du drame qui se jouait, sans m\u00eame savoir qu\u2019un volcan \u00e0 l\u2019autre bout du monde en \u00e9tait responsable. Les particules en suspension dans la stratosph\u00e8re ont r\u00e9duit l\u2019ensoleillement mondial et fait chuter les temp\u00e9ratures moyennes jusqu\u2019\u00e0 3 degr\u00e9s en dessous des normales. R\u00e9sultat : de la neige est tomb\u00e9e en plein mois de juillet dans plusieurs r\u00e9gions temp\u00e9r\u00e9es, y compris dans l\u2019\u00c9tat am\u00e9ricain du Vermont, tandis que les cieux europ\u00e9ens restaient obstin\u00e9ment gris. En France, en Allemagne et en Suisse, les r\u00e9coltes de c\u00e9r\u00e9ales et de pommes de terre ont \u00e9t\u00e9 ravag\u00e9es, provoquant des famines qui, selon les estimations historiques, auraient caus\u00e9 entre 65 000 et 200 000 morts sur le seul continent europ\u00e9en. La Chine n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 \u00e9pargn\u00e9e non plus, avec des d\u00e9g\u00e2ts de gel s\u00e9v\u00e8res et des accumulations de neige inhabituelles jusque dans le sud du pays. Face \u00e0 ce d\u00e9sastre agricole, des vagues migratoires se sont organis\u00e9es, poussant des familles d\u2019Europe occidentale et centrale \u00e0 tenter leur chance vers les Am\u00e9riques, tout comme des habitants de la c\u00f4te est des \u00c9tats-Unis se sont d\u00e9plac\u00e9s vers le Midwest \u00e0 la recherche de terres plus cl\u00e9mentes.<\/p>\n<p>Quand le froid et la faim ont enfant\u00e9 un monstre litt\u00e9raire<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au milieu de ce chaos climatique, un \u00e9pisode reste \u00e9tonnamment grav\u00e9 dans la m\u00e9moire culturelle, m\u00eame si l\u2019on en ignore souvent l\u2019origine volcanique. L\u2019\u00e9crivaine britannique Mary Shelley se trouve alors bloqu\u00e9e par le mauvais temps dans une villa au bord du lac L\u00e9man, en Suisse, en compagnie de quelques amis, dont le po\u00e8te Lord Byron. Pour tromper l\u2019ennui de ces journ\u00e9es d\u2019\u00e9t\u00e9 priv\u00e9es de soleil, le petit groupe se lance dans un concours d\u2019histoires d\u2019\u00e9pouvante. C\u2019est dans ce contexte, litt\u00e9ralement plong\u00e9 dans les t\u00e9n\u00e8bres d\u2019une ann\u00e9e sans \u00e9t\u00e9, que na\u00eet le personnage de Frankenstein, l\u2019une des figures les plus marquantes de la litt\u00e9rature gothique. Une anecdote savoureuse qui illustre \u00e0 quel point les bouleversements climatiques peuvent, parfois, engendrer des cr\u00e9ations aussi inattendues que durables.<\/p>\n<p>Ce que le Tambora r\u00e9v\u00e8le sur notre vuln\u00e9rabilit\u00e9 climatique aujourd\u2019hui<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Plus de deux si\u00e8cles apr\u00e8s cette catastrophe, alors que nous profitons cet \u00e9t\u00e9 des chaleurs estivales sans nous soucier d\u2019un ciel qui s\u2019obscurcirait soudainement, le Tambora garde une valeur d\u2019avertissement pr\u00e9cieuse. Il rappelle qu\u2019un seul \u00e9v\u00e9nement g\u00e9ologique, localis\u00e9 sur un territoire r\u00e9duit, peut suffire \u00e0 d\u00e9stabiliser l\u2019agriculture mondiale, provoquer des famines massives et redessiner les flux migratoires d\u2019un continent \u00e0 l\u2019autre. Notre syst\u00e8me alimentaire globalis\u00e9, aujourd\u2019hui encore plus interd\u00e9pendant qu\u2019au dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle, reste tout aussi expos\u00e9 \u00e0 un choc climatique brutal, qu\u2019il soit d\u2019origine volcanique ou non. Curieusement, cet \u00e9pisode pourtant fondateur pour la compr\u00e9hension des liens entre volcanisme et climat demeure quasiment absent des programmes scolaires fran\u00e7ais, alors qu\u2019il \u00e9claire d\u2019un jour nouveau notre propre fragilit\u00e9 face aux caprices de la nature.<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Tambora demeure ainsi un exemple frappant de la mani\u00e8re dont la Terre peut, en un instant, rebattre les cartes de l\u2019histoire humaine \u00e0 des milliers de kilom\u00e8tres du point d\u2019impact initial. Entre les morts directs de l\u2019\u00e9ruption, les famines qui ont suivi et les cr\u00e9ations artistiques n\u00e9es de ce chaos, cet \u00e9pisode m\u00e9rite d\u2019\u00eatre racont\u00e9 bien au-del\u00e0 des cercles de sp\u00e9cialistes. Alors, la prochaine fois que le ciel se couvrira un peu trop longtemps \u00e0 votre go\u00fbt, peut-\u00eatre penserez-vous \u00e0 ce volcan oubli\u00e9 qui a, un temps, \u00e9teint le soleil sur toute une plan\u00e8te.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Vous aimez notre contenu ? 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