{"id":186490,"date":"2026-08-19T22:34:09","date_gmt":"2026-08-19T22:34:09","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/186490\/"},"modified":"2026-08-19T22:34:09","modified_gmt":"2026-08-19T22:34:09","slug":"le-senegal-importe-encore-300-millions-de-litres-de-lait-par-an-pourquoi-le-local-peine-t-il-a-simposer","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/186490\/","title":{"rendered":"Le S\u00e9n\u00e9gal importe encore 300 millions de litres de lait par an\u00a0: pourquoi le local peine-t-il \u00e0 s\u2019imposer ?"},"content":{"rendered":"<p>Le paradoxe est connu, mais il reste spectaculaire. Le S\u00e9n\u00e9gal est un pays d\u2019\u00e9levage et compte des centaines de milliers de familles vivant de cette activit\u00e9. Pourtant, il importe encore pr\u00e8s de 300 millions de litres de lait par an. La facture des produits laitiers d\u00e9passe les 65 milliards de FCFA chaque ann\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019heure o\u00f9 le pr\u00e9sident Bassirou Diomaye Faye appelle \u00e0 b\u00e2tir un Pacte national de souverainet\u00e9 alimentaire, la fili\u00e8re lait concentre donc une bonne partie des d\u00e9fis du pays : produire localement, collecter dans des territoires parfois \u00e9loign\u00e9s, transformer \u00e0 un co\u00fbt comp\u00e9titif et parvenir, au bout de la cha\u00eene, \u00e0 convaincre le consommateur. Sur ce terrain, un entrepreneur s\u00e9n\u00e9galais travaille depuis pr\u00e8s de vingt ans \u00e0 d\u00e9montrer qu\u2019un autre mod\u00e8le est possible.<\/p>\n<p>Faire du lait local une industrie<\/p>\n<p>Lorsque Bagor\u00e9 Bathily, v\u00e9t\u00e9rinaire de formation, lance La Laiterie du Berger en 2007, son pari para\u00eet presque \u00e0 contre-courant. L\u2019industrie laiti\u00e8re s\u00e9n\u00e9galaise repose largement sur la poudre import\u00e9e, moins ch\u00e8re et disponible toute l\u2019ann\u00e9e. Lui choisit d\u2019organiser la collecte aupr\u00e8s des \u00e9leveurs du nord du pays et d\u2019en faire la mati\u00e8re premi\u00e8re d\u2019une v\u00e9ritable entreprise agroalimentaire.<\/p>\n<p>Le d\u00e9but est modeste : 200 \u00e9leveurs partenaires et 250 millions de FCFA de chiffre d\u2019affaires.<\/p>\n<p>En 2025, La Laiterie du Berger affichait 29 milliards de FCFA de chiffre d\u2019affaires, travaillait avec environ 8 000 \u00e9leveurs et employait directement pr\u00e8s de 1 000 personnes. L\u2019entreprise estime \u00e9galement \u00e0 pr\u00e8s de 2 milliards de FCFA les sommes inject\u00e9es chaque ann\u00e9e dans l\u2019\u00e9conomie pastorale par ses achats de lait et distribue d\u00e9sormais ses produits dans quelque 35 000 boutiques.<\/p>\n<p>La r\u00e9ussite ne signifie pas que le probl\u00e8me du lait s\u00e9n\u00e9galais est r\u00e9gl\u00e9. Le pays reste tr\u00e8s d\u00e9pendant des importations et les producteurs locaux doivent composer avec le co\u00fbt du fourrage, la saisonnalit\u00e9 de la production, les difficult\u00e9s de collecte et la concurrence de la poudre import\u00e9e.<\/p>\n<p>Mais l\u2019exp\u00e9rience de La Laiterie du Berger permet au moins de poser la question autrement : que faut-il pour transformer une production locale en v\u00e9ritable fili\u00e8re industrielle ?<\/p>\n<p>Un partenariat construit dans la dur\u00e9e<\/p>\n<p>Une partie de la r\u00e9ponse se trouve aussi dans le choix des partenaires. D\u00e8s les premi\u00e8res ann\u00e9es, La Laiterie du Berger a su s\u2019appuyer sur des partenaires internationaux pour acc\u00e9l\u00e9rer son d\u00e9veloppement, tout en conservant un projet profond\u00e9ment ancr\u00e9 dans la fili\u00e8re s\u00e9n\u00e9galaise. L\u2019appui de Danone a notamment contribu\u00e9 \u00e0 renforcer les capacit\u00e9s industrielles de l\u2019entreprise, \u00e0 structurer la collecte du lait local et \u00e0 accompagner le d\u00e9veloppement d\u2019un mod\u00e8le associant transformation agroalimentaire et soutien \u00e0 des milliers d\u2019\u00e9leveurs.<\/p>\n<p>Cette trajectoire a \u00e9t\u00e9 mise \u00e0 l\u2019honneur en mai dernier \u00e0 Nairobi lors d\u2019Africa Forward, le rendez-vous organis\u00e9 par le Kenya et la France consacr\u00e9 aux nouvelles dynamiques \u00e9conomiques du continent et aux partenariats capables de soutenir l\u2019investissement, l\u2019entrepreneuriat et la cr\u00e9ation de valeur locale. Bagor\u00e9 Bathily y a partag\u00e9 l\u2019exp\u00e9rience de La Laiterie du Berger comme exemple d\u2019une entreprise africaine ayant r\u00e9ussi \u00e0 conjuguer croissance industrielle, ancrage territorial et coop\u00e9ration avec des partenaires internationaux.<\/p>\n<p>En marge du sommet, Bassirou Diomaye Faye a re\u00e7u les deux dirigeants. Les \u00e9changes ont port\u00e9 sur le d\u00e9veloppement des fili\u00e8res locales, la transformation agroalimentaire et le renforcement des investissements productifs au S\u00e9n\u00e9gal. Un exemple qui fait \u00e9cho aux priorit\u00e9s actuellement affich\u00e9es par Dakar : attirer des capitaux \u00e9trangers, mais aussi obtenir davantage de transformation locale, d\u2019emplois et de valeur cr\u00e9\u00e9e dans les territoires.<\/p>\n<p>Regarder aussi ce qui fonctionne ailleurs<\/p>\n<p>Le S\u00e9n\u00e9gal observe d\u2019ailleurs d\u2019autres exp\u00e9riences africaines. D\u00e9but 2025, le ministre de l\u2019Agriculture et de l\u2019\u00c9levage s\u2019\u00e9tait rendu en Ouganda, o\u00f9 la fili\u00e8re laiti\u00e8re s\u2019est fortement d\u00e9velopp\u00e9e au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es. Le pays produit aujourd\u2019hui environ 3,5 milliards de litres de lait par an, apr\u00e8s avoir investi dans les infrastructures, les coop\u00e9ratives, la productivit\u00e9 et l\u2019accompagnement des \u00e9leveurs.<\/p>\n<p>Les r\u00e9alit\u00e9s s\u00e9n\u00e9galaise et ougandaise sont \u00e9videmment diff\u00e9rentes. Mais l\u2019exp\u00e9rience montre qu\u2019une forte d\u00e9pendance aux importations peut \u00eatre progressivement r\u00e9duite lorsque production, collecte, transformation et d\u00e9bouch\u00e9s sont travaill\u00e9s ensemble. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment le d\u00e9fi pos\u00e9 aujourd\u2019hui au S\u00e9n\u00e9gal.<\/p>\n<p>Le 21 juillet dernier, Bassirou Diomaye Faye appelait scientifiques, producteurs, entreprises et investisseurs \u00e0 construire ensemble une agriculture capable de mieux r\u00e9pondre aux besoins du pays. Dans le lait, une partie du chemin existe d\u00e9j\u00e0. Apr\u00e8s presque vingt ans, Bagor\u00e9 Bathily et La Laiterie du Berger ont surtout d\u00e9montr\u00e9 une chose : entre l\u2019\u00e9leveur s\u00e9n\u00e9galais et le pot de yaourt vendu \u00e0 Dakar, il est possible de construire toute une \u00e9conomie locale.<\/p>\n<p>Reste d\u00e9sormais \u00e0 faire en sorte que cette r\u00e9ussite ne reste pas une exception.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Le paradoxe est connu, mais il reste spectaculaire. 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