{"id":188128,"date":"2026-08-21T20:41:27","date_gmt":"2026-08-21T20:41:27","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/188128\/"},"modified":"2026-08-21T20:41:27","modified_gmt":"2026-08-21T20:41:27","slug":"six-garde-fous-pour-que-lamo-une-solution-ne-devienne-pas-un-probleme-par-dr-anwar-cherkaoui","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/188128\/","title":{"rendered":"Six garde-fous pour que l\u2019AMO, une solution, ne devienne pas un probl\u00e8me \u2013 Par Dr Anwar Cherkaoui"},"content":{"rendered":"<p>\t            \t\tLa question n\u2019est pas de savoir s\u2019il faut g\u00e9n\u00e9raliser l\u2019AMO. Mais Comment construire une AMO universelle sans construire, en m\u00eame temps, un d\u00e9ficit universel. Face au risque de d\u00e9rive financi\u00e8re, Anwar Cherkaoui propose six garde-fous afin de pr\u00e9server durablement la solidarit\u00e9.<\/p>\n<p>\u00a0<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/20260821_162236_1787329354613_an.jpg\" alt=\"\" width=\"290\" height=\"362\"\/><\/p>\n<p>Anwar CHERKAOUI<br \/>\n\u00a0Expert en communication m\u00e9dicale et de sant\u00e9<\/p>\n<p>\u00a0Le chiffre qui devrait interpeller tous ceux qui construisent aujourd\u2019hui la protection sociale marocaine : 21,6 milliards d\u2019euros de d\u00e9ficit pour la S\u00e9curit\u00e9 sociale fran\u00e7aise en 2025, contre 15,3 milliards en 2024.<\/p>\n<p>Ce chiffre n\u2019est pas qu\u2019une donn\u00e9e comptable. Il traduit une \u00e9quation devenue difficile : des d\u00e9penses qui progressent rapidement, des recettes qui ne suivent pas toujours le m\u00eame rythme et des besoins sociaux qui ne cessent de s\u2019\u00e9largir.<\/p>\n<p>La France n\u2019est \u00e9videmment ni un mod\u00e8le \u00e0 copier ni un syst\u00e8me \u00e0 condamner.<\/p>\n<p>Mais son exp\u00e9rience constitue un laboratoire grandeur nature dont le Maroc peut tirer de pr\u00e9cieux enseignements. La question est donc simple : allons-nous attendre de conna\u00eetre les m\u00eames difficult\u00e9s avant de mettre en place les garde-fous n\u00e9cessaires ?<\/p>\n<p>\u00a0Le Maroc est encore au d\u00e9but de son histoire<\/p>\n<p>La g\u00e9n\u00e9ralisation de l\u2019Assurance maladie obligatoire constitue une transformation historique du syst\u00e8me social marocain.<\/p>\n<p>Mais le Maroc b\u00e9n\u00e9ficie aujourd\u2019hui d\u2019un avantage consid\u00e9rable : il peut observer les difficult\u00e9s des syst\u00e8mes qui l\u2019ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 et int\u00e9grer leurs enseignements avant que les m\u00e9canismes de d\u00e9penses ne deviennent insurmontables.<\/p>\n<p>Plus la couverture s\u2019\u00e9largira, plus le recours aux soins augmentera.<\/p>\n<p>Le vieillissement de la population, les maladies chroniques, les innovations th\u00e9rapeutiques, les nouvelles technologies m\u00e9dicales et l\u2019augmentation des attentes des citoyens exerceront \u00e9galement une pression croissante sur les d\u00e9penses.<\/p>\n<p>Le succ\u00e8s de l\u2019AMO pourrait donc devenir, paradoxalement, son premier d\u00e9fi financier.<\/p>\n<p>\u00a0La question \u00e0 poser aux architectes de l\u2019AMO <\/p>\n<p>Il ne suffit plus de demander : combien de Marocains seront couverts ?<\/p>\n<p>Il faut poser une deuxi\u00e8me question : combien co\u00fbtera cette couverture dans cinq, dix ou quinze ans ?<\/p>\n<p>Les architectes de l\u2019AMO devraient pouvoir pr\u00e9senter une trajectoire financi\u00e8re \u00e0 moyen et long terme avec plusieurs sc\u00e9narios : croissance \u00e9conomique forte ou faible, augmentation du recours aux soins, vieillissement, progression des maladies chroniques, co\u00fbt des m\u00e9dicaments innovants et \u00e9volution des d\u00e9penses hospitali\u00e8res.<\/p>\n<p>Une assurance maladie universelle ne peut pas \u00eatre pilot\u00e9e uniquement par un objectif de couverture.<\/p>\n<p>Elle doit \u00e9galement reposer sur des objectifs de soutenabilit\u00e9 financi\u00e8re.<\/p>\n<p>\u00a0Premier garde-fou : surveiller les d\u00e9penses<\/p>\n<p>Le Maroc devrait mettre en place un v\u00e9ritable syst\u00e8me d\u2019alerte pr\u00e9coce, capable de d\u00e9tecter rapidement les d\u00e9rives concernant les prescriptions, les hospitalisations, l\u2019imagerie, la biologie, les m\u00e9dicaments, les dispositifs m\u00e9dicaux ou certains actes chirurgicaux.<\/p>\n<p>L\u2019objectif est simple : ne pas attendre que le d\u00e9ficit apparaisse pour commencer \u00e0 le combattre.<\/p>\n<p>La meilleure politique financi\u00e8re n\u2019est pas celle qui r\u00e9pare le d\u00e9ficit ; c\u2019est celle qui emp\u00eache qu\u2019il devienne structurel.<\/p>\n<p>\u00a0Deuxi\u00e8me garde-fou : payer la pertinence, pas seulement l\u2019acte<\/p>\n<p>Un syst\u00e8me de sant\u00e9 peut devenir financi\u00e8rement fragile lorsqu\u2019il r\u00e9mun\u00e8re principalement le volume des actes. Plus d\u2019examens, plus d\u2019hospitalisations ou plus de prescriptions signifient alors m\u00e9caniquement davantage de d\u00e9penses.<\/p>\n<p>Le Maroc doit progressivement d\u00e9velopper une culture de la pertinence des soins.<\/p>\n<p>Pourquoi r\u00e9aliser deux examens lorsqu\u2019un seul suffit ? Pourquoi prolonger une hospitalisation lorsqu\u2019une prise en charge ambulatoire est possible ? Pourquoi multiplier les prescriptions sans \u00e9valuer leur utilit\u00e9 ?<\/p>\n<p>L\u2019enjeu n\u2019est pas de rationner les soins, mais de financer prioritairement ceux qui apportent un b\u00e9n\u00e9fice m\u00e9dical r\u00e9el.<\/p>\n<p>\u00a0Troisi\u00e8me garde-fou : une nomenclature vivante <\/p>\n<p>Une nomenclature qui ne suit pas l\u2019\u00e9volution de la m\u00e9decine finit par cr\u00e9er des d\u00e9s\u00e9quilibres. De nouveaux actes apparaissent, certaines technologies deviennent obsol\u00e8tes, tandis que des actes anciens peuvent \u00eatre survaloris\u00e9s ou sous-valoris\u00e9s.<\/p>\n<p>L\u2019AMO devrait donc disposer d\u2019une nomenclature r\u00e9guli\u00e8rement r\u00e9\u00e9valu\u00e9e, selon des crit\u00e8res m\u00e9dicaux, scientifiques et \u00e9conomiques. La question doit \u00eatre claire : quel est le juste prix d\u2019un soin m\u00e9dicalement pertinent pour la collectivit\u00e9 ? Cette r\u00e9vision doit \u00eatre transparente et suffisamment ind\u00e9pendante pour r\u00e9sister aux pressions corporatistes ou industrielles.<\/p>\n<p>\u00a0Quatri\u00e8me garde-fou : l\u2019audit m\u00e9dical<\/p>\n<p>Le contr\u00f4le de l\u2019AMO ne doit pas \u00eatre uniquement comptable. Il faut pouvoir v\u00e9rifier non seulement si une facture est correcte, mais \u00e9galement si l\u2019acte \u00e9tait m\u00e9dicalement justifi\u00e9, correctement indiqu\u00e9 et conforme aux recommandations.<\/p>\n<p>La num\u00e9risation offre ici une opportunit\u00e9 consid\u00e9rable. Les donn\u00e9es peuvent identifier des comportements atypiques : prescriptions exceptionnellement \u00e9lev\u00e9es, recours inhabituel \u00e0 certains examens, dur\u00e9es d\u2019hospitalisation anormales ou multiplication de certains actes.<\/p>\n<p>Mais une r\u00e8gle doit \u00eatre respect\u00e9e : l\u2019algorithme doit alerter, jamais condamner. L\u2019analyse m\u00e9dicale humaine doit rester indispensable.<\/p>\n<p>\u00a0Cinqui\u00e8me garde-fou : \u00e9valuer avant de rembourser <\/p>\n<p>Chaque nouvelle prestation, chaque m\u00e9dicament innovant, chaque dispositif m\u00e9dical ou chaque technologie co\u00fbteuse devrait faire l\u2019objet d\u2019une \u00e9valuation m\u00e9dico-\u00e9conomique.<\/p>\n<p>Une innovation peut \u00eatre m\u00e9dicalement remarquable. Mais une question collective demeure : son b\u00e9n\u00e9fice justifie-t-il son co\u00fbt pour l\u2019ensemble des assur\u00e9s ? Le Maroc doit donc d\u00e9velopper une v\u00e9ritable culture de l\u2019\u00e9valuation des technologies de sant\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019objectif n\u2019est pas de refuser l\u2019innovation, mais de distinguer l\u2019innovation utile, efficiente et soutenable de celle dont le co\u00fbt risque de d\u00e9stabiliser durablement le syst\u00e8me.<\/p>\n<p>\u00a0Sixi\u00e8me garde-fou : la solidarit\u00e9 a besoin de r\u00e8gles <\/p>\n<p>La solidarit\u00e9 est le c\u0153ur de l\u2019AMO. Mais solidarit\u00e9 ne signifie pas absence de limites.<\/p>\n<p>Un syst\u00e8me universel doit d\u00e9finir clairement ce qui est pris en charge, dans quelles conditions et selon quels crit\u00e8res. Chaque extension de remboursement repr\u00e9sente potentiellement une d\u00e9pense r\u00e9currente. \u00a0Elle doit donc \u00eatre accompagn\u00e9e d\u2019une \u00e9valuation de son impact financier.<\/p>\n<p>Un syst\u00e8me d\u00e9ficitaire finit toujours par fragiliser la solidarit\u00e9 qu\u2019il voulait prot\u00e9ger.<\/p>\n<p>Mais une le\u00e7on est universelle : il ne suffit de mettre en place une\u00a0 architecture de protection sociale ; il faut aussi l\u2019accompagner par les m\u00e9canismes qui permettent de la r\u00e9guler.<\/p>\n<p>\u00a0La question pour 2030<\/p>\n<p>Personne ne peut pr\u00e9dire pr\u00e9cis\u00e9ment le d\u00e9ficit \u00e9ventuel de l\u2019AMO en 2030. Mais ses architectes devraient pouvoir pr\u00e9senter plusieurs sc\u00e9narios : optimiste, central et d\u00e9favorable. Pour chacun, il faudrait conna\u00eetre les recettes, les d\u00e9penses, le niveau de r\u00e9serves n\u00e9cessaire et surtout les m\u00e9canismes permettant de corriger rapidement une d\u00e9rive. C\u2019est cela, un v\u00e9ritable garde-fou.<\/p>\n<p>La g\u00e9n\u00e9ralisation de la protection sociale est l\u2019une des plus grandes transformations sociales du Maroc contemporain. Elle m\u00e9rite donc une architecture financi\u00e8re aussi ambitieuse que son ambition sociale. La question n\u2019est plus de savoir s\u2019il faut g\u00e9n\u00e9raliser l\u2019AMO.<\/p>\n<p>Elle est beaucoup plus strat\u00e9gique : Comment construire une AMO universelle sans construire, en m\u00eame temps, un d\u00e9ficit universel ?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"La question n\u2019est pas de savoir s\u2019il faut g\u00e9n\u00e9raliser l\u2019AMO. 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