{"id":188653,"date":"2026-08-22T12:48:32","date_gmt":"2026-08-22T12:48:32","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/188653\/"},"modified":"2026-08-22T12:48:32","modified_gmt":"2026-08-22T12:48:32","slug":"a-saint-louis-du-senegal-comptoir-desclaves-meconnu-les-traces-de-la-traite-sevanouissent-5","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/188653\/","title":{"rendered":"A Saint-Louis du S\u00e9n\u00e9gal, comptoir d&rsquo;esclaves m\u00e9connu, les traces de la traite s&rsquo;\u00e9vanouissent"},"content":{"rendered":"<p>\t            \t\t\u00c9clips\u00e9e par Gor\u00e9e dans la m\u00e9moire de la traite n\u00e9gri\u00e8re, Saint-Louis du S\u00e9n\u00e9gal fut pourtant un important centre de transit d\u2019esclaves vers les Am\u00e9riques. Aujourd\u2019hui, les rares vestiges de ce pass\u00e9 disparaissent progressivement, victimes du d\u00e9labrement, des transformations urbaines et d\u2019une m\u00e9moire encore largement taboue.<\/p>\n<p>Saint-Louis, S\u00e9n\u00e9gal &#8211; Une b\u00e9ance s&rsquo;est form\u00e9e au balcon d&rsquo;un ancien entrep\u00f4t d&rsquo;esclaves apr\u00e8s l&rsquo;effondrement de la fa\u00e7ade de ce b\u00e2timent d\u00e9cr\u00e9pi de deux si\u00e8cles sur l&rsquo;\u00eele de Saint-Louis au S\u00e9n\u00e9gal, lieu m\u00e9connu de la traite n\u00e9gri\u00e8re transatlantique dont les traces s&rsquo;effacent, au grand dam des historiens.<\/p>\n<p>Le site, situ\u00e9 dans le nord du pays entre l&rsquo;oc\u00e9an Atlantique et le fleuve S\u00e9n\u00e9gal, est rarement mentionn\u00e9 dans l&rsquo;histoire de la traite, dont il a pourtant \u00e9t\u00e9 un centre o\u00f9 sont pass\u00e9s des milliers d&rsquo;esclaves, selon des historiens .<\/p>\n<p>Premier comptoir cr\u00e9\u00e9 en 1659 par les Fran\u00e7ais en Afrique subsaharienne et ancienne capitale de l&rsquo;ensemble colonial fran\u00e7ais en Afrique de l&rsquo;Ouest, Saint-Louis a servi \u00e0 entreposer des captifs. Comme Gor\u00e9e, autre \u00eele au large de Dakar, mais qui est, elle, devenue un symbole de la traite avec sa c\u00e9l\u00e8bre \u00ab\u00a0Maison des esclaves\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Un des rares t\u00e9moignages du pass\u00e9 esclavagiste de Saint-Louis est une plaque sur l&rsquo;ancien entrep\u00f4t d&rsquo;esclaves, en face du fleuve.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Au rez-de-chauss\u00e9e, les vestiges de la seule esclaverie (entrep\u00f4t d&rsquo;esclaves) conserv\u00e9e \u00e0 Saint-Louis\u00a0\u00bb, indique une inscription sur la b\u00e2tisse de deux \u00e9tages, aux murs \u00e9pais perc\u00e9s de meurtri\u00e8res travers\u00e9es par des barres de fer rouill\u00e9es.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0D\u00e9labrement\u00a0\u00bb <\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ce b\u00e2timent en \u00e9tat de d\u00e9labrement est une esclaverie qui est rest\u00e9e (\u00e0 Saint-Louis). Il a \u00e9t\u00e9 construit entre 1822 et 1825 et appartenait \u00e0 une compagnie commerciale bordelaise (de la ville de Bordeaux, en France), Maurel et Prom\u00a0\u00bb, explique Mamadou Diallo, enseignant en histoire.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Au XVIIIe si\u00e8cle, au moins 10.000 esclaves transitaient \u00e0 Saint-Louis chaque ann\u00e9e\u00a0\u00bb, souligne-t-il.<\/p>\n<p>A Saint-Louis, le principal moment de cette traite \u00e9tait \u00ab\u00a0la p\u00e9riode des hautes eaux, de mai \u00e0 novembre\u00a0\u00bb, \u00e0 partir du royaume pr\u00e9colonial du Galam (entre le S\u00e9n\u00e9gal et le Mali), \u00ab\u00a0avec l&rsquo;or et les captifs comme principaux produits\u00a0\u00bb aux c\u00f4t\u00e9s de la gomme et de l&rsquo;ambre gris, d\u00e9taille l&rsquo;historien Ibrahima Seck, directeur de recherche au mus\u00e9e de l&rsquo;esclavage de la \u00ab\u00a0Whitney Plantation\u00a0\u00bb, en Louisiane (Etats-Unis).<\/p>\n<p>L&rsquo;esclaverie de la compagnie Maurel et Prom abrite \u00ab\u00a0cinq cellules\u00a0\u00bb, pr\u00e9cise M. Diallo.\u00a0Ce sont \u00ab\u00a0les locaux o\u00f9 les esclaves attendent le moment de l&#8217;embarquement\u00a0\u00bb pour l&rsquo;Am\u00e9rique, selon une l\u00e9gende d&rsquo;une photo dans un mus\u00e9e public de Saint-Louis.<\/p>\n<p>Des herbes ont pouss\u00e9 dans l&rsquo;\u00e9difice, jonch\u00e9 de d\u00e9tritus et au plafond en bois d&rsquo;\u00e9poque, devenu propri\u00e9t\u00e9 d&rsquo;une famille s\u00e9n\u00e9galaise.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il y avait beaucoup d&rsquo;esclaveries \u00e0 Saint-Louis, surtout dans le nord de l&rsquo;\u00eele, mais on ne les retrouve plus. Beaucoup ont \u00e9t\u00e9 achet\u00e9es par des familles qui les ont ensuite transform\u00e9es\u00a0\u00bb, dit M. Diallo.<\/p>\n<p>L&rsquo;actuelle r\u00e9sidence du gouverneur de la r\u00e9gion, un fort construit au XVIIe si\u00e8cle, a aussi abrit\u00e9 des entrep\u00f4ts d&rsquo;esclaves, selon des historiens.<\/p>\n<p>Le long des rues \u00e0 angle droit de l&rsquo;\u00eele se dressent des demeures coloniales, des b\u00e2timents en balcon aux murs fissur\u00e9s, fen\u00eatres en bois, en rectangle ou en ogive, avec des toitures parfois \u00e9ventr\u00e9es.<\/p>\n<p>D&rsquo;anciennes maisons de commerce jalonnent les quais du fleuve, des entrep\u00f4ts d&rsquo;esclaves que \u00ab\u00a0les populations, de mani\u00e8re inconsciente, n&rsquo;ont pas conserv\u00e9s\u00a0\u00bb, de sorte qu'\u00a0\u00bbil ne reste presque plus rien\u00a0\u00bb de ce pass\u00e9, rel\u00e8ve l&rsquo;\u00e9crivain Louis Camara.<\/p>\n<p>Les compagnies commerciales et leurs interm\u00e9diaires locaux &#8211; notamment les c\u00e9l\u00e8bres \u00ab\u00a0signares\u00a0\u00bb, femmes noires ou m\u00e9tisses fortun\u00e9es qui nouent alors des alliances ou mariages temporaires avec des n\u00e9gociants ou officiers europ\u00e9ens &#8211; \u00e9taient les principaux pourvoyeurs d&rsquo;esclaves.<\/p>\n<p>Ainsi, en 1789, des m\u00e9tis et des noirs, li\u00e9s \u00e0 la France, ont envoy\u00e9 aux Etats g\u00e9n\u00e9raux \u00e0 Paris &#8211; une assembl\u00e9e extraordinaire r\u00e9unissant le clerg\u00e9, la noblesse et le reste de la population qui a marqu\u00e9 le point de d\u00e9part de la R\u00e9volution fran\u00e7aise &#8211; des dol\u00e9ances pour la lib\u00e9ralisation du commerce, dont celui des esclaves, alors aux mains d&rsquo;une seule compagnie.<\/p>\n<p>Saint-Louis a \u00e9t\u00e9 le th\u00e9\u00e2tre d&rsquo;une r\u00e9volte d&rsquo;esclaves en 1779.\u00a0Apr\u00e8s une \u00ab\u00a0longue attente de 11 mois\u00a0\u00bb pour \u00eatre convoy\u00e9s en Am\u00e9rique, les captifs \u00ab\u00a0tuent\u00a0\u00bb un gardien fran\u00e7ais et beaucoup d&rsquo;entre eux sont massacr\u00e9s, relate M. Diallo.<\/p>\n<p>Ibrahima Seck, citant l&rsquo;Atlas of the Transatlantic Slave Trade, livre de r\u00e9f\u00e9rence sur le nombre d&rsquo;esclaves d\u00e9port\u00e9s, estime \u00e0 \u00ab\u00a0145.000\u00a0\u00bb les captifs \u00ab\u00a0officiellement transport\u00e9s depuis Saint-Louis\u00a0\u00bb o\u00f9, selon lui, \u00ab\u00a0chaque vieille maison \u00e9tait potentiellement une captiverie\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Sujet tabou\u00a0\u00bb <\/p>\n<p>A Saint-Louis, \u00ab\u00a0il ne s&rsquo;agissait pas de quelques esclaves offerts ici et l\u00e0 aux acheteurs par les propri\u00e9taires de diverses maisons particuli\u00e8res, mais de v\u00e9ritables maisons d&rsquo;esclaves\u00a0\u00bb, souligne le chercheur belge Guy Thilmans dans un ouvrage collectif sur la traite, \u00ab\u00a0Gor\u00e9e et l&rsquo;esclavage\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Selon lui, la ville a de nombreux \u00ab\u00a0motifs d&rsquo;\u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme un centre de la traite n\u00e9gri\u00e8re, tant en raison de la pr\u00e9sence certaine de captiveries priv\u00e9es que du chargement d&rsquo;esclaves vers l&rsquo;Am\u00e9rique\u00a0\u00bb, mais \u00ab\u00a0il ne lui a manqu\u00e9 qu&rsquo;un Joseph Ndiaye\u00a0\u00bb (1922-2009), c\u00e9l\u00e8bre conservateur de la \u00ab\u00a0Maison des esclaves\u00a0\u00bb de Gor\u00e9e et d\u00e9fenseur de la m\u00e9moire des esclaves qui a largement contribu\u00e9 \u00e0 la sauvegarde de l&rsquo;\u00eele.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s l&rsquo;abolition de la traite en avril 1848, \u00ab\u00a0les anciens captifs, y compris des fugitifs venus de l&rsquo;int\u00e9rieur des terres, furent recas\u00e9s dans des villages de libert\u00e9\u00a0\u00bb autour de l&rsquo;\u00eele, selon M. Seck.<\/p>\n<p>Des historiens chiffrent \u00e0 2.035 le nombre officiel d&rsquo;esclaves \u00e0 Saint-Louis en avril 1848. Mais leurs 671 propri\u00e9taires en recensent 4.524 pour leurs demandes d&rsquo;indemnit\u00e9.<\/p>\n<p>Ce pass\u00e9 sur la traite n\u00e9gri\u00e8re \u00ab\u00a0est compl\u00e8tement m\u00e9connu de la majorit\u00e9 des populations de Saint-Louis qui ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 l&rsquo;occulter\u00a0\u00bb, dit M. Camara.<\/p>\n<p>Le Ghana, consid\u00e9r\u00e9 comme la plaque tournante de l&rsquo;esclavage transatlantique, a organis\u00e9 mi-juin une premi\u00e8re conf\u00e9rence mondiale visant \u00e0 traduire en engagements concrets une r\u00e9cente r\u00e9solution de l&rsquo;ONU, qui a reconnu la traite transatlantique comme \u00ab\u00a0le crime le plus grave contre l&rsquo;humanit\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Mais \u00e0 Saint-Louis, les h\u00e9ritiers des familles ayant particip\u00e9 \u00e0 ce trafic et ceux qui en sont issus ne souhaitent pas en parler. C&rsquo;est encore \u00ab\u00a0un sujet tabou\u00a0\u00bb, constate M. Diallo. (AFP)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"\u00c9clips\u00e9e par Gor\u00e9e dans la m\u00e9moire de la traite n\u00e9gri\u00e8re, Saint-Louis du S\u00e9n\u00e9gal fut pourtant un important centre&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":188654,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":"","_share_on_mastodon":"0"},"categories":[84],"tags":[281,986,127,1901,76,53699,7632,11,33082],"class_list":["post-188653","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-senegal","tag-actualite","tag-esclavage","tag-international","tag-memoire","tag-patrimoine","tag-quid","tag-saint-louis","tag-senegal","tag-traite-negriere"],"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@afrique\/117139243463417465","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/188653","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=188653"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/188653\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/188654"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=188653"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=188653"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=188653"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}