{"id":188666,"date":"2026-08-22T13:09:44","date_gmt":"2026-08-22T13:09:44","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/188666\/"},"modified":"2026-08-22T13:09:44","modified_gmt":"2026-08-22T13:09:44","slug":"a-saint-louis-du-senegal-comptoir-desclaves-meconnu-les-traces-de-la-traite-sevanouissent-actualites-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/188666\/","title":{"rendered":"A Saint-Louis du S\u00e9n\u00e9gal, comptoir d&rsquo;esclaves m\u00e9connu, les traces de la traite s&rsquo;\u00e9vanouissent : Actualit\u00e9s"},"content":{"rendered":"<p class=\"lead \">Une b\u00e9ance s&rsquo;est form\u00e9e au balcon d&rsquo;un ancien entrep\u00f4t d&rsquo;esclaves apr\u00e8s l&rsquo;effondrement de la fa\u00e7ade de ce b\u00e2timent d\u00e9cr\u00e9pi de deux si\u00e8cles sur l&rsquo;\u00eele de Saint-Louis au S\u00e9n\u00e9gal, lieu m\u00e9connu de la traite n\u00e9gri\u00e8re transatlantique dont les traces s&rsquo;effacent, au grand dam des historiens. <\/p>\n<p class=\"lead \">Le site, situ\u00e9 dans le nord du pays entre l&rsquo;oc\u00e9an Atlantique et le fleuve S\u00e9n\u00e9gal, est rarement mentionn\u00e9 dans l&rsquo;histoire de la traite, dont il a pourtant \u00e9t\u00e9 un centre o\u00f9 sont pass\u00e9s des milliers d&rsquo;esclaves, selon des historiens interrog\u00e9s par l&rsquo;AFP. <\/p>\n<p class=\"lead \">Premier comptoir cr\u00e9\u00e9 en 1659 par les Fran\u00e7ais en Afrique subsaharienne et ancienne capitale de l&rsquo;ensemble colonial fran\u00e7ais en Afrique de l&rsquo;Ouest, Saint-Louis a servi \u00e0 entreposer des captifs. Comme Gor\u00e9e, autre \u00eele au large de Dakar, mais qui est, elle, devenue un symbole de la traite avec sa c\u00e9l\u00e8bre \u00ab\u00a0Maison des esclaves\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p class=\"lead \">Un des rares t\u00e9moignages du pass\u00e9 esclavagiste de Saint-Louis est une plaque sur l&rsquo;ancien entrep\u00f4t d&rsquo;esclaves, en face du fleuve. <\/p>\n<p class=\"lead \">\u00ab\u00a0Au rez-de-chauss\u00e9e, les vestiges de la seule esclaverie (entrep\u00f4t d&rsquo;esclaves) conserv\u00e9e \u00e0 Saint-Louis\u00a0\u00bb, indique une inscription sur la b\u00e2tisse de deux \u00e9tages, aux murs \u00e9pais perc\u00e9s de meurtri\u00e8res travers\u00e9es par des barres de fer rouill\u00e9es. <\/p>\n<p class=\"lead \">&#8211; \u00ab\u00a0D\u00e9labrement\u00a0\u00bb &#8211;<\/p>\n<p class=\"lead \">\u00ab\u00a0Ce b\u00e2timent en \u00e9tat de d\u00e9labrement est une esclaverie qui est rest\u00e9e (\u00e0 Saint-Louis). Il a \u00e9t\u00e9 construit entre 1822 et 1825 et appartenait \u00e0 une compagnie commerciale bordelaise (de la ville de Bordeaux, en France), Maurel et Prom\u00a0\u00bb, explique Mamadou Diallo, enseignant en histoire. <\/p>\n<p class=\"lead \">\u00ab\u00a0Au XVIIIe si\u00e8cle, au moins 10.000 esclaves transitaient \u00e0 Saint-Louis chaque ann\u00e9e\u00a0\u00bb, souligne-t-il. <\/p>\n<p class=\"lead \">A Saint-Louis, le principal moment de cette traite \u00e9tait \u00ab\u00a0la p\u00e9riode des hautes eaux, de mai \u00e0 novembre\u00a0\u00bb, \u00e0 partir du royaume pr\u00e9colonial du Galam (entre le S\u00e9n\u00e9gal et le Mali), \u00ab\u00a0avec l&rsquo;or et les captifs comme principaux produits\u00a0\u00bb aux c\u00f4t\u00e9s de la gomme et de l&rsquo;ambre gris, d\u00e9taille l&rsquo;historien Ibrahima Seck, directeur de recherche au mus\u00e9e de l&rsquo;esclavage de la \u00ab\u00a0Whitney Plantation\u00a0\u00bb, en Louisiane (Etats-Unis).<\/p>\n<p class=\"lead \">L&rsquo;esclaverie de la compagnie Maurel et Prom abrite \u00ab\u00a0cinq cellules\u00a0\u00bb, pr\u00e9cise M. Diallo. Ce sont \u00ab\u00a0les locaux o\u00f9 les esclaves attendent le moment de l&#8217;embarquement\u00a0\u00bb pour l&rsquo;Am\u00e9rique, selon une l\u00e9gende d&rsquo;une photo dans un mus\u00e9e public de Saint-Louis. <\/p>\n<p class=\"lead \">Des herbes ont pouss\u00e9 dans l&rsquo;\u00e9difice, jonch\u00e9 de d\u00e9tritus et au plafond en bois d&rsquo;\u00e9poque, devenu propri\u00e9t\u00e9 d&rsquo;une famille s\u00e9n\u00e9galaise. <\/p>\n<p class=\"lead \">\u00ab\u00a0Il y avait beaucoup d&rsquo;esclaveries \u00e0 Saint-Louis, surtout dans le nord de l&rsquo;\u00eele, mais on ne les retrouve plus. Beaucoup ont \u00e9t\u00e9 achet\u00e9es par des familles qui les ont ensuite transform\u00e9es\u00a0\u00bb, dit M. Diallo. <\/p>\n<p class=\"lead \">L&rsquo;actuelle r\u00e9sidence du gouverneur de la r\u00e9gion, un fort construit au XVIIe si\u00e8cle, a aussi abrit\u00e9 des entrep\u00f4ts d&rsquo;esclaves, selon des historiens. <\/p>\n<p class=\"lead \">Le long des rues \u00e0 angle droit de l&rsquo;\u00eele se dressent des demeures coloniales, des b\u00e2timents en balcon aux murs fissur\u00e9s, fen\u00eatres en bois, en rectangle ou en ogive, avec des toitures parfois \u00e9ventr\u00e9es. <\/p>\n<p class=\"lead \">D&rsquo;anciennes maisons de commerce jalonnent les quais du fleuve, des entrep\u00f4ts d&rsquo;esclaves que \u00ab\u00a0les populations, de mani\u00e8re inconsciente, n&rsquo;ont pas conserv\u00e9s\u00a0\u00bb, de sorte qu'\u00a0\u00bbil ne reste presque plus rien\u00a0\u00bb de ce pass\u00e9, rel\u00e8ve l&rsquo;\u00e9crivain Louis Camara. <\/p>\n<p class=\"lead \">Les compagnies commerciales et leurs interm\u00e9diaires locaux &#8211; notamment les c\u00e9l\u00e8bres \u00ab\u00a0signares\u00a0\u00bb, femmes noires ou m\u00e9tisses fortun\u00e9es qui nouent alors des alliances ou mariages temporaires avec des n\u00e9gociants ou officiers europ\u00e9ens &#8211; \u00e9taient les principaux pourvoyeurs d&rsquo;esclaves. <\/p>\n<p class=\"lead \">Ainsi, en 1789, des m\u00e9tis et des noirs, li\u00e9s \u00e0 la France, ont envoy\u00e9 aux Etats g\u00e9n\u00e9raux \u00e0 Paris &#8211; une assembl\u00e9e extraordinaire r\u00e9unissant le clerg\u00e9, la noblesse et le reste de la population qui a marqu\u00e9 le point de d\u00e9part de la R\u00e9volution fran\u00e7aise &#8211; des dol\u00e9ances pour la lib\u00e9ralisation du commerce, dont celui des esclaves, alors aux mains d&rsquo;une seule compagnie.<\/p>\n<p class=\"lead \">Saint-Louis a \u00e9t\u00e9 le th\u00e9\u00e2tre d&rsquo;une r\u00e9volte d&rsquo;esclaves en 1779. Apr\u00e8s une \u00ab\u00a0longue attente de 11 mois\u00a0\u00bb pour \u00eatre convoy\u00e9s en Am\u00e9rique, les captifs \u00ab\u00a0tuent\u00a0\u00bb un gardien fran\u00e7ais et beaucoup d&rsquo;entre eux sont massacr\u00e9s, relate M. Diallo. <\/p>\n<p class=\"lead \">Ibrahima Seck, citant l&rsquo;Atlas of the Transatlantic Slave Trade, livre de r\u00e9f\u00e9rence sur le nombre d&rsquo;esclaves d\u00e9port\u00e9s, estime \u00e0 \u00ab\u00a0145.000\u00a0\u00bb les captifs \u00ab\u00a0officiellement transport\u00e9s depuis Saint-Louis\u00a0\u00bb o\u00f9, selon lui, \u00ab\u00a0chaque vieille maison \u00e9tait potentiellement une captiverie\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p class=\"lead \">&#8211; \u00ab\u00a0Sujet tabou\u00a0\u00bb &#8211;<\/p>\n<p class=\"lead \">A Saint-Louis, \u00ab\u00a0il ne s&rsquo;agissait pas de quelques esclaves offerts ici et l\u00e0 aux acheteurs par les propri\u00e9taires de diverses maisons particuli\u00e8res, mais de v\u00e9ritables maisons d&rsquo;esclaves\u00a0\u00bb, souligne le chercheur belge Guy Thilmans dans un ouvrage collectif sur la traite, \u00ab\u00a0Gor\u00e9e et l&rsquo;esclavage\u00a0\u00bb. <\/p>\n<p class=\"lead \">Selon lui, la ville a de nombreux \u00ab\u00a0motifs d&rsquo;\u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme un centre de la traite n\u00e9gri\u00e8re, tant en raison de la pr\u00e9sence certaine de captiveries priv\u00e9es que du chargement d&rsquo;esclaves vers l&rsquo;Am\u00e9rique\u00a0\u00bb, mais \u00ab\u00a0il ne lui a manqu\u00e9 qu&rsquo;un Joseph Ndiaye\u00a0\u00bb (1922-2009), c\u00e9l\u00e8bre conservateur de la \u00ab\u00a0Maison des esclaves\u00a0\u00bb de Gor\u00e9e et d\u00e9fenseur de la m\u00e9moire des esclaves qui a largement contribu\u00e9 \u00e0 la sauvegarde de l&rsquo;\u00eele.<\/p>\n<p class=\"lead \">Apr\u00e8s l&rsquo;abolition de la traite en avril 1848, \u00ab\u00a0les anciens captifs, y compris des fugitifs venus de l&rsquo;int\u00e9rieur des terres, furent recas\u00e9s dans des villages de libert\u00e9\u00a0\u00bb autour de l&rsquo;\u00eele, selon M. Seck. <\/p>\n<p class=\"lead \">Des historiens chiffrent \u00e0 2.035 le nombre officiel d&rsquo;esclaves \u00e0 Saint-Louis en avril 1848. Mais leurs 671 propri\u00e9taires en recensent 4.524 pour leurs demandes d&rsquo;indemnit\u00e9. <\/p>\n<p class=\"lead \">Ce pass\u00e9 sur la traite n\u00e9gri\u00e8re \u00ab\u00a0est compl\u00e8tement m\u00e9connu de la majorit\u00e9 des populations de Saint-Louis qui ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 l&rsquo;occulter\u00a0\u00bb, dit M. Camara.<\/p>\n<p class=\"lead \">Le Ghana, consid\u00e9r\u00e9 comme la plaque tournante de l&rsquo;esclavage transatlantique, a organis\u00e9 mi-juin une premi\u00e8re conf\u00e9rence mondiale visant \u00e0 traduire en engagements concrets une r\u00e9cente r\u00e9solution de l&rsquo;ONU, qui a reconnu la traite transatlantique comme \u00ab\u00a0le crime le plus grave contre l&rsquo;humanit\u00e9\u00a0\u00bb. <\/p>\n<p class=\"lead \">Mais \u00e0 Saint-Louis, les h\u00e9ritiers des familles ayant particip\u00e9 \u00e0 ce trafic et ceux qui en sont issus ne souhaitent pas en parler. C&rsquo;est encore \u00ab\u00a0un sujet tabou\u00a0\u00bb, constate M. Diallo. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Une b\u00e9ance s&rsquo;est form\u00e9e au balcon d&rsquo;un ancien entrep\u00f4t d&rsquo;esclaves apr\u00e8s l&rsquo;effondrement de la fa\u00e7ade de ce b\u00e2timent&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":188667,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":"","_share_on_mastodon":"0"},"categories":[84],"tags":[3248,986,278,1564,76,4087,11],"class_list":["post-188666","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-senegal","tag-droitshumains","tag-esclavage","tag-ghana","tag-histoire","tag-patrimoine","tag-sngal","tag-senegal"],"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@afrique\/117139325821582562","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/188666","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=188666"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/188666\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/188667"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=188666"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=188666"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=188666"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}