{"id":189245,"date":"2026-08-23T08:02:09","date_gmt":"2026-08-23T08:02:09","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/189245\/"},"modified":"2026-08-23T08:02:09","modified_gmt":"2026-08-23T08:02:09","slug":"la-baignade-qui-purifie-les-circoncis","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/189245\/","title":{"rendered":"La baignade qui purifie les circoncis"},"content":{"rendered":"<p>\u00c0 Marsassoum, les communaut\u00e9s attachent encore un lien ancestral avec le Soungrougrou, affluent du fleuve Casamance. Elles y purifient les corps des veuves et celui des circoncis gu\u00e9ris. Malheureusement, le transport fluvial et le commerce qui rythment l\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique de jour comme de nuit sur la rive ont presque disparu, laissant quelques autochtones encore nostalgiques \u00e0 la d\u00e9brouille.<\/p>\n<p>MARSASSOUM \u2013 Trois ans apr\u00e8s la fermeture du sanctuaire des circoncis du quartier de Toronkocounda, \u00e0 Marsassoum, la rive du Soungrougrou est encore loin de retrouver l\u2019ambiance de la danse des feuilles, le \u00ab Diambadong \u00bb.<\/p>\n<p>Le quartier B\u00e9lal Ly qui devait prendre le relai, cette ann\u00e9e, laisse encore planer l\u2019incertitude sur la tenue de cet \u00e9v\u00e9nement marqu\u00e9 par la baignade des circoncis sur cette partie du Soungrougrou, tout pr\u00e8s de Toronkocounda, le quartier jadis occup\u00e9 par les Peuls.<\/p>\n<p>D\u2019apr\u00e8s les r\u00e9cits des autochtones, ces derniers exer\u00e7aient le commerce et la p\u00eache sur cette rive autrefois comptoir de commerce colonial.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, la p\u00eache est presque morte sur une rive du Soungrougrou, mais les rites traditionnels comme la purification des corps souill\u00e9s et la baignade des circoncis demeurent les activit\u00e9s qui animent cet affluent du fleuve Casamance.<\/p>\n<p>Assis sur un morceau de pirogue en bois enfoui \u00e0 moiti\u00e9 dans le sable, Yaya Dram\u00e9 observe les vaguelettes venir mourir \u00e0 ses pieds.<\/p>\n<p>Ancr\u00e9 dans la tradition, il est au c\u0153ur des c\u00e9r\u00e9monies de circoncision organis\u00e9es dans presque tout le Boudi\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab\u2009Sur ce point pr\u00e9cis, nos grands-parents y ont formul\u00e9 des pri\u00e8res. Dans les ann\u00e9es 1980, ils y amenaient les circoncis, \u00e0 leur sortie des \u00ab\u00a0Joujou\u00a0\u00bb (Sanctuaire des circoncis) pour les baignades. On dit que l\u2019eau de la mer purifie. Donc, si on lave les circoncis avec cette eau, on enl\u00e8ve les mauvaises choses\u2009\u00bb, interpr\u00e8te ce connaisseur de la tradition mandingue, tenant \u00e0 la main un nid de mange-mil qu\u2019il envisage de mettre dans son lieu de commerce pour attirer la bonne fortune.<\/p>\n<p>Acteur connu dans le milieu des masques protecteurs des circoncis, le \u00ab\u2009Kankourang\u2009\u00bb, Yaya explique que le bolong du Soungrougrou qui traverse Marsassoum est une chance pour les communaut\u00e9s du terroir.<\/p>\n<p>Lieu de purification des corps<\/p>\n<p>Ailleurs, dit-il, les circoncis sont conduits vers le puits le plus ancien du village pour effectuer la baignade de sortie.<\/p>\n<p>Mais, chez nous, nos a\u00efeux ont choisi la mer, ce bras du Soungrougrou, pour le lavage des circoncis.<\/p>\n<p>\u00ab\u2009Un choix qui renferme des secrets que je ne saurai tout \u00e9taler ici\u2009\u00bb, glisse le quadrag\u00e9naire.<\/p>\n<p>\u00c0 Marsassoum, les quartiers de la commune comme Sourouacounda, Sorancounda, Kancaba et m\u00eame des hameaux situ\u00e9s loin du bras de mer viennent laver les circoncis ici.<\/p>\n<p>\u00ab\u2009C\u2019est une sorte de purification. Car m\u00eame les \u00e9largis de prison viennent ici. On les voit se laver ici avant de rentrer chez eux. C\u2019est une mani\u00e8re d\u2019enlever les impuret\u00e9s et les mauvaises langues\u2009\u00bb, commente Yaya Dram\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019attachement des communaut\u00e9s \u00e0 la mer est aussi mystique.<\/p>\n<p>Dans de nombreuses localit\u00e9s de la Casamance, pour conjurer le mauvais sort, les autochtones s\u2019en ouvrent \u00e0 la mer.<\/p>\n<p>Et cette pratique est aussi ancr\u00e9e chez les femmes traditionnelles de Marsassoum.<\/p>\n<p>\u00ab\u2009Dans les quartiers de la commune, elles sortent battant des calebasses sur les art\u00e8res, incantant des pri\u00e8res.<\/p>\n<p>\u00c0 Marsassoum, ces gardiennes de la tradition, \u00e0 en croire Yaya Dram\u00e9, terminent toujours leur manifestation en se dirigeant vers cette rive du Soungrougrou.<\/p>\n<p>C\u2019est aussi sur ce m\u00eame lieu qu\u2019elles offrent des bains de purification aux femmes en fin de veuvage, nous signale Yaya Dram\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab\u2009Nous y avons gagn\u00e9 de l\u2019argent\u2009\u00bb<\/p>\n<p>Le bolong du Soungrougrou qui serpente le long de la commune de Marsassoum fut un v\u00e9ritable poumon \u00e9conomique.<\/p>\n<p>Autrefois, Marsassoum jouait un r\u00f4le important dans l\u2019\u00e9conomie de l\u2019arachide.<\/p>\n<p>Des usines de d\u00e9cortication d\u2019arachide \u00e9taient install\u00e9es dans la capitale du Diassing, favorisant la ru\u00e9e humaine et le d\u00e9veloppement du commerce.<\/p>\n<p>L\u2019essor \u00e9conomique a aussi boost\u00e9 le transport fluvial.<\/p>\n<p>\u00ab\u2009Nous avons trouv\u00e9 le ferry. C\u2019\u00e9tait une v\u00e9ritable \u00e8re \u00e9conomique. Il faisait la navette chaque une heure de temps. Nous profitons des longues minutes d\u2019attente pour faire traverser les voyageurs press\u00e9s. Nous y avons gagn\u00e9 de l\u2019argent, ici\u2009\u00bb, se souvient encore Yaya Dram\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque piroguier sur l\u2019affluent.<\/p>\n<p>\u00ab\u2009C\u2019\u00e9tait une p\u00e9riode dor\u00e9e. Le trafic \u00e9tait florissant. Le ferry cessait ses activit\u00e9s d\u00e8s 21 heures. Les passagers en retard \u00e9taient oblig\u00e9s de solliciter nos services, nous les piroguiers.<\/p>\n<p>Et donc, les heures tardives \u00e9taient une occasion pour moi d\u2019empocher 15.000 FCfa en un voyage\u2009\u00bb, se rem\u00e9more Yaya Dram\u00e9, le regard \u00e9gar\u00e9 par moments.<\/p>\n<p>Depuis que la travers\u00e9e est modernis\u00e9e, avec la construction du pont, ouvert \u00e0 la circulation en 2024, l\u2019\u00e9conomie est en berne.<\/p>\n<p>Le ferry est amarr\u00e9.<\/p>\n<p>Sur les rives \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des abris de vendeuses de poisson, le monstre r\u00e9siste \u00e0 l\u2019\u00e9preuve du temps.<\/p>\n<p>Attaqu\u00e9 par la rouille, il re\u00e7oit en de rares occasions la visite de quelques curieux.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait \u00e7a le moteur \u00e9conomique.<\/p>\n<p>Mais depuis qu\u2019il a cess\u00e9 de battre pavillon, l\u2019\u00e9conomie locale bat de l\u2019aile.<\/p>\n<p>On ne s\u2019attendait pas \u00e0 \u00e7a\u00bb, semble regretter Yaya.<\/p>\n<p>\u00ab\u2009J\u2019en tire un avantage\u2009\u00bb, avoue Ramata Ndiaye<\/p>\n<p>Son \u00e9tal implant\u00e9 comme tant d\u2019autres, le long de la lat\u00e9rite qui conduit \u00e0 la rive du Soungrougrou, Ramata Ndiaye acc\u00e9l\u00e8re le levier de sa machine en moulant le filet de poisson hach\u00e9.<\/p>\n<p>M\u00e8re de cinq enfants, c\u2019est dans cette petite fabrique qu\u2019elle gagne sa vie, profitant des produits halieutiques captur\u00e9s dans le bolong du Soungrougrou.<\/p>\n<p>\u00ab\u2009Je ne suis pas seule, il y a d\u2019autres femmes qui travaillent ici sur la berge. Elles ne sont pas l\u00e0 aujourd\u2019hui\u2009\u00bb, assure-t-elle, r\u00e9p\u00e9tant le mouvement de sa manivelle.<\/p>\n<p>Dans la transformation artisanale du poisson depuis bient\u00f4t 4 ans, Ramata confirme que la ressource en poisson est devenue rare.<\/p>\n<p>\u00ab\u2009Aujourd\u2019hui, il n\u2019y a pas de poisson. C\u2019est un probl\u00e8me pour les m\u00e9nages, par contre j\u2019en tire un avantage parce que toutes les femmes se rabattent chez moi\u2009\u00bb, indique-t-elle \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du brouhaha occasionn\u00e9 par la ru\u00e9e de quelques hommes et femmes vers la pirogue artisanale de p\u00eacheurs maliens.<\/p>\n<p>\u00ab\u2009Personnellement, je rentre avec 4.000 FCfa par jour si les choses marchent bien, parfois moins. C\u2019est tout le contraire avec les hommes, ils veulent gagner plus\u2009\u00bb, lance-t-elle en faisant allusion \u00e0 l\u2019absence des hommes sur la rive.<\/p>\n<p>Pour elle, le Soungrougrou d\u2019aujourd\u2019hui est loin de celui d\u2019hier.<\/p>\n<p>La p\u00eache est morte \u00e0 cause de la surexploitation du bolong.<\/p>\n<p>Le transport jadis assur\u00e9 par le ferry et les pirogues en bois a cess\u00e9 depuis l\u2019\u00e9rection du pont.<\/p>\n<p>\u00ab\u2009C\u2019est certes un pas \u00e9norme pour la modernisation de notre ville, mais il a laiss\u00e9 derri\u00e8re de nombreux autochtones\u2009\u00bb, reconna\u00eet-elle.<\/p>\n<p>Pour augmenter leur gain, Ramata et ses amis tiennent une tontine de 1.000 FCfa par personne.<\/p>\n<p>Elle tire apr\u00e8s chaque fin de semaine.<\/p>\n<p>\u00c0 Marsassoum, le Soungrougrou continue de jouer sa partition dans la purification des corps\u2026<\/p>\n<p>Par Jonas Souloubany BASS\u00c8NE (Correspondant)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"\u00c0 Marsassoum, les communaut\u00e9s attachent encore un lien ancestral avec le Soungrougrou, affluent du fleuve Casamance. 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