{"id":19015,"date":"2026-02-19T06:51:10","date_gmt":"2026-02-19T06:51:10","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/19015\/"},"modified":"2026-02-19T06:51:10","modified_gmt":"2026-02-19T06:51:10","slug":"tunisie-quand-lopportunisme-fabrique-linformation-la-connivence-des-elites-signe-t-elle-la-mort-du-journalisme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/19015\/","title":{"rendered":"Tunisie\u00a0: quand l\u2019opportunisme fabrique l\u2019information &#8211;\u00a0La connivence des \u00e9lites signe-t-elle la mort du journalisme\u00a0?"},"content":{"rendered":"<p>        <img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-529266 size-full\" src=\"data:image\/svg+xml,%3Csvg%20xmlns=\" http:=\"\" alt=\"Illustration symbolique montrant une balance d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9e avec une plume de journaliste d'un c\u00f4t\u00e9 et des liasses de billets de l'autre, \u00e9voquant la pression financi\u00e8re sur la presse.\" width=\"680\" height=\"453\" data-lazy- data-lazy- data-lazy-src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/presse-medias-numerique.jpg\"\/><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-529266 size-full\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/presse-medias-numerique.jpg\" alt=\"Illustration symbolique montrant une balance d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9e avec une plume de journaliste d'un c\u00f4t\u00e9 et des liasses de billets de l'autre, \u00e9voquant la pression financi\u00e8re sur la presse.\" width=\"680\" height=\"453\"  \/>Presse<\/p>\n<p>\u00ab\u202fL\u2019aptitude des \u00e9lites \u00e0 jouer avec les r\u00e8gles, les sp\u00e9cificit\u00e9s de leurs transgressions, la faiblesse des sanctions qui leur sont appliqu\u00e9es et leur tol\u00e9rance \u00e0 l\u2019\u00e9gard des fraudes commises par leurs pairs ne cessent d\u2019\u00eatre d\u00e9montr\u00e9es. \u00bb Dixit Pierre Lascoumes, sociologue, dans L\u2019\u00c9conomie morale des \u00e9lites dirigeantes.<\/p>\n<p>S\u2019il analyse ici le cas fran\u00e7ais, son propos d\u00e9passe largement ce cadre national\u202f: il d\u00e9crit un m\u00e9canisme universel, que l\u2019on retrouve dans de nombreux contextes, y compris en Tunisie, o\u00f9 les \u00e9lites \u00e9conomiques et politiques reproduisent des pratiques similaires de contournement des r\u00e8gles, d\u2019impunit\u00e9 et de solidarit\u00e9 de caste.<\/p>\n<p>Les \u00e9lites \u00e9conomiques qui d\u00e9noncent aujourd\u2019hui le n\u00e9potisme, le client\u00e9lisme, l\u2019incomp\u00e9tence du pouvoir politique et la r\u00e9gression de la libert\u00e9 de la presse, omettent rarement de pr\u00e9ciser qu\u2019elles contribuent elles-m\u00eames \u00e0 la d\u00e9gradation du champ m\u00e9diatique.<\/p>\n<p>Car ces \u00e9lites ne se contentent pas d\u2019observer\u202f: elles fa\u00e7onnent, financent et orientent les m\u00e9dias selon leurs int\u00e9r\u00eats. Elles d\u00e9cident des programmes promotionnels, dictent les priorit\u00e9s publicitaires et imposent subtilement \u2014 parfois explicitement \u2014 les lignes \u00e9ditoriales qui servent leurs r\u00e9seaux.<\/p>\n<p>Le pouvoir des amiti\u00e9s utiles : l\u00e0 o\u00f9 se fabrique l\u2019information<\/p>\n<p>Leur influence repose autant sur l\u2019argent que sur un capital relationnel soigneusement entretenu\u202f: amiti\u00e9s anciennes, complicit\u00e9s d\u2019affaires, invitations dans des cercles priv\u00e9s, \u00e9changes de services, renvois d\u2019ascenseur. Dans ces espaces feutr\u00e9s, loin du regard public, se n\u00e9gocient les campagnes publicitaires, les placements de produits, les invitations sur les plateaux, les silences strat\u00e9giques et les attaques cibl\u00e9es. Le journalisme devient alors un outil de visibilit\u00e9 pour les uns, un instrument de disqualification pour les autres.<\/p>\n<p>Depuis 2011, la multiplication des m\u00e9dias en Tunisie \u2014 radios, t\u00e9l\u00e9visions, plateformes num\u00e9riques \u2014 s\u2019est faite sans mod\u00e8le \u00e9conomique solide. Cette fragilit\u00e9 a ouvert un boulevard aux \u00e9lites \u00e9conomiques, qui ont compris qu\u2019un m\u00e9dia en difficult\u00e9 est un m\u00e9dia achetable, influen\u00e7able et domptable. Les annonceurs, souvent proches de milieux politiques ou int\u00e9gr\u00e9s \u00e0 des r\u00e9seaux d\u2019affaires, conditionnent leur soutien financier \u00e0 une forme de loyaut\u00e9 \u00e9ditoriale. Les programmes promotionnels deviennent des espaces o\u00f9 l\u2019amiti\u00e9 et l\u2019int\u00e9r\u00eat se confondent\u202f: on invite un ami entrepreneur, on valorise un partenaire, on tait un scandale, on amplifie une rumeur utile.<\/p>\n<p>\u00ab L\u2019aptitude des \u00e9lites \u00e0 jouer avec les r\u00e8gles [\u2026] et leur tol\u00e9rance \u00e0 l\u2019\u00e9gard des fraudes commises par leurs pairs ne cessent d\u2019\u00eatre d\u00e9montr\u00e9es. \u00bb \u2013 Pierre Lascoumes.<\/p>\n<p>Quand l\u2019information devient promotion : l\u2019\u00e8re des journalistes-commerciaux<\/p>\n<p>Cette logique a engendr\u00e9 une cat\u00e9gorie de \u00ab journalistes commerciaux \u00bb, contraints de composer avec les imp\u00e9ratifs publicitaires. La fronti\u00e8re entre information et promotion se brouille\u202f: un reportage devient une vitrine, une interview devient un service rendu, une enqu\u00eate devient un risque \u00e0 \u00e9viter. La cr\u00e9dibilit\u00e9 de l\u2019information s\u2019effrite, non pas par manque de comp\u00e9tence des journalistes, mais parce que les conditions structurelles les emp\u00eachent d\u2019\u00eatre ind\u00e9pendants.<\/p>\n<p>Les partis entreprises exploitent eux aussi cette vuln\u00e9rabilit\u00e9. Ils investissent dans les m\u00e9dias pour fa\u00e7onner l\u2019opinion, promouvoir leurs figures et neutraliser leurs adversaires. La communication politique se d\u00e9guise en information, et l\u2019information se transforme en marchandise.<\/p>\n<p>La fronti\u00e8re entre communication politique et journalisme devient poreuse, voire inexistante.<\/p>\n<p>Une r\u00e9gulation impuissante face aux pressions \u00e9conomiques et politiques<\/p>\n<p>Face \u00e0 cette d\u00e9rive, la faiblesse des instances de r\u00e9gulation \u2014 Conseil de la presse, HAICA, structures professionnelles \u2014 laisse le champ libre aux pressions \u00e9conomiques et politiques. Sans cadre l\u00e9gislatif solide, sans moyens, sans autorit\u00e9 effective, la r\u00e9gulation ne parvient ni \u00e0 prot\u00e9ger les journalistes, ni \u00e0 garantir la transparence des financements, ni \u00e0 sanctionner les abus.<\/p>\n<p>Dans ce contexte, le syndicat des journalistes se retrouve dans une position paradoxale. Il a le devoir et l\u2019obligation de d\u00e9fendre la d\u00e9ontologie, de prot\u00e9ger les journalistes et d\u2019\u0153uvrer pour l\u2019ind\u00e9pendance de la profession. Mais il affronte un environnement o\u00f9 les logiques commerciales dominent, o\u00f9 les propri\u00e9taires de m\u00e9dias imposent leurs priorit\u00e9s, et o\u00f9 la pr\u00e9carit\u00e9 fragilise la capacit\u00e9 de r\u00e9sistance des r\u00e9dactions. Le syndicat peut d\u00e9noncer, alerter, proposer \u2014 mais sans un organe r\u00e9gulateur fort, dot\u00e9 de pouvoirs contraignants, ses efforts restent limit\u00e9s.<\/p>\n<p>\u00ab Un m\u00e9dia en difficult\u00e9 est un m\u00e9dia achetable, influen\u00e7able et domptable. \u00bb<\/p>\n<p>Qui d\u00e9cide encore de la v\u00e9rit\u00e9 ?<\/p>\n<p>La question fondamentale demeure\u202f: qui d\u00e9cide aujourd\u2019hui de la v\u00e9racit\u00e9, de l\u2019objectivit\u00e9 et de la cr\u00e9dibilit\u00e9 de l\u2019information en Tunisie\u202f? Est ce le propri\u00e9taire du m\u00e9dia, le chef d\u2019entreprise annonceur, le ministre qui finance, ou le journaliste qui tente d\u2019effectuer son travail\u202f?<\/p>\n<p>Reste enfin \u00e0 questionner ces journalistes opportunistes qui, sous couvert d\u2019informer, monnayent leur tribune et participent \u00e0 la marchandisation de l\u2019espace public.<\/p>\n<p>En l\u2019absence d\u2019un organisme r\u00e9gulateur ind\u00e9pendant, transparent et dot\u00e9 d\u2019un r\u00e9el pouvoir, la r\u00e9ponse est inqui\u00e9tante\u202f: ce ne sont plus les journalistes qui d\u00e9finissent l\u2019information, mais ceux qui la paient et ceux qui les fr\u00e9quentent.<\/p>\n<p>Mais au del\u00e0 de ces responsabilit\u00e9s crois\u00e9es, c\u2019est toute l\u2019architecture de notre espace public qui m\u00e9rite d\u2019\u00eatre repens\u00e9e. La confiance ne se d\u00e9cr\u00e8te pas\u202f: elle se construit, patiemment, par des r\u00e8gles claires, des institutions solides et une \u00e9thique r\u00e9ellement partag\u00e9e. Le journalisme ne peut retrouver sa dignit\u00e9 que si chacun accepte de r\u00e9int\u00e9grer son r\u00f4le, sans empi\u00e9ter sur celui de l\u2019autre. Et peut \u00eatre est ce l\u00e0, finalement, le v\u00e9ritable enjeu\u202f: reconstruire un \u00e9cosyst\u00e8me o\u00f9 l\u2019information cesse d\u2019\u00eatre une marchandise pour redevenir un bien commun.<\/p>\n<p>Amel Belhadj Ali<\/p>\n<p>Vers un \u201cNew Deal\u201d de l\u2019information<\/p>\n<p data-path-to-node=\"3\">La question fondamentale demeure : qui d\u00e9cide aujourd\u2019hui de la v\u00e9racit\u00e9 et de la cr\u00e9dibilit\u00e9 de l\u2019information en Tunisie ? Est-ce le propri\u00e9taire, l\u2019annonceur de poids, le politique influent, ou le journaliste qui tente d\u2019exercer son m\u00e9tier ?<\/p>\n<p data-path-to-node=\"4\">En l\u2019absence d\u2019un organe r\u00e9gulateur ind\u00e9pendant et dot\u00e9 d\u2019un r\u00e9el pouvoir de sanction, la r\u00e9ponse est inqui\u00e9tante : l\u2019information n\u2019est plus d\u00e9finie par ceux qui la produisent, mais par ceux qui la paient. Pourtant, cette d\u00e9rive n\u2019est pas une fatalit\u00e9. Pour restaurer la dignit\u00e9 du journalisme, trois chantiers urgents s\u2019imposent :<\/p>\n<p>La transparence radicale : Imposer la publication annuelle de l\u2019actionnariat des m\u00e9dias et l\u2019origine de leurs financements publicitaires pour exposer les conflits d\u2019int\u00e9r\u00eats.<br \/>\nL\u2019ind\u00e9pendance statutaire : Cr\u00e9er des barri\u00e8res juridiques (clauses de conscience renforc\u00e9es, chartes \u00e9thiques contraignantes) prot\u00e9geant les r\u00e9dactions des pressions de leurs propres actionnaires.<br \/>\nLe financement citoyen : Encourager des mod\u00e8les alternatifs \u2014 coop\u00e9ratives de journalistes, abonnements num\u00e9riques, fondations \u2014 pour briser le monopole du \u201ctout-publicitaire\u201d.<\/p>\n<p data-path-to-node=\"6\">La confiance ne se d\u00e9cr\u00e8te pas : elle se construit par des r\u00e8gles claires et une \u00e9thique r\u00e9ellement partag\u00e9e. Le journalisme ne retrouvera sa fonction de contre-pouvoir que si nous acceptons collectivement de sortir de cette logique marchande pour sanctuariser l\u2019information comme un bien commun.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Presse \u00ab\u202fL\u2019aptitude des \u00e9lites \u00e0 jouer avec les r\u00e8gles, les sp\u00e9cificit\u00e9s de leurs transgressions, la faiblesse des sanctions&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":19016,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[120],"tags":[8739,8740,8741,4713,2780,3261,8742,8743,124],"class_list":{"0":"post-19015","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-tunisie","8":"tag-deontologie","9":"tag-deontologie-journalistique","10":"tag-elites-economiques","11":"tag-journalisme","12":"tag-liberte-de-la-presse","13":"tag-medias","14":"tag-medias-tunisie","15":"tag-pourquoi-la-presse-tunisienne-est-elle-fragile","16":"tag-tunisie"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@afrique\/116095974280555234","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/19015","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=19015"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/19015\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/19016"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=19015"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=19015"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=19015"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}