{"id":192278,"date":"2026-08-26T18:57:14","date_gmt":"2026-08-26T18:57:14","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/192278\/"},"modified":"2026-08-26T18:57:14","modified_gmt":"2026-08-26T18:57:14","slug":"entre-fleuve-et-ocean-a-saint-louis-leau-rythme-la-vie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/192278\/","title":{"rendered":"Entre fleuve et oc\u00e9an : \u00c0 Saint-Louis, l\u2019eau rythme la vie"},"content":{"rendered":"<p>\u00c0 Saint-Louis, le fleuve S\u00e9n\u00e9gal borde les maisons, accompagne les pirogues, nourrit les familles, inspire les artistes et traverse les r\u00e9cits des anciens.<\/p>\n<p>SAINT-LOUIS- Le fleuve S\u00e9n\u00e9gal a dessin\u00e9 Saint-Louis. Pour comprendre v\u00e9ritablement la ville, il faut la regarder depuis l\u2019eau. L\u2019\u00eele de Ndar s\u2019\u00e9tire entre les bras du fleuve S\u00e9n\u00e9gal. Plus loin, la Langue de Barbarie s\u00e9pare le fleuve de l\u2019oc\u00e9an Atlantique. \u00c0 Guet-Ndar, les pirogues occupent les berges comme si elles avaient toujours \u00e9t\u00e9 l\u00e0. Elles s\u2019\u00e9tendent \u00e0 perte de vue orn\u00e9es de drapeaux aux couleurs diverses. Plus loin, le pont Faidherbe relie les deux rives et semble, lui aussi, participer depuis longtemps \u00e0 cette conversation entre la ville et l\u2019eau. \u00ab Il est quasiment impossible de parler de la ville de Saint-Louis sans pour autant parler du fleuve S\u00e9n\u00e9gal \u00bb, explique le professeur Abdoul Sow, directeur du Centre de recherche et de documentation du S\u00e9n\u00e9gal (Crds). Pour l\u2019universitaire, cette relation n\u2019est pas une simple proximit\u00e9 g\u00e9ographique. Le fleuve a particip\u00e9 \u00e0 la naissance m\u00eame de la ville. Les premiers comptoirs, le commerce, le transport des marchandises et les \u00e9changes avec l\u2019arri\u00e8re-pays se sont d\u00e9velopp\u00e9s gr\u00e2ce \u00e0 cette voie d\u2019eau. Selon lui, avant le chemin de fer, avant les routes, l\u2019eau \u00e9tait le chemin. Les marchandises venues de l\u2019int\u00e9rieur arrivaient par le fleuve avant de repartir vers la mer et l\u2019Europe. La gomme arabique, l\u2019arachide et d\u2019autres produits transitaient par les entrep\u00f4ts de la ville. Saint-Louis s\u2019est ainsi construite comme une ville d\u2019\u00e9changes, tourn\u00e9e vers l\u2019eau. Mais le fleuve n\u2019a pas seulement organis\u00e9 l\u2019\u00e9conomie. Il a aussi fa\u00e7onn\u00e9 les hommes et les femmes qui vivent \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s. \u00c0 Guet-Ndar, c\u00e9l\u00e8bre quartier des p\u00eacheurs de Saint-Louis, cette relation est particuli\u00e8rement visible. Les p\u00eacheurs connaissent les courants, les vents, les saisons, les mouvements de la mer. Leur savoir s\u2019est transmis de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration. \u00ab Les Saint-Louisiens, par essence, sont des gens qui savent vivre avec l\u2019eau. Ils grandissent autour du fleuve. Ils vont se baigner dans le fleuve, ils vont y prendre du poisson \u00bb, a soulign\u00e9 le professeur Abdoul Sow.Cette intimit\u00e9 avec l\u2019eau a produit une v\u00e9ritable culture. Pour Pape Samba Sow, dit Zoumba, artiste, \u00e9crivain, parolier et conteur, la relation des Saint-Louisiens avec l\u2019eau plonge encore plus profond\u00e9ment dans l\u2019histoire et les croyances. \u00ab Tant que l\u2019eau du fleuve et de la mer est l\u2019\u00e9l\u00e9ment central de Saint-Louis, tout y renvoie, aussi bien la g\u00e9ographie que l\u2019histoire \u00bb, estime-t-il.<\/p>\n<p>Les r\u00e9gates sur fleuve, une tradition s\u00e9culaire<\/p>\n<p>Le fleuve est aussi un lieu de f\u00eate. Et aucune manifestation ne le montre mieux que les r\u00e9gates, ces courses traditionnelles de pirogues qui transforment chaque ann\u00e9e les berges de Saint-Louis en une immense sc\u00e8ne populaire. \u00c0 Guet-Ndar, les r\u00e9gates se pr\u00e9parent plusieurs jours avant la course. En ce d\u00e9but d\u2019ao\u00fbt, les rues deLodo, Pondo Kh\u00f4l\u00e9 et Dakk, trois sous-quartiers de Guet-Ndar, vibrent au rythme des pr\u00e9paratifs. Mercredi 12ao\u00fbt 2026, \u00e0 trois jours des grandes courses de l\u2019\u00e9dition 2026, \u00e0 Lodo le vert et le blanc flottent au-dessus de toutes les ruelles. Depuis le 5 ao\u00fbt, chaque sous-quartier dispose de 48 heures d\u2019activit\u00e9s culturelles. On danse, on chante, on se souvient. On rend hommage aux anciens et aux illustres fils de la communaut\u00e9. Car derri\u00e8re la comp\u00e9tition se trouve une autre histoire, celle d\u2019une communaut\u00e9 qui cherche \u00e0 transmettre sa m\u00e9moire. \u00ab Nous avons le m\u00eame anc\u00eatre \u00bb, rappelle ElhadjLamana Dieng, membre du staff de Lodo. La rivalit\u00e9 est forte, mais elle reste une rivalit\u00e9 entre membres d\u2019une m\u00eame famille. La filiation paternelle d\u00e9termine le sous-quartier auquel appartient le rameur. Deux fr\u00e8res peuvent ainsi d\u00e9fendre des couleurs diff\u00e9rentes. Sur le fleuve, chacun veut gagner, dans la vie, ils restent des voisins, des parents.<\/p>\n<p>Des semaines de pr\u00e9paration pour quelques minutes sur l\u2019eau<\/p>\n<p>Pour les spectateurs, les r\u00e9gates durentquelques minutes, pour les rameurs, elles se pr\u00e9parent pendant des semaines.D\u00e8s que la date est connue, les entra\u00eenements commencent ou s\u2019intensifient. Les corps se renforcent. Les mouvements sont r\u00e9p\u00e9t\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 devenir presque instinctifs. \u00c0 bord des pirogues d\u2019entra\u00eenement, les rameurs apprennent \u00e0 ne faire qu\u2019un. Dans une course o\u00f9 chaque seconde compte, le moindre d\u00e9s\u00e9quilibre peut co\u00fbter la victoire. Birahim, jeune rameur de Lodo, insiste sur cette pr\u00e9paration physique, mais aussi mentale. \u00ab Nous nous pr\u00e9parons physiquement, mais aussi mentalement \u00bb, explique-t-il. La discipline ne concerne d\u2019ailleurs pas uniquement les rameurs. \u00c0 l\u2019approche de la comp\u00e9tition, les femmes adaptent leur alimentation. Bouillie de mil, lait, lait caill\u00e9 et autres pr\u00e9parations sont privil\u00e9gi\u00e9s. Les repas trop gras sont \u00e9vit\u00e9s. Certaines \u00e9quipes dorment m\u00eame sur les toits des maisons pour rester au plus pr\u00e8s de leur pr\u00e9paration.Le corps du rameur devient ainsi l\u2019objet d\u2019une attention collective. Dans certaines familles, aux c\u00f4t\u00e9s de la pr\u00e9paration sportive subsistent des pratiques traditionnelles plus discr\u00e8tes.Les r\u00e9gates sont aussi un moment o\u00f9 le pass\u00e9 et le pr\u00e9sent se rencontrent.Zoumba les pr\u00e9sente comme un v\u00e9ritable patrimoine immat\u00e9riel. \u00ab Pour les r\u00e9gates, c\u2019est une affaire de communion sociale bien ludique apr\u00e8s tant d\u2019efforts, comme les cultivateurs font la f\u00eate de la moisson \u00bb, a expliqu\u00e9 le tr\u00e9sor humain vivant de Saint-Louis.<\/p>\n<p>Le 15 ao\u00fbt 2026 : quand Saint-Louis regarde le fleuve<\/p>\n<p>Puis vient le grand jour. Le 15 ao\u00fbt, les berges du fleuve S\u00e9n\u00e9gal se remplissent. Entre l\u2019\u00eele de Ndar et Sor, la foule s\u2019installe. Les autorit\u00e9s, les notables, les familles, les jeunes et les anciens se retrouvent. Sur le pont Faidherbe, les spectateurs scrutent l\u2019eau. Les pirogues attendent. Puis le signal. Les pagaies plongent simultan\u00e9ment dans le fleuve. Les corps se penchent. Ils sont au moins 60 rameurs dans les petites pirogues et au moins 80 dans les grandes,soigneusement retap\u00e9es et peintes aux couleurs vives pour l\u2019occasion. Les pirogues bondissent et soudain le calme habituel du fleuve dispara\u00eet derri\u00e8re les cris de la foule. Chaque coup de pagaie est accompagn\u00e9 d\u2019une clameur. Les supporters gesticulent, encouragent, appellent les rameurs par leur nom. Sur les berges, la comp\u00e9tition devient presque une affaire personnelle.Certaines courses imposent m\u00eame des man\u0153uvres spectaculaires : renverser la pirogue, la remettre \u00e0 l\u2019endroit, remonter \u00e0 bord et poursuivre. Le spectacle est autant sur l\u2019eau que sur les rives. \u00c0 terre, les femmes chantent et dansent. Le sabar, le tama et les rythmes traditionnels accompagnent la f\u00eate. Et lorsque la pirogue Ahmeth FallBraya, repr\u00e9sentant Pondo Kh\u00f4l\u00e9, franchit la ligne d\u2019arriv\u00e9e en t\u00eate, la joie explose. Pondo Kh\u00f4l\u00e9 gagne. C\u2019est la fiert\u00e9 d\u2019un quartier. Mais c\u2019est toutGuet-Ndar qui est en f\u00eate, en communion. C\u2019est peut-\u00eatre l\u00e0 que se trouve le v\u00e9ritable sens des r\u00e9gates.Elles permettent aux g\u00e9n\u00e9rations de se retrouver autour de l\u2019eau. Le fleuve devient une m\u00e9moire en mouvement. \u00ab La Langue de Barbarie est tr\u00e8s conservatrice et des traditions fortes y demeurent intactes \u00bb, observe Zoumba.Il cite le \u00ab Dee ndiaay \u00bb, le \u00ab Ribidiong\u00bb, le \u00ab Tuur \u00bb, le \u00ab Mbotaay \u00bb, le \u00ab Saraxu dex gi \u00bb, les r\u00e9gates, le \u00ab Xaxar\u00bb, le \u00ab Takkussanu Ndar \u00bb, le sabar, le tama, le \u00ab Tannbeer \u00bb ou encore le \u00ab Kassack \u00bb. Autant de noms qui peuvent sembler myst\u00e9rieux \u00e0 celui qui ne conna\u00eet pas Saint-Louis, mais qui constituent les fragments d\u2019une m\u00e9moire collective. Le fleuve les relie.<\/p>\n<p>Par Jeanne SAGNA (Correspondante)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"\u00c0 Saint-Louis, le fleuve S\u00e9n\u00e9gal borde les maisons, accompagne les pirogues, nourrit les familles, inspire les artistes et&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":192279,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":"","_share_on_mastodon":"0"},"categories":[84],"tags":[57956,57508,3008,7632,11],"class_list":["post-192278","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-senegal","tag-au-fil-de-leau","tag-fleuve","tag-ocean","tag-saint-louis","tag-senegal"],"share_on_mastodon":{"url":"","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/192278","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=192278"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/192278\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/192279"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=192278"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=192278"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=192278"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}