{"id":192355,"date":"2026-08-26T20:33:19","date_gmt":"2026-08-26T20:33:19","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/192355\/"},"modified":"2026-08-26T20:33:19","modified_gmt":"2026-08-26T20:33:19","slug":"defense-leurope-veut-des-champions-paneuropeens-chaque-etat-veut-le-sien","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/192355\/","title":{"rendered":"DEFENSE: l\u2019Europe veut des champions paneurop\u00e9ens, chaque \u00c9tat veut le sien"},"content":{"rendered":"<p>En 2025, les \u00c9tats membres de l\u2019Union europ\u00e9enne ont consacr\u00e9 115 milliards d\u2019euros \u00e0 l\u2019achat d\u2019\u00e9quipements militaires. La m\u00eame ann\u00e9e, les startups europ\u00e9ennes class\u00e9es dans la d\u00e9fense, la s\u00e9curit\u00e9 et la r\u00e9silience ont lev\u00e9 8,7 milliards de dollars.<\/p>\n<p>Entre ces deux masses d\u2019argent, un troisi\u00e8me chiffre raconte l\u2019essentiel: les achats collaboratifs sp\u00e9cifiquement europ\u00e9ens d\u00e9clar\u00e9s par 19 \u00c9tats n\u2019ont repr\u00e9sent\u00e9 que 11 % de leurs investissements.<\/p>\n<p>Bien entendu, le capital et la commande publique ne mesurent \u00e9videmment pas la m\u00eame chose. Si le premier parie sur les entreprises susceptibles de prendre de la valeur, la seconde d\u00e9cide lesquelles disposeront d\u2019un produit certifi\u00e9, d\u2019une usine op\u00e9rationnelle et de revenus suffisamment pr\u00e9visibles pour survivre au-del\u00e0 du prochain tour de table.<\/p>\n<p>L\u2019Europe a d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9 \u00e0 construire un march\u00e9 financier de la d\u00e9fense, mais elle n\u2019a pas encore construit le march\u00e9 industriel correspondant.<\/p>\n<p>Si les investisseurs raisonnent d\u00e9sormais \u00e0 l\u2019\u00e9chelle du continent, parfois de l\u2019OTAN, les minist\u00e8res continuent de commander \u00e0 Paris, Berlin, Londres, Rome ou Varsovie. Pourtant chacun affirme vouloir faire \u00e9merger des champions paneurop\u00e9ens, et bien entendu, \u00e0 la condition assez naturelle qu\u2019ils installent leur si\u00e8ge, leurs usines, leurs ing\u00e9nieurs et leurs centres de d\u00e9cision sur son territoire.<\/p>\n<p>Chacun l\u2019aura compris, la souverainet\u00e9 europ\u00e9enne s\u2019arr\u00eate souvent l\u00e0 o\u00f9 commence la politique industrielle nationale.<\/p>\n<p>Le capital a d\u00e9sign\u00e9 ses premiers vainqueurs<\/p>\n<p>Et pourtant, la d\u00e9fense europ\u00e9enne n\u2019est plus la cat\u00e9gorie marginale que les grands investisseurs \u00e9vitaient encore au d\u00e9but de la d\u00e9cennie.<\/p>\n<p>Selon les donn\u00e9es r\u00e9unies par DEALROOM et le <a rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.nif.fund\/news\/dealroom-and-nato-innovation-fund-european-defence-security-resilience-startups-smash-record-with-8-7b-raised-in-2025\/\">NATO INNOVATION FUND<\/a>, les soci\u00e9t\u00e9s europ\u00e9ennes de d\u00e9fense, de s\u00e9curit\u00e9 et de r\u00e9silience ont attir\u00e9 8,7 milliards de dollars en 2025, soit 55 % de plus qu\u2019en 2024 et pr\u00e8s de quatre fois le montant observ\u00e9 cinq ans auparavant.<\/p>\n<p>Le p\u00e9rim\u00e8tre associe les syst\u00e8mes militaires aux technologies duales, \u00e0 la cybers\u00e9curit\u00e9, au spatial, au quantique et aux infrastructures critiques. Il ne mesure donc pas uniquement l\u2019investissement dans l\u2019armement, il montre n\u00e9anmoins qu\u2019un secteur longtemps soumis aux pr\u00e9cautions lexicales du dual use est devenu une classe d\u2019actifs assum\u00e9e.<\/p>\n<p>La progression se concentre d\u00e9sormais sur les soci\u00e9t\u00e9s les plus avanc\u00e9es. Les financements late stage ont atteint 4,7 milliards de dollars en 2025, environ trois fois plus que l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente.<\/p>\n<p>Et le mouvement s\u2019est encore acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 en 2026, <a href=\"https:\/\/www.frenchweb.fr\/1-milliard-deuros-leves-en-3-ans-helsing-incarne-une-nouvelle-generation-dacteurs-europeen-dans-la-defense-europeenne\/455497\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">HELSING<\/a> a lev\u00e9 1,8 milliard de dollars en juillet \u00e0 une valorisation de 18 milliards. Fond\u00e9e en 2021 comme une entreprise d\u2019intelligence artificielle militaire, la soci\u00e9t\u00e9 allemande d\u00e9veloppe d\u00e9sormais des drones, <a href=\"https:\/\/www.frenchweb.fr\/helsing-deploie-son-capital-dans-la-guerre-sous-marine\/457710\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">des syst\u00e8mes sous-marins<\/a> et des technologies destin\u00e9es aux plateformes a\u00e9riennes.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.frenchweb.fr\/quantum-systems-leve-12-milliard-de-dollars-la-bataille-des-drones-est-terminee-celle-des-plateformes-de-defense-commence\/462656\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">QUANTUM SYSTEMS a r\u00e9uni 1,2 milliard de dollars quelques jours auparavant<\/a>, \u00e0 une valorisation post-money d\u2019environ 8 milliards. Le fabricant bavarois ne veut plus seulement fournir des drones de reconnaissance. Il ambitionne de construire une famille de syst\u00e8mes autonomes dans les domaines a\u00e9rien, terrestre et maritime, reli\u00e9s par une m\u00eame couche logicielle.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.frenchweb.fr\/defense-la-startup-allemande-stark-soutenue-par-peter-thiel-leve-500-millions-deuros\/462555\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">STARK, sp\u00e9cialis\u00e9 notamment dans les munitions r\u00f4deuses, aurait de son c\u00f4t\u00e9 atteint une valorisation de plusieurs milliards d\u2019euros deux ans apr\u00e8s sa cr\u00e9ation<\/a>.<\/p>\n<p>Cela \u00e9tant, ces montants d\u2019investissement ne d\u00e9montrent pas encore que l\u2019Europe poss\u00e8de ses nouveaux <a href=\"https:\/\/www.frenchweb.fr\/anduril-leve-23-milliards-deuros-et-veut-simposer-comme-le-spacex-de-la-defense-americaine\/455204\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">ANDURIL<\/a> ou <a href=\"https:\/\/www.frenchweb.fr\/palantir-lentreprise-qui-reve-de-devenir-loperating-system-de-letat-americain\/453670\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">PALANTIR, <\/a>\u00a0mais montrent que les investisseurs ont d\u00e9cid\u00e9 de financer leur apparition.<\/p>\n<p>Les fonds eux-m\u00eames changent d\u2019\u00e9chelle. EXPEDITIONS a r\u00e9uni 197 millions d\u2019euros pour son deuxi\u00e8me v\u00e9hicule avec le soutien du FONDS EUROP\u00c9EN D\u2019INVESTISSEMENT, du NATO INNOVATION FUND, de PFR, de BAE SYSTEMS et de KEYSIGHT TECHNOLOGIES. Son portefeuille associe des soci\u00e9t\u00e9s fran\u00e7aises, allemandes, britanniques, estoniennes, croates et ukrainiennes.<\/p>\n<p>Les tours de table sont paneurop\u00e9ens, les investisseurs traversent l\u2019Atlantique et les valorisations supposent un march\u00e9 continental, d\u2019autant qu\u2019aucun budget national ne peut, seul, soutenir durablement des entreprises valoris\u00e9es entre 8 et 18 milliards de dollars.<\/p>\n<p>Leur financement les oblige \u00e0 devenir europ\u00e9ennes, et leur d\u00e9veloppement industriel les ram\u00e8ne vers leur \u00c9tat d\u2019origine.<\/p>\n<p>Un industriel de d\u00e9fense ne na\u00eet pas de sa valorisation<\/p>\n<p>Une startup peut devenir une licorne \u00e0 la signature d\u2019un tour de table, cela n\u2019en fait pas un prime contractor.<\/p>\n<p>Car un ma\u00eetre d\u2019\u0153uvre industriel ne vend pas seulement un logiciel, un capteur ou un drone, maisl assume devant l\u2019\u00c9tat la responsabilit\u00e9 d\u2019un syst\u00e8me complet. Il s\u00e9lectionne les sous-traitants, garantit la cybers\u00e9curit\u00e9, organise la production, obtient les certifications, forme les militaires, maintient les \u00e9quipements et assure leur \u00e9volution pendant plusieurs ann\u00e9es.<\/p>\n<p>Lorsqu\u2019un programme \u00e9choue, le minist\u00e8re sait \u00e0 quelle porte frapper. Cette commodit\u00e9, qui peut sembler un peu administrative, explique une partie de la long\u00e9vit\u00e9 de BAE SYSTEMS, THALES, RHEINMETALL, LEONARDO, SAAB, AIRBUS ou MBDA.<\/p>\n<p>C\u2019est pourquoi les nouveaux acteurs cherchent d\u00e9sormais \u00e0 remonter cette cha\u00eene. Ainsi un fabricant de drones d\u00e9veloppe son logiciel de mission, puis ses communications, sa plateforme de donn\u00e9es et ses fonctions de commandement. Un \u00e9diteur d\u2019intelligence artificielle ajoute des capteurs avant de concevoir ses propres syst\u00e8mes autonomes. Chacun veut contr\u00f4ler l\u2019architecture, car c\u2019est elle qui permet de capter la relation avec l\u2019arm\u00e9e et de choisir les fournisseurs qui travailleront en dessous.<\/p>\n<p>Le capital-risque encourage naturellement cette int\u00e9gration. Le fournisseur d\u2019un composant re\u00e7oit une partie du budget. Le prime contr\u00f4le la commande, les donn\u00e9es, les mises \u00e0 jour et les contrats de maintenance. C\u2019est chez lui que se concentrent les revenus et la valeur.<\/p>\n<p>L\u2019\u00c9tat joue cependant un r\u00f4le que l\u2019investisseur ne peut pas remplacer. Ainsi l\u2019ALLEMAGNE envisagerait de commander pour 536 millions d\u2019euros de drones d\u2019attaque \u00e0 HELSING et STARK. La commande allemande donnerait alors les volumes, les essais et les r\u00e9f\u00e9rences op\u00e9rationnelles n\u00e9cessaires pour devenir des industriels.<\/p>\n<p>Au Royaume-Uni, CAMBRIDGE AEROSPACE a obtenu <a rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.gov.uk\/government\/news\/uk-start-up-to-supply-interceptor-missiles-to-uk-military-and-gulf-partners\">un contrat de plusieurs millions de livres pour fournir ses missiles intercepteurs SKYHAMMER \u00e0 l\u2019arm\u00e9e britannique et \u00e0 des partenaires du Golfe<\/a>. Le gouvernement insiste sur le caract\u00e8re souverain de la solution, les emplois cr\u00e9\u00e9s au Royaume-Uni et la capacit\u00e9 de livrer rapidement.<\/p>\n<p>La rationalit\u00e9 nationale produit une inefficacit\u00e9 continentale<\/p>\n<p>Les gouvernements ont de bonnes raisons de vouloir conserver leurs capacit\u00e9s militaires sur leur territoire. Un champion national garantit des emplois, des comp\u00e9tences, des recettes fiscales et une certaine s\u00e9curit\u00e9 d\u2019approvisionnement. L\u2019\u00c9tat conserve un acc\u00e8s direct aux \u00e9quipes, peut contr\u00f4ler les exportations et imposer que ses besoins soient servis avant ceux d\u2019un client \u00e9tranger. Il r\u00e9duit aussi le risque qu\u2019un gouvernement voisin bloque une livraison au moment o\u00f9 elle devient indispensable.<\/p>\n<p>La d\u00e9fense ne constitue pas un march\u00e9 ordinaire. Un pays peut accepter de d\u00e9pendre d\u2019un fournisseur \u00e9tranger pour ses logiciels de visioconf\u00e9rence. Il h\u00e9site davantage lorsqu\u2019il s\u2019agit de ses communications militaires ou de la disponibilit\u00e9 de ses munitions.<\/p>\n<p>Ce raisonnement reste coh\u00e9rent tant qu\u2019il prot\u00e8ge une capacit\u00e9 r\u00e9ellement critique, mais il devient beaucoup plus co\u00fbteux lorsque chaque pays cherche \u00e0 reconstituer l\u2019ensemble de la cha\u00eene.<\/p>\n<p>Tous veulent leur champion des drones, leur logiciel de commandement, leur syst\u00e8me de surveillance, leurs communications tactiques et leur missile \u00e0 bas co\u00fbt. Tous peuvent financer un d\u00e9monstrateur, mais peu disposent du march\u00e9 domestique n\u00e9cessaire pour amortir les usines, entretenir plusieurs fournisseurs et financer les g\u00e9n\u00e9rations suivantes.<\/p>\n<p>L\u2019Europe risque ainsi de reproduire avec ses startups la fragmentation qu\u2019elle reproche depuis des d\u00e9cennies \u00e0 ses industriels historiques. Et les donn\u00e9es de l\u2019AGENCE EUROP\u00c9ENNE DE D\u00c9FENSE en donnent une mesure. Les achats d\u2019\u00e9quipements militaires des \u00c9tats membres ont atteint 115 milliards d\u2019euros en 2025, en progression r\u00e9elle de 26 % sur un an, quand les achats collaboratifs, qu\u2019ils associent des partenaires europ\u00e9ens ou ext\u00e9rieurs \u00e0 l\u2019Union, n\u2019ont repr\u00e9sent\u00e9 que 24 % de cette d\u00e9pense.<\/p>\n<p><a rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/eda.europa.eu\/docs\/default-source\/eda-publications\/2026-eda_defencedata_webpublic.pdf\">Parmi les 19 \u00c9tats ayant communiqu\u00e9 des chiffres sp\u00e9cifiquement europ\u00e9ens<\/a>, les acquisitions collaboratives ne repr\u00e9sentaient que 11 % de leurs investissements agr\u00e9g\u00e9s. Selon les pays, la proportion variait de 0 \u00e0 55 %.<\/p>\n<p>L\u2019Union poss\u00e8de un march\u00e9 unique pour la plupart des biens civils. Elle ne dispose pas de son \u00e9quivalent pour les drones, les missiles ou les syst\u00e8mes de commandement.<\/p>\n<p>Chaque arm\u00e9e conserve ses proc\u00e9dures d\u2019essai, ses normes de s\u00e9curit\u00e9, son calendrier budg\u00e9taire, sa doctrine et ses relations avec les industriels historiques. Les logiciels doivent \u00eatre adapt\u00e9s aux architectures nationales. Les donn\u00e9es classifi\u00e9es franchissent difficilement les fronti\u00e8res et les politiques d\u2019exportation divergent.<\/p>\n<p>Une startup ne vend donc pas une fois \u00e0 \u00ab l\u2019Europe \u00bb. Elle obtient un contrat dans son pays d\u2019origine, recommence les essais dans le suivant, adapte ses communications dans un troisi\u00e8me et trouve parfois un partenaire industriel dans un quatri\u00e8me. Si le march\u00e9 adressable est paneurop\u00e9en dans les documents destin\u00e9s aux investisseurs, le parcours commercial reste minist\u00e8re par minist\u00e8re.<\/p>\n<p>Le march\u00e9 int\u00e9rieur conserve une porte de sortie militaire<\/p>\n<p>La l\u00e9gislation europ\u00e9enne tente depuis 2009 d\u2019ouvrir davantage les march\u00e9s nationaux de d\u00e9fense, toutefois elle continue de m\u00e9nager une exception importante.<\/p>\n<p>L\u2019article 346 du trait\u00e9 sur le fonctionnement de l\u2019Union autorise un \u00c9tat \u00e0 \u00e9carter certaines r\u00e8gles du march\u00e9 int\u00e9rieur lorsqu\u2019il estime que ses int\u00e9r\u00eats essentiels de s\u00e9curit\u00e9 sont menac\u00e9s. Le principe est difficilement contestable. Un gouvernement ne peut pas \u00eatre contraint de partager n\u2019importe quelle technologie classifi\u00e9e ou de confier sa dissuasion au mieux-disant europ\u00e9en. L\u2019exception peut cependant devenir une m\u00e9thode commode pour prot\u00e9ger un fournisseur national.<\/p>\n<p>En 2025,<a rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/eur-lex.europa.eu\/legal-content\/EN\/TXT\/HTML\/?uri=CELEX%3A52025IP0034\"> le PARLEMENT EUROP\u00c9EN demandait encore aux \u00c9tats de ne plus utiliser l\u2019article 346 pour contourner la directive sur les march\u00e9s de d\u00e9fense.<\/a><\/p>\n<p>\u00c0 force de prot\u00e9ger leurs march\u00e9s nationaux, les \u00c9tats europ\u00e9ens emp\u00eachent parfois leurs propres industriels d\u2019atteindre la taille n\u00e9cessaire pour r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019urgence, et\u00a0ach\u00e8tent alors ailleurs.<\/p>\n<p>Faute de march\u00e9 europ\u00e9en, les commandes partent aux \u00c9tats-Unis<\/p>\n<p>Entre le d\u00e9but de l\u2019invasion russe de l\u2019Ukraine et juin 2023, 78 % des acquisitions militaires des \u00c9tats membres ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9es aupr\u00e8s de fournisseurs ext\u00e9rieurs \u00e0 l\u2019Union. Les entreprises am\u00e9ricaines repr\u00e9sentaient 63 % de ces achats ext\u00e9rieurs, selon les donn\u00e9es reprises par <a rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/commission.europa.eu\/document\/download\/97e481fd-2dc3-412d-be4c-f152a8232961_en\">la strat\u00e9gie industrielle europ\u00e9enne et le rapport DRAGHI.\u00a0<\/a><\/p>\n<p>Le chiffre ne traduit pas uniquement une pr\u00e9f\u00e9rence politique pour WASHINGTON. Les industriels am\u00e9ricains disposent de s\u00e9ries plus importantes, de contrats domestiques pluriannuels et d\u2019\u00e9quipements d\u00e9j\u00e0 certifi\u00e9s. Leurs syst\u00e8mes sont souvent int\u00e9gr\u00e9s aux architectures de l\u2019OTAN et b\u00e9n\u00e9ficient d\u2019un retour d\u2019exp\u00e9rience op\u00e9rationnel. Lorsqu\u2019une capacit\u00e9 est n\u00e9cessaire imm\u00e9diatement, ils peuvent parfois la livrer plus vite qu\u2019un consortium europ\u00e9en ne peut r\u00e9partir les responsabilit\u00e9s industrielles.<\/p>\n<p>Les gouvernements doivent alors choisir entre attendre plusieurs ann\u00e9es le d\u00e9veloppement d\u2019une solution commune ou acheter un syst\u00e8me disponible. L\u2019urgence militaire tranche g\u00e9n\u00e9ralement avant la politique industrielle.<\/p>\n<p>L\u2019absence de coordination europ\u00e9enne ne pr\u00e9serve donc pas n\u00e9cessairement les souverainet\u00e9s nationales. Elle peut produire des march\u00e9s domestiques trop \u00e9troits pour soutenir une offre comp\u00e9titive, puis renforcer la d\u00e9pendance envers les fournisseurs ext\u00e9rieurs.<\/p>\n<p>L\u2019Europe veut ses propres champions, mais elle continue d\u2019offrir une grande partie de ses commandes \u00e0 ceux des autres.<\/p>\n<p>Toutes les startups ne deviendront pas des primes<\/p>\n<p>Les entreprises financ\u00e9es depuis 2022 ne suivront pas toutes la trajectoire d\u2019un groupe autonome. Certaines deviendront des ma\u00eetres d\u2019\u0153uvre, quand d\u2019autres fourniront une brique technologique aux industriels historiques. Quelques-unes seront rachet\u00e9es, mais beaucoup resteront des sp\u00e9cialistes des capteurs, des communications, du logiciel ou de la propulsion.<\/p>\n<p>Cette derni\u00e8re issue n\u2019a d\u2019ailleurs rien d\u2019un \u00e9chec industriel, m\u00eame si elle correspond moins bien au r\u00e9cit du nouveau champion europ\u00e9en.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.frenchweb.fr\/comand-ai-leve-32-millions-deuros-la-defense-europeenne-ne-vise-plus-la-souverainete-mais-la-suprematie\/462477\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">COMAND AI<\/a> illustre la fronti\u00e8re entre ces trajectoires. <a href=\"https:\/\/www.frenchweb.fr\/comand-ai-leve-32-millions-deuros-la-defense-europeenne-ne-vise-plus-la-souverainete-mais-la-suprematie\/462477\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">La soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise a lev\u00e9 32 millions d\u2019euros<\/a> pour d\u00e9ployer sa plateforme de commande<a rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.saab.com\/newsroom\/press-releases\/2026\/saab-invests-in-comand-ai-to-strengthen-european-defence-sector\">ment au sein des arm\u00e9es de l\u2019OTAN. SAAB a investi 11,1 millions d\u2019euros pour acqu\u00e9rir 10 % de son capital<\/a> et int\u00e9grer ses technologies aux syst\u00e8mes su\u00e9dois de commandement, de surveillance et de contr\u00f4le a\u00e9rien.<\/p>\n<p>L\u2019op\u00e9ration r\u00e9unit une technologie fran\u00e7aise, un industriel su\u00e9dois et un march\u00e9 multinational, et constitue une forme concr\u00e8te d\u2019europ\u00e9anisation. Elle peut aussi faire de COMAND AI un fournisseur technologique d\u00e9pendant d\u2019un prime existant plut\u00f4t qu\u2019un concurrent appel\u00e9 \u00e0 le remplacer.<\/p>\n<p>Le sc\u00e9nario pourrait se r\u00e9p\u00e9ter, es grands groupes disposent des contrats, des habilitations, des cha\u00eenes de production et des services de maintenance, quand les startups apportent la vitesse, le logiciel et de nouvelles architectures. La fronti\u00e8re entre coop\u00e9ration et absorption d\u00e9pendra de celui qui conservera la relation avec le client et le contr\u00f4le des donn\u00e9es.<\/p>\n<p>Le v\u00e9ritable enjeu n\u2019est donc pas de savoir si l\u2019Europe produira suffisamment de licornes de d\u00e9fense, mais de d\u00e9terminer o\u00f9 se situera la ma\u00eetrise d\u2019\u0153uvre lorsque leurs technologies entreront dans les syst\u00e8mes militaires.<\/p>\n<p>Bruxelles finance la coop\u00e9ration, les capitales choisissent les fournisseurs<\/p>\n<p>L\u2019Union europ\u00e9enne tente d\u2019agr\u00e9ger une demande que les \u00c9tats ont jusqu\u2019ici organis\u00e9e principalement \u00e0 l\u2019\u00e9chelle nationale.<\/p>\n<p>La <a rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/defence-industry-space.ec.europa.eu\/first-ever-defence-industrial-strategy-and-new-defence-industry-programme-enhance-europes-readiness-2024-03-05_en\">strat\u00e9gie industrielle pr\u00e9sent\u00e9e en 2024<\/a> les invite \u00e0 r\u00e9aliser au moins 40 % de leurs achats d\u2019\u00e9quipements en coop\u00e9ration d\u2019ici 2030. Elle veut porter le commerce de d\u00e9fense intra-europ\u00e9en \u00e0 35 % du march\u00e9 et faire en sorte qu\u2019au moins 50 % des budgets d\u2019acquisition soient d\u00e9pens\u00e9s dans l\u2019Union en 2030, puis 60 % en 2035.<\/p>\n<p><a rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.consilium.europa.eu\/en\/press\/press-releases\/2025\/05\/27\/safe-council-adopts-150-billion-boost-for-joint-procurement-on-european-security-and-defence\/\">Le programme SAFE doit mettre 150 milliards d\u2019euros de pr\u00eats \u00e0 la disposition des \u00c9tats<\/a> pour financer des acquisitions communes et augmenter les capacit\u00e9s de production. Le dispositif associe d\u00e8s l\u2019origine l\u2019industrie ukrainienne \u00e0 certains projets.<\/p>\n<p>Pour sa part, le FONDS EUROP\u00c9EN DE D\u00c9FENSE finance des recherches men\u00e9es par des consortiums internationaux. EDIP doit prolonger cet effort vers l\u2019industrialisation, les cha\u00eenes d\u2019approvisionnement et les achats communs.<\/p>\n<p>Autant d\u2019instruments qui peuvent financer la coop\u00e9ration, mais ne cr\u00e9ent pas encore un client militaire europ\u00e9en.<\/p>\n<p>SAFE accorde des pr\u00eats aux \u00c9tats, qui conservent la dette, le choix des fournisseurs et la responsabilit\u00e9 politique de la commande. Le FONDS EUROP\u00c9EN DE D\u00c9FENSE peut payer une partie du d\u00e9veloppement sans garantir qu\u2019un minist\u00e8re ach\u00e8tera ensuite le produit. Les programmes communs doivent toujours r\u00e9partir les usines, la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle, la ma\u00eetrise d\u2019\u0153uvre et les droits d\u2019exportation.<\/p>\n<p>La coop\u00e9ration europ\u00e9enne ne supprime pas la politique industrielle nationale, mais en organise la n\u00e9gociation.<\/p>\n<p>De l\u2019autre cot\u00e9 de la Manche, le Royaume-Uni ajoute une difficult\u00e9 suppl\u00e9mentaire. S\u2019il reste indispensable \u00e0 toute conception cr\u00e9dible de la d\u00e9fense europ\u00e9enne, il se trouve en dehors de l\u2019Union et n\u2019est donc pas automatiquement int\u00e9gr\u00e9 \u00e0 l\u2019ensemble de ses m\u00e9canismes financiers.<\/p>\n<p>L\u2019Europe de la d\u00e9fense d\u00e9passe les fronti\u00e8res de l\u2019Union, avec des instruments qui les suivent imparfaitement.<\/p>\n<p>L\u2019Europe n\u2019a pas besoin d\u2019un monopole, mais d\u2019un client commun<\/p>\n<p>Bien entendu construire un march\u00e9 europ\u00e9en ne signifie pas d\u00e9signer une entreprise unique dans chaque cat\u00e9gorie. La concurrence permet de tester plusieurs technologies, de maintenir diff\u00e9rentes cha\u00eenes de production et d\u2019\u00e9viter qu\u2019un seul fournisseur ne contr\u00f4le une capacit\u00e9 critique. La redondance, assez mal vue dans les programmes d\u2019\u00e9conomies budg\u00e9taires, retrouve certaines qualit\u00e9s lorsqu\u2019une usine peut \u00eatre frapp\u00e9e ou une fronti\u00e8re ferm\u00e9e.<\/p>\n<p>D\u2019autant que toutes les technologies ne pr\u00e9sentent pas non plus le m\u00eame degr\u00e9 de souverainet\u00e9.<\/p>\n<p>La dissuasion nucl\u00e9aire, certains syst\u00e8mes de renseignement et les communications les plus classifi\u00e9es resteront largement nationaux. La d\u00e9fense a\u00e9rienne, les drones produits en masse, les munitions, la surveillance spatiale ou les communications tactiques exigent davantage d\u2019\u00e9chelle. Les logiciels, les capteurs et les syst\u00e8mes autonomes ont surtout besoin d\u2019interfaces communes leur permettant de fonctionner avec plusieurs plateformes.<\/p>\n<p>L\u2019objectif ne consiste donc pas \u00e0 remplacer les champions nationaux par un champion unique portant le drapeau europ\u00e9en. Il consiste \u00e0 permettre \u00e0 une entreprise de faire certifier un produit, de le vendre \u00e0 plusieurs arm\u00e9es et d\u2019organiser sa production entre plusieurs pays sans ren\u00e9gocier toute son architecture \u00e0 chaque fronti\u00e8re.<\/p>\n<p>MBDA montre qu\u2019un industriel paneurop\u00e9en peut exister tout en conservant des implantations et des responsabilit\u00e9s nationales. Mais cette construction r\u00e9sulte de plusieurs d\u00e9cennies de consolidation, de programmes communs et de n\u00e9gociations sur la r\u00e9partition industrielle. Elle n\u2019est pas n\u00e9e d\u2019une lev\u00e9e de fonds.<\/p>\n<p>Les prochains champions devront suivre un chemin plus rapide, leurs valorisations, leurs besoins industriels et l\u2019\u00e9volution des menaces ne leur laissent pas trente ans pour construire leur march\u00e9.<\/p>\n<p>Leur avenir d\u00e9pendra moins du nombre de milliards r\u00e9unis que de la capacit\u00e9 des \u00c9tats \u00e0 transformer plusieurs demandes nationales en une commande suffisamment commune pour financer une s\u00e9rie.<\/p>\n<p>Le prochain champion europ\u00e9en de la d\u00e9fense ne sera pas seulement celui qui aura lev\u00e9 le plus d\u2019argent ou convaincu son gouvernement de signer un premier contrat, mais sera celui dont le syst\u00e8me pourra \u00eatre command\u00e9 \u00e0 Paris, Berlin et Varsovie sans devoir \u00eatre reconstruit trois fois.<\/p>\n<p>                         <a href=\"https:\/\/www.fw.media\" class=\"fn url\" target=\"_blank\" title=\"LA REDACTION DE FW.MEDIA\" rel=\"nofollow noopener\"> <img decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.frenchweb.fr\/wp-content\/uploads\/gravatar\/la-redaction-frenchweb-6.jpg?ssl=1\" class=\"avatar avatar-250 photo jetpack-lazy-image\" style=\"max-width:250px\" data-lazy-src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/la-redaction-frenchweb-6.jpg\"  data-recalc-dims=\"1\"\/><img decoding=\"async\" data-lazy-fallback=\"1\" alt=\"\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/la-redaction-frenchweb-6.jpg\" class=\"avatar avatar-250 photo\" style=\"max-width:250px\" data-recalc-dims=\"1\"\/><\/a> Pour nous contacter, nous vous avons pr\u00e9par\u00e9 un petit formulaire pour bien g\u00e9rer votre demande et pouvoir l&rsquo;adresser en toute confidentialit\u00e9. <a href=\"https:\/\/www.frenchweb.fr\/contacter-la-redaction\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">Cliquez ici pour y acc\u00e9der<\/a><\/p>\n<p>Notre politique \u00e9ditoriale concernant l&rsquo;intelligence artificielle<\/p>\n<p>Les analyses et articles sont r\u00e9dig\u00e9es par des journalistes.<br \/>L&rsquo;IA peut \u00eatre utilis\u00e9e comme outil d&rsquo;assistance (traduction, synth\u00e8se, recherche documentaire ou am\u00e9lioration stylistique).<br \/>Les faits, chiffres et analyses sont syst\u00e9matiquement v\u00e9rifi\u00e9s et valid\u00e9s par la r\u00e9daction.<br \/>Les illustrations g\u00e9n\u00e9r\u00e9es ou modifi\u00e9es par IA sont explicitement signal\u00e9es.<\/p>\n<p> <a href=\"https:\/\/www.fw.media\" class=\"url\" target=\"_blank\" title=\"LA REDACTION DE FW.MEDIA\" rel=\"nofollow noopener\"><img decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.frenchweb.fr\/wp-content\/uploads\/gravatar\/la-redaction-frenchweb-6.jpg?ssl=1\" class=\"avatar avatar-250 photo jetpack-lazy-image\" style=\"max-width:250px\" data-lazy-src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/la-redaction-frenchweb-6.jpg\"  data-recalc-dims=\"1\"\/><img decoding=\"async\" data-lazy-fallback=\"1\" alt=\"\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/la-redaction-frenchweb-6.jpg\" class=\"avatar avatar-250 photo\" style=\"max-width:250px\" data-recalc-dims=\"1\"\/><\/a>Les derniers articles par LA REDACTION DE FW.MEDIA (<a href=\"https:\/\/www.frenchweb.fr\/author\/journaliste\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">tout voir<\/a>)  <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"En 2025, les \u00c9tats membres de l\u2019Union europ\u00e9enne ont consacr\u00e9 115 milliards d\u2019euros \u00e0 l\u2019achat d\u2019\u00e9quipements militaires. 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