{"id":192482,"date":"2026-08-27T00:14:09","date_gmt":"2026-08-27T00:14:09","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/192482\/"},"modified":"2026-08-27T00:14:09","modified_gmt":"2026-08-27T00:14:09","slug":"peril-ecologique-saint-louis-une-relation-qui-seffrite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/192482\/","title":{"rendered":"P\u00e9ril \u00e9cologique : Saint-Louis, une relation qui s&rsquo;effrite"},"content":{"rendered":"<p>\u00c9rosion, pollution, urbanisation, rar\u00e9faction des ressources et changement des modes de vie fragilisent ce lien que les Saint-Louisiens ont longtemps consid\u00e9r\u00e9 comme allant de soi.<\/p>\n<p>La relation que les Saint-Louisiens entretiennent avec le fleuve se transforme de plus en plus. Le professeur Abdoul Sow le constate avec inqui\u00e9tude : autrefois consid\u00e9r\u00e9 comme une source nourrici\u00e8re, le fleuve est devenu un espace que l\u2019on utilise sans plus vraiment le respecter. On y d\u00e9verse des d\u00e9chets. On occupe ses berges. On construit sans toujours tenir compte de la circulation naturelle de l\u2019eau. \u00ab Il y a eu beaucoup de changements li\u00e9s au fait aussi que le fleuve ne joue plus le r\u00f4le \u00e9conomique qu\u2019il avait \u00bb, analyse-t-il.Le probl\u00e8me est aussi environnemental.Bourry K\u00e2, cheffe de la brigade des ressources en eau de Saint-Louis, rappelle que le fleuve reste essentiel \u00e0 l\u2019approvisionnement en eau de la ville, mais aussi aux activit\u00e9s \u00e9conomiques et agricoles. \u00ab Le fleuve S\u00e9n\u00e9gal occupe une place tr\u00e8s importante dans l\u2019approvisionnement en eau de Saint-Louis. Il constitue une ressource essentielle pour les besoins en eau des populations, mais aussi pour les activit\u00e9s \u00e9conomiques et agricoles. Au-del\u00e0 de l\u2019approvisionnement en eau, le fleuve joue \u00e9galement un r\u00f4le important dans l\u2019\u00e9quilibre \u00e9cologique et dans la vie quotidienne des populations \u00bb, a-t-elle rappel\u00e9. Selon elle, sa pr\u00e9servation constitue donc un enjeu majeur.<\/p>\n<p>Pollution, salinisation, \u00e9rosion et changement climatique p\u00e8sent sur la ressource. Certaines zones sont particuli\u00e8rement vuln\u00e9rables, notamment Guet-Ndar et la Langue de Barbarie. La situation est paradoxale : une ville qui doit tout \u00e0 l\u2019eau semble parfois avoir oubli\u00e9 comment vivre avec elle. Pour Abdoul Sow, il faut changer de regard. \u00ab Il faut int\u00e9grer l\u2019eau comme facteur de d\u00e9veloppement de la ville de Saint-Louis \u00bb, plaide-t-il.La formule r\u00e9sume peut-\u00eatre le principal d\u00e9fi de la ville. Ne plus consid\u00e9rer l\u2019eau seulement comme un danger lorsqu\u2019elle d\u00e9borde, mais comme une ressource capable de soutenir l\u2019\u00e9conomie, le tourisme, l\u2019agriculture, la p\u00eache, la navigation et les loisirs. Saint-Louis pourrait mieux exploiter ses canaux, d\u00e9velopper les promenades fluviales, organiser les d\u00e9barquements de p\u00eache et repenser certains am\u00e9nagements urbains en fonction de son environnement aquatique. La ville poss\u00e8de d\u00e9j\u00e0 l\u2019essentiel : son fleuve, sa mer, ses \u00eeles, son patrimoine architectural et sa culture. Encore faut-il les penser ensemble. \u00ab Gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019eau, on peut pratiquer l\u2019agriculture, la p\u00eache, la navigation, le loisir et les balades. Il y a \u00e9norm\u00e9ment d\u2019activit\u00e9s autour de nous. C\u2019est donc une chance. Et malheureusement, on ne l\u2019a pas encore suffisamment exploit\u00e9e \u00bb, regrette le professeur Abdoul Sow. Bourry K\u00e2rappelle, elle aussi, que la protection du fleuve ne peut \u00eatre uniquement l\u2019affaire des services de l\u2019\u00c9tat. Les populations, les p\u00eacheurs et les organisations locales doivent y prendre part. Prot\u00e9ger le fleuve, c\u2019est donc aussi prot\u00e9ger ce qui fait vivre la ville.<\/p>\n<p>Le risque d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration sans fleuve<\/p>\n<p>Il existe enfin une autre menace, moins visible : celle de la rupture de transmission. Mamadou Sarr, jeune p\u00eacheur de Guet-Ndar et pr\u00e9sident de la commission environnement de l\u2019Association des p\u00eacheurs \u00e0 la ligne de Saint-Louis, observe que le m\u00e9tier de p\u00eacheur attire moins les jeunes. La ressource se rar\u00e9fie. La concurrence de la p\u00eache industrielle augmente. Les dangers en mer sont nombreux. L\u2019exploitation p\u00e9troli\u00e8re et gazi\u00e8re suscite \u00e9galement des inqui\u00e9tudes. \u00ab Les jeunes d\u2019aujourd\u2019hui ne sont plus attir\u00e9s par le m\u00e9tier. Ce n\u2019est plus comme avant \u00bb, constate-t-il. Zoumbava plus loin. \u00ab Ce n\u2019est plus seulement un risque, car cette rupture existe d\u00e9j\u00e0 \u00bb, affirme-t-il. Pour lui, l\u2019\u00e9migration clandestine et la recherche d\u2019autres horizons montrent que le fleuve et la mer ne constituent plus pour certains jeunes le socle qu\u2019ils repr\u00e9sentaient autrefois. Cette rupture serait aussi culturelle. Car que restera-t-il des rites si ceux qui les portaient disparaissent ? Que deviendront les savoirs des p\u00eacheurs si les jeunes ne reprennent plus les pagaies ? Que deviendront les r\u00e9gates si la m\u00e9moire qui les accompagne s\u2019efface ? \u00ab En les d\u00e9laissant, nous perdons notre \u00e2me \u00bb, avertit Zoumba \u00e0 propos de ces savoirs li\u00e9s \u00e0 l\u2019eau.<\/p>\n<p>Pour Pape Samba Sow, si le fleuve pouvait parler, il serait \u00e0 la fois t\u00e9moin et accusateur. \u00ab Le fleuve dirait qu\u2019il est bien t\u00e9moin de tout \u00bb, confie-t-il. T\u00e9moin de la gen\u00e8se de Saint-Louis, de l\u2019installation des gouverneurs, des transformations politiques, \u00e9conomiques et sociales. Mais apr\u00e8s avoir tout vu, ajoute-t-il, \u00ab ce fleuve pleurerait en nous accusant \u00bb. Parce que Saint-Louis doit beaucoup au fleuve S\u00e9n\u00e9gal. Elle lui doit son site, une partie de son histoire, son \u00e9conomie, sa culture, ses p\u00eacheurs, ses rites, ses f\u00eates et une part essentielle de son identit\u00e9.Elle lui doit m\u00eame cette silhouette unique qui fait aujourd\u2019hui sa r\u00e9putation. Et pourtant, la ville semble parfois avoir oubli\u00e9 cette dette.<\/p>\n<p>Comme le rappelle le professeurAbdoul Sow, il faut d\u00e9passer la logique du combat contre la nature et apprendre \u00e0 \u00ab vivre en intelligence avec cette nature \u00bb. Car le fleuve a d\u00e9j\u00e0 fa\u00e7onn\u00e9 Saint-Louis. Il reste maintenant \u00e0 savoir si Saint-Louis saura, \u00e0 son tour, prendre soin du fleuve qui l\u2019a faite.<\/p>\n<p>J. SAGNA (Correspondante)<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"\u00c9rosion, pollution, urbanisation, rar\u00e9faction des ressources et changement des modes de vie fragilisent ce lien que les Saint-Louisiens&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":192483,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":"","_share_on_mastodon":"0"},"categories":[84],"tags":[10844,44936,57508,3008,7632,11],"class_list":["post-192482","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-senegal","tag-ecologie","tag-erosion","tag-fleuve","tag-ocean","tag-saint-louis","tag-senegal"],"share_on_mastodon":{"url":"","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/192482","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=192482"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/192482\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/192483"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=192482"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=192482"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=192482"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}