{"id":193814,"date":"2026-08-28T12:38:11","date_gmt":"2026-08-28T12:38:11","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/193814\/"},"modified":"2026-08-28T12:38:11","modified_gmt":"2026-08-28T12:38:11","slug":"cote-divoire-mosaique-vivante-quand-mariatou-kone-devoile-une-nation-en-perpetuel-brassage","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/193814\/","title":{"rendered":"C\u00f4te d\u2019Ivoire, mosa\u00efque vivante : quand Mariatou Kon\u00e9 d\u00e9voile une nation en perp\u00e9tuel brassage"},"content":{"rendered":"<p>\n                Publi\u00e9e dans l&rsquo;Atlas de C\u00f4te d&rsquo;Ivoire de 2013, l&rsquo;\u00e9tude de la socio-anthropologue Mariatou Kon\u00e9 sur la carte ethnique invite \u00e0 d\u00e9passer l&rsquo;image d&rsquo;identit\u00e9s fig\u00e9es. De la diversit\u00e9 des grands ensembles culturels aux migrations et aux brassages de populations, elle donne \u00e0 voir une C\u00f4te d&rsquo;Ivoire en constante recomposition.\n            <\/p>\n<p>Dans une C\u00f4te d\u2019Ivoire souvent appr\u00e9hend\u00e9e \u00e0 travers ses diff\u00e9rences, l\u2019\u00e9tude de la carte ethnique propos\u00e9e par la Pr Mariatou Kon\u00e9 rappelle une r\u00e9alit\u00e9 essentielle : la diversit\u00e9 n\u2019est pas une anomalie, encore moins une fatalit\u00e9.<br \/>\n        Elle constitue l\u2019un des traits fondamentaux de l\u2019histoire et de la construction sociale du pays.<\/p>\n<p>Publi\u00e9e dans l\u2019Atlas de C\u00f4te d\u2019Ivoire en 2013, cette lecture socio-anthropologique s\u2019appuie notamment sur les donn\u00e9es du recensement de 1998, qui faisait \u00e9tat de 15 366 672 habitants, dont 74 % d\u2019Ivoiriens. Elle pr\u00e9sente une C\u00f4te d\u2019Ivoire organis\u00e9e autour de quatre grands ensembles ethnoculturels : les Gur ou Volta\u00efques, les Mand\u00e9, les Akan et les Krou.<\/p>\n<p>Quatre grandes familles, une multitude d\u2019identit\u00e9s<\/p>\n<p>Au Nord et au Nord-Est s\u2019\u00e9tend l\u2019aire culturelle gur ou volta\u00efque. Elle regroupait, selon les donn\u00e9es de 1998, environ 1,4 million de personnes. S\u00e9noufos, Koulangos et Lobis en constituent les principales composantes.<\/p>\n<p>Chez les S\u00e9noufos, l\u2019int\u00e9gration de l\u2019individu \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 passe notamment par le Poro, institution initiatique qui assure une formation intellectuelle, morale et spirituelle. Chez les Lobis, le Dyoro occupe \u00e9galement une place majeure dans les rites initiatiques.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019Ouest et au Nord-Ouest, jusqu\u2019au fleuve Bandama, se d\u00e9ploie l\u2019espace mand\u00e9. Avec environ trois millions d\u2019individus en 1998, cet ensemble comprend notamment les Mand\u00e9 du Nord \u2014 Malink\u00e9s, Dioulas, Mahous, Koyakas et Gbans \u2014 et les Mand\u00e9 du Sud, parmi lesquels les Dans ou Yacouba, les Toura, les Gouros, les Gagous, les Ouans et les Monas.<\/p>\n<p>Chez plusieurs peuples mand\u00e9 du Sud, les soci\u00e9t\u00e9s \u00e0 masques occupent une place centrale dans l\u2019organisation sociale et politique.<\/p>\n<p>Au Centre, \u00e0 l\u2019Est et dans les espaces lagunaires, l\u2019aire akan rassemble pr\u00e8s de 4,8 millions d\u2019habitants selon les donn\u00e9es de 1998. Baoul\u00e9s, Agnis, Atti\u00e9s et plusieurs peuples lagunaires en constituent les principales composantes. Dans les soci\u00e9t\u00e9s \u00e0 \u00c9tat, comme celles des Baoul\u00e9s, Agnis et Abrons, le pouvoir et l\u2019organisation sociale ob\u00e9issaient \u00e0 des r\u00e8gles fortement structur\u00e9es.<\/p>\n<p>Chez les peuples lagunaires, les classes d\u2019\u00e2ge participaient, quant \u00e0 elles, \u00e0 une gestion collective et rotative du pouvoir.<\/p>\n<p>Enfin, le Centre-Ouest et le Sud-Ouest constituent l\u2019aire culturelle krou, estim\u00e9e \u00e0 environ 1,4 million d\u2019habitants en 1998. B\u00e9t\u00e9s, Didas, Godi\u00e9s, Bakw\u00e9s, Neyos, Kroumen, Gu\u00e9r\u00e9s et Wob\u00e9s y sont notamment repr\u00e9sent\u00e9s.<\/p>\n<p>Leur organisation politique traditionnelle se caract\u00e9rise, dans l\u2019Atlas, par une forte localisation du pouvoir, essentiellement au niveau du village.<\/p>\n<p>Une carte qui n\u2019est pas fig\u00e9e<\/p>\n<p>Mais r\u00e9duire cette cartographie \u00e0 une simple juxtaposition d\u2019ethnies serait passer \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019essentiel de l\u2019analyse. Car la C\u00f4te d\u2019Ivoire d\u00e9crite par Mariatou Kon\u00e9 est une soci\u00e9t\u00e9 en mouvement.<\/p>\n<p>Les migrations, qu\u2019elles soient internes ou venues de l\u2019ext\u00e9rieur, ont profond\u00e9ment transform\u00e9 la configuration ethnoculturelle du pays.<\/p>\n<p>Elles ont favoris\u00e9 l\u2019apparition d\u2019\u00ab enclaves ethniques \u00bb, mais surtout multipli\u00e9 les contacts, les \u00e9changes et les brassages entre populations. Des Malink\u00e9s se sont ainsi install\u00e9s dans l\u2019aire gur, tandis que des populations akan ont essaim\u00e9 dans des espaces traditionnellement mand\u00e9 ou krou. Bouafl\u00e9 offre notamment l\u2019exemple d\u2019une population devenue particuli\u00e8rement composite sous l\u2019effet des migrations et de l\u2019installation de travailleurs agricoles venus de l\u2019ex-Haute-Volta \u00e0 l\u2019\u00e9poque coloniale.<\/p>\n<p>Le cas de Bondoukou est encore plus r\u00e9v\u00e9lateur. L\u2019Atlas \u00e9voque le brassage entre Abrons, d\u2019origine akan, et Koulangos, appartenant \u00e0 l\u2019ensemble gur. Au fil du temps, les interactions ont produit des transformations r\u00e9ciproques : les Abrons ont adopt\u00e9 le koulango comme langue de communication, tandis que les Koulango ont int\u00e9gr\u00e9 certaines pratiques culturelles abron. L\u2019appartenance culturelle appara\u00eet ainsi moins comme une fronti\u00e8re infranchissable que comme un espace d\u2019influences crois\u00e9es.<\/p>\n<p>Le Dioula, une identit\u00e9 n\u00e9e du mouvement<\/p>\n<p>L\u2019un des enseignements les plus int\u00e9ressants concerne \u00e9galement le terme \u00ab Dioula \u00bb. Le document explique qu\u2019\u00e0 l\u2019origine, celui-ci d\u00e9signait, chez les Malink\u00e9s, une personne ou un groupe pratiquant le commerce itin\u00e9rant. Avec le temps, le terme s\u2019est \u00e9largi et a fini par d\u00e9signer un v\u00e9ritable groupe culturel issu des migrations et des brassages.<\/p>\n<p>Cette \u00e9volution illustre une id\u00e9e majeure : les identit\u00e9s culturelles se construisent aussi dans les d\u00e9placements, les \u00e9changes \u00e9conomiques et les rencontres humaines.<\/p>\n<p>La jeunesse, nouveau visage du brassage<\/p>\n<p>La recomposition ne rel\u00e8ve toutefois pas seulement de l\u2019histoire ancienne. Elle se poursuit sous nos yeux.<\/p>\n<p>L\u2019Atlas identifie l\u2019\u00e9mergence d\u2019un groupe culturel particulier : celui des jeunes citadins, porteurs de r\u00e9f\u00e9rences \u00ab hybrides \u00bb, influenc\u00e9es notamment par la mondialisation et les nouvelles technologies. Dans leurs pratiques vestimentaires, musicales, langagi\u00e8res et comportementales, ces jeunes combinent diff\u00e9rentes influences et produisent de nouvelles formes culturelles.<\/p>\n<p>La carte ethnique devient alors presque un film : elle ne montre pas uniquement o\u00f9 vivent les populations ; elle raconte aussi comment elles se rencontrent, se d\u00e9placent, s\u2019influencent et se transforment.<\/p>\n<p>Une identit\u00e9 ivoirienne en perp\u00e9tuelle construction<\/p>\n<p>La grande le\u00e7on de cette \u00e9tude est peut-\u00eatre l\u00e0. La C\u00f4te d\u2019Ivoire ne saurait \u00eatre enferm\u00e9e dans une d\u00e9finition immuable de ses appartenances culturelles. Son histoire est faite de filiations, mais aussi de migrations, de conqu\u00eates, d\u2019alliances, de commerce, d\u2019accueil et d\u2019influences r\u00e9ciproques.<\/p>\n<p>Loin d\u2019\u00eatre fig\u00e9e, la configuration ethnoculturelle ivoirienne \u00e9volue avec les r\u00e9alit\u00e9s sociales et \u00e9conomiques du pays.<\/p>\n<p>D\u00e8s lors, la diversit\u00e9 appara\u00eet moins comme une addition de diff\u00e9rences que comme une dynamique de rencontres. Gur, Mand\u00e9, Akan, Krou et les multiples communaut\u00e9s qui composent ces grands ensembles ont contribu\u00e9, chacun \u00e0 leur mani\u00e8re, \u00e0 fa\u00e7onner le visage de la nation.<\/p>\n<p>La C\u00f4te d\u2019Ivoire est ainsi moins une mosa\u00efque immobile qu\u2019une mosa\u00efque vivante : un pays dont les identit\u00e9s se croisent, se transforment et se r\u00e9inventent sans cesse.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Publi\u00e9e dans l&rsquo;Atlas de C\u00f4te d&rsquo;Ivoire de 2013, l&rsquo;\u00e9tude de la socio-anthropologue Mariatou Kon\u00e9 sur la carte ethnique&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":193815,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":"","_share_on_mastodon":"0"},"categories":[154],"tags":[6,58456,722,216,723,8010,724,4809,20920,58453,1260,58455,6934,225,58454],"class_list":["post-193814","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-cote-divoire","tag-afrique","tag-brassage","tag-cote","tag-cote-divoire","tag-divoire","tag-devoile","tag-en","tag-kone","tag-mariatou","tag-mosaique","tag-nation","tag-perpetuel","tag-quand","tag-une","tag-vivante"],"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@afrique\/117173177695183534","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/193814","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=193814"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/193814\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/193815"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=193814"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=193814"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=193814"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}