{"id":194910,"date":"2026-08-29T20:26:12","date_gmt":"2026-08-29T20:26:12","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/194910\/"},"modified":"2026-08-29T20:26:12","modified_gmt":"2026-08-29T20:26:12","slug":"fermes-rurales-au-coeur-des-champs-en-marge-des-ressources","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/194910\/","title":{"rendered":"Fermes rurales : Au c\u0153ur des champs, en marge des ressources"},"content":{"rendered":"<p>Dans les zones rurales du S\u00e9n\u00e9gal, les femmes jouent un r\u00f4le essentiel dans la production agricole et la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire des m\u00e9nages. Pourtant, elles continuent de faire face \u00e0 de nombreuses in\u00e9galit\u00e9s, notamment en mati\u00e8re d\u2019acc\u00e8s \u00e0 la terre et au financement. Dans le cadre de ce reportage, nous avons recueilli les t\u00e9moignages de femmes qui s\u2019activent dans le secteur agricole. Par ailleurs, les donn\u00e9es recueillies par des organismes tels que l\u2019Initiative prospective agricole (Ipar) mettent en lumi\u00e8re le d\u00e9calage entre la contribution des femmes \u00e0 l\u2019agriculture s\u00e9n\u00e9galaise et les ressources dont elles disposent pour d\u00e9velopper leurs activit\u00e9s.<\/p>\n<p>Il est 18 heures et poussi\u00e8re \u00e0 Kaffrine. En cette p\u00e9riode de r\u00e9colte, Fana Tour\u00e9 est assise sur un divan en briques, comme on en retrouve beaucoup \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des maisonn\u00e9es dans le quartier Diamagu\u00e8ne. Apr\u00e8s une longue journ\u00e9e consacr\u00e9e aux travaux champ\u00eatres, Fana tient entre ses deux jambes deux grands bols remplis de mil. Comme elle, de nombreuses femmes du milieu rural n\u2019ont pas acc\u00e8s \u00e0 la terre. Leur quotidien se r\u00e9sume \u00e0 travailler au profit de leurs maris ou de tierces personnes. \u00ab Nous qui vivons ici n\u2019avons que la terre comme source de revenus. Avec mes co\u00e9pouses, j\u2019ai l\u2019habitude d\u2019aller aux champs de notre mari pour l\u2019appuyer \u00bb, explique-t-elle. La femme, \u00e2g\u00e9e d\u2019une quarantaine d\u2019ann\u00e9es, estime que les difficult\u00e9s auxquelles sont confront\u00e9es les femmes des zones rurales ne manquent pas. \u00c0 sa gauche, Ami Tour\u00e9, sa co\u00e9pouse, souligne, quant \u00e0 elle, le manque de moyens pour d\u00e9velopper des activit\u00e9s de transformation agricole ou acqu\u00e9rir des machines \u00e0 coudre. \u00ab Parfois, il y a des initiatives qui nous sont offertes gr\u00e2ce \u00e0 certains regroupements de femmes, mais nous peinons \u00e0 obtenir suffisamment de mat\u00e9riel \u00bb, renseigne-t-elle.<\/p>\n<p>\u00c0 Kaffrine, comme dans de nombreuses localit\u00e9s du S\u00e9n\u00e9gal, les femmes occupent une place centrale dans les travaux agricoles. Elles participent aux semis, au d\u00e9sherbage, aux r\u00e9coltes, \u00e0 la transformation des produits et \u00e0 leur commercialisation. Pourtant, lorsqu\u2019il est question de propri\u00e9t\u00e9 fonci\u00e8re ou de gestion des exploitations, elles restent peu repr\u00e9sent\u00e9es.<\/p>\n<p>Des r\u00e9alit\u00e9s diff\u00e9rentes selon les r\u00e9gions<\/p>\n<p>\u00c0 Darou Khoudoss, dans le d\u00e9partement de Tivaouane, A\u00efda Ciss\u00e9 suit ces questions depuis plus de trois d\u00e9cennies. Ancienne \u00e9lue locale durant six mandats et pr\u00e9sidente du R\u00e9seau national des femmes rurales du S\u00e9n\u00e9gal, elle coordonne aujourd\u2019hui un r\u00e9seau de 36.000 membres r\u00e9partis dans 42 associations issues du secteur primaire.<\/p>\n<p>Selon elle, les campagnes de sensibilisation commencent \u00e0 produire des r\u00e9sultats, m\u00eame si du travail reste \u00e0 faire. \u00ab Aujourd\u2019hui, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019appui des partenaires et \u00e0 la sensibilisation, nous pouvons dire que 60% des femmes rurales comprennent les enjeux de l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la terre \u00bb, affirme-t-elle.<\/p>\n<p>Dans ce m\u00eame sillage, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle du continent, l\u2019Organisation des Nations unies pour l\u2019alimentation et l\u2019agriculture (Fao) estime que 66 % des emplois occup\u00e9s par les femmes en Afrique subsaharienne rel\u00e8vent des syst\u00e8mes agroalimentaires.<\/p>\n<p>Toutefois, d\u2019apr\u00e8s A\u00efda Ciss\u00e9, les progr\u00e8s restent variables selon les r\u00e9gions du S\u00e9n\u00e9gal en ce qui concerne l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la terre. \u00ab Par exemple, dans les Niayes et dans certaines localit\u00e9s de la r\u00e9gion de Thi\u00e8s, les femmes obtiennent plus facilement des parcelles qu\u2019auparavant \u00bb, explique-t-elle.<\/p>\n<p>Toutefois, elle ne manque pas de souligner que, dans plusieurs autres zones, les pratiques coutumi\u00e8res continuent d\u2019influencer l\u2019acc\u00e8s au foncier. \u00ab Dans certaines parties de Kaolack, on a l\u2019habitude de dire que les terres sal\u00e9es appartiennent aux femmes. C\u2019est une mani\u00e8re de les cantonner \u00e0 la culture du sel et de les exclure des terres les plus fertiles \u00bb, constate la pr\u00e9sidente des groupements f\u00e9minins de Darou Khoudoss.<\/p>\n<p>Durant son parcours de militante de la cause des femmes rurales, A\u00efda Ciss\u00e9 a notamment \u00e9t\u00e9 touch\u00e9e par le cas de femmes rencontr\u00e9es dans une localit\u00e9 de Koussanar, contraintes de parcourir plusieurs kilom\u00e8tres avant d\u2019atteindre leurs champs. \u00ab Ces femmes arrivent d\u00e9j\u00e0 fatigu\u00e9es au moment de commencer leur travail et s\u2019exposent \u00e0 des probl\u00e8mes de s\u00e9curit\u00e9 parce que les terres qui leur ont \u00e9t\u00e9 allou\u00e9es se situent \u00e0 plusieurs kilom\u00e8tres de leur village. Quand j\u2019ai eu \u00e0 les rencontrer, \u00e7a m\u2019a fait beaucoup de peine\u00bb, indique-t-elle. Pour elle, les efforts engag\u00e9s doivent d\u00e9sormais porter sur la mise en \u0153uvre effective des droits reconnus par la loi.<\/p>\n<p>Dans ce sillage, les donn\u00e9es produites par l\u2019Initiative prospective agricole et rurale (Ipar), l\u2019Agence nationale de la statistique et de la d\u00e9mographie (Ansd), Onu-Femmes et la Direction de l\u2019analyse, de la pr\u00e9vision et des statistiques agricoles (Dapsa) confirment, comme le souligne A\u00efda Ciss\u00e9, que les femmes jouent un r\u00f4le majeur dans l\u2019\u00e9conomie agricole, sans b\u00e9n\u00e9ficier du m\u00eame acc\u00e8s que les hommes aux ressources productives.<\/p>\n<p>Au coeur de l\u2019agriculture s\u00e9n\u00e9galaise<\/p>\n<p>Interrog\u00e9es, les chercheuses de l\u2019Ipar, Dr Marame Ciss\u00e9 Sow et Dr Nd\u00e8ye Yand\u00e9 Ndiaye, soulignent que la situation de la femme rurale s\u00e9n\u00e9galaise ne refl\u00e8te pas sa r\u00e9elle contribution dans ce domaine, car la place des femmes dans l\u2019agriculture est longtemps rest\u00e9e sous-estim\u00e9e. \u00ab Les femmes rurales sont au c\u0153ur de l\u2019agriculture s\u00e9n\u00e9galaise. Elles assurent une part consid\u00e9rable de la production vivri\u00e8re, de la transformation agroalimentaire et de la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire des m\u00e9nages \u00bb, indique Dr Marame Ciss\u00e9 Sow, coordonnatrice de la th\u00e9matique \u00ab Jeunes, femmes et strat\u00e9gies entrepreneuriales et mobilit\u00e9 \u00bb \u00e0 l\u2019Ipar Think Tank.<\/p>\n<p>Cependant, ces difficult\u00e9s ne se pr\u00e9sentent pas partout avec la m\u00eame intensit\u00e9. Pour la chercheuse de l\u2019Ipar, les difficult\u00e9s d\u2019acc\u00e8s au foncier ne constituent pas un probl\u00e8me isol\u00e9. \u00ab L\u2019acc\u00e8s limit\u00e9 au foncier produit un effet domino dont les cons\u00e9quences se renforcent mutuellement \u00bb, estime-t-elle. De son c\u00f4t\u00e9, Dr Nd\u00e8ye Yand\u00e9 Ndiaye estime que l\u2019absence de droits fonciers s\u00e9curis\u00e9s r\u00e9duit les capacit\u00e9s d\u2019investissement, limite l\u2019acc\u00e8s au cr\u00e9dit et freine l\u2019acquisition d\u2019\u00e9quipements agricoles. \u00abLes donn\u00e9es disponibles montrent que 68% des \u00e9quipements motoris\u00e9s, dont les tracteurs, motopompes et mat\u00e9riels de m\u00e9canisation, sont d\u00e9tenus par des hommes contre 32% seulement par des femmes. Les femmes restent en effet principalement pr\u00e9sentes dans les activit\u00e9s de transformation post-r\u00e9colte, mais elles disposent de peu de d\u00e9bouch\u00e9s commerciaux structur\u00e9s \u00bb, pr\u00e9cise-t-elle.<\/p>\n<p>N\u2019emp\u00eache, les femmes vivant dans les zones rurales au S\u00e9n\u00e9gal repr\u00e9sentent un poids \u00e9conomique important dans les \u00e9valuations agricoles. \u00ab L\u2019analyse conjointe de l\u2019Ansd et d\u2019Onu-Femmes, en 2022, sur la contribution de l\u2019entrepreneuriat et du leadership f\u00e9minins \u00e0 la valeur ajout\u00e9e du secteur agricole r\u00e9v\u00e8le que l\u2019entrepreneuriat f\u00e9minin dans l\u2019agriculture informelle a g\u00e9n\u00e9r\u00e9 458,4 milliards de Fcfa, soit 27 % de la valeur ajout\u00e9e totale du secteur, alors m\u00eame que les femmes contr\u00f4lent proportionnellement moins d\u2019exploitations agricoles que les hommes \u00bb, souligne Nd\u00e8ye Yand\u00e9 Ndiaye, coordonnatrice de la th\u00e9matique \u00abGouvernance inclusive des ressources naturelles et fonci\u00e8res \u00bb.<\/p>\n<p>Pour elle, il existe des in\u00e9galit\u00e9s structurelles dans l\u2019acc\u00e8s et le contr\u00f4le du foncier, malgr\u00e9 un cadre juridique s\u00e9n\u00e9galais qui reconna\u00eet formellement l\u2019\u00e9galit\u00e9 entre hommes et femmes en mati\u00e8re d\u2019acc\u00e8s \u00e0 la terre. \u00ab Le S\u00e9n\u00e9gal dispose d\u2019un arsenal juridique progressiste, mais son effectivit\u00e9 reste largement insuffisante sur le terrain. La coutume entre fr\u00e9quemment en contradiction avec la loi et fait obstacle \u00e0 son application \u00bb, constate-t-elle.<\/p>\n<p>Elle en veut pour preuve que \u00ab au niveau national, l\u2019indice de parit\u00e9 mesurant la proportion de femmes parmi les responsables de parcelles agricoles s\u2019\u00e9tablit \u00e0 0,2, ce qui signifie que, pour dix responsables de parcelles, \u00e0 peine deux sont des femmes \u00bb, ajoute-t-elle.<\/p>\n<p>Ce chiffre conna\u00eet toutefois des variations r\u00e9gionales notables, pr\u00e9cise l\u2019experte. Selon elle, il est plus \u00e9lev\u00e9 dans le sud du pays, notamment en Casamance, avec 0,6 \u00e0 S\u00e9dhiou et 0,3 \u00e0 Ziguinchor, \u00ab o\u00f9 les configurations socioculturelles accordent historiquement aux femmes un r\u00f4le plus affirm\u00e9 dans la gestion des terres \u00bb. Ce qui fait que, dans la grande majorit\u00e9 des r\u00e9gions s\u00e9n\u00e9galaises, les femmes n\u2019acc\u00e8dent \u00e0 la terre que par l\u2019interm\u00e9diaire de leur mari, de leur famille ou de la communaut\u00e9, sans s\u00e9curit\u00e9 fonci\u00e8re propre.<\/p>\n<p>Par Mari\u00e8me Fatou DRAM\u00c9<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Dans les zones rurales du S\u00e9n\u00e9gal, les femmes jouent un r\u00f4le essentiel dans la production agricole et la&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":194911,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":"","_share_on_mastodon":"0"},"categories":[84],"tags":[58869,3241,11],"class_list":["post-194910","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-senegal","tag-fermes-rurales","tag-revenus","tag-senegal"],"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@afrique\/117180680851963600","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/194910","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=194910"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/194910\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/194911"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=194910"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=194910"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=194910"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}