{"id":197516,"date":"2026-09-01T20:58:18","date_gmt":"2026-09-01T20:58:18","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/197516\/"},"modified":"2026-09-01T20:58:18","modified_gmt":"2026-09-01T20:58:18","slug":"quand-ceux-qui-ont-reussi-preparent-leurs-enfants-a-partir-2-2-par-naim-kamal","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/197516\/","title":{"rendered":"Quand ceux qui ont r\u00e9ussi pr\u00e9parent leurs enfants \u00e0 partir 2\/2- Par Na\u00efm Kamal"},"content":{"rendered":"<p>Dans <a style=\"color: #3598db;\" href=\"https:\/\/quid.ma\/national\/jeunesse-marocaine-quand-le-morceau-de-pain-ne-suffit-plus-par-naim-kamal\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">la premi\u00e8re partie de cette chronique<\/a>, Na\u00efm Kamal, actant les changements profonds du Maroc, a montr\u00e9 comment une partie de sa jeunesse ne demande plus seulement emploi et protection sociale. Dans cette deuxi\u00e8me partie, il revient sur l\u2019\u00e9migration marocaine qui ne concerne pas seulement ceux que le ch\u00f4mage ou la pr\u00e9carit\u00e9 poussent vers l\u2019ailleurs. Lorsque des m\u00e9decins, ing\u00e9nieurs, cadres ou entrepreneurs install\u00e9s pr\u00e9parent eux aussi l\u2019avenir de leurs enfants, voire le leur, hors du pays, parfois jusqu\u2019au passeport \u00e9tranger, la migration cesse d\u2019\u00eatre uniquement \u00e9conomique.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/20260901_180732_1788286051163_aq.jpg\" alt=\"\" width=\"290\" height=\"435\"\/><\/p>\n<p>Na\u00efm Kamal<br \/>\nDu recruteur au hrig <\/p>\n<p>L\u2019\u00e9migration marocaine n\u2019est \u00e9videmment pas n\u00e9e avec la ru\u00e9e vers Sebta, ni avec les pateras au d\u00e9but des ann\u00e9es quatre-vingt-dix. Aux premi\u00e8res ann\u00e9es de l\u2019ind\u00e9pendance, et bien auparavant, l\u2019Europe industrielle venait chercher au Maroc la main-d\u2019\u0153uvre corv\u00e9able \u00e0 merci dont elle avait besoin.<\/p>\n<p>Puis, au milieu du si\u00e8cle, l\u2019Europe s\u2019est mise \u00e0 dresser le mur des visas. La France en 1986, sous le gouvernement de Jacques Chirac\u00a0: l\u2019Espagne quelques ann\u00e9es plus tard, en 1991. La migration est devenue soudain tr\u00e8s visible parce qu\u2019elle devenait plus difficile, plus risqu\u00e9e et plus spectaculaire. Le \u00ab\u00a0hrig\u00a0\u00bb, les pateras, les passeurs et les morts en mer ont donn\u00e9 au ph\u00e9nom\u00e8ne son visage tragique.<\/p>\n<p>Lire aussi\u00a0: <a style=\"color: #3598db;\" href=\"https:\/\/quid.ma\/national\/jeunesse-marocaine-quand-le-morceau-de-pain-ne-suffit-plus-par-naim-kamal\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">JEUNESSE MAROCAINE 1\/2 : QUAND LE MORCEAU DE PAIN NE SUFFIT PLUS &#8211; PAR NA\u00cfM KAMAL<\/a><\/p>\n<p>Les causes sont connues\u00a0: ch\u00f4mage, faibles revenus, disparit\u00e9s territoriales, panne de l\u2019ascenseur social. Maris \u00e0 force de tout expliquer par le porte-monnaie, on finit par ne plus comprendre ce que l\u2019on voit. Car l\u2019ailleurs attire \u00e9galement ceux qui ne manquent pas de pain.<\/p>\n<p>La fuite des cerveaux n\u2019explique pas tout <\/p>\n<p>Le d\u00e9part des comp\u00e9tences marocaines est abondamment document\u00e9. M\u00e9decins, ing\u00e9nieurs, chercheurs et informaticiens rejoignent l\u2019Europe, l\u2019Am\u00e9rique du Nord ou les pays du Golfe. Pr\u00e8s de 20% des m\u00e9decins marocains exerceraient \u00e0 l\u2019\u00e9tranger et plusieurs centaines d\u2019ing\u00e9nieurs quitteraient chaque ann\u00e9e le pays.<\/p>\n<p>L\u2019explication parait \u00e9vidente\u00a0: salaires plus \u00e9lev\u00e9s, meilleures carri\u00e8res, davantage de possibilit\u00e9 d\u2019\u00e9l\u00e9vation, rechercher mieux dot\u00e9e. Jusque-l\u00e0, rien de myst\u00e9rieux.<\/p>\n<p>Mais si on comprend le jeune modeste qui tente l\u2019aventure parce que le plafond de verre est trop bas au-dessus de sa t\u00eate, comme le dipl\u00f4m\u00e9 qui ne trouve plus la place au soleil promise par ses \u00e9tudes, comment expliquer l\u2019attrait de cet ailleurs sur le m\u00e9decin bien install\u00e9 \u00e0 Casablanca, l\u2019ing\u00e9nieur qui gagne confortablement sa vie \u00e0 Rabat, l\u2019informaticien qui a r\u00e9ussi, l\u2019architecte dont le carnet de commandes n\u2019est pas d\u00e9garni\u00a0? Pourquoi ceux qui ont pr\u00e9cis\u00e9ment obtenu ce que les autres cherchent organisent-ils eux aussi une porte de sortie\u00a0?<\/p>\n<p>Le passeport comme assurance <\/p>\n<p>Le sociologue et essayiste Driss Ajbali a d\u00e9j\u00e0 attir\u00e9 l\u2019attention sur \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/quid.ma\/chroniques\/sebt-lanomalie-%E2%80%93-par-driss-ajbali\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">lahrig sans fronti\u00e8res sociales\u00a0<\/a>\u00bb. Certaines familles pratiquent ce que Donald Trump a popularis\u00e9 sous l\u2019expression \u00ab\u00a0birth tourism\u00a0\u00bb, le tourisme de naissance\u00a0\u00bb\u00a0: faire na\u00eetre un enfant dans un pays o\u00f9 cette naissance peut lui ouvrir l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la citoyennet\u00e9 ou \u00e0 un statut avantageux. D\u2019autres investissent dans une scolarit\u00e9 internationale, envoient leurs enfants poursuivre des \u00e9tudes sup\u00e9rieures en Europe ou en Am\u00e9rique du Nord et leur recommandent instamment de rester, au moins le temps d\u2019obtenir une r\u00e9sidence durable ou la nationalit\u00e9. D\u00e8s lors la logique commence \u00e0 ressembler \u00e0 une assurance sur l\u2019avenir.<\/p>\n<p>Lire aussi\u00a0: <a style=\"color: #3598db;\" href=\"https:\/\/quid.ma\/chroniques\/sebt-lanomalie-%E2%80%93-par-driss-ajbali\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">Sebta , l\u2019anomalie \u2013 Par Driss Ajbali<\/a><\/p>\n<p>\u00a0Ces familles ne fuient pas n\u00e9cessairement le Maroc. Elles y vivent bien, y poss\u00e8dent logement, cabinet, entreprise, r\u00e9seaux. Mais elles refusent que leurs enfants n\u2019aient qu\u2019une seule carte en main. Eux-m\u00eames r\u00e9p\u00e8tent dans leurs salons mal respirer dans leur propre pays.<\/p>\n<p>La carte de s\u00e9jour, la nationalit\u00e9 si l\u2019opportunit\u00e9 s\u2019offre, deviennent alors un capital au m\u00eame titre qu\u2019un appartement, un dipl\u00f4me ou un compte bancaire. Elles donnent acc\u00e8s \u00e0 d\u2019autres universit\u00e9s, d\u2019autres march\u00e9s du travail et, surtout, au luxe supr\u00eame de notre \u00e9poque\u00a0: le choix.<\/p>\n<p>Les familles modestes r\u00eavent de cette option. Les familles ais\u00e9es peuvent l\u2019acheter. Beaucoup ne s\u2019en privent pas. C\u2019est tout le paradoxe.<\/p>\n<p>Ceux qui ont r\u00e9ussi ne partent pas tous n\u00e9cessairement parce qu\u2019ils vivent mal. Ils pr\u00e9parent le d\u00e9part possible de leurs enfants parce qu\u2019ils ne sont pas, non plus, certains que leur propre r\u00e9ussite soit reproductible. Les r\u00e9seaux en circuit ferm\u00e9, le n\u00e9potisme, la corruption, la reproduction des \u00e9lites en vases clos, la panne de l\u2019ascenseur social,\u2026 font douter de l\u2019horizon.<\/p>\n<p>La crise de confiance<\/p>\n<p>Voil\u00e0 pourquoi la question migratoire d\u00e9passe le ch\u00f4mage et les salaires. Quand un p\u00e8re qui a r\u00e9ussi professionnellement au Maroc pense que l\u2019avenir de son enfant sera plus s\u00fbr ailleurs, il \u00e9met un jugement sur la pr\u00e9visibilit\u00e9 du syst\u00e8me. Il compare enseignement, m\u00e9rite, perspectives professionnelles, s\u00e9curit\u00e9 juridique, services publics, acc\u00e8s aux responsabilit\u00e9s, et plus globalement mode de vie.<\/p>\n<p>Et lorsqu\u2019une partie des cat\u00e9gories sup\u00e9rieures agit ainsi, le signal est plus inqui\u00e9tant que celui envoy\u00e9 par le hrig. Celle du m\u00e9decin prosp\u00e8re, de l\u2019ing\u00e9nieur \u00e0 l\u2019aise ou de l\u2019entrepreneur florissant qui envoie m\u00e9thodiquement ses enfants s\u2019installer ailleurs se transforme en indicateur de la confiance. Ensemble t\u00e9moignent des changements structurels profonds qu\u2019a connus le royaume. Mais \u00e0 peine j\u2019exag\u00e8re si je dis pratiquement aucun ne se comporte enti\u00e8rement en cons\u00e9quence.<\/p>\n<p>C\u2019est probablement l\u00e0 que la \u00ab\u00a0r\u00e9conciliation de la jeunesse avec leur pays\u00a0\u00bb \u00e9voqu\u00e9e par la coordinatrice du PAM, Fatima Ezzahra El Mansouri, perd un peu de son sens. Et c\u2019est pour cela que c\u2019est un vaste programme.<\/p>\n<p>R\u00e9concilier la jeunesse avec la soci\u00e9t\u00e9 ne consiste plus seulement \u00e0 cr\u00e9er des emplois. Cela suppose de fabriquer de la confiance, mati\u00e8re volatile beaucoup plus difficile \u00e0 produire qu\u2019une zone industrielle. Ce qu\u2019il faut\u00a0? Qu\u2019un jeune de Taounate puisse r\u00eaver sans devoir na\u00eetre dans les quartiers hupp\u00e9s de Casablanca. Mais il faut \u00e9galement que le p\u00e8re qui a r\u00e9ussi dans la capitale \u00e9conomique du pays ait de bonnes raisons de ne pas penser que le meilleur cadeau \u00e0 faire \u00e0 son enfant est une double nationalit\u00e9.<\/p>\n<p>Par les fronti\u00e8res, un pays d\u00e9limite le territoire de sa souverainet\u00e9, mais sauf \u00e0 \u00eatre la Cor\u00e9e du nord, celles-ci ne retiennent pas obligatoirement ses citoyens. Ce qui les retient, c\u2019est la conviction qu\u2019aujourd\u2019hui on y respire de l\u2019air frais et que demain peut s\u2019y construire. En une phrase\u00a0: recr\u00e9er l\u2019utopie qui fait vivre et esp\u00e9rer. C\u2019est l\u2019\u00e9quation que les partis en comp\u00e9tition et les programmes qu\u2019ils proposent doivent r\u00e9soudre. Le pourront-ils lorsqu\u2019eux-m\u00eames sont touch\u00e9s par le m\u00eame ph\u00e9nom\u00e8ne et participent \u00e0 la production de maux de soci\u00e9t\u00e9 dont, comble de l\u2019ironie, chacun et tous se plaignent\u00a0?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Dans la premi\u00e8re partie de cette chronique, Na\u00efm Kamal, actant les changements profonds du Maroc, a montr\u00e9 comment&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":197517,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":"","_share_on_mastodon":"0"},"categories":[83],"tags":[281,59946,2962,59945,1726,86,957,17785,53699],"class_list":["post-197516","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-maroc","tag-actualite","tag-classes-moyennes","tag-confiance","tag-duite-des-cerveaux","tag-jeunesse","tag-maroc","tag-migration","tag-national","tag-quid"],"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@afrique\/117197793228177322","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/197516","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=197516"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/197516\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/197517"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=197516"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=197516"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=197516"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}