{"id":199408,"date":"2026-09-03T18:38:28","date_gmt":"2026-09-03T18:38:28","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/199408\/"},"modified":"2026-09-03T18:38:28","modified_gmt":"2026-09-03T18:38:28","slug":"riz-la-tanzanie-a-coupe-le-cordon-des-importations-pendant-que-le-cameroun-cherchait-des-excuses","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/199408\/","title":{"rendered":"Riz : la Tanzanie a coup\u00e9 le cordon des importations pendant que le Cameroun cherchait des excuses"},"content":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Entre 2018 et 2023, la<a href=\"https:\/\/actucameroun.com\/2026\/07\/17\/football-gianni-infantino-vante-le-travail-accompli-par-la-tanzanie\/\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\"> Tanzanie <\/a>est pass\u00e9e du statut d\u2019importateur structurel \u00e0 celui d\u2019exportateur net de riz vers ses voisins de la Communaut\u00e9 d\u2019Afrique de l\u2019Est. Sur la m\u00eame p\u00e9riode, la facture rizicole du Cameroun a doubl\u00e9. Le premier a investi ; le second a attendu et bl\u00e2m\u00e9 le Covid-19, la guerre en Ukraine, puis celle au Moyen-Orient. D\u00e9monstration, chiffres \u00e0 l\u2019appui, qu\u2019il ne s\u2019agit pas d\u2019une fatalit\u00e9 climatique ou g\u00e9opolitique, mais d\u2019un choix de politique publique\u00a0\u00bb, soutient Louis Marie Kakdeu.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>Le tournant tanzanien : d\u2019importateur \u00e0 exportateur en moins de cinq ans<\/p>\n<p>En 2018, la production tanzanienne couvrait tout juste sa consommation nationale. Cinq ans plus tard avec une production de 2,13 millions de tonnes de riz usin\u00e9, le pays a cr\u00e9\u00e9 un exc\u00e9dent structurel. Depuis 2020, le pays exporte en moyenne 386 000 tonnes par an, dont pr\u00e8s de 99 % vers les voisins de la Communaut\u00e9 d\u2019Afrique de l\u2019Est, en franchise de droits de douane.<\/p>\n<p>Son taux de s\u00e9curit\u00e9 alimentaire atteint 128%. Ce basculement d\u00e9coule d\u2019une strat\u00e9gie nationale de d\u00e9veloppement rizicole lanc\u00e9e d\u00e8s 2009, men\u00e9e en deux phases (la seconde courant jusqu\u2019en 2030), pilot\u00e9e par un groupe de travail interminist\u00e9riel qui publie des bilans semestriels. L\u2019objectif \u00e0 2030 est de tripler la production, pour atteindre 6,85 millions de tonnes de riz usin\u00e9.<\/p>\n<p>Trois leviers, aucun hasard<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>L\u2019irrigation : le corridor SAGCOT, lanc\u00e9 en 2010-2011, a transform\u00e9 les vall\u00e9es de Kilombero en zones \u00e0 double ou triple r\u00e9colte annuelle, contre une seule en agriculture pluviale. Cette bascule d\u2019une agriculture d\u00e9pendante de la pluie vers une agriculture irrigu\u00e9e constitue, de l\u2019aveu m\u00eame des experts du secteur, le facteur le plus d\u00e9terminant de la hausse des rendements.<br \/>\nLes semences am\u00e9lior\u00e9es et la vulgarisation agricole : la diffusion de vari\u00e9t\u00e9s \u00e0 haut rendement (comme SARO 5) via des formations de pair \u00e0 pair a permis des gains rapides de productivit\u00e9 sans m\u00e9canisation co\u00fbteuse.<br \/>\nUn d\u00e9bouch\u00e9 r\u00e9gional garanti : l\u2019appartenance \u00e0 la Communaut\u00e9 d\u2019Afrique de l\u2019Est (EAC) offre un march\u00e9 de plus de 2 millions de tonnes de d\u00e9ficit rizicole chez les voisins, rendant l\u2019investissement productif quasi sans risque commercial. Le Kenya, l\u2019Ouganda, le Rwanda, le Burundi ou la RDC, importent une partie croissante de leur riz depuis Dar es Salaam plut\u00f4t que depuis l\u2019Asie du Sud.<\/p>\n<p>Le tout repose sur un m\u00e9canisme de redevabilit\u00e9 : des cibles chiffr\u00e9es et publiques, \u00e9valu\u00e9es r\u00e9guli\u00e8rement, ind\u00e9pendamment des changements politiques.<\/p>\n<p>Le Covid-19 : acc\u00e9l\u00e9rateur, pas excuse<\/p>\n<p>La pand\u00e9mie a bien perturb\u00e9 les cha\u00eenes d\u2019approvisionnement mondiales, mais la Tanzanie a plut\u00f4t affich\u00e9 ses ambitions. Le choc a servi de piq\u00fbre de rappel qui a acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 la mise en \u0153uvre, notamment sur l\u2019irrigation, sans jamais devenir une justification a posteriori. Dans le m\u00eame sens, le Kenya, encore loin de l\u2019autosuffisance (90 % d\u2019importations), est engag\u00e9 depuis 2019 dans une trajectoire mesurable (extension irrigu\u00e9e, barrage de Thiba en 2022) sans invoquer le Covid ou la guerre en Ukraine comme excuse.<\/p>\n<p>Le contraste avec le Cameroun est frappant. Selon l\u2019Institut national de la statistique, la facture d\u2019importation de riz camerounaise a bondi de 59 % en 2024, atteignant 318,5 milliards de FCFA (contre 200,8 milliards en 2023), un record sur sept ans, soit le double du niveau de 2020. Le riz repr\u00e9sentait alors 58,6 % de la facture c\u00e9r\u00e9ali\u00e8re totale, en contradiction directe avec les ambitions du PIISAH (2024-2026) et de la SND30. Le probl\u00e8me est que le gouvernement camerounais cherche des excuses et invoque l\u2019accumulation des chocs externes l\u00e0 o\u00f9 il faut r\u00e9soudre des probl\u00e8mes de gouvernance interne et afficher des ambitions politiques et \u00e9conomiques.<\/p>\n<p>Par exemple, un fr\u00e9missement est apparu en 2025 : la facture a recul\u00e9 de 15,6 % (268,7 milliards de FCFA), attribu\u00e9 principalement au rel\u00e8vement des droits de douane (+5 % sur le riz ordinaire, +20 % sur le riz de luxe). Un projet de 70 000 hectares suppl\u00e9mentaires a \u00e9t\u00e9 annonc\u00e9, visant \u00e0 porter la production nationale de 140 710 \u00e0 460 000 tonnes. Mais, ces signaux sont tr\u00e8s peu ambitieux dans un pays o\u00f9 la demande domestique est sup\u00e9rieure \u00e0 1,2 millions de tonnes. Ils sont aussi fragiles et plus proches d\u2019un ajustement tarifaire ponctuel que d\u2019une strat\u00e9gie planifi\u00e9e comme celle de la Tanzanie.<\/p>\n<p>Sortir de la rh\u00e9torique des chocs externes<\/p>\n<p>La d\u00e9pendance alimentaire du Cameroun est \u00e0 \u00eatre reli\u00e9e \u00e0 la question budg\u00e9taire et \u00e0 la mauvaise gouvernance : fin juin 2026, la dette publique camerounaise atteint 15 607 milliards de FCFA, et le FMI classe le pays \u00e0 risque \u00e9lev\u00e9 de surendettement ext\u00e9rieur. Si l\u2019on peut pointer des chocs externes, il faut surtout souligner des facteurs internes (sous-performance des recettes non p\u00e9troli\u00e8res, d\u00e9rapage des d\u00e9penses, faiblesses de gouvernance).<\/p>\n<p>En effet, chaque milliard d\u00e9pens\u00e9 en importations de riz asiatique est un milliard non investi dans l\u2019irrigation locale ou l\u2019emploi rural, pesant sur la balance commerciale et la soutenabilit\u00e9 de la dette. La Tanzanie n\u2019a pas subi moins de chocs externes que le Cameroun ; elle a simplement refus\u00e9 d\u2019en faire une excuse permanente.<\/p>\n<p>Trois transpositions possibles pour le Cameroun<\/p>\n<p>Voici trois pistes concr\u00e8tes :<\/p>\n<p>Sanctuariser une strat\u00e9gie pluriannuelle, avec cibles chiffr\u00e9es et suivi ind\u00e9pendant du calendrier politique : le PIISAH existe d\u00e9j\u00e0 sur le papier, mais manquent d\u2019un m\u00e9canisme de gouvernance \u00e9quivalent au groupe de travail tanzanien. Les promesses du Chef de l\u2019Etat ne se traduisent pas dans le budget de l\u2019Etat et ce, sans cons\u00e9quence politique. Par exemple, les FCFA 10 milliards promis en 2022 pour la relance de la culture du bl\u00e9 ne sont pas toujours mis \u00e0 la disposition de l\u2019IRAD, pr\u00e8s de 5 ans plus tard.<br \/>\nPrioriser l\u2019irrigation plut\u00f4t que les subventions ponctuelles aux intrants, en exploitant le potentiel des plaines de la B\u00e9nou\u00e9, du Logone et du Ndop, rest\u00e9 largement sous-utilis\u00e9.<br \/>\nTransformer le march\u00e9 r\u00e9gional CEMAC en d\u00e9bouch\u00e9, \u00e0 l\u2019image de la Tanzanie avec l\u2019EAC : un Cameroun exportateur net vers le Tchad, la Centrafrique ou le Congo changerait un poste de d\u00e9pense en poste de recette.<\/p>\n<p>Le rel\u00e8vement des droits de douane de 2025 est \u00e0 saluer comme un premier pas positif, mais le tarif douanier seul ne construit ni barrage, ni comp\u00e9tence agricole, ni march\u00e9 d\u2019exportation ; il ne fait que gagner du temps.<\/p>\n<p>La comparaison Tanzanie-Cameroun illustre que la souverainet\u00e9 alimentaire est le r\u00e9sultat cumul\u00e9 de choix budg\u00e9taires soutenus dans la dur\u00e9e, et non une question de conjoncture internationale. Le Cameroun dispose des m\u00eames atouts de base (terres irrigables, march\u00e9 r\u00e9gional captif, institutions de planification) que la Tanzanie, mais leur mise en \u0153uvre reste, pour l\u2019instant, plus proche de l\u2019incantation que de l\u2019ex\u00e9cution.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Louis-Marie KAKDEU, MPA, PhD &amp; HDR<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Deuxi\u00e8me Vice-Pr\u00e9sident National SDF<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"\u00ab\u00a0Entre 2018 et 2023, la Tanzanie est pass\u00e9e du statut d\u2019importateur structurel \u00e0 celui d\u2019exportateur net de riz&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":199409,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":"","_share_on_mastodon":"0"},"categories":[185],"tags":[242,12,4776,30893,7,80,126,46,304,20586],"class_list":["post-199408","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-tanzanie","tag-actualites","tag-cameroun","tag-cemac","tag-douala","tag-economie","tag-news","tag-politique","tag-sport","tag-tanzanie","tag-yaounde"],"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@afrique\/117208567218911298","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/199408","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=199408"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/199408\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/199409"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=199408"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=199408"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=199408"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}