{"id":201998,"date":"2026-09-06T17:13:09","date_gmt":"2026-09-06T17:13:09","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/201998\/"},"modified":"2026-09-06T17:13:09","modified_gmt":"2026-09-06T17:13:09","slug":"a-dakar-la-cherte-de-la-vie-pese-lourd-dans-les-paniers","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/201998\/","title":{"rendered":"\u00c0 Dakar, la chert\u00e9 de la vie p\u00e8se lourd dans les paniers"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"696\" height=\"392\" class=\"entry-thumb\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/marche-central-de-thies-ok-696x392.jpg\"   alt=\"March\u00e9 au S\u00e9n\u00e9gal\" title=\"March\u00e9 au S\u00e9n\u00e9gal\"\/>March\u00e9 au S\u00e9n\u00e9gal<\/p>\n<p>Il est un peu plus de neuf heures du matin au march\u00e9 de Castors. Dans les all\u00e9es \u00e9troites, les \u00e9tals d\u00e9bordent de l\u00e9gumes, de condiments, de viande et de poisson. Les clients marchandent, les commer\u00e7ants interpellent les passants, les charretiers se frayent difficilement un chemin. Mais derri\u00e8re cette animation habituelle, une m\u00eame pr\u00e9occupation revient dans les conversations : la hausse g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e des prix. \u00c0 Castors comme \u00e0 Sandaga, les consommateurs disent avoir de plus en plus de mal \u00e0 remplir leurs paniers.<\/p>\n<p>A Dakar,<\/p>\n<p>La vie devient de plus en plus ch\u00e8re au S\u00e9n\u00e9gal. La m\u00e9nag\u00e8re crie au scandale face \u00e0 une hausse vertigineuse des prix des denr\u00e9es, notamment celles de premi\u00e8re n\u00e9cessit\u00e9. D\u2019ailleurs, des appels \u00e0 manifester sont lanc\u00e9s un peu partout dans ce pays d\u2019Afrique de l\u2019Ouest, pour appeler l\u2019\u00c9tat \u00e0 r\u00e9agir et faire baisser les prix dont la <a href=\"https:\/\/www.afrik.com\/senegal-les-prix-des-denrees-flambent\" target=\"_blank\" rel=\"noopener nofollow\">hausse<\/a> ne s\u2019explique pas. Afrik.com a fait le tour de deux march\u00e9s principaux de Dakar pour recueillir quelques avis. Le constat est le m\u00eame : les prix flambent sans que cela ne s\u2019explique.<\/p>\n<p>La viande franchit la barre des 5 000 francs<\/p>\n<p>Avec le m\u00eame billet de 10 000 francs CFA, expliquent-ils, on repart aujourd\u2019hui avec beaucoup moins de produits qu\u2019il y a quelque temps. \u00ab Avant, avec 10 000 francs, je pouvais acheter de la viande, des l\u00e9gumes, de l\u2019oignon et quelques condiments. Maintenant, il faut presque le double pour avoir la m\u00eame quantit\u00e9 \u00bb, t\u00e9moigne Awa Ndiaye, vendeuse de v\u00eatements, rencontr\u00e9e devant un \u00e9tal de l\u00e9gumes au march\u00e9 Castors. Pour cette m\u00e8re de famille, le probl\u00e8me ne concerne plus seulement quelques produits. \u00ab Tout a augment\u00e9. M\u00eame les petites choses qu\u2019on achetait sans trop r\u00e9fl\u00e9chir sont devenues ch\u00e8res \u00bb, d\u00e9plore-t-elle.<\/p>\n<p>Chez les bouchers, la hausse du prix de la viande est particuli\u00e8rement visible. Le kilogramme qui se n\u00e9gociait autour de 4 000 francs CFA est d\u00e9sormais propos\u00e9 \u00e0 environ 5 000 francs. Mamadou Diop, boucher depuis une quinzaine d\u2019ann\u00e9es \u00e0 Castors, explique que les consommateurs sont les premiers \u00e0 subir cette situation. \u00ab Nous aussi, nous constatons la hausse. Le prix auquel nous achetons la viande augmente, et nous sommes oblig\u00e9s de r\u00e9percuter une partie sur le client. Mais le probl\u00e8me, c\u2019est que le client n\u2019a pas forc\u00e9ment les moyens de suivre \u00bb, explique-t-il.<\/p>\n<p>Le persil, symbole d\u2019une inflation ressentie au quotidien<\/p>\n<p>Devant son \u00e9tal, un client h\u00e9site avant de demander une petite quantit\u00e9. \u00ab Avant, je venais prendre un kilogramme sans trop calculer. Aujourd\u2019hui, je demande d\u2019abord le prix. Si c\u2019est 5 000 francs, je prends moins \u00bb, raconte Ibrahima Fall, chauffeur de taxi. Pour lui, cette r\u00e9duction des quantit\u00e9s est devenue une strat\u00e9gie quotidienne. \u00ab On ne peut pas arr\u00eater de manger, donc on r\u00e9duit les portions. C\u2019est \u00e7a, la r\u00e9alit\u00e9 \u00bb. Quelques m\u00e8tres plus loin, les condiments donnent eux aussi une id\u00e9e de la flamb\u00e9e des prix.<\/p>\n<p>Le persil, vendu auparavant autour de 500 francs CFA la quantit\u00e9 habituelle, est cit\u00e9 par plusieurs consommateurs comme l\u2019un des exemples les plus frappants de la hausse. \u00ab Regardez le persil ! Ce qu\u2019on achetait \u00e0 500 francs peut maintenant nous co\u00fbter jusqu\u2019\u00e0 5 000 francs selon la quantit\u00e9 et le conditionnement. C\u2019est devenu incroyable \u00bb, s\u2019exclame Fatou Sarr, restauratrice. Pour cette derni\u00e8re, qui pr\u00e9pare chaque jour des repas destin\u00e9s \u00e0 ses clients, l\u2019augmentation des condiments et des l\u00e9gumes a des cons\u00e9quences directes sur son activit\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019oignon passe de 300 \u00e0 800 francs le kilogramme<\/p>\n<p>\u00ab Quand les prix augmentent, je dois choisir entre augmenter mes prix ou r\u00e9duire ma marge. Mais si j\u2019augmente trop, les clients vont partir. C\u2019est un v\u00e9ritable casse-t\u00eate \u00bb, explique-t-elle. Elle dit avoir d\u00e9j\u00e0 r\u00e9duit certaines quantit\u00e9s utilis\u00e9es dans ses plats. \u00ab On essaie de faire avec moins. Mais \u00e0 force de r\u00e9duire, la qualit\u00e9 peut aussi \u00eatre affect\u00e9e \u00bb. \u00c0 Sandaga, les \u00e9tals d\u2019oignons attirent les m\u00e9nag\u00e8res. Ici aussi, la hausse est au c\u0153ur des discussions. Selon plusieurs consommateurs interrog\u00e9s, le kilogramme d\u2019oignon qui pouvait co\u00fbter environ 300 francs CFA se vend d\u00e9sormais autour de 800 francs.<\/p>\n<p>Mari\u00e8me Ba, m\u00e9nag\u00e8re, tient son sac d\u2019une main et son t\u00e9l\u00e9phone de l\u2019autre. Elle vient de faire quelques achats. \u00ab Je viens d\u2019acheter de l\u2019oignon, de la tomate et quelques l\u00e9gumes. Rien qu\u2019avec \u00e7a, j\u2019ai d\u00e9j\u00e0 d\u00e9pens\u00e9 une somme importante. Avant, je pouvais remplir le panier avec beaucoup moins \u00bb, dit-elle. Elle raconte avoir modifi\u00e9 ses habitudes. \u00ab Avant, je pouvais acheter plusieurs kilogrammes pour la semaine. Maintenant, j\u2019ach\u00e8te au jour le jour ou en petite quantit\u00e9. On ne peut plus faire les provisions comme avant \u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019huile, autre d\u00e9pense incontournable<\/p>\n<p>La <a href=\"https:\/\/www.afrik.com\/cout-de-la-vie-en-afrique-senegal-rdc-et-seychelles-en-tete-du-classement-2026\" target=\"_blank\" rel=\"noopener nofollow\">hausse des prix<\/a> touche \u00e9galement les autres l\u00e9gumes. Tomates, carottes, pommes de terre et autres produits mara\u00eechers connaissent, selon les p\u00e9riodes et les arrivages, des variations que les consommateurs ressentent directement. \u00c0 quelques m\u00e8tres des vendeurs de l\u00e9gumes, les bidons et bouteilles d\u2019huile sont align\u00e9s sur les \u00e9tals. L\u00e0 encore, les consommateurs d\u00e9noncent une hausse. Le litre d\u2019huile qui co\u00fbtait environ 1 400 \u00e0 1 500 francs CFA est d\u00e9sormais vendu autour de 1 700 \u00e0 1 800 francs.<\/p>\n<p>Pour Cheikh Mbaye, \u00e9tudiant et livreur \u00e0 temps partiel, cette augmentation p\u00e8se particuli\u00e8rement sur les m\u00e9nages qui cuisinent quotidiennement. \u00ab Quand tu fais les courses avec un budget limit\u00e9, chaque 200 ou 300 francs compte. L\u2019huile, le riz, l\u2019oignon, la viande : quand tout augmente en m\u00eame temps, le budget explose \u00bb, explique-t-il. Selon lui, la cons\u00e9quence est visible dans les foyers. \u00ab Beaucoup de familles r\u00e9duisent les quantit\u00e9s ou changent les menus. On mange ce qui co\u00fbte le moins cher \u00bb.<\/p>\n<p>Le poisson n\u2019\u00e9chappe pas \u00e0 la hausse<\/p>\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 des vendeurs de poisson, le constat est similaire. Le traditionnel tas de poisson qui pouvait \u00eatre achet\u00e9 autour de 2 000 francs CFA se n\u00e9gocie d\u00e9sormais entre 3 500 et 4 000 francs, selon les esp\u00e8ces et la quantit\u00e9. Ousmane Seck, mareyeur, affirme que plusieurs facteurs peuvent expliquer les variations de prix. \u00ab Le prix d\u00e9pend de l\u2019arrivage, de la disponibilit\u00e9 du poisson, du transport et de plusieurs autres charges. Quand les co\u00fbts augmentent en amont, cela finit forc\u00e9ment par se ressentir au march\u00e9 \u00bb, explique-t-il. Mais pour les consommateurs, l\u2019explication importe finalement peu : le constat reste le m\u00eame, le panier co\u00fbte plus cher.<\/p>\n<p>\u00ab Avant, avec 2 000 francs, je pouvais acheter un tas de poisson pour la famille. Aujourd\u2019hui, il faut pr\u00e9voir presque le double \u00bb, regrette Khady Tour\u00e9, vendeuse de fruits. \u00c0 la sortie du march\u00e9 de <a href=\"https:\/\/www.afrik.com\/reportage-a-dakar-une-fin-d-annee-2022-plutot-galere-au-senegal\" target=\"_blank\" rel=\"noopener nofollow\">Sandaga<\/a>, les t\u00e9moignages se ressemblent. Certains consommateurs parlent d\u2019une v\u00e9ritable course contre la hausse des prix. Abdoulaye Sy r\u00e9sume le sentiment de nombreux Dakarois : \u00ab On travaille, mais on a l\u2019impression que notre argent perd de sa valeur. Les revenus ne montent pas au m\u00eame rythme que les d\u00e9penses \u00bb.<\/p>\n<p>Une chert\u00e9 de la vie qui se mesure dans le contenu des paniers<\/p>\n<p>Ce m\u00e9canicien de profession estime que les familles doivent d\u00e9sormais \u00e9tablir des priorit\u00e9s tr\u00e8s strictes. \u00ab Avant, on pouvait faire quelques achats suppl\u00e9mentaires. Maintenant, on prend seulement l\u2019essentiel. Si la viande est trop ch\u00e8re, on prend du poisson. Si le poisson est cher, on cherche autre chose. Mais aujourd\u2019hui, m\u00eame les alternatives deviennent ch\u00e8res \u00bb, peste-t-il. Entre Castors et Sandaga, les commer\u00e7ants continuent pourtant leur activit\u00e9, dans l\u2019espoir de maintenir leurs ventes malgr\u00e9 la pression sur les prix.<\/p>\n<p>Mais derri\u00e8re les \u00e9tals color\u00e9s et le ballet incessant des clients, une r\u00e9alit\u00e9 s\u2019impose : la chert\u00e9 de la vie n\u2019est plus seulement une question de statistiques. Elle se mesure d\u00e9sormais dans le contenu des paniers, la taille des portions et les choix faits chaque jour dans les m\u00e9nages. \u00c0 Dakar, du march\u00e9 de Castors aux ruelles anim\u00e9es de Sandaga, les consommateurs le r\u00e9p\u00e8tent : avec le m\u00eame budget qu\u2019hier, ils repartent aujourd\u2019hui avec beaucoup moins. Et pour beaucoup, la question n\u2019est plus de savoir si les prix ont augment\u00e9, mais jusqu\u2019o\u00f9 cette hausse ira, et surtout, comment les familles pourront continuer \u00e0 faire face.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"March\u00e9 au S\u00e9n\u00e9gal Il est un peu plus de neuf heures du matin au march\u00e9 de Castors. 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