{"id":202095,"date":"2026-09-06T19:53:16","date_gmt":"2026-09-06T19:53:16","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/202095\/"},"modified":"2026-09-06T19:53:16","modified_gmt":"2026-09-06T19:53:16","slug":"avortement-derriere-larrestation-dun-medecin-le-debat-que-lon-ne-peut-eviter","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/202095\/","title":{"rendered":"Avortement : derri\u00e8re l\u2019arrestation d\u2019un m\u00e9decin, le d\u00e9bat que l\u2019on ne peut \u00e9viter"},"content":{"rendered":"<p>\t            \t\tL\u2019arrestation \u00e0 Rabat d\u2019un m\u00e9decin et de son assistante soup\u00e7onn\u00e9s d\u2019avoir pratiqu\u00e9 des interruptions volontaires de grossesse remet au premier plan un d\u00e9bat que le Maroc n\u2019a jamais compl\u00e8tement tranch\u00e9. Au-del\u00e0 de l\u2019application de la loi, Anwar Cherkaoui interroge la r\u00e9alit\u00e9 humaine, m\u00e9dicale et sociale de l\u2019avortement, entre clandestinit\u00e9, sant\u00e9 publique, d\u00e9tresse des femmes et appelle \u00e0 la r\u00e9ouverture du d\u00e9bat soci\u00e9tal.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/20260906_154240_1788709360158_ai.jpg\" alt=\"\" width=\"290\" height=\"362\"\/><\/p>\n<p>Anwar Cherkaoui<br \/>\nExpert en communication m\u00e9dicale et de sant\u00e9<\/p>\n<p>Vendredi 4 septembre 2026, \u00e0 Rabat, un m\u00e9decin et son assistante ont \u00e9t\u00e9 interpell\u00e9s en flagrant d\u00e9lit alors qu\u2019ils pratiquaient, selon les informations rapport\u00e9es par les m\u00e9dias, des interruptions de grossesse au profit de trois femmes dans un cabinet m\u00e9dical.<\/p>\n<p>Sur le plan juridique, les choses sont claires.<\/p>\n<p>Sur le plan humain et m\u00e9dical, elles sont autrement plus complexes.<\/p>\n<p>La l\u00e9gislation marocaine interdit l\u2019avortement en dehors des situations pr\u00e9vues par le Code p\u00e9nal. Le fait qu\u2019un m\u00e9decin r\u00e9alise l\u2019intervention dans un environnement m\u00e9dical, dans de bonnes conditions d\u2019hygi\u00e8ne et avec le consentement de la femme ne suffit pas \u00e0 rendre l\u2019acte l\u00e9gal.<\/p>\n<p>Le consentement de la patiente ne constitue donc pas, \u00e0 lui seul, une autorisation juridique.<\/p>\n<p>Le Code p\u00e9nal pr\u00e9voit n\u00e9anmoins une exception lorsque l\u2019interruption de grossesse est n\u00e9cessaire pour sauvegarder la sant\u00e9 ou la vie de la m\u00e8re et qu\u2019elle est r\u00e9alis\u00e9e dans les conditions pr\u00e9vues par la loi.\u00a0 Apr\u00e8s un long d\u00e9bat elle a m\u00eame exclu le droit \u00e0 l\u2019avortement \u00a0pour troubles psychiatriques pour interrompre la chaine de l\u2019h\u00e9ridit\u00e9.\u00a0\u00a0<\/p>\n<p>Voil\u00e0 pour le droit. Mais que nous dit cette affaire sur la r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019avortement au Maroc en 2026 ?<\/p>\n<p>Derri\u00e8re le dossier judiciaire, trois femmes<\/p>\n<p>D\u2019apr\u00e8s les informations publi\u00e9es dans les m\u00e9dias, trois femmes se trouvaient dans le cabinet du m\u00e9decin et auraient volontairement sollicit\u00e9 une interruption de grossesse.<\/p>\n<p>Nous ne connaissons ni leurs histoires personnelles, ni leurs situations familiales, ni les raisons pr\u00e9cises de leur d\u00e9marche. Il serait donc imprudent de leur attribuer des motivations.<\/p>\n<p>Mais une chose m\u00e9rite d\u2019\u00eatre rappel\u00e9e : une femme qui d\u00e9cide d\u2019interrompre une grossesse ne le fait pas n\u00e9cessairement sur un coup de t\u00eate.<\/p>\n<p>Les raisons peuvent \u00eatre multiples : pr\u00e9carit\u00e9 \u00e9conomique, grossesse non d\u00e9sir\u00e9e, impossibilit\u00e9 d\u2019assumer un enfant suppl\u00e9mentaire, difficult\u00e9s familiales ou conjugales, probl\u00e8me de sant\u00e9, ou grossesse cons\u00e9cutive \u00e0 une violence sexuelle.<\/p>\n<p>Imaginons, \u00e0 titre d\u2019hypoth\u00e8se, une femme victime d\u2019un viol qui d\u00e9couvre qu\u2019elle est enceinte.<\/p>\n<p>Faut-il lui imposer, apr\u00e8s le traumatisme du viol, une grossesse qu\u2019elle n\u2019a pas choisie ?<\/p>\n<p>La question est douloureuse. \u00a0Elle montre surtout que la r\u00e9alit\u00e9 humaine est parfois beaucoup plus complexe que les cat\u00e9gories juridiques.<\/p>\n<p>\u00a0Le paradoxe du m\u00e9decin <\/p>\n<p>C\u2019est ici que surgit le paradoxe. Le m\u00e9decin qui pratique un avortement en dehors du cadre l\u00e9gal commet une infraction. \u00a0Son interpellation et les \u00e9ventuelles poursuites rel\u00e8vent donc de l\u2019application de la loi.<\/p>\n<p>Mais le m\u00eame m\u00e9decin est aussi un professionnel form\u00e9 \u00e0 pr\u00e9venir les complications, \u00e0 \u00e9valuer les risques et \u00e0 assurer des soins dans des conditions m\u00e9dicales appropri\u00e9es.<\/p>\n<p>D\u00e8s lors, une question de sant\u00e9 publique m\u00e9rite d\u2019\u00eatre pos\u00e9e : lorsqu\u2019une femme d\u00e9cide malgr\u00e9 tout d\u2019interrompre une grossesse, vaut-il mieux qu\u2019elle s\u2019adresse \u00e0 un professionnel de sant\u00e9 ou qu\u2019elle soit pouss\u00e9e vers des pratiques clandestines et potentiellement dangereuses ?<\/p>\n<p>Cette question ne signifie \u00e9videmment pas qu\u2019un m\u00e9decin peut s\u2019affranchir de la loi.<\/p>\n<p>Elle signifie simplement que l\u2019interdit juridique ne fait pas n\u00e9cessairement dispara\u00eetre la r\u00e9alit\u00e9 sociale.<\/p>\n<p>Et lorsque cette r\u00e9alit\u00e9 existe, la sant\u00e9 publique doit aussi s\u2019interroger sur les risques auxquels les femmes peuvent \u00eatre expos\u00e9es.<\/p>\n<p>Une interruption de grossesse n\u2019est pas un acte m\u00e9dical banal. Lorsqu\u2019elle est l\u00e9galement autoris\u00e9e, elle n\u00e9cessite une \u00e9valuation m\u00e9dicale, des conditions techniques adapt\u00e9es et un suivi appropri\u00e9.<\/p>\n<p>\u00a0Interdire ne suffit pas toujours \u00e0 faire dispara\u00eetre<\/p>\n<p>Lorsqu\u2019une grossesse est v\u00e9cue comme impossible \u00e0 poursuivre, certaines femmes chercheront une solution, que celle-ci soit en milieux m\u00e9dical ou clandestine.<\/p>\n<p>Le danger appara\u00eet lorsque la clandestinit\u00e9 conduit \u00e0 des pratiques r\u00e9alis\u00e9es par des personnes non qualifi\u00e9es, \u00e0 l\u2019utilisation non contr\u00f4l\u00e9e de m\u00e9dicaments ou \u00e0 des m\u00e9thodes artisanales susceptibles d\u2019entra\u00eener des complications graves.<\/p>\n<p>Il y a aussi l\u2019incitation parfois \u00e0 de pratiques contraires \u00e0 l\u2019\u00e9thique dans le milieu m\u00e9dical\u00a0: un surench\u00e9rissement du co\u00fbt en rapport avec les risques pris.<\/p>\n<p>\u00a0La question devient alors une question de sant\u00e9 publique. Comment pr\u00e9venir ? Comment prot\u00e9ger ? Comment accompagner ?<\/p>\n<p>C\u2019est pourquoi le d\u00e9bat sur l\u2019avortement ne devrait pas se r\u00e9sumer \u00e0 une opposition entre \u00ab pour \u00bb et \u00ab contre \u00bb.<\/p>\n<p>On peut d\u00e9fendre la protection de la vie et consid\u00e9rer simultan\u00e9ment qu\u2019une femme confront\u00e9e \u00e0 une situation dramatique ne doit pas \u00eatre expos\u00e9e \u00e0 des risques m\u00e9dicaux \u00e9vitables.<\/p>\n<p>On peut respecter la loi et s\u2019interroger sur son ad\u00e9quation avec certaines situations humaines.<\/p>\n<p>On peut enfin consid\u00e9rer que l\u2019avortement ne doit jamais devenir un acte banal tout en reconnaissant que certaines circonstances n\u00e9cessitent une r\u00e9ponse particuli\u00e8re.<\/p>\n<p>\u00a0Un d\u00e9bat que le Maroc a d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9 <\/p>\n<p>Le Maroc a d\u00e9j\u00e0 ouvert cette r\u00e9flexion. En 2015, un d\u00e9bat national avait \u00e9t\u00e9 engag\u00e9 sur la probl\u00e9matique de l\u2019avortement.<\/p>\n<p>Le Conseil national des droits de l\u2019Homme avait notamment pr\u00e9sent\u00e9 des propositions concernant certaines situations, parmi lesquelles les grossesses r\u00e9sultant d\u2019un viol ou d\u2019un inceste, les situations mettant en danger la sant\u00e9 de la m\u00e8re ou certaines graves anomalies du f\u0153tus.<\/p>\n<p>En 2016, un projet de r\u00e9forme du Code p\u00e9nal (Projet de loi n\u00b010-16), qui pr\u00e9voyait d&rsquo;\u00e9largir l&rsquo;autorisation de l&rsquo;avortement aux cas de viol, d&rsquo;inceste, de malformations f\u0153tales ou de troubles mentaux, a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 au Parlement.\u00a0 Depuis plus de nouvelles.<\/p>\n<p>Plus d\u2019une d\u00e9cennie plus tard, l\u2019affaire de Rabat ( septembre 2026) montre que le sujet demeure d\u2019actualit\u00e9.<\/p>\n<p>\u00a0Et maintenant ?<\/p>\n<p>L\u2019arrestation de ce m\u00e9decin ne devrait donc pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e uniquement comme un fait divers. Elle devrait aussi \u00eatre l\u2019occasion de poser une question de soci\u00e9t\u00e9 :<\/p>\n<p>Notre cadre juridique r\u00e9pond-il suffisamment \u00e0 toutes les situations humaines et m\u00e9dicales auxquelles peuvent \u00eatre confront\u00e9es les femmes et les m\u00e9decins marocains ?<\/p>\n<p>Si la r\u00e9ponse est oui, il faut renforcer la pr\u00e9vention des grossesses non d\u00e9sir\u00e9es, l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la contraception, l\u2019information et l\u2019accompagnement.<\/p>\n<p>Si certaines situations restent insuffisamment prises en compte, il faut avoir le courage d\u2019en d\u00e9battre.<\/p>\n<p>Mais ce d\u00e9bat doit \u00eatre conduit dans le respect de la loi marocaine, de la Constitution, des valeurs de la soci\u00e9t\u00e9 marocaine, de la r\u00e9f\u00e9rence religieuse du Royaume, de l\u2019\u00e9thique m\u00e9dicale et des exigences de la m\u00e9decine moderne. Mais dans un esprit d\u2019effort intellectuel et d\u2019ouverture.<\/p>\n<p>Il ne s\u2019agit pas de demander au m\u00e9decin de se substituer au l\u00e9gislateur. Il ne s\u2019agit pas non plus de consid\u00e9rer qu\u2019un acte m\u00e9dical devient l\u00e9gal parce qu\u2019il est r\u00e9alis\u00e9 par un professionnel de sant\u00e9.<\/p>\n<p>Il s\u2019agit simplement de regarder une r\u00e9alit\u00e9 en face : certaines situations humaines existent, m\u00eame lorsqu\u2019elles sont interdites par la loi.<\/p>\n<p>Et lorsque cette r\u00e9alit\u00e9 rencontre la m\u00e9decine, le silence ne suffit plus.<\/p>\n<p>L\u2019affaire de Rabat de septembre 2026 pose finalement une question qui d\u00e9passe le sort judiciaire de ce m\u00e9decin : sommes-nous pr\u00eats \u00e0 rouvrir un d\u00e9bat serein entre droit, m\u00e9decine, \u00e9thique, religion et r\u00e9alit\u00e9 sociale sur l\u2019avortement au Maroc ?<\/p>\n<p>La r\u00e9ponse ne devrait appartenir ni au m\u00e9decin seul, ni au juge, ni au l\u00e9gislateur seul.<\/p>\n<p>Elle m\u00e9rite un v\u00e9ritable d\u00e9bat de soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"L\u2019arrestation \u00e0 Rabat d\u2019un m\u00e9decin et de son assistante soup\u00e7onn\u00e9s d\u2019avoir pratiqu\u00e9 des interruptions volontaires de grossesse remet&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":202096,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":"","_share_on_mastodon":"0"},"categories":[83],"tags":[281,56243,15379,3098,61547,86,53699,1721,115],"class_list":["post-202095","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-maroc","tag-actualite","tag-anwar-cherkaoui","tag-avortement","tag-droits-des-femmes","tag-ethique-medicale","tag-maroc","tag-quid","tag-sante-publique","tag-societe"],"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@afrique\/117225849210855873","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/202095","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=202095"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/202095\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/202096"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=202095"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=202095"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=202095"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}