{"id":202958,"date":"2026-09-07T18:56:11","date_gmt":"2026-09-07T18:56:11","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/202958\/"},"modified":"2026-09-07T18:56:11","modified_gmt":"2026-09-07T18:56:11","slug":"cimetieres-des-lieux-a-rehabiliter-et-a-entretenir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/202958\/","title":{"rendered":"Cimeti\u00e8res : Des lieux \u00e0 r\u00e9habiliter et \u00e0 entretenir"},"content":{"rendered":"<p class=\"p1\">Il faut parfois franchir les portes d\u2019un cimeti\u00e8re pour mesurer jusqu\u2019o\u00f9 peut aller le laisser-aller. \u00c0 Sousse comme ailleurs en Tunisie, l\u2019\u00e9tat de certains lieux de s\u00e9pultures interpelle et pose une question simple : avons-nous encore les moyens, mais surtout la volont\u00e9, d\u2019offrir \u00e0 nos morts la dignit\u00e9 qu\u2019ils m\u00e9ritent ?<\/p>\n<p class=\"p1\">La Presse \u2014 Un cimeti\u00e8re n\u2019est pas un espace comme les autres. C\u2019est un lieu de m\u00e9moire, de silence et de recueillement. C\u2019est aussi l\u2019un des rares endroits o\u00f9 les vivants continuent de venir \u00abretrouver\u00bb ceux qui les ont quitt\u00e9s. Alors, lorsque les all\u00e9es disparaissent sous les herbes folles, lorsque les d\u00e9tritus s\u2019accumulent entre les tombes, lorsque la v\u00e9g\u00e9tation devient envahissante et que certaines s\u00e9pultures restent inachev\u00e9es pendant des mois, il ne s\u2019agit plus d\u2019un simple probl\u00e8me d\u2019entretien.<\/p>\n<p class=\"p1\"> C\u2019est une question de dignit\u00e9. Les t\u00e9moignages r\u00e9cemment recueillis \u00e0 propos des cimeti\u00e8res de Sousse sont, \u00e0 cet \u00e9gard, particuli\u00e8rement r\u00e9v\u00e9lateurs. Au cimeti\u00e8re de Houmet Souiss, des citoyens d\u00e9crivent des all\u00e9es jonch\u00e9es de feuilles mortes et de d\u00e9chets, une v\u00e9g\u00e9tation insuffisamment ma\u00eetris\u00e9e et des tombes demeur\u00e9es inachev\u00e9es longtemps apr\u00e8s les inhumations. Un cercueil aurait m\u00eame \u00e9t\u00e9 laiss\u00e9 sur place.<\/p>\n<p class=\"p1\">Des visiteurs venus se recueillir sur les tombes de leurs proches disent partager le m\u00eame constat. Ils ne demandent pourtant rien d\u2019extraordinaire. Ils veulent simplement pouvoir marcher jusqu\u2019\u00e0 la tombe d\u2019un parent dans un endroit propre, accessible et digne.<\/p>\n<p>\u00abUn spectacle de d\u00e9solation\u00bb<\/p>\n<p class=\"p1\">Le t\u00e9moignage de Noureddine Ali, un Soussien venu r\u00e9cemment se recueillir sur la tombe de ses parents, illustre avec des mots particuli\u00e8rement forts le malaise ressenti par de nombreux citoyens.<\/p>\n<p class=\"p1\">Il raconte avoir d\u00e9cid\u00e9 de se rendre au cimeti\u00e8re apr\u00e8s avoir vu, quelques jours auparavant, des publications d\u00e9non\u00e7ant l\u2019\u00e9tat d\u2019abandon et de d\u00e9labrement du cimeti\u00e8re de Sousse. \u00abJe m\u2019y suis rendu aujourd\u2019hui pour me recueillir sur la tombe de mes parents. Effectivement, le cimeti\u00e8re offre un spectacle de d\u00e9solation qui tranche avec la dignit\u00e9 que l\u2019on attend d\u2019un lieu de recueillement\u00bb, t\u00e9moigne-t-il.<\/p>\n<p>Une description sans appel<\/p>\n<p class=\"p1\">\u00abD\u00e8s l\u2019entr\u00e9e, une v\u00e9g\u00e9tation sauvage et envahissante impose sa loi : ronces, herbes folles et arbustes \u00e9pineux ont colonis\u00e9 les all\u00e9es, rendant la circulation entre les tombes malais\u00e9e, parfois m\u00eame impossible \u00e0 moins de courir le risque de se fouler la cheville, ce qui a failli m\u2019arriver\u00bb, poursuit Noureddine Ali.<\/p>\n<p class=\"p1\">Pour ce Soussien, l\u2019\u00e9tat des lieux ne se limite pas \u00e0 des probl\u00e8mes d\u2019accessibilit\u00e9. Il touche \u00e9galement directement \u00e0 la m\u00e9moire des personnes enterr\u00e9es dans ce cimeti\u00e8re.<\/p>\n<p class=\"p1\">\u00abLes inscriptions de nombreuses s\u00e9pultures s\u2019effacent peu \u00e0 peu sous la mousse et les lichens. Le sol, par endroits, dispara\u00eet sous un tapis de d\u00e9tritus accumul\u00e9s au fil des ann\u00e9es : sacs plastiques d\u00e9chir\u00e9s, bouteilles vides, gravats de construction et d\u00e9chets divers jonchent les abords comme le c\u0153ur m\u00eame du cimeti\u00e8re, apport\u00e9s l\u00e0 par le vent ou par l\u2019incurie de riverains peu scrupuleux\u00bb, d\u00e9plore-t-il.<\/p>\n<p class=\"p1\">Un constat qui, selon lui, traduit une absence d\u2019entretien durable : \u00abAucun entretien r\u00e9gulier ne semble avoir \u00e9t\u00e9 assur\u00e9 depuis longtemps, et l\u2019abandon dans lequel se trouve ce patrimoine fun\u00e9raire t\u00e9moigne d\u2019une n\u00e9gligence collective aussi affligeante qu\u2019inqui\u00e9tante pour la m\u00e9moire des d\u00e9funts qui y reposent\u00bb.<\/p>\n<p>Une col\u00e8re indicible<\/p>\n<p class=\"p1\">Le t\u00e9moignage de Noureddine Ali se fait ensuite plus s\u00e9v\u00e8re lorsqu\u2019il \u00e9voque la responsabilit\u00e9 des responsables locaux. \u00abFace \u00e0 ce constat d\u00e9solant, les services municipaux font preuve d\u2019une atonie frappante. L\u2019absence d\u2019entretien r\u00e9gulier, le manque de gardiennage et l\u2019inaction traduisent un d\u00e9sengagement manifeste envers le respect d\u00fb aux d\u00e9funts et le patrimoine de la ville et laissent le site vuln\u00e9rable au vandalisme et au vol, au point que d\u00e9poser des fleurs sur une tombe rel\u00e8ve d\u00e9sormais du d\u00e9fi\u00bb, estime-t-il.<\/p>\n<p class=\"p1\">Notre interlocuteur d\u00e9nonce \u00e9galement ce qu\u2019il consid\u00e8re comme une gestion essentiellement r\u00e9active : \u00abLa municipalit\u00e9 se limite \u00e0 des interventions ponctuelles et superficielles, souvent uniquement apr\u00e8s de vives protestations citoyennes. \u00bb Pour lui, une v\u00e9ritable prise en charge suppose davantage qu\u2019un nettoyage occasionnel. Il appelle \u00e0 la mise en place d\u2019un \u00ab gardiennage permanent et vigilant\u00bb ou d\u2019une \u00abbrigade d\u00e9di\u00e9e \u00e0 l\u2019entretien des espaces sacr\u00e9s\u00bb.<\/p>\n<p class=\"p1\">Et de conclure sur une comparaison qui en dit long sur son attente : \u00abCe n\u2019est pourtant pas une fatalit\u00e9, il suffit de se rendre au cimeti\u00e8re de Hammam Sousse pour constater la diff\u00e9rence\u00bb.<\/p>\n<p>Un manque de moyens qui p\u00e8se lourd<\/p>\n<p class=\"p1\">Le t\u00e9moignage de Noureddine Ali rejoint ainsi d\u2019autres observations faites r\u00e9cemment au cimeti\u00e8re de Houmet Souiss. Sur place, un ouvrier aurait expliqu\u00e9 que le cimeti\u00e8re ne disposerait plus, depuis environ quatre mois, de \u00abmouqawel\u00bb, responsable charg\u00e9 notamment de superviser certaines op\u00e9rations li\u00e9es au fonctionnement du cimeti\u00e8re et aux inhumations.<\/p>\n<p class=\"p1\">Le manque de personnel serait \u00e9galement devenu un v\u00e9ritable probl\u00e8me. Selon ce t\u00e9moignage, seuls quatre ouvriers ma\u00e7ons et deux ouvriers charg\u00e9s de les assister seraient actuellement affect\u00e9s au site. Un nombre qui contraste fortement avec la situation d\u2019il y a une quinzaine d\u2019ann\u00e9es, lorsque quatorze personnes y travaillaient.<\/p>\n<p class=\"p1\">Plus pr\u00e9occupant encore, les quatre ma\u00e7ons ne seraient r\u00e9unis simultan\u00e9ment que deux jours par semaine, les jeudi et vendredi. Le reste du temps, une partie des effectifs serait affect\u00e9e \u00e0 d\u2019autres cimeti\u00e8res de la ville, notamment ceux de Hay Laaouina et d\u2019Oued Kharroub.<\/p>\n<p class=\"p1\">Il ne faudrait \u00e9videmment pas faire porter la responsabilit\u00e9 de cette situation aux agents qui travaillent sur le terrain. Au contraire. Quand quelques ouvriers doivent entretenir plusieurs sites, assurer les op\u00e9rations d\u2019inhumation et r\u00e9pondre \u00e0 une population importante, leur capacit\u00e9 d\u2019action atteint forc\u00e9ment ses limites.<\/p>\n<p class=\"p1\">Le probl\u00e8me est donc ailleurs : dans l\u2019organisation, dans la planification et dans les moyens consacr\u00e9s \u00e0 ces lieux.<\/p>\n<p>Attendre la pol\u00e9mique pour agir<\/p>\n<p class=\"p1\">Le v\u00e9ritable probl\u00e8me n\u2019est peut-\u00eatre m\u00eame pas l\u2019\u00e9tat ponctuel d\u2019un cimeti\u00e8re. C\u2019est l\u2019impression d\u2019une absence de suivi.<\/p>\n<p class=\"p1\">Une mauvaise habitude semble s\u2019\u00eatre install\u00e9e dans certaines collectivit\u00e9s : attendre que les citoyens protestent, que les photos circulent sur les r\u00e9seaux sociaux et que l\u2019indignation monte pour intervenir. On nettoie alors. On coupe quelques branches. On enl\u00e8ve les d\u00e9chets. On donne l\u2019impression que le probl\u00e8me est r\u00e9gl\u00e9. Jusqu\u2019\u00e0 la prochaine fois. Or, un cimeti\u00e8re ne peut pas fonctionner selon le principe de l\u2019intervention d\u2019urgence. Il exige pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019inverse : de la r\u00e9gularit\u00e9, de la surveillance et de la continuit\u00e9.<\/p>\n<p class=\"p1\">La v\u00e9g\u00e9tation pousse chaque semaine. Les d\u00e9chets s\u2019accumulent chaque jour. Les tombes se d\u00e9gradent avec le temps. Les \u00e9quipements vieillissent. Le gardiennage devient n\u00e9cessaire. Rien de tout cela ne peut \u00eatre r\u00e9gl\u00e9 par une op\u00e9ration ponctuelle.<\/p>\n<p>R\u00e9habiliter et entretenir<\/p>\n<p class=\"p1\">La r\u00e9ponse ne devrait donc pas se limiter \u00e0 une op\u00e9ration de nettoyage. Il faut r\u00e9habiliter les cimeti\u00e8res, mais surtout instaurer une v\u00e9ritable politique d\u2019entretien permanent. Renforcer les effectifs, d\u00e9signer clairement les responsables, assurer le gardiennage, d\u00e9gager r\u00e9guli\u00e8rement les all\u00e9es, ma\u00eetriser la v\u00e9g\u00e9tation, \u00e9vacuer les d\u00e9chets et suivre l\u2019\u00e9tat des s\u00e9pultures : ce sont des mesures simples, mais qui n\u00e9cessitent une volont\u00e9 r\u00e9elle.<\/p>\n<p class=\"p1\">Il faudrait \u00e9galement responsabiliser les citoyens. Un cimeti\u00e8re propre ne peut le rester si certains y abandonnent leurs d\u00e9chets ou d\u00e9gradent les lieux. Le respect doit \u00eatre collectif.<\/p>\n<p class=\"p1\">Mais la premi\u00e8re responsabilit\u00e9 revient \u00e0 ceux qui ont la charge de ces espaces publics. Il est temps de sortir de la logique du \u00ab coup de propre \u00bb apr\u00e8s chaque scandale. Les cimeti\u00e8res ne doivent pas \u00eatre entretenus uniquement lorsqu\u2019une photo devient virale ou qu\u2019une plainte fait du bruit.<\/p>\n<p class=\"p1\">Le respect des morts ne devrait pas d\u00e9pendre du niveau de col\u00e8re des vivants. La dignit\u00e9 d\u2019une ville se mesure aussi \u00e0 la mani\u00e8re dont elle traite ses cimeti\u00e8res. Car entretenir une tombe, d\u00e9gager une all\u00e9e, couper une mauvaise herbe ou ramasser un d\u00e9chet peut sembler d\u00e9risoire. Cela ne l\u2019est pas. C\u2019est le minimum que nous devons \u00e0 ceux qui nous ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s. Et le minimum que nous devons aux familles qui, un jour, franchiront \u00e0 leur tour les portes de ces cimeti\u00e8res pour venir se recueillir.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Il faut parfois franchir les portes d\u2019un cimeti\u00e8re pour mesurer jusqu\u2019o\u00f9 peut aller le laisser-aller. \u00c0 Sousse comme&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":202959,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":"","_share_on_mastodon":"0"},"categories":[120],"tags":[124],"class_list":["post-202958","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-tunisie","tag-tunisie"],"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@afrique\/117231287251468271","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/202958","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=202958"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/202958\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/202959"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=202958"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=202958"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=202958"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}