{"id":23468,"date":"2026-02-23T20:44:17","date_gmt":"2026-02-23T20:44:17","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/23468\/"},"modified":"2026-02-23T20:44:17","modified_gmt":"2026-02-23T20:44:17","slug":"en-afrique-le-cout-economique-ne-freine-pas-encore-les-etats","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/23468\/","title":{"rendered":"en Afrique, le co\u00fbt \u00e9conomique ne freine pas encore les Etats"},"content":{"rendered":"<p>Facebook et Tik Tok sont inaccessibles pour la plupart des Gabonais depuis le 18 f\u00e9vrier dernier. Cette situation est cons\u00e9cutive \u00e0 l\u2019annonce, la veille, d\u2019une suspension des r\u00e9seaux sociaux par la Haute Autorit\u00e9 de la Communication (HAC). Pr\u00e9sent\u00e9e comme une mesure de lutte contre les atteintes \u00e0 la coh\u00e9sion sociale, cette restriction s\u2019ajoute \u00e0 une liste de pr\u00e9c\u00e9dents enregistr\u00e9s dans plusieurs pays africains, malgr\u00e9 leur co\u00fbt \u00e9conomique important.<\/p>\n<p>Au Gabon, la HAC justifie sa d\u00e9cision par la multiplication de contenus jug\u00e9s diffamatoires, haineux ou attentatoires \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 nationale, ainsi que par des cas de cyber-harc\u00e8lement coordonn\u00e9 et de divulgation non autoris\u00e9e de donn\u00e9es personnelles. Les autorit\u00e9s pointent aussi du doigt l\u2019insuffisance des m\u00e9canismes de mod\u00e9ration mis en place par les plateformes, en particulier celles du groupe Meta, accus\u00e9es d\u2019indiff\u00e9rence face aux alertes formul\u00e9es par le r\u00e9gulateur.<\/p>\n<p>Alors que le Gabon se limite officiellement aux r\u00e9seaux sociaux, plusieurs pays du continent ont d\u00e9j\u00e0 eu recours \u00e0 des coupures g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9es d\u2019Internet ces derni\u00e8res ann\u00e9es, aussi bien pour des raisons similaires \u00e0 celles de Libreville que pour des motifs diff\u00e9rents, notamment en lien avec des contextes \u00e9lectoraux. Entre 2016 et 2024, 193 coupures d&rsquo;Internet impos\u00e9es dans 41 pays africains sont r\u00e9pertori\u00e9es dans un ouvrage publi\u00e9 en 2025 par Felicia Anthonio, militante ghan\u00e9enne des droits num\u00e9riques, et Tony Roberts, chercheur britannique sur le num\u00e9rique.<\/p>\n<p>Fardeau \u00e9conomique&#13;\n<\/p>\n<p>Au Gabon, la mesure de suspension des r\u00e9seaux sociaux pourrait toucher jusqu\u2019\u00e0 850 000 personnes, soit le nombre d\u2019utilisateurs actifs recens\u00e9s en octobre 2025 par une analyse de Kepios r\u00e9alis\u00e9e pour DataReportal. Cela repr\u00e9sente pr\u00e8s d\u2019un tiers de la population gabonaise, et une part significative de ces utilisateurs s\u2019appuie sur les r\u00e9seaux sociaux comme des canaux d\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique, notamment pour la vente de produits et de services, ainsi que pour la cr\u00e9ation de contenus mon\u00e9tis\u00e9s via la publicit\u00e9 et les partenariats commerciaux.<\/p>\n<p>A l\u2019\u00e9chelle du continent, le co\u00fbt \u00e9conomique de ces coupures d\u2019Internet est consid\u00e9rable. Selon le rapport \u00ab\u00a0The Cost of Internet Shutdowns in 2025 \u00bb publi\u00e9 en janvier 2026 par la plateforme sp\u00e9cialis\u00e9e britannique Top10VPN, les restrictions d\u2019acc\u00e8s aux r\u00e9seaux et aux plateformes num\u00e9riques ont co\u00fbt\u00e9 1,11 milliard de dollars (environ 940 millions d\u2019euros) \u00e0 l\u2019Afrique subsaharienne en 2025, soit 5,6% des pertes \u00e9conomiques mondiales. Ces pertes r\u00e9sultent d\u2019interruptions ayant affect\u00e9 116,1 millions d\u2019internautes, principalement dans des contextes de tensions politiques, de conflits ou de processus \u00e9lectoraux.<\/p>\n<p>Le document pr\u00e9cise que ces pertes sont calcul\u00e9es \u00e0 partir du PIB num\u00e9rique, de la dur\u00e9e des interruptions et du nombre d\u2019utilisateurs concern\u00e9s, sur la base de la m\u00e9thodologie de la Brookings Institution adapt\u00e9e aux \u00e9conomies africaines. M\u00eame lorsqu\u2019elles ciblent uniquement les r\u00e9seaux sociaux, ces restrictions perturbent l\u2019ensemble de l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me num\u00e9rique, en affectant la communication, le commerce en ligne, la publicit\u00e9 et l\u2019acc\u00e8s aux services num\u00e9riques, y compris pour des acteurs qui ne sont pas directement utilisateurs des plateformes bloqu\u00e9es.<\/p>\n<p>La raison d\u2019Etat&#13;\n<\/p>\n<p>Alors que la transformation num\u00e9rique est l\u2019un des piliers des politiques \u00e9conomiques de la plupart des Etats africains, les coupures r\u00e9currentes d\u2019Internet peuvent para\u00eetre contre-intuitives, d\u2019autant plus que leur co\u00fbt \u00e9conomique est bien document\u00e9. En r\u00e9alit\u00e9, ce sont des consid\u00e9rations politiques et s\u00e9curitaires qui l\u2019emportent sur ces enjeux. Qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019\u00e9touffer une contestation populaire li\u00e9e au co\u00fbt de la vie ou des manifestations visant \u00e0 remettre en cause les r\u00e9sultats d\u2019une \u00e9lection pr\u00e9sidentielle, les restrictions des plateformes num\u00e9riques contribuent souvent \u00e0 consolider le pouvoir \u00e9tabli.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Certains gouvernements africains contemporains recourent \u00e0 la coupure des m\u00e9dias num\u00e9riques pour conserver le pouvoir et limiter les forces contraires \u00e0 leurs int\u00e9r\u00eats. De ce point de vue, les coupures d&rsquo;Internet peuvent \u00eatre comprises comme une continuit\u00e9 de la r\u00e9pression des m\u00e9dias, qui s&rsquo;explique par des int\u00e9r\u00eats de pouvoir contradictoires\u00a0\u00bb, expliquent Felicia Anthonio et Tony Roberts dans leur livre.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Facebook et Tik Tok sont inaccessibles pour la plupart des Gabonais depuis le 18 f\u00e9vrier dernier. 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