{"id":29648,"date":"2026-03-01T17:37:15","date_gmt":"2026-03-01T17:37:15","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/29648\/"},"modified":"2026-03-01T17:37:15","modified_gmt":"2026-03-01T17:37:15","slug":"la-zakat-ce-pilier-que-les-entreprises-marocaines-redecouvrent","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/29648\/","title":{"rendered":"La zakat, ce pilier que les entreprises marocaines red\u00e9couvrent"},"content":{"rendered":"<p>                    Dans la belle salle du complexe administratif et culturel du minist\u00e8re des Habous, vendredi dernier \u00e0 Casablanca, le d\u00e9bat a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9 par la franchise des \u00e9changes qui s\u2019y sont tenus. Un mot a travers\u00e9 toute la journ\u00e9e, revenant dans presque chaque intervention : cadre. Cadre juridique, cadre m\u00e9thodologique, cadre de gouvernance. La zakat n\u2019\u00e9tait pas abord\u00e9e comme un symbole ou un slogan. Elle \u00e9tait trait\u00e9e comme un dispositif \u00e0 organiser, avec ses contraintes propres : qui calcule, sur quoi, selon quelle m\u00e9thode, et \u00e0 quelles conditions les associations qui la re\u00e7oivent peuvent pr\u00e9tendre \u00e0 la confiance des donateurs.<\/p>\n<p>                    <a href=\"https:\/\/lematin.ma\/nation\/zakat-au-maroc-un-levier-macroeconomique-au-dela-de-la-redistribution\/311867\" title=\"Zakat au Maroc : Un levier macro\u00e9conomique au-del\u00e0 de la simple redistribution (expert)\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\"><\/p>\n<p>                                                    <img decoding=\"async\" class=\"lazy\" style=\"\" bad-src=\"https:\/\/lematin.ma\/lematin\/uploads\/images\/2025\/11\/04\/462925.jpg\" src=\"https:\/\/lematin.ma\/lematin\/uploads\/images\/2025\/11\/04\/462925.webp\" alt=\"Zakat au Maroc : Un levier macro\u00e9conomique au-del\u00e0 de la simple redistribution (expert)\" onerror=\"this.src=\" https:=\"\"\/><\/p>\n<p>                    <\/a><\/p>\n<p>La finance participative n\u2019est pas qu\u2019une \u00e9tiquette Abdessamad Issami, pr\u00e9sident d\u2019Umnia Bank, a ouvert la rencontre en posant clairement la philosophie de l\u2019\u00e9tablissement : pour lui, une banque participative ne peut pas se contenter d\u2019empiler des produits conformes \u00e0 la charia. Elle doit aussi contribuer \u00e0 construire un environnement financier coh\u00e9rent avec les principes qu\u2019elle d\u00e9fend. La zakat, a-t-il dit, occupe dans ce cadre une position \u00abpivot\u00bb : elle n\u2019est pas qu\u2019une obligation cultuelle, elle est surtout \u00abun outil puissant de justice sociale\u00bb. L\u2019objectif de la journ\u00e9e, a-t-il pr\u00e9cis\u00e9, \u00e9tait double : exposer un mod\u00e8le contemporain de gestion des fonds de zakat, et pr\u00e9senter un syst\u00e8me de certification cens\u00e9 attester que les organisations qui manipulent ces fonds le font selon des normes d\u00e9finies.&#13;<\/p>\n<p>Le mur entre le talent et l\u2019universit\u00e9<br \/>\nLe moment le plus incarn\u00e9 de la journ\u00e9e est venu du terrain. Hamid Ben Elafdil, pr\u00e9sident de la Fondation Jadara, a d\u2019embl\u00e9e pris soin de se situer : \u00abJe ne suis ni savant ni juriste\u00bb, a-t-il dit, laissant aux oul\u00e9mas le soin d\u2019entrer dans le d\u00e9tail des r\u00e8gles. Lui a choisi une autre entr\u00e9e : celle du terrain. La fondation qu\u2019il dirige cible des jeunes, souvent orphelins, issus de familles sans ressources, qui ont d\u00e9croch\u00e9 d\u2019excellents r\u00e9sultats au baccalaur\u00e9at, mais que la contrainte mat\u00e9rielle tient \u00e0 distance de l\u2019universit\u00e9. Jadara leur verse une aide mensuelle et ne s\u2019en tient pas l\u00e0 : elle assure un accompagnement continu sur plusieurs ann\u00e9es, avec un seul but affich\u00e9, r\u00e9sum\u00e9 dans une formule que M. Ben Elafdil a r\u00e9p\u00e9t\u00e9e : \u00abfaire tomber le mur\u00bb. Ce mur entre le talent et l\u2019acc\u00e8s, entre la promesse et la r\u00e9alisation.<\/p>\n<p>L\u2019image qu\u2019il a propos\u00e9e valait d\u00e9monstration : un \u00e9tudiant sur le point d\u2019abandonner, soutenu, qui devient m\u00e9decin ou ing\u00e9nieur et dont la trajectoire fait basculer toute sa famille du c\u00f4t\u00e9 de ceux qui contribuent plut\u00f4t que de ceux qui attendent. La zakat, dans ce r\u00e9cit, n\u2019est pas un geste de charit\u00e9. C\u2019est un investissement dans ce que M. Ben Elafdil appelle \u00abla vraie richesse du pays\u00bb.&#13;<\/p>\n<p>Le fiqh n\u2019a jamais cess\u00e9 de s\u2019adapter<br \/>\nLe Dr Bouchta Zefzoufi, professeur de fiqh et de hadith \u00e0 Dar Al-Hadith Al-Hassania de Rabat, a apport\u00e9 la profondeur doctrinale. Il a choisi d\u2019entrer par la m\u00e9thode, en avertissant : il ne s\u2019agissait pas d\u2019une ex\u00e9g\u00e8se, mais d\u2019un \u00abrappel de quelques rep\u00e8res\u00bb, faute de temps. Parmi ces rep\u00e8res, l\u2019un d\u2019eux a retenu l\u2019attention par sa port\u00e9e pratique : dans le Coran, la pri\u00e8re et la zakat sont associ\u00e9es vingt-sept fois dans le m\u00eame verset. Vingt-sept fois. Pour M. Zefzoufi, cela signifie quelque chose de pr\u00e9cis : on ne peut pas se dire croyant, prier cinq fois par jour, et traiter la zakat comme une option. Ceux qui le font risquent de tomber sous le coup d\u2019une division arbitraire que le texte coranique rejette.<\/p>\n<p>Il a aussi \u00e9voqu\u00e9 la plasticit\u00e9 historique du fiqh, en citant le travail pionnier du cheikh Youssef al-Qaradawi, dont la th\u00e8se de doctorat sur le Fiqh az-Zakat, publi\u00e9e au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970, avait, pour la premi\u00e8re fois, trait\u00e9 des actions, des assurances, des soci\u00e9t\u00e9s de transport, des r\u00e9alit\u00e9s que les juristes classiques n\u2019avaient pas connues et qu\u2019ils ne pouvaient donc pas anticiper. Cinquante ans plus tard, a-t-il rappel\u00e9, il faut continuer ce travail : l\u2019\u00e9conomie num\u00e9rique, les cryptomonnaies, les nouvelles formes de capital appellent des r\u00e9ponses que le fiqh doit \u00eatre capable de fournir.&#13;&#13;<\/p>\n<p>Ce que les comptables oublient souvent<br \/>\nMohamed Kirat, membre du Conseil sup\u00e9rieur charg\u00e9 du contr\u00f4le des finances des Habous, a fait basculer la rencontre dans le technique. Son entr\u00e9e en mati\u00e8re, s\u00e8che et directe, a pos\u00e9 trois points que beaucoup confondent encore : l\u2019aum\u00f4ne volontaire ne remplace pas la zakat ; l\u2019imp\u00f4t pay\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00c9tat n\u2019en dispense pas ; et la zakat ne s\u2019applique pas \u00e0 tous les biens, elle a une assiette pr\u00e9cise, qui r\u00e9pond \u00e0 des conditions pr\u00e9cises.<\/p>\n<p>Ces conditions, il les a d\u00e9roul\u00e9es m\u00e9thodiquement : atteinte du nisab (le seuil minimal), \u00e9coulement du hawl (l\u2019ann\u00e9e de r\u00e9f\u00e9rence), vocation d\u2019accroissement du bien, et propri\u00e9t\u00e9 pleine et licite. Sur ce dernier point, il a \u00e9t\u00e9 clair : un bien acquis de fa\u00e7on illicite ne g\u00e9n\u00e8re pas de zakat, non pas par indulgence, mais parce que le droit islamique ne reconna\u00eet pas \u00e0 son possesseur une propri\u00e9t\u00e9 compl\u00e8te.<\/p>\n<p>Sur la zakat des entreprises, le c\u0153ur de son propos, il a insist\u00e9 sur une erreur fr\u00e9quente : confondre la valeur comptable et la valeur de march\u00e9. Pour les stocks destin\u00e9s \u00e0 la vente, c\u2019est le prix auquel on vendrait aujourd\u2019hui qui compte, pas le chiffre inscrit dans les livres comptables. Autre point de m\u00e9thode : le r\u00e9sultat financier d\u2019une entreprise \u2013 b\u00e9n\u00e9fice ou perte \u2013 n\u2019est pas le crit\u00e8re. Une entreprise d\u00e9ficitaire peut rester redevable si son assiette existe ; une entreprise b\u00e9n\u00e9ficiaire peut ne pas l\u2019\u00eatre si les conditions ne sont pas remplies. Sur la question du hawl et son rapport au calendrier civil, il a signal\u00e9 un d\u00e9tail que peu de gestionnaires connaissent : les entreprises qui raisonnent sur l\u2019ann\u00e9e solaire doivent ajuster leur taux de 2,5% \u00e0 environ 2,577% pour compenser le d\u00e9calage de onze jours entre les deux calendriers. Ce n\u2019est pas une subtilit\u00e9 th\u00e9ologique. C\u2019est une r\u00e8gle de calcul.&#13;&#13;<\/p>\n<p>Qui contr\u00f4le ceux qui re\u00e7oivent ?<br \/>\nAu fil des \u00e9changes, une pr\u00e9occupation a \u00e9merg\u00e9 comme fil conducteur, peut-\u00eatre la plus d\u00e9licate : la confiance dans l\u2019interm\u00e9diaire. Quand une entreprise confie sa zakat \u00e0 une association qui la distribue en son nom, elle s\u2019en remet \u00e0 un mandataire. La question que M. Kirat a pos\u00e9e frontalement est celle que beaucoup h\u00e9sitent \u00e0 formuler : cet interm\u00e9diaire a-t-il des proc\u00e9dures ? Des comp\u00e9tences ? Un syst\u00e8me d\u2019information ? Une capacit\u00e9 r\u00e9elle \u00e0 cibler les b\u00e9n\u00e9ficiaires ? Une tra\u00e7abilit\u00e9 des fonds ?<\/p>\n<p>C\u2019est \u00e0 cette question que r\u00e9pond le syst\u00e8me de certification pr\u00e9sent\u00e9 lors de la rencontre. La Fondation Jadara a obtenu une attestation selon un standard d\u00e9fini et M. Kirat a pris soin d\u2019en pr\u00e9ciser les garde-fous : pour qu\u2019un avantage fiscal li\u00e9 au versement via une structure reconnue soit l\u00e9gitime du point de vue de la Charia, deux conditions doivent \u00eatre remplies. D\u2019abord, l\u2019avantage ne doit pas r\u00e9duire la part qui doit revenir au b\u00e9n\u00e9ficiaire. Ensuite, la somme ne doit en aucun cas retourner au donateur, m\u00eame indirectement. Ces deux conditions exclues, il n\u2019y a pas d\u2019objection de fond.&#13;&#13;<\/p>\n<p>Ce qui rend le miracle possible<br \/>\nLa rencontre s\u2019est achev\u00e9e comme elle avait commenc\u00e9 : en reliant la r\u00e8gle \u00e0 sa finalit\u00e9. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, une banque qui d\u00e9fend l\u2019id\u00e9e d\u2019un cadre standardis\u00e9. De l\u2019autre, une fondation qui rappelle que derri\u00e8re les termes nisab, assiette, cr\u00e9ances, stocks, il y a des parcours, et parfois un seul changement qui fait tout basculer : un \u00e9tudiant qui abandonne ses \u00e9tudes, ou un \u00e9tudiant qui les poursuit malgr\u00e9 tout. Ce va-et-vient entre le principe et la pratique, partir du pilier, descendre dans la m\u00e9canique du calcul et de la gouvernance, remonter vers l\u2019impact concret, \u00e9tait peut-\u00eatre ce que cette journ\u00e9e avait de plus utile \u00e0 offrir. Les intervenants n\u2019ont pas promis un miracle. Ils ont d\u00e9crit, \u00e9tape par \u00e9tape, ce qui le rend possible.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Dans la belle salle du complexe administratif et culturel du minist\u00e8re des Habous, vendredi dernier \u00e0 Casablanca, le&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":29649,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[83],"tags":[86,12633],"class_list":{"0":"post-29648","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-maroc","8":"tag-maroc","9":"tag-zakat-maroc-umnia-bank-fondation"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@afrique\/116155137576019813","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/29648","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=29648"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/29648\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/29649"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=29648"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=29648"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=29648"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}