{"id":30103,"date":"2026-03-02T08:03:07","date_gmt":"2026-03-02T08:03:07","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/30103\/"},"modified":"2026-03-02T08:03:07","modified_gmt":"2026-03-02T08:03:07","slug":"pourquoi-lafrique-dit-non-au-deal-de-trump","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/30103\/","title":{"rendered":"pourquoi l\u2019Afrique dit non au deal de Trump"},"content":{"rendered":"<p>L\u2019Afrique ne veut plus \u00eatre seulement un terrain d\u2019intervention humanitaire ou un fournisseur d\u2019\u00e9chantillons biologiques. Elle veut devenir un acteur \u00e0 part enti\u00e8re de la recherche m\u00e9dicale mondiale. Ces derni\u00e8res semaines, deux signaux forts ont illustr\u00e9 ce tournant : les r\u00e9serves exprim\u00e9es par l\u2019Africa CDC (le centre africain de contr\u00f4le et de pr\u00e9vention des maladies, NDLR) sur certains accords avec les \u00c9tats-Unis, et le refus du Zimbabwe d\u2019un financement am\u00e9ricain de 367 millions de dollars jug\u00e9 \u00ab\u00a0d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9\u00a0\u00bb.Derri\u00e8re ces d\u00e9cisions, un enjeu central se dessine : la souverainet\u00e9 sanitaire et la ma\u00eetrise des donn\u00e9es.<\/p>\n<p>L&rsquo;Africa CDC a r\u00e9cemment exprim\u00e9 de vives pr\u00e9occupations concernant des accords impliquant le partage de donn\u00e9es \u00e9pid\u00e9miologiques et d\u2019\u00e9chantillons biologiques avec des entit\u00e9s am\u00e9ricaines. Le principe de la coop\u00e9ration scientifique n\u2019est pas remis en cause. L\u2019Afrique a toujours collabor\u00e9 avec ses partenaires internationaux dans la lutte contre les pand\u00e9mies, le VIH, le paludisme ou encore Ebola. Ce qui inqui\u00e8te aujourd\u2019hui, c\u2019est l\u2019absence de garanties claires. Il n\u2019existe pas d\u2019assurance d\u2019un acc\u00e8s prioritaire aux vaccins ou traitements d\u00e9velopp\u00e9s \u00e0 partir des \u00e9chantillons fournis, ni de garantie sur des prix abordables pour les populations africaines, ni de visibilit\u00e9 sur le partage des b\u00e9n\u00e9fices technologiques futurs. En clair, l\u2019Africa CDC craint que le continent fournisse des donn\u00e9es strat\u00e9giques sans b\u00e9n\u00e9ficier pleinement des innovations qui en d\u00e9couleraient.<\/p>\n<p>Un fournisseur de \u00ab\u00a0mati\u00e8re premi\u00e8re\u00a0\u00bb&#13;\n<\/p>\n<p>Dans la m\u00eame dynamique, le Zimbabwe a r\u00e9cemment rejet\u00e9 un pacte sanitaire am\u00e9ricain de 367 millions de dollars. Le pr\u00e9sident Emmerson Mnangagwa a qualifi\u00e9 l\u2019accord de \u00ab\u00a0in\u00e9quitable\u00a0\u00bb, d\u00e9non\u00e7ant notamment l\u2019exigence d\u2019un acc\u00e8s \u00e9tendu aux donn\u00e9es g\u00e9nomiques et aux \u00e9chantillons biologiques du pays. Pour Harare, un tel accord risquait de transformer le pays en simple fournisseur de \u00ab\u00a0mati\u00e8re premi\u00e8re\u00a0\u00bb scientifique pour des entreprises priv\u00e9es \u00e9trang\u00e8res, sans garantie d\u2019acc\u00e8s aux vaccins ou traitements issus de ces recherches. Ce refus intervient dans un contexte particulier, marqu\u00e9 par la dissolution de l\u2019USAID et par la pr\u00e9f\u00e9rence am\u00e9ricaine pour des contrats bilat\u00e9raux directs.<\/p>\n<p>Washington regrette la perte d\u2019un soutien qui b\u00e9n\u00e9ficiait notamment \u00e0 1,2 million de patients sous traitement contre le VIH. Mais du c\u00f4t\u00e9 zimbabw\u00e9en, l\u2019argument avanc\u00e9 est clair : l\u2019aide ne peut pas se faire au d\u00e9triment de la souverainet\u00e9 m\u00e9dicale et des principes d\u2019\u00e9quit\u00e9 d\u00e9fendus par l\u2019Organisation mondiale de la sant\u00e9.<\/p>\n<p>Ces tensions traduisent l\u2019\u00e9mergence d\u2019une nouvelle diplomatie des donn\u00e9es. Pendant longtemps, l\u2019Afrique a \u00e9t\u00e9 per\u00e7ue comme une source de donn\u00e9es et d\u2019\u00e9chantillons essentiels \u00e0 la recherche mondiale, sans toujours b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019un retour proportionnel. Aujourd\u2019hui, le continent cherche \u00e0 ren\u00e9gocier les r\u00e8gles du jeu. Les responsables africains demandent des garanties d\u2019acc\u00e8s aux produits d\u00e9velopp\u00e9s \u00e0 partir de leurs ressources biologiques, des transferts de technologies, une participation locale accrue \u00e0 la recherche et une protection juridique renforc\u00e9e des donn\u00e9es de sant\u00e9. Pour beaucoup, il s\u2019agit d\u2019\u00e9viter ce qui est parfois qualifi\u00e9 de n\u00e9ocolonialisme biom\u00e9dical : extraire la valeur scientifique en Afrique, la transformer ailleurs, puis la revendre au continent.<\/p>\n<p>La perte de financements importants &#13;\n<\/p>\n<p>La souverainet\u00e9 sanitaire ne se limite pas \u00e0 la question des donn\u00e9es. Elle passe \u00e9galement par la production locale de m\u00e9dicaments et de vaccins. L\u2019Africa CDC intensifie son plaidoyer en faveur d\u2019une industrie pharmaceutique africaine plus solide. Aujourd\u2019hui, une grande partie des m\u00e9dicaments consomm\u00e9s sur le continent est import\u00e9e, ce qui rend les syst\u00e8mes de sant\u00e9 vuln\u00e9rables aux crises internationales et aux fluctuations des prix. Les paiements directs des m\u00e9nages repr\u00e9sentent encore entre 30 % et 40 % des d\u00e9penses totales de sant\u00e9, ce qui fragilise les familles. Pour corriger ces d\u00e9s\u00e9quilibres, l\u2019Africa CDC vise un objectif ambitieux : couvrir 60 % des besoins du continent en vaccins gr\u00e2ce \u00e0 une production locale d\u2019ici 2040, notamment via un acc\u00e9l\u00e9rateur de fabrication de vaccins.<\/p>\n<p>En parall\u00e8le, l\u2019institution encourage la modernisation num\u00e9rique des syst\u00e8mes de sant\u00e9 afin de r\u00e9duire les pertes financi\u00e8res. En R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo, par exemple, les d\u00e9perditions budg\u00e9taires sont estim\u00e9es \u00e0 800 millions de dollars par an. L\u2019am\u00e9lioration des syst\u00e8mes de gestion appara\u00eet donc comme un levier important pour renforcer l\u2019efficacit\u00e9 des d\u00e9penses publiques.<\/p>\n<p>Le d\u00e9bat reste complexe. Refuser certains accords peut entra\u00eener la perte de financements importants \u00e0 court terme, notamment pour des programmes vitaux comme le traitement du VIH. Mais pour de nombreux dirigeants africains, l\u2019enjeu d\u00e9passe l\u2019urgence imm\u00e9diate. Il s\u2019agit de sortir d\u2019un mod\u00e8le o\u00f9 le continent d\u00e9pend des d\u00e9cisions et des priorit\u00e9s ext\u00e9rieures.<\/p>\n<p>La question est d\u00e9sormais de savoir si l\u2019Afrique peut construire une v\u00e9ritable souverainet\u00e9 sanitaire sans contr\u00f4ler ses donn\u00e9es, ses capacit\u00e9s de production et les conditions de ses partenariats scientifiques. En affirmant leurs r\u00e9serves face \u00e0 des accords jug\u00e9s asym\u00e9triques, l\u2019Africa CDC et le Zimbabwe envoient un message clair : l\u2019Afrique ne veut plus seulement recevoir. Elle veut co-construire, prot\u00e9ger ses ressources strat\u00e9giques et garantir que les innovations issues de ses donn\u00e9es b\u00e9n\u00e9ficient d\u2019abord \u00e0 ses populations.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"L\u2019Afrique ne veut plus \u00eatre seulement un terrain d\u2019intervention humanitaire ou un fournisseur d\u2019\u00e9chantillons biologiques. 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