{"id":37197,"date":"2026-03-09T04:26:09","date_gmt":"2026-03-09T04:26:09","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/37197\/"},"modified":"2026-03-09T04:26:09","modified_gmt":"2026-03-09T04:26:09","slug":"le-tourisme-sexuel-miroir-dun-desarroi-europeen-reportage","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/37197\/","title":{"rendered":"le tourisme sexuel, miroir d\u2019un d\u00e9sarroi europ\u00e9en ? [Reportage]"},"content":{"rendered":"<p>Nous nous sommes rendus au S\u00e9n\u00e9gal en ce d\u00e9but d\u2019ann\u00e9e, afin d\u2019enqu\u00eater sur les routes migratoires, sur les raisons de cet exode massif vers l\u2019Europe, mais aussi sur la situation en Afrique de l\u2019Ouest. Ces reportages \u2013 <a href=\"https:\/\/www.breizh-info.com\/2026\/01\/22\/255980\/sur-la-route-des-passeurs-immersion-au-senegal-aux-portes-de-lexil-vers-leurope-reportage\/\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">comme celui d\u00e9j\u00e0 paru sur l\u2019immigration et dont la suite paraitra prochainement<\/a> \u2013 vous permettront de d\u00e9couvrir un monde non pas cach\u00e9, mais nettement moins expos\u00e9 dans les m\u00e9dias occidentaux.<\/p>\n<p>En arrivant \u00e0 Saly, au <a href=\"https:\/\/www.breizh-info.com\/2026\/01\/22\/255980\/sur-la-route-des-passeurs-immersion-au-senegal-aux-portes-de-lexil-vers-leurope-reportage\/\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">S\u00e9n\u00e9gal<\/a>, on comprend vite que quelque chose cloche.<\/p>\n<p>La mer est l\u00e0, indiff\u00e9rente, avec ses reflets d\u2019\u00e9tain \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 le soleil tombe. Les h\u00f4tels alignent leurs piscines, les restaurants leurs terrasses. La station baln\u00e9aire \u00e0 une petite heure au sud de Dakar, et moins loin encore de l\u2019a\u00e9roport d\u2019o\u00f9 viennent en masse les Occidentaux, vend du repos, du sable, des sourires.<\/p>\n<p>Mais \u00e0 mesure que l\u2019on marche, une autre \u00e9conomie appara\u00eet, plus sourde, plus lourde. Elle ne s\u2019affiche pas comme un \u201cquartier rouge\u201d et pourtant elle travaille les rues, les plages, les parkings, les couloirs d\u2019h\u00f4tels, le jour, mais la nuit surtout. Une \u00e9conomie de la \u201crencontre\u201d o\u00f9 l\u2019argent ne dit pas son nom tout de suite, et o\u00f9 le consentement ressemble parfois \u00e0 une facture.<\/p>\n<p>Il faut quelques heures \u00e0 peine pour rep\u00e9rer la sc\u00e8ne r\u00e9p\u00e9t\u00e9e, presque ritualis\u00e9e : des hommes blancs, souvent entre cinquante et soixante-dix ans, s\u2019installent \u00e0 l\u2019ombre d\u2019un parasol, parlent fort, se donnent des airs de vacanciers conqu\u00e9rants. On les retrouve aussi \u00e0 faire du change dans des boutiques improbables, certains parlant r\u00e9ellement comme des colons aux S\u00e9n\u00e9galais qui les servent. Ou dans des bars tr\u00e8s connus pour leurs \u00ab\u00a0extras\u00a0\u00bb et autres soir\u00e9es folles : le bar le Petit Zing comme la bo\u00eete de nuit le R.D.C en sont l\u2019\u00e9picentre.<\/p>\n<p>Certains de ces touristes sont des retrait\u00e9s, d\u2019autres \u201cjeunes retrait\u00e9s\u201d. Beaucoup ont cette aisance tranquille de ceux qui savent que, ici, leur monnaie p\u00e8se plus lourd. \u00c0 leurs c\u00f4t\u00e9s, des femmes tr\u00e8s jeunes, parfois trop jeunes, parfois maquill\u00e9es comme pour gagner dix ans, parfois au contraire avec ce visage ferm\u00e9 des gens qui ont compris trop t\u00f4t comment fonctionne le march\u00e9. Dans cette atmosph\u00e8re, la g\u00eane n\u2019est pas un accident : elle est une toile de fond.<\/p>\n<p>Des \u201csalons de massage\u201d qui vendent autre chose qu\u2019un massage<\/p>\n<p>Le d\u00e9cor est banal. Enseigne discr\u00e8te. Rideau tir\u00e9. Un couloir, une pi\u00e8ce climatis\u00e9e, m\u00eame pas de musique. Dans plusieurs salons, la proposition est frontale, sans fioritures. On vous parle de \u201cmassage plus\u201d, on insiste, on sourit comme si c\u2019\u00e9tait normal, comme si c\u2019\u00e9tait le service standard d\u2019une station baln\u00e9aire.<\/p>\n<p>\u201cOn fait le massage\u2026 et apr\u00e8s, si tu veux, on s\u2019arrange\u201d, glisse A\u00efssatou (pr\u00e9nom modifi\u00e9), la vingtaine. Elle pr\u00e9cise d\u2019embl\u00e9e qu\u2019elle n\u2019est \u201cpas d\u2019ici\u201d mais de Gambie. Elle \u00e9voque un parcours compliqu\u00e9, des papiers absents, une arriv\u00e9e par \u00e9tapes. Elle n\u2019entre pas dans les d\u00e9tails, ou plut\u00f4t elle les \u00e9vite : \u00e0 chaque question qui s\u2019approche trop, elle change de ton, elle rit, elle d\u00e9tourne.<\/p>\n<p>Dans ces salons, la majorit\u00e9 des femmes rencontr\u00e9es assises, sur la devanture de ces salons particuliers (m\u00eame si il faut pr\u00e9ciser qu\u2019il y a aussi des massages traditionnels) sont \u00e9trang\u00e8res au S\u00e9n\u00e9gal. Certaines disent venir de pays voisins, d\u2019autres restent vagues. Toutes ont un point commun : une pr\u00e9carit\u00e9 qui colle aux gestes. Quand on demande pourquoi elles acceptent, la r\u00e9ponse revient, s\u00e8che, sans romantisme : \u201cIl faut vivre.\u201d <a href=\"https:\/\/senego.com\/saly-une-affaire-de-massage-se-termine-au-tribunal-de-mbour_1630091.html\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">Malgr\u00e9 les risques y compris judiciaires \u2013<\/a> m\u00eame si la Prostitution au S\u00e9n\u00e9gal est l\u00e9gale\u2026<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Prostitution_au_S%C3%A9n%C3%A9gal\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">mais r\u00e9glement\u00e9e<\/a>. Et quand on insiste sur la fronti\u00e8re entre \u201cmassage\u201d et prostitution, elles soupirent comme si la distinction \u00e9tait un luxe d\u2019Europ\u00e9en. Mais derri\u00e8re l\u2019apparence, on se doute aussi, vu l\u2019\u00e2ge, vu l\u2019absence de papiers, que certains r\u00e9seaux s\u2019en mettent plein les poches.<\/p>\n<p>Ici, la prostitution est encadr\u00e9e l\u00e9galement sous conditions (notamment en th\u00e9orie par un suivi sanitaire et administratif). Mais la r\u00e9alit\u00e9 observ\u00e9e ressemble davantage \u00e0 une zone grise : ni pleinement d\u00e9clar\u00e9e, ni compl\u00e8tement clandestine, avec des interm\u00e9diaires, des \u201crelais\u201d, des logiques de dette, et parfois une menace implicite qui n\u2019a pas besoin d\u2019\u00eatre formul\u00e9e pour \u00eatre comprise.<\/p>\n<p>Le pouvoir d\u2019achat comme arme douce<\/p>\n<p>Abdoulaye, chauffeur de taxi, conduit des touristes depuis des ann\u00e9es. Il a vu l\u2019\u00e9volution. \u201cAvant, c\u2019\u00e9tait plus discret. Maintenant, depuis les ann\u00e9es 2000 ils viennent pour \u00e7a. Ils ne se cachent m\u00eame plus\u201d, dit-il. Il pointe du menton un couple qui passe : lui marche devant, lunettes de soleil, chemise ouverte, ventre en avant ; elle le suit d\u2019un demi-pas, robe courte, regard au sol. \u201cTu crois qu\u2019elle est amoureuse ?\u201d, demande Abdoulaye, sans attendre la r\u00e9ponse.<\/p>\n<p>Dans les conversations, un mot revient : \u201ctoubab\u201d. Le Blanc, l\u2019Occidental. Pas forc\u00e9ment insultant, mais charg\u00e9 d\u2019une \u00e9vidence : avec le toubab, il y a l\u2019argent. Parfois un visa r\u00eav\u00e9. Parfois un billet d\u2019avion. Parfois une promesse de \u201csortie\u201d du pays. Et pour des jeunes femmes pauvres, ou \u00e9trangl\u00e9es par une situation irr\u00e9guli\u00e8re, ce pouvoir d\u2019achat devient une pression. Une pression qui ne crie pas, mais qui d\u00e9cide.<\/p>\n<p>Mariam (pr\u00e9nom modifi\u00e9) raconte sans d\u00e9tour son calcul, et la honte qui l\u2019accompagne. \u201cJe viens de Guin\u00e9e. Je ne veux pas rester ici toute ma vie. Je veux partir. Je veux une maison pour ma m\u00e8re. Je veux que mes petites s\u0153urs aillent \u00e0 l\u2019\u00e9cole.\u201d Elle ne parle pas de \u201cvente\u201d. Elle parle de \u201cchance\u201d. Comme si l\u2019exploitation pouvait se d\u00e9guiser en opportunit\u00e9.<\/p>\n<p>Et c\u2019est l\u00e0 l\u2019un des n\u0153uds du probl\u00e8me : dans un pays o\u00f9 beaucoup luttent pour la dignit\u00e9, l\u2019argent du tourisme sexuel se pr\u00e9sente comme une \u00e9chappatoire individuelle, alors qu\u2019il produit une humiliation collective.<\/p>\n<p>Des hommes qui \u201cassument\u201d et cherchent au S\u00e9n\u00e9gal ce que la France leur interdit<\/p>\n<p>Les hommes occidentaux rencontr\u00e9s ne se ressemblent pas tous bien entendu. Certains viennent pour des vacances. D\u2019autres font des rencontres \u00ab naturelles \u00bb. Certains aussi jouent la com\u00e9die de la romance, parlent de \u201crencontre\u201d, de \u201cdestin\u201d, de \u201cc\u0153ur\u201d. D\u2019autres sont plus bruts, presque cyniques. Ils d\u00e9crivent le S\u00e9n\u00e9gal comme un endroit o\u00f9 ils peuvent \u201crespirer\u201d, \u201cchanger d\u2019air\u201d, \u201cvivre autrement\u201d. Et, parfois, ils le disent clairement : ici, ils obtiennent ce qu\u2019ils n\u2019osent pas ou ne peuvent plus acheter chez eux.<\/p>\n<p>Jo\u00ebl, la soixantaine, se d\u00e9crit comme \u201cun homme seul\u201d. Il ne se pense pas comme un pr\u00e9dateur. Il se pense comme un client. \u201cEn France, c\u2019est compliqu\u00e9, on te regarde comme un monstre. Ici, c\u2019est simple. Tu aides, tu profites. Tout le monde est content.\u201d Il dit \u00e7a calmement comme une forme de normalit\u00e9 affich\u00e9e.<\/p>\n<p>Quand on lui parle d\u2019exploitation, il r\u00e9pond :\u00a0 \u201cElles veulent. Elles viennent. Elles demandent.\u201d Comme si le besoin n\u2019existait pas. Comme si la mis\u00e8re n\u2019\u00e9tait pas une contrainte. Comme si le rapport de force \u00e9conomique n\u2019\u00e9tait pas un rapport de force.<\/p>\n<p>Dans l\u2019ombre de cette \u00e9conomie, il y a aussi le num\u00e9rique. Des applications de rencontre (sur Badoo comme Tinder, le rapport \u00ab\u00a0homme b\u00e9tail\u00a0\u00bb vs \u00ab\u00a0femme qui s\u00e9lectionne\u00a0\u00bb est invers\u00e9 dans ces pays. Un homme qui se connecte aura des dizaines de propositions, amicales, amoureuses, dont la plupart sont toutefois v\u00e9nales au final, en quelques heures). Des forums de discussion sp\u00e9cialis\u00e9s (dont un fameux commen\u00e7ant par un Y) o\u00f9 certains occidentaux racontent leurs \u201cs\u00e9jours\u201d, leurs \u201cplans\u201d, leurs \u201cbonnes adresses\u201d et m\u00eame leurs \u00e9bats. Ils publient des comptes rendus, notent des femmes comme on note des h\u00f4tels, d\u00e9crivent des sc\u00e8nes parfois abjectes, se passent des tuyaux. Une industrie du r\u00e9cit qui transforme l\u2019humain en produit et l\u2019exploitation en anecdote de voyage.<\/p>\n<p>On comprend alors que ce tourisme sexuel n\u2019est pas seulement une d\u00e9rive individuelle. Il est structur\u00e9 par des habitudes, des r\u00e9seaux, des codes, une culture. Et cette culture ne na\u00eet pas \u00e0 Saly : elle d\u00e9barque avec les avions.<\/p>\n<p>Les femmes blanches aussi : fantasmes invers\u00e9s, m\u00eame logique de march\u00e9<\/p>\n<p>La sc\u00e8ne ne se limite pas aux hommes occidentaux. Sur certaines plages, en fin d\u2019apr\u00e8s-midi, on voit arriver des femmes blanches, parfois \u00e2g\u00e9es, parfois moins, souvent seules ou en petits groupes. Elles ne sont pas toujours discr\u00e8tes non plus. Elles observent, s\u2019installent, sourient. Et, tr\u00e8s vite, des jeunes hommes s\u2019approchent. Les m\u00eames gestes se r\u00e9p\u00e8tent : compliments, proposition de balade, \u201cmassage\u201d, \u201cd\u00eener\u201d, \u201csoir\u00e9e\u201d. Et on les retrouve ensemble le soir, dans les r\u00e9sidences, dans les h\u00f4tels.<\/p>\n<p>Ibrahima (pr\u00e9nom modifi\u00e9), la vingtaine, ne cache pas la logique. \u201cJe peux gagner en une nuit ce que je ne gagne pas en un mois. Pourquoi je dirais non ?\u201d Il parle d\u2019un ton presque professionnel. Il ne d\u00e9crit pas de la \u201cprostitution\u201d, il d\u00e9crit un service, une opportunit\u00e9. \u201cIl y a des dames qui veulent se sentir aim\u00e9es. Elles paient pour \u00e7a. Moi, je fais mon travail.\u201d<\/p>\n<p>Le malaise est total parce qu\u2019il brouille les rep\u00e8res : ici aussi, l\u2019argent commande. Ici aussi, la \u201crelation\u201d est une transaction. Ici aussi, le consentement se plie au besoin.<\/p>\n<p>Un pays musulman, une station baln\u00e9aire et l\u2019hypocrisie des zones franches<\/p>\n<p>Ce qui frappe, c\u2019est le contraste. Le S\u00e9n\u00e9gal est un pays o\u00f9 la religion, les familles, les normes sociales sont toutes puissantes. Un pays dans lequel le musulman et le catholique cohabitent en paix et m\u00eame en harmonie, sans doute moins avec l\u2019ath\u00e9e. Les discours publics valorisent l\u2019honneur, la retenue, la dignit\u00e9. Et pourtant, dans certaines zones touristiques, tout se passe comme si une exception morale avait \u00e9t\u00e9 n\u00e9goci\u00e9e : on tol\u00e8re tant que \u00e7a rapporte, on d\u00e9tourne le regard tant que les h\u00f4tels tournent.<\/p>\n<p>Moussa, commer\u00e7ant, dit sa col\u00e8re. \u201c\u00c7a salit le pays. Les enfants voient. Les jeunes copient. Et apr\u00e8s on s\u2019\u00e9tonne que tout parte en vrille.\u201d Il ne vise pas seulement les touristes. Il vise aussi les autorit\u00e9s, les responsables locaux, les propri\u00e9taires, ceux qui profitent. \u201cTout le monde sait. Personne ne veut casser la machine.\u201d<\/p>\n<p>Les premi\u00e8res victimes : les plus pr\u00e9caires, les plus jeunes, les invisibles<\/p>\n<p>Au c\u0153ur de cette \u00e9conomie, il y a des victimes \u00e9videntes : les femmes pr\u00e9caires, parfois \u00e9trang\u00e8res, parfois sans papiers, parfois pi\u00e9g\u00e9es dans des r\u00e9seaux. Et il y a, plus grave encore, la question des mineurs. Elle r\u00f4de. Elle revient dans les r\u00e9cits. On entend des soup\u00e7ons, des alertes, des murmures. Les \u00e2ges se maquillent, les dates de naissance se bricolent, les identit\u00e9s se floutent.<\/p>\n<p>Awa, une maman s\u00e9n\u00e9galaise crois\u00e9e dans un supermarch\u00e9 de Saly, parle avec une peur contenue : \u201cIl y a des filles qui ne sont pas des femmes. On le voit. Mais qui va aller les sauver ?\u201d Elle raconte des adolescentes qui tra\u00eenent pr\u00e8s des h\u00f4tels, des bars, des bo\u00eetes. Elle raconte des \u201ctantes\u201d qui surveillent. Elle raconte aussi le silence : \u201cSi tu parles, tu as des probl\u00e8mes.\u201d<\/p>\n<p>Il ne s\u2019agit pas ici d\u2019accuser au hasard, ni de fabriquer des crimes. Il s\u2019agit de dire ceci : quand une \u00e9conomie sexuelle prosp\u00e8re sur la mis\u00e8re, le risque d\u2019abus sur mineurs n\u2019est pas une fiction. Il est un danger structurel. Et ce danger exige une r\u00e9ponse claire : contr\u00f4le, police, justice, protection de l\u2019enfance, coop\u00e9ration internationale. Pas des slogans.<\/p>\n<p>La col\u00e8re des S\u00e9n\u00e9galais : \u201cCe n\u2019est pas notre visage\u201d<\/p>\n<p>Beaucoup de S\u00e9n\u00e9galais rencontr\u00e9s ne supportent plus l\u2019image renvoy\u00e9e par ces sc\u00e8nes. Ils n\u2019aiment pas voir leur pays r\u00e9duit \u00e0 un d\u00e9cor de consommation sexuelle. Ils n\u2019aiment pas voir leurs jeunes transform\u00e9s en rabatteurs, leurs filles ou celles des autres en marchandise, leur dignit\u00e9 en folklore.<\/p>\n<p>\u201cOn n\u2019est pas un parc d\u2019attractions\u201d, tranche Cheikh, serveur. \u201cTu vois ces vieux qui se prom\u00e8nent avec des filles qui pourraient \u00eatre leurs petites-filles ? Tu crois que c\u2019est normal ?\u201d Il parle aussi des cons\u00e9quences : jalousies, violences, alcool, drogues, r\u00e9seaux. \u201c\u00c7a attire le mauvais.\u201d. Ce dernier nous confie \u00ab ne rien avoir contre les Toubabs \u00bb. \u00ab Il y a aussi des couples franco-s\u00e9n\u00e9galais normaux, ou des touristes qui viennent et qui respectent, il faut le dire, heureusement. Peut \u00eatre la majorit\u00e9. Mais ils sont effac\u00e9s par ce qui se passe \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la plage \u00bb.<\/p>\n<p>Et puis il y a une autre blessure, plus intime : cette \u00e9conomie entretient l\u2019id\u00e9e que la r\u00e9ussite passe par le corps, par la capture d\u2019un \u00e9tranger, par le visa, par l\u2019argent rapide. Elle ab\u00eeme le lien social, et elle ab\u00eeme les r\u00eaves.<\/p>\n<p>D\u00e9noncer sans se tromper de cible : la responsabilit\u00e9 des clients, des r\u00e9seaux, des profiteurs<\/p>\n<p>On se tromperait lourdement en r\u00e9duisant cette histoire \u00e0 une \u201cfaute des filles\u201d ou \u00e0 une \u201cd\u00e9rive des gar\u00e7ons\u201d. La racine est ailleurs : dans la demande \u00e9trang\u00e8re, dans l\u2019impunit\u00e9 pratique, dans les r\u00e9seaux, dans la mis\u00e8re exploit\u00e9e, dans la complaisance \u00e9conomique. Le tourisme sexuel n\u2019est pas une aventure exotique. C\u2019est un rapport de domination d\u00e9guis\u00e9 en libert\u00e9. Il repose sur une asym\u00e9trie simple : celui qui paie choisit, celui qui manque subit. Et m\u00eame quand il y a consentement, ce consentement est souvent n\u00e9goci\u00e9 sous contrainte sociale, financi\u00e8re, administrative.<\/p>\n<p>Sans faire dans le puritanisme extr\u00eame, le S\u00e9n\u00e9gal m\u00e9rite mieux que cette zone franche morale. Les femmes s\u00e9n\u00e9galaises ou africaines ne sont pas \u201cune option de vacances\u201d. Les jeunes hommes m\u00e9ritent mieux que de se vendre comme un service de plage. Et les victimes \u00e9trang\u00e8res, parfois pi\u00e9g\u00e9es, m\u00e9ritent autre chose qu\u2019un couloir climatis\u00e9 et une promesse de \u201cmassage plus\u201d.<\/p>\n<p>Ce reportage ne pr\u00e9tend pas clore le sujet. Il dit seulement ce que l\u2019on voit, ce que l\u2019on entend, et ce que beaucoup refusent de regarder : \u00e0 Saly et ailleurs sur la Petite C\u00f4te, une industrie du sexe prosp\u00e8re, parfois \u00e0 visage d\u00e9couvert, parfois sous des masques de respectabilit\u00e9. Et tant que les clients continueront \u00e0 venir \u201cacheter de l\u2019amour \u00e0 la semaine\u201d, tant que des plateformes continueront \u00e0 banaliser l\u2019exploitation par le r\u00e9cit, tant que les autorit\u00e9s pr\u00e9f\u00e9reront le silence au scandale, cette m\u00e9canique continuera de broyer les plus faibles.<\/p>\n<p>La mer, elle, continuera de briller. Et derri\u00e8re les cartes postales, la honte continuera de travailler.<\/p>\n<p>Photo : YV<\/p>\n<p>[cc] Article r\u00e9dig\u00e9 par la r\u00e9daction de\u00a0<a href=\"http:\/\/breizh-info.com\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener nofollow\" data-saferedirecturl=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=http:\/\/breizh-info.com&amp;source=gmail&amp;ust=1769539351421000&amp;usg=AOvVaw253p3HX7lMgy4ADPCJQV_O\">breizh-info.com<\/a>\u00a0et relu et corrig\u00e9 (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.<\/p>\n<p>Breizh-info.com, 2026, d\u00e9p\u00eaches libres de copie et de diffusion\u00a0sous r\u00e9serve de mention obligatoire et de lien do follow vers la source d\u2019origine.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Nous nous sommes rendus au S\u00e9n\u00e9gal en ce d\u00e9but d\u2019ann\u00e9e, afin d\u2019enqu\u00eater sur les routes migratoires, sur les&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":37198,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[84],"tags":[15388,15389,15390,4840,15391,15392,15393,15394,11,15395,15396,15397],"class_list":{"0":"post-37197","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-senegal","8":"tag-exploitation-sexuelle","9":"tag-gigolos","10":"tag-migrants-clandestins","11":"tag-pedocriminalite","12":"tag-petite-cote","13":"tag-prostitution","14":"tag-salons-de-massage","15":"tag-saly","16":"tag-senegal","17":"tag-toubabs","18":"tag-tourisme-sexuel","19":"tag-traite"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@afrique\/116197326053445020","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/37197","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=37197"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/37197\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/37198"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=37197"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=37197"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=37197"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}