{"id":41066,"date":"2026-03-12T14:31:59","date_gmt":"2026-03-12T14:31:59","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/41066\/"},"modified":"2026-03-12T14:31:59","modified_gmt":"2026-03-12T14:31:59","slug":"le-plan-dinnovation-ue-afrique-est-il-inefficace","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/41066\/","title":{"rendered":"Le plan d&rsquo;innovation UE-Afrique est-il inefficace?"},"content":{"rendered":"<p>                        <img decoding=\"async\" class=\"figure__image\" alt=\"\" loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/d44148-023-00354-2_26517710.jpg\"\/><\/p>\n<p class=\"figure__caption u-sans-serif\">Un scientifique analyse un \u00e9chantillon de sang de chameau \u00e0 l&rsquo;Institut international de recherche sur le b\u00e9tail, \u00e0 Nairobi.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.nature.com\/articles\/d41586-023-03904-8\" data-track=\"click\" data-label=\"http:\/\/www.nature.com\/articles\/d41586-023-03904-8\" data-track-category=\"body text link\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">Read in English<\/a><\/p>\n<p>La science est \u00e0 un tournant en Afrique. Les deux derni\u00e8res d\u00e9cennies ont \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9es par une croissance impressionnante : les publications scientifiques dans la base de donn\u00e9es Web of Science impliquant au moins un pays africain ont \u00e9t\u00e9 multipli\u00e9es par plus de cinq depuis 2001 pour atteindre plus de 50 000 en 2018. Mais les disparit\u00e9s au sein de l&rsquo;Afrique restent criantes. La plupart des pays du continent ont contribu\u00e9 \u00e0 moins de 2 % de ces publications et une seule nation &#8211; l&rsquo;Afrique du Sud &#8211; figure parmi les 50 premiers pays et territoires dans les <a href=\"https:\/\/www.nature.com\/nature-index\/annual-tables\/2023\/country\/all\/all\" data-track=\"click\" data-label=\"https:\/\/www.nature.com\/nature-index\/annual-tables\/2023\/country\/all\/all\" data-track-category=\"body text link\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">tableaux annuels de 2023 du Nature Index<\/a>.<\/p>\n<p>Les observateurs politiques et les chercheurs s&rsquo;attendent g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 ce que les nations africaines investissent dans la science et la technologie pour favoriser la transformation \u00e9conomique de l&rsquo;Afrique. L&rsquo;Union africaine (UA) envisage que chaque \u00c9tat membre consacre 1 % de son produit int\u00e9rieur brut (PIB) \u00e0 la recherche et au d\u00e9veloppement. Or, selon les donn\u00e9es de la Banque mondiale pour 2020, seule l&rsquo;\u00c9gypte a atteint cet objectif au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es.<\/p>\n<p>L&rsquo;atonie des investissements locaux a contraint les scientifiques africains \u00e0 d\u00e9pendre dans une large mesure des universit\u00e9s \u00e9trang\u00e8res et des organisations internationales pour obtenir des financements et des possibilit\u00e9s d&rsquo;\u00e9volution de leur carri\u00e8re. Les chercheurs des institutions africaines collaborent souvent avec des coll\u00e8gues europ\u00e9ens, \u00e9changeant des connaissances et du mat\u00e9riel tout en passant du temps dans les universit\u00e9s europ\u00e9ennes. La moiti\u00e9 des dix premiers pays ayant particip\u00e9 \u00e0 la r\u00e9daction d&rsquo;articles de l&rsquo;index Nature portant sur la collaboration mondiale nord-sud se trouvent en Europe. Cette ann\u00e9e, l&rsquo;Union europ\u00e9enne (UE) et l&rsquo;UA ont cherch\u00e9 \u00e0 formaliser ces liens. Annonc\u00e9 en juillet, le programme d&rsquo;innovation UA-UE vise \u00e0 \u00ab\u00a0transformer et accro\u00eetre les capacit\u00e9s d&rsquo;innovation et les r\u00e9alisations des chercheurs et innovateurs europ\u00e9ens et africains en r\u00e9sultats tangibles, tels que des produits, des services, des entreprises et des emplois\u00a0\u00bb, selon la Commission europ\u00e9enne.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 savoir si l&rsquo;agenda fera une diff\u00e9rence substantielle pour la recherche africaine et la vie professionnelle de ses scientifiques, c&rsquo;est une autre affaire. \u00ab\u00a0Il a le potentiel de stimuler la science en Afrique\u00a0\u00bb, affirme Uzma Alam, responsable de l&rsquo;engagement en mati\u00e8re de politique scientifique \u00e0 la Fondation Science pour l&rsquo;Afrique (SFA) \u00e0 Nairobi, au Kenya. Mais pour que cela devienne une r\u00e9alit\u00e9, il faut r\u00e9\u00e9quilibrer les partenariats entre les chercheurs europ\u00e9ens et africains, s&rsquo;attaquer aux in\u00e9galit\u00e9s scientifiques ancr\u00e9es dans la culture coloniale et renforcer la responsabilit\u00e9 de toutes les parties. \u00ab\u00a0Nous devons placer les scientifiques et les dirigeants africains au centre des pr\u00e9occupations.<\/p>\n<p>Promesses et pi\u00e8ges<\/p>\n<p>Le programme d&rsquo;innovation UA-UE comporte quatre objectifs regroup\u00e9s selon les domaines prioritaires de la collaboration en mati\u00e8re de recherche entre l&rsquo;Europe et l&rsquo;Afrique : la sant\u00e9 publique, la transition \u00e9cologique, l&rsquo;innovation et la technologie. \u00ab\u00a0Ces domaines peuvent avoir un impact positif sur la vie des Africains\u00a0\u00bb, explique M. Alam, dont l&rsquo;organisation a \u00e9t\u00e9 consult\u00e9e sur l&rsquo;agenda.<\/p>\n<p>Le programme reconna\u00eet le potentiel d&rsquo;\u00e9change de connaissances entre l&rsquo;Europe et l&rsquo;Afrique, explique Fifa Rahman, sp\u00e9cialiste de la sant\u00e9 mondiale travaillant sur l&rsquo;acc\u00e8s \u00e9quitable aux technologies de la sant\u00e9. Elle cite des exemples o\u00f9 l&rsquo;Europe a appris de l&rsquo;Afrique pendant la pand\u00e9mie de COVID-19, notamment lorsque des scientifiques africains ont d\u00e9ploy\u00e9 des tests de d\u00e9pistage du virus dans des h\u00f4pitaux de Sierra Leone, du S\u00e9n\u00e9gal et du Nigeria avant que les pays d&rsquo;Europe n&rsquo;organisent de tels tests. Toutefois, le document ne pr\u00e9cise pas comment les scientifiques africains participeront \u00e0 la d\u00e9finition des domaines th\u00e9matiques de la collaboration UE-Afrique en mati\u00e8re de recherche. Selon Christian Happi, g\u00e9n\u00e9ticien et directeur du Centre d&rsquo;excellence africain pour la g\u00e9nomique des maladies infectieuses \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 Redeemer d&rsquo;Ede, au Nigeria, ces d\u00e9cisions devraient venir de l&rsquo;Afrique et \u00eatre prises par des chercheurs africains. \u00ab\u00a0Laissons-les d\u00e9finir les domaines de recherche prioritaires qu&rsquo;ils jugent importants pour le d\u00e9veloppement du continent\u00a0\u00bb, d\u00e9clare-t-il.<\/p>\n<p>Olusola Oyewole, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;Association des universit\u00e9s africaines (AUA) \u00e0 Accra, au Ghana, estime que si le programme est prometteur pour l&rsquo;Afrique, il faut veiller \u00e0 ce que toutes les universit\u00e9s et industries du continent travaillent ensemble pour en exploiter les avantages. Il craint que, dans le cas contraire, seules quelques institutions \u00ab\u00a0d&rsquo;\u00e9lite\u00a0\u00bb en b\u00e9n\u00e9ficient. <\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"figure__image\" alt=\"\" loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/d44148-023-00354-2_26522658.jpg\"\/><\/p>\n<p>Vient ensuite la question du financement. En juin, juste avant l&rsquo;annonce du programme, quelque 2 000 universit\u00e9s et organismes de recherche de premier plan en Afrique et en Europe ont demand\u00e9 que le programme soit soutenu par des investissements sp\u00e9cifiques. L&rsquo;espoir \u00e9tait de piloter un fonds scientifique Afrique-UE, sp\u00e9cifiquement destin\u00e9 \u00e0 la collaboration entre les chercheurs africains et europ\u00e9ens. Les universit\u00e9s souhaitent que ces fonds soient canalis\u00e9s par un programme int\u00e9gr\u00e9 Afrique-UE pour la science, la technologie et l&rsquo;innovation. Les repr\u00e9sentants des universit\u00e9s estiment que les initiatives existantes de l&rsquo;UA et de l&rsquo;UE devraient \u00e9galement \u00eatre mises \u00e0 profit pour soutenir la mise en \u0153uvre de l&rsquo;agenda de l&rsquo;innovation.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L&rsquo;investissement dans la recherche et le d\u00e9veloppement d\u00e9termine la production de recherche des pays africains et la capacit\u00e9 de recherche que l&rsquo;on observe sur le continent\u00a0\u00bb, explique M. Oyewole, dont l&rsquo;organisation, l&rsquo;AUA, \u00e9tait l&rsquo;un des signataires de l&rsquo;appel en faveur d&rsquo;un fonds pour la science.Il faudra toutefois attendre quelques ann\u00e9es avant qu&rsquo;un tel fonds scientifique Afrique-UE ne se concr\u00e9tise, d&rsquo;autant plus que le prochain programme de recherche de l&rsquo;UE ne d\u00e9butera pas avant 2028.<\/p>\n<p>Autres obstacles<\/p>\n<p>Certains m\u00e9canismes de financement existent d\u00e9j\u00e0. ARISE, <a href=\"https:\/\/www.nature.com\/articles\/d44148-023-00208-x\" data-track=\"click\" data-label=\"https:\/\/www.nature.com\/articles\/d44148-023-00208-x\" data-track-category=\"body text link\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">l&rsquo;Initiative de recherche africaine pour l&rsquo;excellence scientifique<\/a>, a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e en 2020 avec un financement de 25 millions d&rsquo;euros (27,20 millions de dollars) de l&rsquo;UE. Coordonn\u00e9e par l&rsquo;Acad\u00e9mie africaine des sciences (AAS), organisme \u00e0 but non lucratif dont le si\u00e8ge se trouve \u00e0 Nairobi, elle octroie des subventions de recherche et soutient 45 chercheurs principaux dans des universit\u00e9s et des instituts de recherche de 38 pays d&rsquo;Afrique. ARISE aide les b\u00e9n\u00e9ficiaires de subventions \u00e0 \u00e9tablir des liens et des collaborations avec des universit\u00e9s et des institutions en Afrique et en Europe, facilitant ainsi l&rsquo;\u00e9change de connaissances.<\/p>\n<p>Obed Ogega, responsable d&rsquo;ARISE \u00e0 l&rsquo;AAS, d\u00e9clare que l&rsquo;initiative permet aux scientifiques en d\u00e9but de carri\u00e8re de poursuivre des recherches de pointe en Afrique, ajoutant que les chercheurs financ\u00e9s par ARISE proposent leurs projets et d\u00e9cident de l&rsquo;utilisation de l&rsquo;argent. Lui et ses coll\u00e8gues pensent que l&rsquo;initiative r\u00e9pond aux besoins de l&rsquo;Afrique en mati\u00e8re de recherche. Ils esp\u00e8rent qu&rsquo;elle pourra \u00e0 terme contribuer \u00e0 l&rsquo;essor de la science africaine et \u00e0 la r\u00e9duction des in\u00e9galit\u00e9s en mati\u00e8re de recherche sur le continent. M. Ogega indique qu&rsquo;en 2022, environ 56 doctorants et 70 \u00e9tudiants en master de toute l&rsquo;Afrique ont b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de divers projets ARISE. \u00ab\u00a0J&rsquo;ai vu ce que j&rsquo;appellerais l&rsquo;impact r\u00e9el du partenariat UE-UA sur les scientifiques africains\u00a0\u00bb, d\u00e9clare-t-il.<\/p>\n<p>Bien que de nombreuses initiatives UE-UA aient \u00e9t\u00e9 b\u00e9n\u00e9fiques, la gouvernance et la coordination des ressources sur le continent africain peuvent constituer un d\u00e9fi. En 2021, d&rsquo;importants donateurs internationaux, dont la Fondation Bill et Melinda Gates, le gouvernement britannique et l&rsquo;organisation caritative britannique Wellcome, ont retir\u00e9 des millions de dollars \u00e0 l&rsquo;AAS en raison d&rsquo;une crise de gouvernance, certains programmes et membres du personnel ayant \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9s \u00e0 la Fondation SFA.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"figure__image\" alt=\"\" loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/d44148-023-00354-2_26522662.jpg\"\/><\/p>\n<p>L&rsquo;AAS a d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 Nature Index que la mise en \u0153uvre d&rsquo;ARISE \u00e9tait supervis\u00e9e par un comit\u00e9 ind\u00e9pendant, compos\u00e9 de repr\u00e9sentants de l&rsquo;UE et de l&rsquo;UA. \u00ab\u00a0Cette structure minimise l&rsquo;exposition d&rsquo;ARISE aux risques internes et externes, tels que les questions de gouvernance\u00a0\u00bb, explique l&rsquo;AAS. M. Ogega pr\u00e9cise que malgr\u00e9 les \u00ab\u00a0perturbations qui ont affect\u00e9 une partie du travail de l&rsquo;AAS en 2021, la mise en \u0153uvre d&rsquo;ARISE s&rsquo;est poursuivie sans interruption\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La crise a toutefois \u00e9t\u00e9 un signal d&rsquo;alarme pour la science africaine. Nadia Sam-Agudu, p\u00e9diatre \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 du Minnesota, \u00e0 Minneapolis, qui travaille \u00e0 l&rsquo;Institut de virologie humaine du Nigeria, \u00e0 Abuja, sugg\u00e8re que les subventions de l&rsquo;UE et de l&rsquo;UA pour la collaboration en mati\u00e8re de recherche soient document\u00e9es en direct et en temps r\u00e9el sur un site web public, et que des sanctions soient pr\u00e9vues en cas de non-respect des r\u00e8gles afin de garantir la responsabilit\u00e9 et la transparence.<\/p>\n<p>Les d\u00e9fis ne se limitent pas aux probl\u00e8mes li\u00e9s aux organisations scientifiques et au financement de l&rsquo;Afrique, qui n&rsquo;en sont qu&rsquo;\u00e0 leurs balbutiements. Sam-Agudu a l&rsquo;habitude des collaborations internationales en mati\u00e8re de recherche et affirme que les chercheurs africains <a href=\"https:\/\/www.nature.com\/articles\/d41586-023-02313-1\" data-track=\"click\" data-label=\"https:\/\/www.nature.com\/articles\/d41586-023-02313-1\" data-track-category=\"body text link\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">ont souvent des difficult\u00e9s \u00e0 \u00e9tablir des partenariats \u00e9quitables<\/a>. Les in\u00e9galit\u00e9s commencent au niveau du financement, notamment lorsque les bailleurs de fonds du Nord dictent qui, dans le Sud, doit participer \u00e0 la recherche financ\u00e9e et qui doit \u00eatre cr\u00e9dit\u00e9 sur les articles, explique-t-elle. \u00ab\u00a0Cela doit changer. Nous ne prenons pas \u00e0 partie [les collaborateurs du Nord] en raison du d\u00e9s\u00e9quilibre des pouvoirs et des ressources.<\/p>\n<p>La marginalisation des scientifiques africains dans les collaborations internationales de recherche a d&rsquo;importantes r\u00e9percussions sur le continent.<\/p>\n<p>Agnes Binagwaho, sp\u00e9cialiste de la p\u00e9diatrie d&rsquo;urgence et ancienne ministre de la sant\u00e9 du Rwanda, estime qu&rsquo;en raison du d\u00e9s\u00e9quilibre historique des pouvoirs coloniaux, les partenariats de recherche entre les scientifiques du Nord et de l&rsquo;Afrique risquent de perp\u00e9tuer les in\u00e9galit\u00e9s, notamment l&rsquo;<a href=\"https:\/\/www.nature.com\/nature-index\/news\/parachute-science-falls-to-earth\" data-track=\"click\" data-label=\"https:\/\/www.nature.com\/nature-index\/news\/parachute-science-falls-to-earth\" data-track-category=\"body text link\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">extraction des connaissances et la fuite des cerveaux du continent<\/a>. \u00ab\u00a0C&rsquo;est comme avoir un bon ma\u00eetre blanc &#8211; c&rsquo;est toujours de l&rsquo;esclavage\u00a0\u00bb, dit-elle.<\/p>\n<p>Mme Binagwaho ne craint pas d&rsquo;appeler \u00e0 l&rsquo;\u00e9quit\u00e9 dans les collaborations de recherche entre l&rsquo;Europe et l&rsquo;Afrique, et elle n&rsquo;est pas la seule : les d\u00e9bats sur l&rsquo;\u00e9quit\u00e9 se sont intensifi\u00e9s au cours des cinq derni\u00e8res ann\u00e9es.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L&rsquo;Afrique devrait avoir pour mission de produire des connaissances scientifiques pour le monde entier\u00a0\u00bb, d\u00e9clare Isabella Aboderin, experte en mati\u00e8re de vieillissement de la population mondiale, qui a cr\u00e9\u00e9 en janvier 2020 le Centre de recherche Perivoli Africa \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Bristol, au Royaume-Uni. \u00ab\u00a0Mais c&rsquo;est un changement que je ne vois pas dans le programme d&rsquo;innovation de l&rsquo;UA et de l&rsquo;UE. M. Aboderin sugg\u00e8re qu&rsquo;une premi\u00e8re \u00e9tape pour l&rsquo;Afrique pourrait consister \u00e0 faire prendre conscience aux chercheurs et aux communaut\u00e9s africaines que c&rsquo;est \u00e0 eux de produire des connaissances. En juillet, lorsque l&rsquo;agenda UA-UE a \u00e9t\u00e9 annonc\u00e9, Mme Aboderin \u00e9tait dans un avion pour la Namibie, o\u00f9 elle et ses coll\u00e8gues ont lanc\u00e9 une charte sur les collaborations \u00e9quitables. \u00ab\u00a0Les collaborations africaines en mati\u00e8re de recherche devraient passer des probl\u00e8mes locaux \u00e0 la production de connaissances scientifiques ayant un impact mondial\u00a0\u00bb, a d\u00e9clar\u00e9 Mme Aboderin lors de la r\u00e9union qui s&rsquo;est tenue \u00e0 Windhoek, la capitale de la Namibie, et \u00e0 laquelle ont particip\u00e9 plusieurs universit\u00e9s africaines de premier plan. Elle a soulign\u00e9 que les sciences humaines et sociales \u00e9taient des domaines fondamentaux dans lesquels l&rsquo;Afrique pouvait se d\u00e9marquer.<\/p>\n<p>Bien que l&rsquo;Afrique compte pr\u00e8s d&rsquo;un cinqui\u00e8me de la population mondiale, elle ne contribue qu&rsquo;\u00e0 hauteur de 2 % aux r\u00e9sultats de la recherche mondiale et ne produit \u00e0 son tour que 0,1 % de l&rsquo;ensemble des brevets. L&rsquo;un des objectifs de l&rsquo;agenda est d&rsquo;obtenir des r\u00e9sultats tangibles, c&rsquo;est-\u00e0-dire de traduire les innovations des chercheurs de l&rsquo;UE-UA en produits et d&rsquo;assurer leur adoption en Europe et en Afrique. Toutefois, M. Aboderin craint que l&rsquo;accent mis sur l&rsquo;impact \u00e9conomique et les produits ne profite aux seuls march\u00e9s europ\u00e9ens, en raison d&rsquo;un paysage d\u00e9j\u00e0 in\u00e9gal et d&rsquo;une \u00e9conomie de march\u00e9 mondiale. \u00ab\u00a0Cela ne changera pas vraiment le d\u00e9s\u00e9quilibre et ce n&rsquo;est pas ce dont l&rsquo;Afrique a besoin\u00a0\u00bb, dit-elle.<\/p>\n<p>Mme Rahman partage cet avis. Elle exhorte les gouvernements africains \u00e0 donner la priorit\u00e9 au financement de la recherche et du d\u00e9veloppement au niveau national. L&rsquo;augmentation des fonds allou\u00e9s \u00e0 la recherche scientifique et \u00e0 l&rsquo;innovation au niveau local contribuera \u00e0 r\u00e9\u00e9quilibrer la dynamique du pouvoir. \u00ab\u00a0C&rsquo;est ce qui permettra au continent de ne plus d\u00e9pendre de l&rsquo;argent europ\u00e9en et de ne plus reproduire les in\u00e9galit\u00e9s existantes\u00a0\u00bb, d\u00e9clare Mme Rahman. M. Happi ajoute que, plus important encore, les gouvernements africains devraient \u00eatre tenus de fournir des fonds de contrepartie pour garantir l&rsquo;\u00e9quit\u00e9 dans les partenariats scientifiques entre l&rsquo;UE et l&rsquo;UA. \u00ab\u00a0Si ce n&rsquo;est pas le cas, il s&rsquo;agira d&rsquo;exploitation &#8211; je n&rsquo;en attends pas grand-chose\u00a0\u00bb, d\u00e9clare M. Happi.<\/p>\n<p>Dans le m\u00eame temps, la Chine approfondit ses liens scientifiques avec les pays du continent, notamment en <a href=\"https:\/\/www.nature.com\/articles\/d41586-023-01968-0\" data-track=\"click\" data-label=\"https:\/\/www.nature.com\/articles\/d41586-023-01968-0\" data-track-category=\"body text link\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">formant des scientifiques africains et en investissant dans les infrastructures<\/a>. Certains chercheurs consid\u00e8rent que l&rsquo;approche de la Chine est plus utile pour stimuler la science africaine, \u00e9tant donn\u00e9 qu&rsquo;elle donne acc\u00e8s \u00e0 des ressources tangibles telles que des bourses d&rsquo;\u00e9tudes pour les \u00e9tudiants dans les universit\u00e9s chinoises. D&rsquo;autres craignent que les initiatives europ\u00e9ennes et chinoises ne rendent l&rsquo;Afrique trop d\u00e9pendante des puissances ext\u00e9rieures, exposant le continent et ses scientifiques \u00e0 l&rsquo;imp\u00e9rialisme de la recherche.Selon M. Aboderin, bien que \u00ab\u00a0la collaboration en mati\u00e8re de recherche soit une bonne chose\u00a0\u00bb, l&rsquo;objectif de l&rsquo;agenda de l&rsquo;innovation UA-UE n&rsquo;est pas de \u00ab\u00a0r\u00e9\u00e9quilibrer l&rsquo;\u00e9cosyst\u00e8me scientifique\u00a0\u00bb. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Un scientifique analyse un \u00e9chantillon de sang de chameau \u00e0 l&rsquo;Institut international de recherche sur le b\u00e9tail, \u00e0&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":41067,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[18,51,4971,4970,67,68,69,70],"class_list":{"0":"post-41066","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-europe","8":"tag-europe","9":"tag-europe-afrique","10":"tag-general","11":"tag-life-sciences","12":"tag-ue","13":"tag-ue-afrique","14":"tag-union-europeenne","15":"tag-union-europeenne-afrique"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@afrique\/116216695523242612","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/41066","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=41066"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/41066\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/41067"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=41066"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=41066"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=41066"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}