{"id":42219,"date":"2026-03-13T15:43:26","date_gmt":"2026-03-13T15:43:26","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/42219\/"},"modified":"2026-03-13T15:43:26","modified_gmt":"2026-03-13T15:43:26","slug":"en-egypte-la-chasse-aux-migrants-et-aux-refugies-sintensifie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/42219\/","title":{"rendered":"En \u00c9gypte, la chasse aux migrants et aux r\u00e9fugi\u00e9s s\u2019intensifie"},"content":{"rendered":"<p>                                    24 f\u00e9vrier 2026 \u00e0 11h24<\/p>\n<p class=\"dropcap-wrapper\">LeLe Caire (\u00c9gypte).\u2013 \u00ab\u00a0J\u2019ai peur de me faire arr\u00eater, car cela voudrait dire passer plus d\u2019une semaine en prison, ou pire, et elle se retrouverait sans personne.\u00a0\u00bb R\u00e9fugi\u00e9 politique camerounais, Ebala* \u00e9l\u00e8ve seul sa fillette de 2 ans, et dit son inqui\u00e9tude face \u00e0 la vaste campagne polici\u00e8re anti-migrants qui s\u00e9vit dans le pays depuis fin d\u00e9cembre.<\/p>\n<p>Entre le 20 d\u00e9cembre et fin janvier, plus de 5\u00a0000 personnes migrantes, demandeuses d\u2019asile et r\u00e9fugi\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9es, selon des organisations \u00e9gyptiennes de d\u00e9fense des droits humains. Ce chiffre est probablement largement d\u00e9pass\u00e9 aujourd\u2019hui, alors que les interpellations massives se poursuivent.<\/p>\n<p>Environ 1\u00a0500 Syriens ont ainsi \u00e9t\u00e9 d\u00e9tenus durant les deux premi\u00e8res semaines de 2026. La communaut\u00e9 subsaharienne et en particulier soudanaise a ensuite \u00e9t\u00e9 vis\u00e9e. On sait par ailleurs que, depuis le 10 janvier, plus de 3\u00a0000 r\u00e9fugi\u00e9s et demandeurs d\u2019asile \u00e9rythr\u00e9ens ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s, selon un communiqu\u00e9 du 23 f\u00e9vrier de l\u2019ONG Human Rights Concern Eritrea (HRCE).<\/p>\n<p>                            Des r\u00e9fugi\u00e9\u00b7es syrien\u00b7nes au Caire, \u00c9gypte, le 14 janvier 2025.                             \u00a9\u00a0Photo Asmaa Waguih \/ Redux-Rea                                                          Agrandir l\u2019image : Illustration 1        <\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Certains d\u00e9tenus sont rel\u00e2ch\u00e9s au bout de quelques jours, tandis que d\u2019autres sont renvoy\u00e9s vers leur pays d\u2019origine, m\u00eame s\u2019il est encore trop t\u00f4t pour fournir des chiffres pr\u00e9cis\u00a0\u00bb, pr\u00e9cise Karim Ennarah, directeur de la recherche de l\u2019Initiative \u00e9gyptienne pour les droits personnels (EIPR).<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ces op\u00e9rations ne sont pas nouvelles, mais auparavant elles \u00e9taient plus limit\u00e9es, observe Ebala, qui a lui-m\u00eame failli \u00eatre embarqu\u00e9 en juin avant de prendre la fuite. On connaissait avant \u00e0 peu pr\u00e8s les jours, les horaires et les quartiers o\u00f9 on risquait de croiser des policiers, le plus souvent habill\u00e9s en civil. Mais maintenant ils sont partout et \u00e0 n\u2019importe quelle heure, sauf la nuit qui reste le seul moment o\u00f9 les gens osent sortir.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>D\u00e9tentions arbitraires et mauvais traitements<\/p>\n<p>La d\u00e9tention quasi syst\u00e9matique en cas de contr\u00f4le est devenue la r\u00e8gle. \u00ab\u00a0La plupart du temps, la police ne prend m\u00eame plus la peine de regarder les papiers. Les gens sont interpell\u00e9s sur la base de leur couleur de peau ou de leur dialecte arabe\u00a0\u00bb, commente Nour Khalil, directeur ex\u00e9cutif de l\u2019organisation Refugees Platform in Egypt.<\/p>\n<p>En octobre, un courrier d\u2019expert\u00b7es de l\u2019ONU alertait d\u00e9j\u00e0 les autorit\u00e9s \u00e9gyptiennes sur une hausse de 121\u00a0% des arrestations de personnes enregistr\u00e9es aupr\u00e8s du Haut Commissariat aux r\u00e9fugi\u00e9s (HCR) de l\u2019ONU sur les huit premiers mois de 2025 par rapport \u00e0 2024, et de 56\u00a0% pour celles d\u00e9tenant un permis de r\u00e9sidence valide. Certains t\u00e9moignages font m\u00eame \u00e9tat de documents officiels confisqu\u00e9s par la police, puis d\u00e9truits ou d\u00e9clar\u00e9s perdus.<\/p>\n<p>La d\u00e9tention dure souvent plusieurs jours, dans des conditions difficiles. Au moins deux Soudanais ont perdu la vie en garde \u00e0 vue depuis fin d\u00e9cembre, en plus d\u2019une femme camerounaise d\u00e9c\u00e9d\u00e9e en chutant d\u2019un balcon en tentant de fuir la police.<\/p>\n<p>22\u00a0000 Soudanais auraient \u00e9t\u00e9 d\u00e9port\u00e9s en 2024 \u00e0 l\u2019issue de leur d\u00e9tention.<\/p>\n<p>Kassim*, un Comorien de 25 ans, a pass\u00e9 neuf jours dans un commissariat de la banlieue du Caire. \u00ab\u00a0On m\u2019a mis en cellule avec des criminels et, \u00e0 chaque fois que je croisais les regards de certains, on me frappait, raconte-t-il entre deux quintes de toux. On dormait \u00e0 m\u00eame le sol, et j\u2019ai pass\u00e9 deux jours dans des toilettes, faute de place.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Kassim a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 dans la rue alors qu\u2019il \u00e9tait en chemin pour aller r\u00e9cup\u00e9rer son premier permis de s\u00e9jour \u00e9tudiant. Il avait pourtant sur lui une attestation d\u2019inscription \u00e0 l\u2019universit\u00e9 Al-Azhar, normalement protectrice en attendant la d\u00e9livrance du permis. Il a finalement \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 au parquet et lib\u00e9r\u00e9 sans poursuites. \u00ab\u00a0J\u2019\u00e9tais tellement content de venir en \u00c9gypte pour \u00e9tudier la langue arabe et le Coran dans cette universit\u00e9 prestigieuse\u2026 Maintenant j\u2019ai peur de sortir de chez moi\u00a0\u00bb, soupire-t-il.<\/p>\n<p>Pour les d\u00e9tenu\u00b7es sans titre de s\u00e9jour valide, l\u2019issue est souvent moins favorable. Selon certains t\u00e9moignages, des personnes ont \u00e9t\u00e9 contraintes, pour recouvrer leur libert\u00e9, de r\u00e9gler des amendes de plus de 1\u00a0000 euros, en plus du paiement d\u2019indemnit\u00e9s de retard de r\u00e9gularisation et de l\u2019obligation de trouver un garant \u00e9gyptien. D\u2019autres ont d\u00fb acheter, \u00e0 leurs frais ou en collectant des fonds aupr\u00e8s de leur communaut\u00e9, un billet retour pour leur pays d\u2019origine.<\/p>\n<p>Cette derni\u00e8re option est parfois impos\u00e9e aux demandeurs d\u2019asile et r\u00e9fugi\u00e9s d\u00e9tenteurs de cartes du HCR, en contradiction avec le principe de non-refoulement. Des cas de d\u00e9clarations de retour volontaire sign\u00e9es sous la contrainte ont \u00e9t\u00e9 notamment rapport\u00e9s aux expert\u00b7es de l\u2019ONU. Une estimation, reprise dans leur lettre aux autorit\u00e9s \u00e9gyptiennes, fait \u00e9tat de 22\u00a0000 Soudanais d\u00e9port\u00e9s en 2024 \u00e0 l\u2019issue de leur d\u00e9tention.<\/p>\n<p>Boucs \u00e9missaires syriens et soudanais<\/p>\n<p>Ces refoulements s\u2019appuient sur la situation l\u00e9gale fragile des personnes demandeuses d\u2019asile et r\u00e9fugi\u00e9es, en raison des d\u00e9lais tr\u00e8s longs de traitement de leurs demandes de permis de s\u00e9jour par le minist\u00e8re de l\u2019int\u00e9rieur. Ces d\u00e9lais ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9cemment r\u00e9duits \u00e0 dix-huit mois, mais cela n\u2019est toujours pas suffisant lorsque des permis de s\u00e9jour ne sont valables qu\u2019un an. \u00ab\u00a0Les personnes en attente d\u2019un nouveau permis suivent pourtant une proc\u00e9dure l\u00e9galement reconnue, associ\u00e9e \u00e0 un num\u00e9ro d\u2019identifiant propre aupr\u00e8s du minist\u00e8re des affaires \u00e9trang\u00e8res \u00e9gyptien\u00a0\u00bb, nuance Nour Khalil.<\/p>\n<p>Les autorit\u00e9s n\u2019ont pas \u00e9voqu\u00e9 et encore moins justifi\u00e9 publiquement les raisons et objectifs du durcissement de leurs contr\u00f4les. Selon le pr\u00e9sident, Abdel Fattah al-Sissi, les 9,5 millions d\u2019\u00e9trang\u00e8res et d\u2019\u00e9trangers en \u00c9gypte sont trait\u00e9s dans le pays comme des \u00ab\u00a0invit\u00e9s\u00a0\u00bb. Parmi eux, beaucoup de Syrien\u00b7nes et surtout de Soudanais\u00b7es, dont environ 1,5 million sont arriv\u00e9s apr\u00e8s le d\u00e9but de la guerre en avril 2023. Sur cette estimation totale, plus d\u2019un million sont enregistr\u00e9s aupr\u00e8s du HCR, dont 76\u00a0% de Soudanais\u00b7es.<\/p>\n<p>[Al-Sissi] a verrouill\u00e9 la question des r\u00e9fugi\u00e9s pour asseoir son autorit\u00e9 en interne et sa l\u00e9gitimit\u00e9 \u00e0 l\u2019international.<\/p>\n<p>Karim Ennarah, d\u00e9fenseur des droits humains<\/p>\n<p>La campagne en cours r\u00e9pondrait toutefois officieusement \u00e0 la volont\u00e9 populaire. Le hashtag \u00ab\u00a0l\u2019expulsion de tous les r\u00e9fugi\u00e9s est une exigence populaire\u00a0\u00bb, pour la premi\u00e8re fois aper\u00e7u sur les r\u00e9seaux sociaux en 2023, a \u00e9t\u00e9 massivement mis en avant en janvier par plusieurs comptes coordonn\u00e9s, selon une enqu\u00eate du m\u00e9dia \u00e9gyptien d\u2019investigation Saheeh Masr.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La majorit\u00e9 du contenu se concentre sur la critique des magasins et restaurants appartenant \u00e0 des Syriens, les accusant de vendre des produits avari\u00e9s, et pr\u00e9tendant qu\u2019ils auraient r\u00e9duit les opportunit\u00e9s \u00e9conomiques des \u00c9gyptiens, selon le m\u00e9dia. S\u2019y ajoute une rh\u00e9torique haineuse avec des propos racistes visant \u00e0 la fois les Syriens et les Soudanais.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Un discours qui r\u00e9sonne aupr\u00e8s d\u2019une partie de la population, \u00e9prouv\u00e9e par une grave crise \u00e9conomique \u00e0 partir de 2022, marqu\u00e9e par des taux d\u2019inflation record en 2023. \u00ab\u00a0Il est facile de faire des \u00e9trangers des boucs \u00e9missaires, estime Karim Ennarah. On peut deviner que ces arrestations visent \u00e0 d\u00e9courager les nouvelles arriv\u00e9es en faisant passer le message que l\u2019\u00c9gypte n\u2019est plus un pays s\u00fbr pour les migrants et les r\u00e9fugi\u00e9s.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Selon Pauline Br\u00fccker, ma\u00eetresse de conf\u00e9rences en science politique \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Rouen-Normandie, cette politique migratoire r\u00e9pressive est caract\u00e9ristique du pouvoir de l\u2019actuel pr\u00e9sident \u00e9gyptien Abdel Fattah al-Sissi. Le mar\u00e9chal \u00ab\u00a0a verrouill\u00e9 la question des r\u00e9fugi\u00e9s pour asseoir son autorit\u00e9 en interne et sa l\u00e9gitimit\u00e9 \u00e0 l\u2019international\u00a0\u00bb, affirme-t-elle.<\/p>\n<p>                      <a data-smarttag=\"\" data-smarttag-name=\"a_lire_aussi\" data-smarttag-chapter1=\"recirculation\" data-smarttag-chapter2=\"corps_article\" data-smarttag-type=\"navigation\" href=\"https:\/\/www.mediapart.fr\/journal\/international\/dossier\/l-egypte-sous-le-joug-du-marechal-sissi\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">                                                                Dossier                                        L\u2019Egypte sous le joug du mar\u00e9chal Sissi                                                    72 articles                                                    <\/a>          <\/p>\n<p>Contact\u00e9, le HCR, charg\u00e9 depuis 1954 de la protection et de l\u2019assistance aux r\u00e9fugi\u00e9\u00b7es et demandeurs et demandeuses d\u2019asile dans le pays, confirme avoir re\u00e7u des signalements de proches des personnes affect\u00e9es par la crise actuelle et, sans officiellement condamner, d\u00e9clare avoir \u00ab\u00a0engag\u00e9 un dialogue avec les autorit\u00e9s \u00e0 ce sujet\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019Union europ\u00e9enne n\u2019a pour sa part pas r\u00e9agi publiquement. Ce qui ne manque pas de d\u00e9cevoir les acteurs des droits humains. Ainsi l\u2019organisation Amnesty International, qui le regrette dans un communiqu\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0En tant que proche partenaire de l\u2019\u00c9gypte dans le domaine migratoire et grande donatrice du HCR, l\u2019Union europ\u00e9enne doit demander instamment au gouvernement \u00e9gyptien de prendre des mesures concr\u00e8tes et v\u00e9rifiables en vue de prot\u00e9ger les droits des personnes r\u00e9fugi\u00e9es et migrantes.\u00a0\u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"24 f\u00e9vrier 2026 \u00e0 11h24 LeLe Caire (\u00c9gypte).\u2013 \u00ab\u00a0J\u2019ai peur de me faire arr\u00eater, car cela voudrait dire&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":42220,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[122],"tags":[2047,139,892],"class_list":{"0":"post-42219","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-egypte","8":"tag-afriques","9":"tag-egypte","10":"tag-migrations"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@afrique\/116222637004427661","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/42219","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=42219"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/42219\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/42220"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=42219"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=42219"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=42219"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}